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XII

Le 30 juin 1870, M. Thiers disait au corps législatif : « Nous reprochons au gouvernement Sadowa. Sadowa a été pour moi une grande douleur patriotique, car c'est un malheur irréparable. » Il trouvait, au surplus, que l'état de l'Europe n'était pas inquiétant et il recommandait à ses concitoyens d'être pacifiques pour ne pas donner le sud de l'Allemagne à la Prusse. De son côté, le chef du cabinet, M. Emile Ollivier, affirmait qu'à au-

lihortt organisée, au milieu des partis également intéressés ii la soutenir. C'est cette fortune des premiers jours qu'elle a dissipée, gaspillée avec la plus folle imprévoyance. Elle a livre son prestige, sa diunite a toutes les passions qui ont commencé par le murmure avant de finir par le déchaînement tumultueux. Elle a suscité des partis antidynastiques qui n'existaient pas, en leur donnant contre elle toute sorte d'armes. Bref, elle s'est découronnée elle-même avant d'être découronnée... »

Candidature

du prince

de Hobenzol-

cune époque le maintien de la paix en Europe n'avait paru plus assuré ; que de quelque côté qu'il portât ses regards, il ne voyait aucune question irritante engagée.

Or, le 3 juillet suivant, le télégraphe annonce que le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen acceptait la candidature au trône d'Espagne. Le prétexte attendu par ceux qui voulaient la revanche de Sadowa était trouvé. Répondant à une ",ern interpellation d'un député du centre gauche, le duc de Gramont, ministre des affaires étrangères, donna lecture, le 6, au corps législatif d'une déclaration délibérée en conseil. « Il est vrai, ditil, que le général Prim a offert au prince Léopold de Hohenzollern la couronne d'Espagne et que le prince l'a acceptée; mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé, et nous ne connaissons point encore les détails vrais d'une négociation qui nous a été cachée... Nous ne sommes pas sortis, à l'égard des divers prétendants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous n'avons jamais témoigné pour aucun deux ni préférence ni éloignement. Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles -Quint, puisse déranger à notre détriment l'équilibre actuel des forces en Europe et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. »

La guerre.

198 HISTOIRE CONTEMPORUNE.

Les acclamations qui accueillirent ces paroles hautaines démontrèrent que la majorité de la chambre, aussi bien que les conseillers de l'empereur, voulaient hâter et provoquer la rupture avec la Prusse. Refusant de se contenter du désistement du prince de Hohenzollern, le gouvernement français prétendit obtenir du roi Guillaume l'engagement formel d'empêcher que la candidature de son parent fût introduite à l'avenir, et, pour exciter le peuple, il inventa une prétendue insulte que Guillaume Ier aurait infligée, à Ems, au comte Benedetti, ambassadeur de Napoléon (1).

Le 5 juillet, le ministère, s'adressant au sénat et au corps législatif, demandait la guerre. Les députés de la gauche tentèrent alors d'ajourner une résolution fatale en réclamant la connaissance complète des documents qui motivaient la proposition du gouvernement; en réalité, ils combattaient seulement la question d'opportunité . M . Thiers lui-même se bornait à faire remarquer que le moment était mal choisi pour une rupture. Les documents réclamés par la gauche avaient été soumis à une commission nommée par la chambre ; sur le rapport de cette commission, les propositions du gouvernement furent accueillies à l'unanimité par le sénat, à une grande majorité par le corps législatif et avec en-

Ci) Voir Albert Sorel. Histoire diplomatique de la guerre francoallemande, t. 1", p. 159.

thousiasme par le public. On a donc pu affirmer que la question de la succession au trône d'Espagne n avait été qu'un pur prétexte : le but réel des promoteurs de la guerre était d'obtenir une revanche de la bataille de Sadowa.

Le sort de la France fut décidé avec une précipitation qui devait avoir bientôt les plus funestes conséquences. La guerre était déclarée avant que le gouvernement fut en mesure de donner une suite immédiate à cette déclaration. Quoiqu'il se déclarât prêt, il ne pouvait pas même opposer 250,000 hommes aux forces de l'Allemagne. Il comptait sur le concours de l'Autriche et sur la défection des États du Sud, mais cette illusion dura peu. Les États du Sud, comme ceux du Nord, voyaient une lutte nationale dans la guerre provoquée par la France, et quant à l'Autriche, elle était en quelque sorte paralysée par la Russie, qui persévérait dans son alliance avec la Prusse. « Nous croyons savoir, disait-on à Vienne, que notre entrée en campagne amènerait sur-le-champ celle de la Russie qui nous menace non-seulement en Gallicie, mais sur le Pruth et sur le bas Danube. »

Napoléon III, souffrant déjà de la maladie qui devait le conduire au tombeau, était affaissé et n'avait plus d'initiative. Il subissait sans résistance les suggestions de son entourage. Les journaux, même ceux qui étaient le moins bien disposés

>'ai».'leon III.

Le nord

et le sud

de

l'Allemagne

uni» i ontre

la France.

pour l'empire, exigeaient la -guerre afin de défendre, disaient-ils, la dignité et l'honneur de la France. Puis, à la cour impériale, s'agitaient d'autres influences qui se rattachaient à la question romaine. Depuis la publication, en. 1864, de Y Encyclique et du SyHabus errorum, une sorte de révolution s'était accomplie à Rome, et le concile, qui délibérait en ce moment même dans la ville éternelle, allait la compléter en proclamant, le 18 juillet, l'infaillibilité du pape. Or, on comptait à Rome sur la victoire des Français qui aurait eu pour résultat un solide rétablissement de la souveraineté temporelle et l'humiliation de la grande puissance qui représentait le protestantisme en. Allemagne (i). D'un autre côté, l'impératrice Eugénie, fervente catholique, avait la conviction que la guerre était nécessaire pour assurer l'empire à son fils. « C'est ma guerre! » disait-elle.

Le roi Guillaume, qui avait quitté Ems le 15 juillet, fut accueilli à Berlin avec enthousiasme. Le conseil fédéral de la Confédération du Nord approuva sa conduite « ferme et digne » et déclara accepter la guerre offerte par la France. Dans la nuit du 15 au 16, le roi faisait expédier l'ordre de mobilisation de toute l'armée du Nord. De leur côté, la Bavière, de môme que l'État de Bade et le

(1) Voir le discours prononcé au Reichstag par le prince de Bismarck en décembre 1874.

