IX
La victoire de l'Union américaine fut un grave désappointement pour Napoléon III, arrêté, paralysé dans la réalisation de ses projets sur le Mexique.
Benito Juarez, élu en 1861 président de cette république, exerçait une dictature sans limites. Or, l'Espagne, la France et l'Angleterre, ayant également eu à se plaindre des violences du gouvernement, formèrent, pour agir en commun, la convention de Londres du 31 octobre. Mais Napoléon III, en s'associant à l'Espagne et à l'Angleterre, n'avait pas seulement en vue de venger son ambassadeur outragé; il voulait saisir le moment où la grande république de l'Amérique du Nord paraissait à la veille de se dissoudre pour réaliser le rêve le plus ambitieux et le plus bizarre. Napoléon, se regardant comme le représentant de la race latine, se proposait d'ériger au Mexique un État assez puissant pour contre-balancer la prépondérance de la race anglo-saxonne. Le prétexte de son intervention était de développer les relations commerciales de la France; le véritable but,
Causes
de la et- >
de contenir la domination des États-Unis (i).
Le 17 décembre, un corps espagnol, sous le généra] Prim, ayant débarqué à la Vera-Cruz, occupe la ville et le fort de Saint Jean-d'Ulloa. Les Espagnols sont rejoints pardes troupes françaises. Le 10 février 1862, est signée la convention de la Soledad, suivie des conférences d'Orizaba, lesquelles amènent une rupture définitive avec le gouvernement de Juarez. Cependant les Anglais et les Espagnols ne veulent pas combattre pour changer la forme du gouvernement du Mexique et réaliser le dessein, déjà formé par Napoléon III, d'élever un trône sur les ruines de la république. Ils laisseront les Français agir seuls. Au mois d'octobre, le corps d'expédition, sous le général Forez, comprend deux divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie (27,000 hommes et 5,000 chevaux) .
Les Français marchent en avant et, le 10 juin 1863, ils occupent Mexico. Le 10 juillet, une assemblée de notables constituants, accomplissant le désir de Napoléon III, proclame empereur du Mexique l'archiduc Maximilien d'Autriche, qui avait épouse la fille unique du roi des Belges. Aventureux et chevaleresque, confiant dans les assurances données par Napoléon III, l'archiduc Maximilien
I Lettre de Fould a l'empereur dans les Papier* s<crets du second empire.
accepta la couronne qui lui était offerte ; le 11 avril 1864, les représentants des notables s étant rendus au château de Miramar, près de Trieste, le prince donna son consentement formel. Léopold Ier n'avait exercé aucune influence ni sur son gendre ni sur sa fille ; il les avait laissés agir d'après leurs inclinations personnelles ; mais lorsque ses enfants se furent décidés à entreprendre cette périlleuse aventure, mû par un sentiment de sollicitude paternelle, il favorisa la reconnaissance du nouvel empire, ainsi que la formation d'une légion de volontaires belges devant servir de protection à sa fille (1).
Arrivé à Mexico, le 12 juin, l'empereur Maximilien dut bientôt renoncer à ses illusions. Il voulait se dévouer sincèrement au peuple sur lequel on l'avait appelé à régner, mais il lui fallut constater que les Mexicains ne se soumettraient pas à une domination étrangère. La lutte engagée entre les Français et les juaristes rappelait la guerre d'Espagne de 1809. Des renforts arrivaient sans cesse aux envahisseurs, et Bazaine, successeur de Forez, se vit à la tête d'une véritable armée.
Le Mexique, cependant, échappait à la France. Après avoir bravé les États-Unis, Napoléon IJI, les
(1) Voir une remarquable lettre de M. Sanford, ministre des Etats-Unis à Bruxelles, adressée à M. Seward, secrétaire d'État {Papers relating to foreign affairs (Washington. 1868), part. I, p. 642).
voyant sortir vainqueurs de la guerre de la sécession, s'efforçait de se les concilier. Mais le gouvernement des États-Unis, loin de se montrer disposé à reconnaître l'empereur Maximilien, ne voulait Attitude pas seulement l'admettre comme pouvoir de fait :
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Etats-unis, il se prononçait energiquement contre 1 intervention armée d'étrangers qui avaient établi un monarque dans la république du Mexique. Les États-Unis soutenaient Juarez contre Napoléon III; tout ce que celui-ci, à bout de sacrifices, put obtenir, ce fut la promesse que les États-Unis n'interviendraient pas si les Français se retiraient. Napoléon céda.
