FRANCE
Le coup (fÉtat du 2 décembre [Soi. — Rétablissement de l'empire.
On prétend que trois personnes furent seules, avec le général Saint-Arnaud, dans la confidence du coup d'État qui se préparait : le nouveau ministre désigné pour l'intérieur, M. deMorny; le préfet de police, M. de Maupas, et M. de Persigny, qui avait été le conseiller et le complice du prince dans son exil. Le coup d'État, cependant, ne fut pas une surprise : du moment où le princeprésident eut réussi à enlever au général Changarnier le commandement de l'armée de Paris, l'assemblée était directement menacée. M. Thiers l'avait bien compris lorsqu'il s'écriait à la tribune: Si nous reculons, l'empire est fait.
Le 2 décembre, la force militaire s'empara du palais législatif, tandis que les membres les plus illustres de l'assemblée étaient arrêtés, emprisonnés, exilés (i). Toute résistance fut vaincue ; les barricades élevées sur quelques points de Paris ne servirent qu'à faire couler inutilement le sang
(1) Voir Récit complet et authentique des événements île décembre 1851 1 par A. Granier de Cj>ï>auinie.
FRANCE (185-2). Itë
de leurs défenseurs. Les journées du 3 et du 4 décembre tirent plus de quatre cents victimes. Les adversaires du coup d'État et ceux que. l'on présumait tels étaient partout traqués; la proscription s'étendit dans la France entière : le chiffre des citoyens arrêtés resta inconnu; quant à celui des condamnés et des déportés, il s'éleva à plus de 20,000. Bon et humain en général, Louis-Napoléon, comme on l'a remarqué, devenait implacable quand l'objet suprême de son ambition était en jeu (î).
Le coup d'État, suivi d'une si terrible proscription, fut néanmoins approuvé par le suffrage universel, qui prolongea aussi pour dix ans le pouvoir u présidence
^ r .S , , f . , r décennale.
dont Louis-Napoleon s était violemment empare le 2 décembre. Le peuple avait été convoqué dans ses comices pour accepter ou rejeter un plébiscite ainsi formulé : « Le peuple français veut le maintien de l'autorité de Louis-Napoléon Bonaparte et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour faire une constitution sur les bases proposées dans sa proclamation du 2 décembre. »Le résultat du scrutin, ouvert le 20 et le 21 décembre dans le chef-lieu de chaque commune, fut le suivant : oui, 7,473,430; non, 041,351.
Le 14 janvier 1852, la constitution, préparée par Louis-Napoléon, fut promulguée : elle avait
(1) H. de Sxlit'l. ftqpoléon III, p. -24.
pour but de ramener la France sous les institutions du premier empire; en d'autres termes, elle consacrait la dictature du chef de l'État. On entrevoyait d'ailleurs que la présidence décennale ne serait qu'un acheminement vers le rétablissement intégral du pouvoir impérial.
En effet, au mois de novembre 1852, Louis- Napoléon était nommé, par le suffrage universel, Rétablisse- empereur des Français à la majorité de 7,324, 189 dermiiie. voix. S'adressant aux grands corps de l'État, il annonça son acceptation en ces termes : « Je prends dès aujourd'hui, avec la couronne, le nom de Napoléon III, parce que la logique du peuple me l'a déjà donné dans ses acclamations, parce que le sénat l'a proposé légalement, et parce que la nation entière l'a ratifié. Est-ce à dire cependant qu'en acceptant ce titre je tombe dans l'erreur reprochée au prince qui, revenant de l'exil, déclara nul et non avenu tout ce qui s'était fait en son absence? Loin de moi un semblable égarement! Non-seulement, je reconnais les gouvernements qui m'ont précédé, mais j'hérite en quelque sorte de ce qu'ils ont fait de bien ou de mal ; car les gouvernements qui se succèdent sont, malgré leurs origines différentes, solidaires de leurs devanciers. Mais, plus j'accepte tout ce que depuis cinquante ans l'histoire nous transmet avec son inflexible autorité, moins il m'était permis de passer sous silence le règne