Wurtemberg, se montraient empressés d'exécuter les clauses des traités d'alliance offensive et défensive de 1866. L'Allemagne du Nord et l'Allemagne du Sud désormais réunies allaient engager la lutte avec une armée immédiatement disponible de 462,000 hommes d'infanterie, de 56,000 hommes de cavalerie et de 1,584 bouches à feu. Le 25 juillet, Guillaume Ier s'adressait en ces termes « au peuple allemand » : « ... Réconciliée, unie, comme elle ne la jamais été, l'Allemagne peut prétendre à trouver dans son accord comme dans son droit la garantie que la guerre lui procurera une paix durable, et que de cette semence de sang Dieu fera éclore la moisson bénie de la liberté et de l'unité allemande. »

Deux jours auparavant, Napoléon III, après avoir r^iamatk,, conféré la régence à l'impératrice, annonçait dans une proclamation adressée au peuple français qu'il allait se mettre à la tête de l'armée. « ... En présence, disait-il, des nouvelles prétentions de la Prusse, nos réclamations se sont fait entendre. Elles ont été éludées et suivies de procédés dédaigneux. Notre pays en a ressenti une profonde irritation et aussitôt un cri de guerre a retenti d'un bout de la France à l'autre. Il ne nous reste plus qu'à confier nos destinées au sort des armes... »

Lorsque, le 28 juillet, il fut arrivé à Metz pour prendre le commandement de l'armée du Rhin, Napoléon ne dissimula plus dans une autre pro-

françai

clamation que la guerre pouvait être longue et difficile, mais il ne doutait point de son issue. « Vous allez, disait-il à ses troupes, combattre une des meilleures armées de l'Europe ; mais d'autres, qui valaient autant quelle, n'ont pu résister à votre bravoure. Il en sera de même aujourd'hui. La guerre qui commence sera longue et pénible, car elle aura pour théâtre des lieux hérissés d'obstacles et de forteresses ; mais rien n'est au-dessus des efforts persévérants des soldats d'Afrique, de Crimée, de Chine, d'Italie et du Mexique. Vous prouverez une fois de plus ce que peut une armée française animée du sentiment du devoir, maintenue par la discipline, enflammée par l'amour de la patrie. — Quel que soit le chemin que nous prenions hors de nos frontières, nous y trouverons les traces glorieuses de nos pères. Nous nous montrerons dignes d'eux... »

Proclamation Dans l'après-midi du 31 juillet, le roi de Prusse, accompagné du comte de Bismarck et du général de Moltke, partit de Berlin pour Mayence avec le grand quartier général. Dans une courte proclamation, adressée à la nation prussienne, il lui disait : «...Provoqués, nous sommes résolus comme nos pères et avec une entière confiance en Dieu à entreprendre la lutte pour sauver la patrie... » Arrivé m Mayence, il signa (2 août) la proclamation suivante adressée à l'armée : « Mue par un sentiment unanime, l'Allemagne entière se lève en ar-

E Uuil-

irae !•

Beneilett

mes contre un État voisin qui nous a déclaré inopinément une guerre sans motifs. Il s'agit de défendre notre patrie menacée, notre honneur, nos foyers. Je prends à dater d'aujourd'hui lé commandement en chef de toutes les armées et j'engage avec assurance cette lutte que jadis nos pères ont glorieusement soutenue. — Gomme moi, la patrie entière met en vous une pleine confiance. Dieu sera avec notre juste cause. »

Le 25 juillet, le Times, à la demande de l'ambassadeur de Prusse, publiait le projet de traité Publication proposé quatre ans auparavant par le comte Benedetti à M. de Bismarck et qui avait pour but l'anéantissement de la Belgique indépendante. Aussitôt l'Angleterre se réveilla comme en sursaut. Le snir même, le ministère était interpellé dans le parlement et invité à veiller sur l'indépendance de la Belgique. Le 1er août, il demandait un crédit supplémentaire de deux millions de livres sterling p%e'!;A;.lgle' pour l'entretien, durant la guerre européenne, de 20,000 hommes à ajouter aux forces disponibles. En même temps, le cabinet de Saint-James enta mait des négociations avec les deux puissances belligérantes « pour donner une plus grande sécurité à la Belgique ». Ces négociations aboutirent au traité du 9 août, par lequel la Grande-Bretagne s'imposait l'obligation de combattre celui des bel- deia^uïaligérants qui violerait le sol belge. La Prusse accepta et signa immédiatement ce traité de garantie,

Mesures

prises

tandis que Napoléon III hésita avant de donner son adhésion.

Cependant les Français avaient franchi la frontière et, le 2 août, ils emportaient les hauteurs de Saarbrùck. Enorgueillis par ce facile succès, ils supposaient qu'ils atteindraient bientôt le Rhin. Mais ils ne tardèrent point à être détrompés. Les armées allemandes s'avançaient pour refouler les 200,000 hommes qui leur étaient opposés et pour porter la guerre sur le territoire français. Le4août, la division d'Abel Douay était attaquée et vaincue à wis^mjjurg Wissemburs. Le 6, le maréchal de Mac-Mahon

utVWrth. « '

essuyait, à Woerth, une terrible défaite, tandis que le général Frossard, surpris à l'ouest de Saarbrùck qu'il venait d'évacuer, était mis en déroute non loin de Forbach. Le soir, le prince royal de Prusse parcourut à cheval le champ de bataille de Woerth, saluant ses troupes victorieuses qui l'acclamaient avec enthousiasme. Elles venaient de s'ouvrir la France (î).

(1) Le 11 août, le roi de Prusse publiait la proclamation suivante : « Nous, Guillaume, roi de Prusse, faisons savoir ce qui suit aux habitants du territoire français occupés par les armées allemandes. L'empereur Napoléon ayant attaqué par terre et par mer la nation allemande, qui désirait et désire encore vivre en paix avec le peuple français, j'ai pria le commandement des armées allemandes pour repousser l'agression et j'ai été amené, par les événements militaires, à passer les frontières de la France. Je fais la guerre aux soldats et non aux (italiens français. Ceux-ci continueront, par conséquent, a jouir dune entière sécurité pour leurs

LA GUERRE FRANCO- Al. LE MANDE (1870). -20 i

A Paris le peuple était exaspéré. On rendait le ministère responsable des défaites de l'armée; l'empereur lui-même, malade et incapable de soutenir les fatigues d'une campagne, était Tobjet des plus violentes imprécations. Le 9 août, le ministère d'Emile Ollivier était renversé et remplacé par un , eh*»

11 du mimstèru

autre cabinet qui avait à sa tète le général Mon- 0IJivi,irtauban, comte de Palikao. Celui-ci représentait les ultra-impérialistes.

Le 12, Napoléon III abandonne le commandement de l'armée du Rhin, qui est remis au maréchal Bazaine. L'empereur aurait voulu rentrer dans Paris, il en fut empêché par la régente ellemême (i). Déjà il avait cessé de gouverner la France.

L'armée du Rhin, commandée par le maréchal Bazaine, tente, le 14 août, de s'ouvrir une voie vers Chàlons ; elle est vaincue à Colombev- ., Batai,Jf

J devant Meti

Nouilly (2) et repoussée jusqu'aux glacis de Metz. Le 16, des combats qui se prolongent pendant douze heures ont pour théâtre Gravelotte, Rezonville, Mars-la-Tour, Doncourt et Vionville (3) . Le 1 8,

personnes et leurs biens, aussi longtemps qu'ils ne me priveront pas eux-mêmes, par des entreprises hostiles contre les troupes allemandes, du droit de leur accorder ma protection. »

(1) Le 23 août, le ministre de la guerre télégraphiait au maréchal de Mac-Manon : « En aucun cas, et quoi qu'il advienne, ne ramenez pas l'empereur a Paris. C'est la révolution. »

(2) Les rapports français disent Borny.

