‹ Précis de l'histoire contemporaineChapitre 43 sur 59 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Guerre de la sécession.

Des événements plus mémorables encore s'accomplissaient de l'autre côté de l'Océan : la grande république des États-Unis de l'Amérique du Nord, menacée dans son existence par les défenseurs de l'esclavage, sortait triomphante d'une des plus formidables luttes dont les annales du monde fassent mention.

Ou raconte que , en 1620 , un bâtiment de guerre hollandais vendit aux planteurs de Jamestown vingt nègres qui furent les premiers esclaves introduits dans les colonies de l'Amérique du Nord. En 1763, à l'époque du traité de Paris, ces colonies, sur une population totale de deux millions et demi d'habitants, comptaient un demi million de noirs ou d'esclaves, répartis surtout dans le Sud.

La convention de Philadelphie, chargée en 1788 de préparer la constitution des États-Unis, aurait voulu détruire l'esclavage. Mais on ne put surmonter la résistance de la Caroline du Sud et de la Géorgie. L'esclavage fut maintenu. Un article de la constitution disait: « Toute personne obligée à un service ou à un travail dans un État, confor-

L'esclavage

mément à ses lois, ne pourra, si elle s'enfuit dans un autre, être affranchie de ce service ou travail ; elle sera livrée sur la réclamation de la partie à qui ce service ou ce travail seront dus. »

En 1861, la population des États et territoires du Nord s'élevait à 22,877,000 âmes, y compris quelques centaines de mille noirs; la population des Étatsdu Sud était de8, 733, OOOdoutS, 664,000 noirs ou esclaves (î).

Sous l'administration du président Buchanan, Pr>on les hommes du Sud avaient formé le parti domifi*2 nant, et, s'attendant à un conflit prochain, ils avaient, selon les expressions d'un publiciste, dévalisé le gouvernement de l'Union. Lorsque Abra- Lincoin. hamLincolii, porté au pouvoir par le parti républicain (2), succéda à Buchanan (4 mars 1861), le trésor était vide, les arsenaux occupés ou détruits, l'armée fédérale désorganisée. Pionnier dans llnidana et dans rillinois, capitaine de volontaires contre les Indiens, avocat, membre du congrès, Lincoln avait montré, dans ces positions diverses, une rare énergie et une admirable ténacité; issu du peuple, il aimait le peuple et profes-

1 1 1 La population total.- des trente-sepl États et des douze territoires de l'Union américaine était, au moment du recensement de 1870, de 3S.9 10.00-2 âmes.

(2i Le parti républicain fait prédominer la doctrine de la supériorité de l'Union sur les États, tandis que le parti démocratique soutient l'autonomie des Etats, sauf les relations fédérales.

sait une généreuse pitié pour ces innombrables travailleurs qui étaient encore voués à la servitude. Lorsque la Caroline du Sud donna le signal de la sécession, parmi les griefs allégués pour la justifier, figurait « l'élévation à la haute dignité de président des États-Unis d'un homme dont les opinions étaient hostiles à l'esclavage. »

Les États esclavagistes ayant suivi l'impulsion de la Caroline du Sud (i), l'assemblée de Montgo- La séces«on. mery vote (11 mars) la constitution des États confédérés et choisit Jefferson Davis pour président de la Confédération du Sud.

La guerre dite de la Sécession commença le 12 avril 1861, lorsque le général confédéré Beaureo-ard ouvrit le feu contre le fort Sumter, où flottait le drapeau de l'Union (a). Malgré la disproportion des forces, le Sud, qui était parfaitement organisé, eut d'abord sur les États du Nord une incontestable supériorité. Le 18 juillet, les fédéraux essuyaient une première défaite à Bull-Run; le 21, ils étaient de nouveau battus à Manassas-Jonction Guerre

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et, le 10 août, les Sudistes remportaient une troi- etiesud. sième victoire à Springfield.

ili États esclavagistes : Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississipi et Louisiane.

(2) Voir : Mac-Pherson, Histoire de la rébellion; Ferdinand Lecomte, lieutenant-colonel a l'état-major fédéral suisse, Guerre de la sécession; le comte de Paris, ancien aide de camp du général Mac-Clellan, Histoire de la guerre civile en Amérique; Alphonse Jouault, Abraham Lincoln, etc., etc.

le Nord

Mais le Nord, où tout était à créer, allait faire des efforts prodigieux pour refouler et écraser les Sudistes. Lincoln avait appelé 400,000 hommes sous les armes, et, à un moment donné, les forces dont il disposait devaient s'élever à 1,072,500 combattants, outre plus de 100,000 marins ou soldats de l'infanterie de marine. Les Sudistes continuèrent néanmoins de lutter avec une ténacité et un acharnement sans exemple (î).