.•.mpératnce En vain l'impératrice Charlotte se rendit-elle en Europe pour chercher des appuis. Napoléon III, qui seul aurait pu soutenir encore le trône mexicain, le laissa s'écrouler; lui qui avait entraîné l'infortuné Maximilien dans cette déplorable aventure, il l'abandonna. Le général Castelnau fut envoyé au Mexique avec la mission secrète de préparer Maximilien à abdiquer, tandis que les troupes françaises procéderaient à l'évacuation. Maximilien résista et un désaccord presque violent éclata entre lui et les chefs français : le maréchal Bazaine, le Rdesite général Castelnau et Dano, le ministre plénipoten-
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Après le départ des Français, Maximilien veut continuer une lutte déjà désespérée. Bientôt il est contraint de se retirer avec quelques débris de ses troupes à Queretaro. Il résiste pendant soixante-
huit jours encore, puis la trahison le fait tomber au pouvoir d'Escobedo.un ancien muletier devenu général. Maximilien de Habsbourg (ainsi l'appelaient les juaristes) fut traduit devant' un conseil de guerre avec ses deux lieutenants, Miguel Miramon et Thomas Meja; tous les trois, après un semblant de jugement, furent, le 14 juin, condamnés à mort. Les ministres de Prusse et d'Angleterre essayèrent vainement de sauver le malheureux prince ; Juarez, écoutant plutôt Escobedo, refusa d'accorder la grâce de l'ex-empereur. L'exécution eut lieu le 19 juin en présence de quatre mille hommes de troupes. Maximilien montra un courage digne de sa race. « Au moment de présenter sa poitrine aux soldats, Maximilien, dit un témoin oculaire, s'avance de quelques pas et proï&i ce les paroles suivantes d'une voix claire et avec une tranquillité remarquable : « Mexicains! les hc mines « de mon sang et de mon origine, les i tommes « animés de sentiments pareils aux mi ;■:.,?■, sont « destinés par la Providence à fonder le bonheur « des peuples ou à devenir des martyrs. Lorsque « je suis venu à vous, je n'avais aucune arrièrece pensée. Je vins, appelé par des Mexicains bien « intentionnés, par ceux qui se sacrifient, aujour- « d'hui pour ma patrie adoptive. Au moment de « quitter ce monde, j'emporte avec moi la con- « solation de n'avoir fait que du bien dans la me- « sure de mes forces, et de ne pas être abandonné
J uge me n
et mort
de
l'emperpui
Maxirailieii
(c par mes bien-aimés et fidèles généraux. Mexi- « cains! que mon sang soit le dernier versé et que « ma malheureuse patrie adoptive puisse un jour « se relever ! » Après ces paroles, l'empereur recula de quelques pas, mit un pied en avant, leva les yeux vers le ciel, indiqua de la main sa poitrine et attendit tranquillement la mort.»Miramon et Meja tombèrent aussi en soldats.
Tel fut le lugubre dénoûment de la guerre du Mexique; elle avait été commencée pour accroître le prestige de Napoléon III et la puissance de la France, elle aboutit à une catastrophe. En désorconséquenc •< ganisant l'armée et les finances, elle eut aussi pour du m<ÏÏ™ résultat de réduire Napoléon III à une sorte d'impuissance. « Il nous en coûtait, dit un écrivain français, trois cent soixante millions en crédits extraordinaires, plus d'un milliard sur les budgets ordinaires de la guerre et de la marine et l'élite de notre armée; car, par une fatalité inouïe, nous faisions décimer nos régiments en pure perte à l'autre bout du monde pendant que la Prusse quadruplait ses forces. »
Sx.
la prusse et l'autriche.
L'intelligence de Frédéric-Guillaume IV s'affai-
Fia du rtgne ^
Frédéric hissant de plus en plus, le prince royal de Prusse uniiau.neiv. ^taj^ depUjs \e 23 octobre 1857, chargé de l'ad-