(3) A Rezomille les Allemands et les Français s'attribuèrent

Mae-Hahoa

ch relie à rejoindre

Bsuaine.

Bazaine

rejelé

tiant MeU.

une troisième grande bataille est livrée devant Metz, à l'ouest encore, entre Saint -Privat-la-Montaa:ne et Amanvillers. Les Français sont de nouveau rejetés sur Metz et Bazaine s'y enferme avec 120,000 hommes.

Tandis que les armées du prince Frédéric- Charles et de Stcinmetz surveillent Bazaine, le prince royal de Prusse s'avance sur la route de Paris. La capitale aurait dû être défendue par l'armée que Mac-Mahon, après la défaite de Woerth, avait cherché à improviser dans le camp de Châlons; mais il reçut du ministère l'ordre de rejoindre Bazaine. Mac-Mahon, près duquel se trouvait Napoléon III, se mit en route avec des troupes fatiguées et mal pourvues; le 30 août, il était repoussé jusqu'à Sedan par le prince royal de Prusse qui avait abandonne sa pointe sur la Haute-Marne et s'était dirigé à marches forcées vers les Ardennes. Bazaine engageait alors, pour sortir de Metz, une nouvelle lutte contre le général de Manteuffel et le prince Frédéric-Charles. La bataille dite de Sainte-Barbe et de Noisseville dura trente heures (31 août- 1er septembre) ; elle eut pour résultat de rejeter définitivement Bazaine dans Metz.

Sur ces entrefaites, le roi Guillaume avait pris le commandement des deux corps qui allaient re-

également la victoire. « Cela eût été vrai pour Bazaine, dit un écrivain français, s'il s'était frayé un passage et avait rejoint le maréchal de Mac-Mahon. i

fouler dans Sedan les troupes de Mac-Mahon. Le 1er septembre, le sort du second empire français fut décidé.

« C'est à cinq heures du matin, dit un témoin (i), qu'eut lieu la première attaque du côté de Bazeilles, vigoureusement défendu par le 12e corps (général Lebrun). A cinq heures, le maréchal fit prévenir l'empereur que le canon grondait en amont de Sedan. Sa Majesté monta à cheval et, suivi de son état-major, prit la direction de Bazeilles ; elle rencontrait immédiatement le maréchal qu'on ramenait blessé; quelques paroles furent échangées entre eux. .

« Sous les feux de l'ennemi, l'empereur arriva au milieu de cette belle division d'infanterie de marine commandée par le général de Vassoigne. Sa Majesté s'entretint quelque temps avec le général; le combat était vif, car la garde royale prussienne et un corps bavarois s'acharnaient à l'attaque du village, dont l'infanterie de marine serait peut-être restée maîtresse sans les ordres de retraite dont je parlerai plus loin. Après être demeuré une demi-heure au milieu de cette troupe, l'empereur, voyant que les obus et les balles arrivaient de tous les côtés à la fois, ordonna au groupe d'officiers qui l'accompagnait de rester auprès d'un bataillon de chasseurs à pied, qui abrité derrière

L'armée

Mac ilahon vaincue i Sedau.

(1) Nous citons le iv< it du générai V. Pujol.

20S n'5T0!RE CONTEMPOIUP E.

un mur, attendait le moment d'entrer en ligne.

« L'empereur, délivré de son escorte, qui attirait trop l'attention de l'ennemi placé fort près, et voulant voir par lui-même les positions, s'avança encore plus en avant, accompagné seulement de son aide de camp de jour qui était moi, de l'officier d'ordonnance le capitaine d'Hondecourtqui fut tué, du premier écuyer Davilliers et du docteur Corvisart. Puis Sa Majesté se dirigea sur un point culminant où étaient les batteries du commandant Saint-Aulaire, et y demeura pendant près d'une heure au milieu d'une grêle de projectiles ennemis.

« Le maréchal, blessé à six heures du matin, avait fait appeler le général Ducrot pour lui remettre le commandement. Celui-ci, croyant que les dispositions prises ne pouvaient amener de bons résultats, voyant les forces de l'ennemi s'agglomérer dans la direction du calvaire d'Illy, voulant à tout prix empêcher le mouvement tournant qui, dans chacune des affaires, nous fut si fatal, et en même temps conserver la seule ligne de retraite qui nous restât, la route de Mézières, disposa aussitôt sur les hauteurs de Floinç deux divisions du

7e corps, leur artillerie taisant face à Mézières. En même temps, il donnait l'ordre au commandant du ►rps de prononcer son mouvement de retraite en échelons par brigade, mouvement qui s'exécuta fort habilement et toujours en combattant.

« Pendant ce temps, le général de Wimpffen, arrivé de i'avant-veille à l'armée et qui n'avait pas encore pris le commandement, du oe corps, auquel il était destiné, visitant les avant-postes, vit la belle attitude du 12e corps (Lebrun) et son énergique résistance du côté de Bazeilles; il put croire à un succès qui déciderait du sort de la journée. Il était alors neuf heures du matin. Depuis trois heures, le général Ducrot commandait, lorsque le général de Wimpffen vint lui présenter une lettrede service signée du ministre de la guerre, en vertu de laquelle il réclamait, au lieu et place du maréchal empêché, la direction du combat. Le général Ducrot remit aussitôt le commandement au général de Wimpffen, en lui expliquant les dispositions qu'il avait prescrites et les motifs qui l'avaient guidé; le nouveau commandant en chef n'en tint aucun compte, il ne voyait dans le mouvement de l'ennemi que des manœuvres de cavalerie.

« L'empereur, désirant gagner les hauteurs plus éloignées qui semblaient être la clef de la position, fit rappeler son état-major, et nous descendîmes dans le fond deGivonne, où nous rencontrâmes le général Goze et sa division. Un officier de chasseurs à pied, dont je regrette de ne pas savoir le nom, s'approcha de Sa Majesté et lui dit : « Sire, <' je suis du pays, je le connais parfaitement; si on « laisse tourner le bois de la Garenne, l'armée « sera entourée et se trouvera dans une position

210 RISTO RE CONTEMPORAINE.

« des plus critiques. » Sa Majesté allait envoyer un officier de son état-major porter au général en chef ces renseignements importants et qui justifiaient bien les craintes du général Ducrot, lorsque dans le chemin creux qui conduit à Givonne, il rencontra le général de Wimpffen, auquel il rapporta les paroles de l'ofocier de chasseurs. « Que « Votre Majesté ne s'inquiète pas, dans deux heu- « res je les aurai jetés dans la Meuse! » Telle fut la réponse textuelle faite à l'empereur par le général de Wimpffen. Le général Casteînau, près duquel je me trouvais, me prit la main et me dit : « Plaise à Dieu que ce ne soit pas nous qui y soyons « jetés! » 11 pressentait juste et nous percevions tous Timminence du péril suprême. Le terrain occupé par l'empereur et son état-major était labouré à chaque instant par des obus venant de toutes les directions. Des troupes se concentraient déjà dans les ravins qui entourent la ville, et les chemins qui y aboutissent étaient encombrés de voitures du train et d'artillerie, de régiments de cavalerie; tout ce monde espérait se placer en dehors des atteintes du feu, et, au contraire, le plus grand nombre tombait sous ses ravages.

