LA GUERRE D'ORIENT
nir à Napoléon III l'occasion qu'il attendait pour illustrer le second empire.
Le czar Nicolas, reprenant les plans de Catherine II, aurait voulu, avec la connivence de l'Angleterre, à qui il offrait l'Egypte, introduire la domination moscovite àConstantinople; mais, selon la remarque d'un publiciste, la merveilleuse sagacité politique des Anglais s'aperçut bientôt que la dissolution de l'empire turc profiterait surtout à ses formidables voisins, et que, si le czar s'établissait à Gonstantinople, l'Angleterre serait à la merci de la Russie, relativement à l'Egypte et au passage des Indes (t). Le cabinet de Saint-James aima donc mieux défendre l'intégrité de la Turquie que de partager ses dépouilles; il aima mieux affronter une guerre avec la Russie que de s'associer à ses projets.
Les menaces des Russes contre l'indépendance souveraine de la Turquie, le passage du Pruth
(i) Dans un entretien avec l'ambassadeur d'Angleterre, le czar lui avait dit : « Les affaires de Turquie sont dans un état de grande désorganisation. Ce pays menace ruine. Sa chute sera un grand malheur, et il est important que l'Angleterre et la Russie en viennent à une entente parfaite, et qu'aucune des deux puissances ne fasse un pas décisif a l'insu de l'autre. Tenez, nous avons sur les hras un homme malade, un homme gravement malade : ce seraitje vous le dis franchement, un grand malheur si, un de ces jours, il devait nous échapper, surtout avant que toutes les dispositions fussent prises. » Sir H. Seymour à lord John Russell, Saint- Pétersbourg, H janvier 1853.
du czar Nicola
par leurs troupes (2 juillet 1833) et la destruction de la flotte ottomane à Sinope (30 novembre) semblaient avoir soulevé l'Angleterre. Pour refréner les ambitieux desseins du czar Nicolas, elle ne devait pas compter sur la Prusse, qui restait sous l'influence russe; l'Autriche, à la vérité, malgré ce qu'elle devait à la Russie, se rapprochait des puissances occidentales, mais la France seule allait promettre l'appui de ses armées et de ses flottes (i). Le 2 mars 1854, Napoléon III, annonçant la guerre prochaine au corps législatif, s'exprimait en ces termes : « La France n'a aucune idée d'agrandissèment : elle veut uniquement résister à des empiétements dangereux ; aussi, j'aime à le proclamer hautement, le temps des conquêtes est passé sans retour... »
Les Russes ayant refusé d'évacuer les principautés danubiennes, les deux puissances alliées déclarent, le 27 mars, la guerreau czar Nicolas en ^ Crimée. vue de maintenir l'intégrité de l'empire ottoman. La lutte embrasse un vaste théâtre : le Danube, la Baltique, la Crimée. Au mois de juin, les Russes évacuent la Valachie, que vient occuper un corps autrichien; dans la Baltiquo, Bomarsund (2) est attaqué, puis enfin pris par les Anglais et les Français. Le 14 septembre, ceux-ci, sous Leroy
1 1 1 Voir .M. X. Tanc, Histoire diplomatique de la guerre d'Orient en 185 /. ses origines et ses i nues, p ■■■ l li plus grande des îles Aland.
(tIIPIIV
Siège
de Sébastopol.
LA GUERRE D'ORIENT (1855). loi
Saint- Arnaud, et les Anglais, sous lord Raglan, débarquent, au nombre de 50,000 hommes, à Eupatoria, en Crimée. Le 20, ayant les-Turcs pour auxiliaires, ils remportent sur 50,000 Russes une victoire signalée près de la rivière de l'Aima. Le 9 octobre, les alliés victorieux commencent le siège de Sébastopol (i). Le 25, les Turcs, attaqués à Ralaklava, sont héroïquement soutenus par la cavalerie anglaise. Quelques jours après, le 5 novembre, les Russes, ayant tenté d'enlever la droite des Anglais devant Sébastopol, essuient à Inkermann une nouvelle défaite.
Le czar Nicolas ne put supporter tant de revers après une domination si longtemps redoutée. Il fut pour ainsi dire foudroyé et, le 2 mars 1855, il mourait, laissant l'empire à Alexandre II. Sébastopol, cependant, sous la direction de l'ingénieur Totleben, opposait encore une résistance invincible.
La Sardaigne se joint alors à la France et envoie J^Sïî? 15,000 hommes en Crimée. Mais les sacrifices des Russes dépassent ceux des alliés : en mai, douze hommes sur mille et, en novembre, dix sur mille sont appelés sous les drapeaux. Malgré une nouvelle défaite sur la Tchernaïa (16 août), les Russes continuaient de montrer une rare persévérance. Les ruines de Sébastopol tombent enfin au pouvoir
(!) Le maréchal Saint-Arnaud mourut le "29 septembre, et il eut pour remplaçant le général Canrobert. Le prince Mensehikoff était a la tète des Russes.