Le 28 avril 1862, la Nouvelle-Orléans tombait au pouvoir des fédéraux. Les 6 et 7 avril, ils s'étaient ouvert, par deux jours de combats sanglants, à Pittsburg (frontière de l'État de Mississipi), le bassin central du grand fleuve. Les 30 et 31 mai, Mac-Clellan se battit deux jours encore, mais sans succès décisif, à Ghickahominy, que cinq milles séparaient de Richmond. Mac-Clellan, continuant cette terrible lutte, essaya de nouveau, mais en vain, de s'avancer jusqu'à la capitale du Sud.

Toute espérance de retour volontaire des États scissionnaires à l'Union étant perdue, Lincoln n'hésita plus. Par une proclamation du 22 septembre 1862, il déclara affranchis tous les esclaves qui

(4) Robert Lee, de la Virginie, commandait les troupes du Sud; il avait pour collègues Beauregard et Johnston. — Dans la première partie de la guerre, les généraux des aimées du Nord étaient Freinunt. Iluiitt-i -. Cameren, Mac-Clellan ; dans la seconde partie, Grant, Sherman, sheridan.

appartiendraient à des individus encore en état de Abolition rébellion le leT janvier 1863. La rébellion conti- l'esclavage. nuant,une seconde proclamation du 1er janvier 1863

confirma celle du 22 septembre. « J'ordonne et je déclare, disait Lincoln, que toutes personnes retenues comme esclaves dans les États ou portions d'États désignés comme rebelles sont libres à partir de ce jour, et que le gouvernement exécutif des États-Unis, comprenant les autorités militaires et navales, reconnaisse et maintienne la liberté desdites personnes. »

Pendant l'année inaugurée par ce grand acte de réparation et durant l'année suivante, la guerre i* *"««

. , . ~ conlinua.

continua avec des alternatives diverses, mais toujours sans résultats décisifs; même après la gigantesque bataille de six jours livrée en Virginie (o-12 mai 1864), Grant, quoique demeuré vainqueur, ne put encore, comme il l'avait résolu, marcher en droite ligne sur Richmond.

Le 2 novembre 1864, Lincoln fut réélu prési- Réélection dent de l'Union et, le 4 mars 1865, devant le peuple assemblé sur la place du Capitole, à Washington, il renouvelait entre les mains du chef de la justice son serment de fidélité à la constitution, « Soumission du Sud à l'Union, abolition de l'esclavage, » tel était son immuable programme.

La guerre coûtait déjà 330,000 morts, un million de blessés et 15 milliards de francs. Mais on entrevoyait le dénoûment.En quatre semaines, les

de Lincoln

dernières forces du Sud allaient être enfin brisées par les efforts concertés de Grant, général en chef des armées fédérales, de Sheridan et de Sherman. Le 29 mars, Lee fait décider l'évacuation de Richmond; le 31, il engage Faction suprême devant Petersburg, et il écrase un des corps de Sheridan; mais celui-ci, en personne, ressaisit la victoire le lendemain aux Cinq-Fourches; le 2 avril, Grant enlève Petersburg, et cette conquête lui donne Piichmond, incendié par les confédérés. Le 9 avril, l'armée de Lee capitule; Johnston, que poursuivait Sherman, doit également se rendre quelques jours après. Le Sud était vaincu.

Le 7 avril, Lincoln était entré dans la capitale du gouvernement rebelle. Le 14, il était assassiné au théâtre de Ford, à Washington, par John Wilkes Booth, d'une famille du Maryland. Le vengeur du Sud, après avoir tiré par derrière un coup de pistolet dans la tête de Lincoln, sauta de la loge sur la scène en brandissant un poignard, et s'écriant : Sic semper tyrannis!

Abraham Lincoln, défenseur et victime d'une grande et noble cause, tomba au moment où l'amendement de la constitution qui décrétait la suppression de la servitude allait être ratifié par la majorité légale des législatures particulières. Eu effet, par une proclamation solennelle du 18 décembre 1865, le pouvoir exécutif de l'Union déclara que l'amendement abolissant l'esclavage

LA GUERRE DO MEXIQUE :i861). 173

faisait désormais partie intégrante de la constitution des États-Unis.

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