« Le changement opéré dans les ordres donnés le matin portait ses fruits. A une heure, un effondrement se produisit entre le 1er et le 5e corps; les généraux essayèrent de rétablir l'ordre de bataille en se portant en avant : tout fut inutile, les trou-

LA GUERRE FRAXC0-ALLEMA3DE 1870). 211

pes se rabattirent sur Sedan dans un tel désordre que le commandant du 12° corps envoya Tordre de fermer sur-le-champ les portes de la ville. Précaution inutile, car les soldats montaient sur les remparts avec des cordes et des échelles qui leur étaient tendues de l'intérieur.

« Dès onze heures du matin, l'empereur s'était rendu compte de la situation ; pendant cinq heures, il s'était trouvé au plus fort de l'action, sous le feu croisé de la mitraille; les projectiles éclataient autour de sa personne et de son état-major: le général de Courson et le capitaine de Trécesson avaient été grièvement blessés près de lui; en se retirant, les troupes d'infanterie l'obligèrent à rétrograder, et il se trouva, pour ainsi dire, acculé aux murs de la place. Lorsque à onze heures et demie il les franchit, il y avait déjà plus de trente mille hommes entassés dans les rues, pêle-mêle, sans ordre; les obus tombaient au milieu d'eux comme sur le champ de bataille et y faisaient les mêmes ravages. Sur le pont, un obus éclata à deux pas de l'empereur et tua deux chevaux à côté de lui; il est extraordinaire qu'il n'ait pas été tué là !

« L'empereur se rendit d'abord chez le maréchal, puis voulut remonter à cheval; mais l'encombrement était tel, qu'il dut y renoncer et attendre à la sous-préfecture la fin du drame qui se déroulait. Bientôt les chefs de corps arrivèrent, déclarèrent

155 nrSTOIRE CONTEMPORAINE.

que leurs troupes étaient refoulées en désordre dans les rues de la ville, et que toute résistance était devenue impossible; on tomba d'accord qu'il fallait arrêter l'effusion de sang et arborer le drapeau parlementaire. Le général Pelle, qui, le lendemain, vota contre la capitulation, vint aussi et adressa à l'empereur des paroles que je ne puis oublier: « Sire, je ne suis qu'un soldat, je voudrais « sauver Votre Majesté, mais elle ne peut en ce « moment sortir des remparts, toute tentative serait « inutile. » L'empereur répondit qu'il n'entendait pas, pour sauver sa personne, sacrifier la vie d'un seul soldat, et qu'il était décidé à partager le sort de l'armée. Après avoir scrupuleusement interrogé les officiers généraux, l'empereur chargea le général Lebrun d'aller trouver le général de Wimpffen et de lui conseiller, puisque la lutte était désormais inutile, de demander un armistice. Au bout d'une heure, d'une grande heure, pendant laquelle le nombre des victimes augmentait dans une proportion effrayante, sous un feu multiple auquel l'artillerie française ne répondait même plus, aucune réponse n'étant parvenue, l'empereur prit sur lui de faire arborer le drapeau blanc au haut de la citadelle. Aussitôt le roi de Prusse envoya un de ses aides de camp demander la reddition de la place. L'empereur, persuadé qu'en livrant sa personne il obtiendrait de meilleures conditions pour l'armée et pour la France, envoya à son tour un

Capitulatio de Sedan.

LA GUETRE FRANCO-ALI.EMAVDE M870). 513

aide de camp au roi Guillaume, pour lui dire qu'il remettait son épée entre ses mains.

« Le lendemain, sous la présidence du général de Wimpffen, un conseil de guerre, composé de trente officiers généraux, reconnut que la capitulation était inévitable. Deux généraux seulement votèrent contre. »

A onze heures du matin, la capitulation fut signée au château de Bellevue (à Fresnois) : l'armée française était prisonnière de guerre et la place de Sedan livrée aux vainqueurs. Dans la matinée, Napoléon III s'était acheminé vers le quartier général du roi de Prusse ; après avoir eu un entrelien avec le comte de Bismarck dans une petite habitation placée sur la grande route, il se rendit au château de Bellevue et y attendit le roi Guillaume. Celui-ci vint recevoir l'empereur vaincu après que la capitulation eut été signée. Le même jour, Napoléon III, prisonnier, traversait une partie du territoire belge pour se rendre en Allemagne où le château de Wilhelmshœhe, près de Cassel, lui était assigné comme résidence (1). hœLe-

(I) Dans une lettre datée de Wilhelmshœhe, 29 octobre 1870, et adressée au feld-maréchal sir John Buigoyne, Napoléon expliqua les causes de ses revers : « ... Tous nos désastres, disait-il, viennent de cette circonstance que les Prussiens ont été plus tût prêts que nous, et que, pour ainsi dire, ils nous ont surpris en flagrant délit de formation. L'offensive m' étant de\enue impossible, je me suis résolu à la défensive ; mais empêchée par des considérations politiques, la marche en arrière a été retardée, puis devenue im-

Nno^Iêon I!l à Wilheow

21 i HISTOIRE CONTEMPORUNE.

empire.

i/armée L'armée belsre, chargée de veiller sur l'inviolabilité du territoire national et de la défendre, remplit loyalement cette mission et prévint ainsi de nouvelles calamités. Si les troupes françaises avaient, selon l'intention de leurs chefs, passé en Belgique et si elles n'y avaient pas été désarmées aussitôt, les Allemands avaient ordre de les suivre (i). Mais cette éventualité ne se réalisa point, l'armée belge étant d'ailleurs prête à remplir les devoirs qu'impose la neutralité.

La nouvelle de la capitulation de Sedan, révélée,

ch..te dans la nuit du 3 septembre aux chambres, fut annoncée le 4 au matin à la population de Paris par une proclamation des ministres. Déjà la déchéance de l'empereur et de sa dynastie avait été demandée par Jules Favre dans la nuit du 3 septembre ; le lendemain dimanche, elle fut consommée par le peuple, qui envahit le corps législatif. En quelques heures, sans effusion de sang, l'empire était dé-

possible. Revenu a Chàlons, j'ai voulu conduire la dernière armée qui nous restait à Paris ; mais là encore des considérations politiques nous ont forcés à faire la marche la plus imprudente et la moins stratégique qui a fini par le désastre de Sedan. Voilà en peu de mots ce qu'a été la malheureuse campagne de 1870. »

(1) Cet ordre fut donné le 50 août, à onze heures du soir, par le général de Moltkc,et, le 51 août, à Set à 6 heures du matin, par le prince royal de Saxe et par 1.' prince royal de Prusse.