Mort
du
czar Nicolas.
de Pari
des alliés, mais les Russes, après avoir coulé bas leur propre flotte, gardent encore tout le nord de la baie (i).
Au mois de janvier 1856, l'Autriche décide la Russie à accepter des propositions qui doivent servir de préliminaires de paix. Un congrès s'ouvre Trnt, à Paris le 25 février et conclut un traité qui fut signé le 30 mars et ratifié le 27 avril. Il stipulait que les territoires occupés de part et d'autre seraient évacués; la Turquie était placée sous la garantie générale des puissances européennes; la mer Noire était neutralisée, interdite aux bâtiments de guerre de toutes les puissances et ouverte au commerce libre (2) ; la Moldavie et la Valachie restaient sous la suzeraineté de la Porte, et gardaient leurs privilèges sous la garantie des puissances qui concourraient à leur réforme intérieure ; la Russie s'engageait à ne maintenir aucun établissement fortifié dans les îles Aland.
Non-seulement la paix de Paris consolidait le pouvoir de Napoléon III, mais elle élevait l'empire
1 Le 16 mai, le général Pélissier avait succédé a Canrobert dans le commandement de l'armée française. Le 28 juin, lord Raglan mourait du choléra comme Saint-Arnaud.
2 Pendant la guerre franco-allemande, la Russie, par une cirralaire adressée, le 29 oetol ■ 1870, aux puissances signataires du traité de Paris de 1850, dénonça l'article 2 qui posait en principe la neutralisation de la mer Noire, ainsi que la convention annexée à ce traite et stipulant que les Russes ne pourraient entretenir dans cette mer que des forces maritimes très-limii.
Révolte
IA GEERRE D'ORIENT (1857). 153
victorieux à l'apogée de la puissance. 11 paraît d'ailleurs avéré que si Napoléon déposa les armes, c'était parce que le gouvernement anglais qui, de son côté, désirait continuer la guerre, avait refusé de s'associer à une revendication des frontières du Rhin au nom de la France.
La paix de Paris fut, en réalité, un événement heureux pour l'Angleterre; car bientôt elle allait avoir à combattre une formidable révolte dans l'Inde (1857). Là encore les soldats de la Grande- anglaise.' Bretagne déployèrent une indomptable bravoure; un de leurs chefs les plus renommés, le général Havelock, sut, avec une poignée de braves, opposer à l'ennemi une résistance telle, qu'il n'y en avait point d'exemple dans les annales militaires. Et ces vaillants soldats ne combattaient pas seulement pour la restauration et le maintien du pouvoir de l'Angleterre dans l'Inde, c'était la civilisation même qu'ils défendaient. La civilisation triompha; la Grande-Bretagne sut, par une énergie invincible, maintenir sa domination dans l'immense empire qui contient aujourd'hui plus de deux cent quarante millions d'habitants.
De son côté, le nouveau czar de Russie, Alexandre II, se recueillait ; il méditait ces généreuses réformes qui devaient, en abolissant le servage et en révivifiant les institutions de l'empire, compléter l'œuvre civilisatrice de Pierre le Grand.
Le t-yar Alexandre II.
Attenta d'Orain
§ VI
LA GUERRE D'iTALIE.
Le 14 janvier 1858, Napoléon III, en se rendant à l'Opéra, n'échappa que par une sorte de miracle aux balles fulminantes jetées sur son passage : il échappa, mais, dans la foule, huit personnes furent tuées et plus de 150 blessées. Les coupables arrêtés étaient des Italiens qui avaient vécu, comme réfugiés, en Angleterre: Orsini,des États romains; Pierri, de Florence; Rudio,ditda Silva, de Venise. Dans une lettre adressée à l'empereur et que celui-ci fit insérer au Moniteur, Orsini révélait le mobile qui l'avait fait agir : prêt à mourir, il implorait encore Napoléon lit pour l'Italie. Le 23 février, les assassins du 14 janvier étaient condamnés à mort, et le 14 mars, Orsini et Pierri montaient sur l'échafaud.
L'attentat d'Orsini exerça, on ne peut le méconnaître, une grande influence sur la politique inlni térieure et extérieure de Napoléon III. Une loi ttoèÏÏt de sûreté générale, publiée le 27 février, accorda au gouvernement des pouvoirs extraordinaires à l'égard des condamnés politiques ; en même temps des notes étaient adressées à l'Angleterre, à la Belgique, à la Suisse et à la Sardaigne pour réclamer des mesures propres à prévenir de nouveaux attentats. Mais Napoléon III, pour affermir