Dans sa déposition devant la commission d'enquête de l'assemblée nationale, le maréchal de Mac-Manon a dit que, s'il avait conservé le commandement à Sedan, il aurait pu, en ras do revers, se rejeter en Belgique.

trait (i). L'impératrice put échapper des Tuileries et prendre la direction de la Belgique, où était son fils, pour se réfugier avec lui en Angleterre. M. Thiers et quelques députés, jusqu'à la fin de 'la journée du 4, essayèrent de maintenir à l'assemblée le droit de disposer du gouvernement et de la défense du pays. Mais déjà des membres de la gauche s'étaient rendus à l'hôtel de ville pour y proclamer la république. Le peuple se déclara pour eux et les aida a former le gouvernement dit de la défense na- ugouver twnale. 11 était compose au çencral Trochu, que ^ l . .

, nalionale.

Napoléon III avait nomme gouverneur de Paris, et de tous les députés élus depuis 1869 dans le département de la Seine (2). Le premier acte du nouveau gouvernement fut de dissoudre le corps législatif et de supprimer le sénat.

Tandis que les Allemands victorieux avaient repris la marche en avant sur Paris, le nouveau ministre des affaires étrangères (Jules Favre) écrivait, le 6 septembre, aux agents diplomatiques de la France : « Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire ni une pierre de nos forteresses. » C'était exalter inutilement le peuple et provoquer une lutte désespérée.

Le 19 septembre, le prince de Prusse était à

(1) Voir Souvenirs du 4 septembre, par Jules Simon, p. 381 et suiv.

(2) Gambetta, Jules Simon, Eugène Pellctan, Jules Favre, Jules Ferry, de Kératry, Crémieux, Ernest Picard et Jules Grévy.

de l"ertiei*-s

•216 HISTOIRF. CONTEMPORAINE.

Versailles. La veille, Jules Favre sollicitait de M. de Bismarck une entrevue : elle eut lieu au Entrevue château de Ferrières. M. de Bismarck dit nettement que l'Allemagne ne déposerait pas les armes avant d'avoir obtenu l'Alsace (Strasbourg étant la clef de la maison) et que le roi ne consentirait à un armistice en vue de la convocation d'une assemblée nationale que moyennant l'occupation de toutes les forteresses assiégées dans les Vosges et d'un fort dominant Paris (i).

Après que M. J. Favre eut rendu compte de cet entretien à ses collègues, le gouvernement publia, le 20 septembre au soir, une proclamation où il disait : « On a répandu le bruit que le gouvernement de la défense nationale songeait à abandonner la politique pour laquelle il a été placé au poste de l'honneur et du péril. Cette politique est celle qui se formule en ces termes: Ni un pouce de notre territoire, ni nue pierre de nos forteresses. Le gouvernement la maintiendra jusqu'à la fin. »

Huit jours après, Strasbourg capitulait.

Bazaine, toujours bloqué dans Metz, essaye d'entamer des négociations politiques avec le quartier général de Versailles; elles n'aboutissent pas et, le («piai»*» 27 octobre, il signe une capitulation aussi désastreuse que celle de Sedan. 11 livre la place de Metz

(1) Voir Gouvernement de la défense nationale, par Jules Favre, p. 153 et suiv.

de Meli

et se rend prisonnier de guerre avec les 173,000 hommes dont il avait le commandement (t).

M. Thiers qui, au nom du gouvernement de la Mireion

^ & , de M. Thiers

défense nationale, venait de visiter les principales cours de l'Europe pour y chercher un appui, avait échoué dans cette mission. Au surplus, M. de Bismarck avait déjà déclaré qu'il rejetait l'idée d'un armistice et d'un règlement des conditions de paix par l'intervention des puissances neutres.

Pendant que Paris était assiégé, une délégation du gouvernement delà défense nationale, installée d'abord à Tours, puis à Bordeaux, s'efforçait de diriger la guerre dans les départements envahis. Gambetta, qui dominait cette délégation, s'était ^délégation

, , . ° de Tours.

arrogé une véritable dictature et entreprenait de faire lever la France en masse contre les Allemands. Quel succès obtint-il? « Loin de pouvoir marcher sur Paris, disait un écrivain républicain (2), notre armée d'Orléans a été rejetée en désordre en deçà de la Loire, puis coupée en deux

(1) Dans la séance du Reichstag du 15 juin 1871, M. de Bismarck disait : «... Les Français également ont fait preuve de courage; leurs soldats se sont, eux aussi, bravement battus; ce qui leur a manqué, c'est le commandement, c'est la fidélité au devoir chez les chefs, c'est l'intelligence des chefs, c'est la conduite ferme et résolue de la guerre sous la main d'un commandant impérial et monarchique qui fût a leur tête avec la conscience de toute sa responsabilité et le sentiment qu'il combattait pour la couronne et l'empire. » Les Discours du prince de Bismarck, t. III, p. 106.

(2) M. P. Lanfrey, l'auteur de ['Histoire de Napoléon Ier.

tronçons qui cherchent vainement à se rejoindre. Son brave et honorable général, qui était un héros la veille, a été dénoncé le lendemain comme un traître pour n'avoir pu tenir les promesses inconsidérées qu'on nous faisait sans son aveu. — Notre armée de l'Ouest a été battue et dispersée ; notre armée de l'Est a subi un échec glorieux, mais trèssensible, à Nuits; plusieurs de nos meilleures places sont tombées dans les mains de l'ennemi. Paris, après trois jours de combats héroïques pour briser les lignes prussiennes, s'est de nouveau résigné à attendre que nous soyons prêts à lui tendre la main. 11 endure stoïquement les privations qui doivent prolonger sa résistance. — En présence de tant de douleurs et de sacrifices, notre devoir est clair, indiscutable. Tant que Paris tiendra, tout doit tendre à sa délivrance. Toutes les forces de la France doivent être concentrées pour un nouvel effort ; mais nous demandons à tous les hommes de bonne foi si la direction de cet effort suprême peut être laissée sans danger aux mains incapables qui ont si mal conduit les opérations précédentes? Nous leur demandons s'il ne serait pas bon que la nation fût enfin appelée à surveiller des plans et des préparatifs qui sont pour elle une question de vie ou de mort? Personne n'ose plus aujourd'hui nier les fautes commises. — On ne pourrait plus rappeler sans une cruelle ironie ce titre d'organisateur de la victoire qu'un mem-

bre de la délégation de Tours s'était fait décerner un peu prématurément par l'enthousiasme de quelques sous-préfets. Que faut-il donc de plus? Devons-nous attendre que tout soit perdu pour reconnaître qu'on s'est trompé en confiant la direction de la guerre à un avocat ? L'expérience n'estelle pas assez complète? Sa dictature a-t-elle rencontré un seul obstacle? Fut-il jamais un peuple plus docile, une opposition plus accommodante, une administration plus empressée?

« Nous avions trois mois de répit ; c'était plus qu'il ne fallait pour organiser une armée solide et redoutable. Les éléments ne manquaient pas, ils ne demandaient qu'à être réunis, disciplinés. On a préféré lever d'énormes quantités d'hommes qu'on ne pouvait ni armer, ni équiper, ni nourrir. On a jeté partout le désordre et la désorganisation, tout en se gardant bien de rien changer à la vieille routine administrative et militaire. On a détruit la confiance du soldat par des destitutions sans motifs, bientôt suivies de réhabilitations sans effet. On a fait des chefs d'armée avec des journalistes de troisième ordre. On a livré nos emprunts aux aventuriers de la finance. On a confié des fonctions de la plus haute importance à des bohèmes politiques qui parlent du matin au soir de faire des pactes avec la mort, et qui n'ont fait de pacte qu'avec leurs appointements. — Chacun est à même de juger de l'exactitude de ce tableau. Ce-

pendant nous n'en avons pas encore signalé le côté le plus grave. On ne dit pas, on n'a jamais dit la vérité au pays sur sa propre situation. Nous n'avons jamais su que par les journaux étrangers les nouvelles qu'il nous importait le plus de connaître. C'est par eux seuls que nous avons appris successivement la chute de Toul, de Verdun, de Schelestadt, de Neuf-Brisach,deLaFère, d'Amiens, de Thionville,de Rouen, de Dieppe, de Montmédy, de Phalsbourg! Il y avait trois jours que l'Europe entière connaissait la triste capitulation de Metz, et l'on nous entretenait encore des victorieuses sorties de Bazaine ! — On nous a raconté des sorties de Paris qui n'ont jamais existé que sur le papier; on a fait figurer des troupes sur des points géographiques où elles n'ont jamais paru. Et quand on était forcé d'avouer une partie de la vérité, on avait soin de lui faire subir d'étranges transformations. La retraite de notre armée de la Loire n'était, a tout bien considérer, qu'un « mouvement stratégique » qui avait l'avantage d'attirer l'ennemi loin de Paris. Quant à l'évacuation de Tours, elle était une mesure résolue depuis près de deux mois! C'est ainsi qu'on s'est fait une popularité avec de fausses victoires. La France était affamée d'espérance, on l'a traitée comme si elle était affamée de mensonge. — Il est temps d'en finir avec les déclamations, de mettre un terme à ce régime d'arbitraire, dnripéritie, de dissimula-

tion et d'impuissance. Il est temps que la nation qui a su faire de si grandes choses soit représentée par les hommes qu'elle aura jugés les plus capables de la conduire... »

En résumé, les Allemands, qui étaient en France au nombre de plus de 800,000 (t), surent maintenir leur supériorité; et tandis qu'ils refoulaient dans Paris les défenseurs de cette immense ville, ils empêchaient qu'une armée du dehors n'approchât de la capitale et ne donnât la main aux troupes du dedans.

La guerre, si imprudemment déclarée par Napoléon III, allait compléter l'unité italienne et substituer X empire allemand à la Confédération du Nord.

Pie IX, jusqu'alors protégé par la garnison fran- svam-vm çaise qui occupait Civita-Vecchia, avait vu s'éloi- "C gner ses derniers défenseurs, et, le 20 septembre, les Italiens prenaient possession de Rome au nom de Victor-Emmanuel (2).

(1) D'après un document officiel. Tannée allemande mobilisée, qui entra de fait en France, montait à 915,976 hommes.

(2) Le -21 septembre, le cardiual Antonelli adressait une protestation à toutes les puissances. Toutefois, des décrets du 9 octobre accomplirent l'incorporation, et le roi d'Italie promit une loi de garanties pour l'indépendance du pape et le libre exercice de son autorité spirituelle. Le 1er novembre, une encyclique papale excommunie tous les auteurs et promoteurs de l'annexion de Rome, et le 9, le cardinal Antonelli renouvelle sa protestation diplomatique Les chamhres italiennes votent néanmoins l'annexion et la translation de la capitale de l'Italie à Rome.

manuel nae

Quelques semaines après, le 4 décembre, le roi de Bavière engageait les princes allemands à offrir au roi de Prusse le titre d'empereur d'Allemagne. Dès le 9, le Reichstag du Nord approuvait les conventions conclues avec les États du Midi pour la création du nouvel empire. Le 7 janvier suivant, Guillaume Ier datait de Versailles une proclamation au peuple allemand par laquelle il déclarait accepter la dignité impériale. Le lendemain, dans le palais même de Louis XIV, il prenait solennellement possession de cette dignité. «Un autel recouvert d'un drap rouge sur lequel se détachait l'image de la croix de Fer prussienne avait été dressé, dit un historien, dans la galerie des glaces. De chaque côté de l'autel, des députations de l'armée étaient rangées autour de leurs drapeaux. A une heure et un quart, le roi parut, entouré des princes de sa famille, suivi d'un cortège nombreux où figuraient les représentants de toutes les maisons souveraines de l'Allemagne, des généraux et des ministres. Il prit place devant l'autel, les princes se rangèrent derrière lui. M. de Bismarck se tenait au premier rang, à gauche de son maître. Un chœur composé de soldats entonna le psaume : « Tout l'univers fête le Seigneur... » Après le chant de la liturgie, le roi déposa devant le drapeau la charte de l'empire, puis il donna au chancelier l'ordre de lire sa proclamation au peuple allemand. Il annonçait que, sur la demande des princes et

des villes libres d'Allemagne, il avait considéré comme un devoir de restaurer la couronne impériale et de se la décerner. Il en donnait acte à ses peuples et appelait sur eux la bénédiction du Ciel (i). Cette lecture achevée, le grand duc de

(1) « Nous Guillaume, par la grâce de Dieu, roi de Prusse, proclamons, par la présente : les princes allemands et les villes libres ayant fait a nous l'appel unanime de renouveler, avec le rétablissement de l'empire allemand, la dignité d'empereur, abolie depuis soixante ans, et d'accepter ce titre :

Les stipulations nécessaires ayant été prévues dans la Constitution de la Confédération allemande, nous proclamons que nous considérons comme un devoir envers la patrie commune d'accéder à cet appel des princes allemands fédérés et des villes libres, et d'accepter la dignité d'empereur.

Nous et nos successeurs dans la couronne allemande nous prendrons le titre d'empereur dans toutes nos relations et affaires de l'empire allemand.

Nous espérons en Dieu qu'il sera donné à la nation allemande de mener la patrie, sous le symbole de son ancienne splendeur, a un avenir prospère.

Nous acceptons la dignité impériale avec la conscience du devoir de protéger avec la fidélité allemande les droits de l'empire et de ses membres, de sauvegarder la paix, de soutenir l'indépendance de l'Allemagne et de consolider la force du peuple.

Nous l'acceptons dans l'espoir qu'il sera donné au peuple allemand de jouir de la récompense de ses luttes chaudes et soutenues avec abnégation dans une paix durable et dans les frontières qui accorderont à la patrie la sécurité contre de nouvelles attaques de la France, sécurité dont l'Allemagne a été privée pendant des siècles.

Mais à nous et a nos successeurs a la couronne impériale, Dieu veuille accorder d'être toujours le garde de l'empire allemand, non par des conquêtes de guerre, mais par des œuvres de paix, sur le domaine de la prospérité, de la liberté et de la civilisation nationale !

HISTOIRE f.ONTEMPORUNE

Capitulation de Paris.

L'assemblée

de Bordeaux.

M. Thiers, rbef

du pouvoir exécutif.

Bade s'écria : Vive Sa Majesté l'empereur d'Allemagne! L'assemblée répéta trois fois ce cri, et tandis que les musiques exécutaient l'hymne national prussien, l'empereur se retira. »

Paris, qui n'avait plus de pain que pour dix jours, dut enfin se rendre. Le 28 janvier, était conclu un armistice qui équivalait, pour la capitale et ses forts, à une capitulation; une assemblée nationale devait délibérer sur les conditions imposées à la France entière par les vainqueurs.

Cette assemblée, composée de députés élus par le suffrage universel, se réunit à Bordeaux le 12 février. Le lendemain le gouvernement de la défense nationale déposait ses pouvoirs et, le 17, M. Thiers était nommé chef du pouvoir exécutif de la république en attendant qu'il fût statue sur les institutions de la France. Le 26 février, les négociations pour les préliminaires de paix étaient achevées, et, le 1er mars, l'assemblée nationale, ayant voté l'urgence, commençait un débat qui devait laisser une impression ineffaçable. Elle prononça d'abord, par an ordre du jour, la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie (t); puis « subissant, disait-elle, la conséquence de faits dont elle

(1) Napoléon III, par une lettre datée de Wilhelmshœhe, 6 mars 1S71 et adressée au président de T Assemblée nationale, protesta contre cette résolution :

Au moment où tous les Français, profondément attristés par

les conditions de la paix, ne songeaient qu'aux maux de la patrie,

n'était pas l'auteur », elle ratifia les préliminaires de paix par 546 voix contre 107.

Ces préliminaires étaient les suivants :

« Entre le chef du pouvoir exécutif de la République française, M. Thiers,

« Le ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, représentant de la France d'un côté,

l'Assemblée nationale a prononcé la déchéance de ma dynastie et a affirmé que j'étais seul responsable des calamités publiques.

« Je proteste contre cette déclaration injuste et illégale.

« Injuste, car lorsque la guerre fut déclarée, le sentiment national, surexcité par des causes indépendantes de ma volonté, avait produit un entraînement général et irrésistible.

i Illégale, car l'Assemblée, nommée dans le seul but de faire la paix, a outre-passé ses pouvoirs en tranchant des questions audessus de sa compétence, et, fût-elle même Constituante, elle serait impuissante a substituer sa volonté à celle de la nation. L'exemple du passé est là pour le prouver. L'hostilité de la Constituante, en 1848, est venue échouer devant l'élection du Dix- Décembre; et, en 1851, le peuple, par plus de sept millions de suffrages, m'a donné raison contre l'Assemblée législative.

La passion politique ne saurait prévaloir contre le droit, et le droit public français pour la fondation de tout gouvernement légitime, c'est le plébiscite. Hors de lui, il n'y a qu'usurpation pour les uns, oppression pour les autres. Aussi, suis-je prêt à m'incliner devant la libre expression de la volonté nationale, mais devant elle seulement.

« En présence d'événements douloureux, qui imposent à tous l'abnégation et le désintéressement, j'aurais voulu garder le silence ; mais la déclaration de l'Assemblée me force de protester, au nom de la vérité outragée et des droits de la nation méconnus.

« Recevez, monsieur le président, l'assurance de ma haute estime. Napoléon.

Wilhelmshœhe, 6 mars 1871. »

« Et de l'autre,

« Le chancelier de l'empire germanique, H. Otto de Bismarck-Schœnhausen, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté l'empereur d'Allemagne, roi de Prusse ;

« Le ministre d'État et des affaires étrangères de Sa Majesté le roi de Bavière, M. Otto de Bray-Steinburg;

« Le ministre d'État, président du conseil des ministres de Son Altesse Royale Monseigneur le grand-duc de Bade, M. Jules Jolly, représentant l'empire germanique;

« Les pleins pouvoirs des deux parties contractantes ayant été trouvés en bonne et due forme, il a été convenu ce qui suit, pour servir de base à la paix définitive à conclure ultérieurement :

« Art. 1er. La France renonce, en faveur de l'empire allemand, à tous ses droits et titres sur les territoires situés à l'est de la frontière ci-après désignés :

« La ligne de démarcation commence à la frontière nordouest du canton de Cattenom, vers le grand-duché de Luxembourg, suit vers le sud les frontières occidentales des cantons de Cattenom et Thionville, par le canton de Briey, en longeant les frontières occidentales des communes de 3Iontoisla-Montagne et Roncourt, ainsi que les frontières orientales des communes de Marie-aux-Chênes, Saint-Ail, Habouville, atteint la frontière du canton de Gorze, qu'elle traverse le long des frontières de Vionville, Bouxières et Onville, suit la frontière sud-ouest respective sud de l'arrondissement de Metz, la frontière occidentale de l'arrondissement de Château-Salins jusqu'à la commune de Pellencourt, dont elle embrasse les frontières occidentale et méridionale pour suivre la crête des montagnes entre la Seille et le Moncel jusqu'à la frontière de l'arrondissement de Sarrebourg au sud de Garde. La démarcation coïncide ensuite avec la frontière de cet arrondissement jusqu'à la commune de Tanconville, dont elle atteint la frontière du nord ; de là elle suit la crête des montagnes entre

les sources de la Sarre-Blanche et la Vezouze, jusqu'à la frontière du canton de Schirmeck, longe la frontière occidentale de ce canton, embrasse les communes de Saales, Bourçr- Bruches, Cotro\ -la-Roche, Plaine, Ranrupt, 'Saulxures et Sainl-Blaise-la-Roche du canton de Saales, et coïncide avec la frontière occidentale des département du Bas-Rhin et du Haut-Rhin jusqu'au canton de Belfort, dont elle quitte la frontière méridionale non loin de Tour-Advenans, pour traverser le canton de Délie, aux limites méridionales des communes de Bourogne et de Froidefontaine, et atteindre la frontière suisse en longeant les frontières orientales des communes de Jonchéry et Délie.

« L'empire allemand possédera ces territoires à perpétuité en toute souveraineté et propriété (1). Une commission internationale, composée de représentants des hautes parties contractantes en nombre égal des deux côtés, sera chargée, immédiatement après l'échange des ratifications du présent traité, d'exécuter sur le terrain le tracé de la nouvelle frontière, conformément aux stipulations précédentes.

« Cette commission présidera au partage des biens-fonds

(1) M. de Bismarck disait au Reichstag le 16 mai 1875 : «... Ce n'est point par envie de posséder des territoires et des hommes, ce n'est pas non plus par le désir légitime de redresser un tort qui nous a été fait il y a deus cents ans, mais parce que nous sommes dans la pénible nécessité de devoir nous attendre à de nouvelles attaques d'un voisin belliqueux, que nous avons étendu nos demandes de cession de territoires et de forteresses autant que nous l'avons fait, afin d'avoir un boulevard derrière lequel nous puissions soutenir des attaques ultérieures semblables a celles que chaque génération a subies en Allemagne depuis trois siècles. Je crois que parmi nous il n'est personne dont les ancêtres n'aient eu, dans chaque génération, depuis trois cents ans a combattre la France, s'ils étaient soldats... i (Les Discourt du prince de Bismarck, t. V, p. 78.)

et capitaux qui jusqu'ici ont appartenu en commun a des districts ou des communes séparés par la nouvelle frontière; en cas de désaccord sur le tracé et les mesures d'exécution, les membres de la commission en référeront à leurs gouvernements respectifs.

« La frontière, telle qu'elle vient d'être décrite, se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte du territoire formant le gouvernement général d'Alsace, publiée à Berlin, en septembre 1870, par la division géographique et statistique de l'état- major général, et dont un exemplaire sera joint a chacune des deux expéditions du présent traité.

« Toutefois, le traité indiqué a subi les modifications suivantes de l'accord des deux parties contractantes : dans l'ancien département de la Moselle, les villages de Marie-aux- Chênes, près de Saint-Privat-la-Montagne et de Yionville, à l'ouest de Rezonville, seront cédés à l'Allemagne. Par contre, la ville et les fortifications de Belfort resteront à la France avec un rayon qui sera déterminé ultérieurement.

« Art. 2. La France payera à Sa Majesté l'empereur d'Allemagne la somme de cinq milliards de francs.

« Le payement d'au moins un milliard de francs aura lieu dans le courant de l'année 1871, et celui de tout le reste de la dette dans un espace de trois années a partir de la ratification des présentes.

« Art. 3. L'évacuation des territoires français occupés par les troupes allemandes commencera après la ratification du présent traité par l'Assemblée nationale siégeant à Bordeaux.

« Immédiatement après cette ratification, les troupes allemandes quitteront l'intérieur de la ville de Paris, ainsi que les forts situés à la rive gauche de la Seine; et dans le plus bref délai possible, fixé par une entente entre les autorités # militaires des deux pays, elles évacueront entièrement les

départements du Calvados, de l'Orne, de la Sarthe, d'Eureet-Loir, du Loiret, du Loir-et-Cher, d'Indre-et-Loire, de l'Yonne, et de plus, les départements de la Seine-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Oise. de Seine-et-Marne, -de l'Aube et de laCôte-d'Or, jusqu'à la rive gauche de la Seine. Les troupes françaises se retireront en même temps derrière la Loire, qu'elles ne pourront dépasser avant la signature du traité définitif.

« Sont exemptés de ces dispositions la garnison de Paris, dont le nombre ne pourra pas dépasser 40,000 hommes, et les garnisons indispensables à la sûreté (.les places fortes.

« L'évacuation des départements situés entre la rive droite de la Seine et la frontière de l'est par les troupes allemandes s'opérera graduellement après la ratification du traité de paix définitif et le payement du premier demi-milliard de la contribution stipulée par l'article -2, en commençant par les départements les plus rapprochés de Paris, et se continuera au fur et à mesure que les versements de la contribution seront effectués. Après le premier versement d'un demi-milliard, celte évacuation aura lieu dans les départements suivants : Somme, Oise et les parties des départements de la Seine- Inférieure, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, situés sur la rive droite de la Seine, ainsi que la partie du département de la Seine et les forts situés sur la rive droite.

« Après le payement de deux milliards, l'occupation allemande ne comprendra plus que les départements de la Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que de la forteresse de Belforl avec son territoire, qui serviront de gage pour les trois milliards restants, et où le nombre des troupes allemandes ne dépassera pas 50,000 hommes. Sa Majesté l'Empereur sera disposé à substituer à la garantie territoriale consistant dans l'occupation partielle du territoire français une garantie financière, si elle est offerte par le gouvernement français

dans des conditions reconnues suffisantes par Sa Majesté l'Empereur et Roi pour les intérêts de l'Allemagne. Les trois milliards dont l'acquittement aura été différé porteront intérêts à cinq pour cent à partir de la ratification de la présente convention.

« Art. 4. Les troupes allemandes s'abstiendront de faire des réquisitions, soit en argent, soit en nature. Par contre, l'alimentation des troupes allemandes qui resteront en France aura lieu aux frais du gouvernement français, dans la mesure convenue par une entente avec l'intendance militaire allemande

o Art. 5. Les intérêts des habitants des territoires cédés par la France, en tout ce qui concerne leur commerce et leur droit civil, seront réglés aussi favorablement que possible lorsque seront arrêtées les conditions de la paix définitive. Il sera fixé, à cet effet, un espace de temps pendant lequel ils jouiront de facilités particulières pour la circulation de leurs produits. Le gouvernement allemand n'apportera aucun obstacle à la libre émigration des habitants des territoires cédés, et ne pourra prendre contre eux aucune mesure atteignant leurs personnes ou leurs propriétés.

« Art. 6. Les prisonniers de guerre qui n'auront pas été déjà mis en liberté par voie d'échange seront rendus immédiatement après la ratification des présents préliminaires.

« Afin d'accélérer le transport des prisonniers français, le gouvernement français mettra à la disposition des autorités allemandes, à l'intérieur du territoire allemand, une partie du matériel roulant de ses chemins de fer, dans une mesure qui sera déterminée par des arrangements spéciaux, et aux prix payés en France par le gouvernement français pour les transports militaires.

« Art. 7. L'ouverture des négociations pour le traité de paix définitif à conclure sur la base des présents préliminaires aura lieu à Bruxelles, immédiatement après la ratifi-

cation de ces derniers par l'Assemblée nationale et par Sa Majesté l'empereur d'Allemagne.

« Art. 8. Après la conclusion et la ratification du traité de paix définitif, l'administration des départements devant encore rester occupés par les troupes allemandes sera remise aux autorités françaises; mais ces dernières seront tenues de se conformer aux ordres que les commandants des troupes allemandes croiraient devoir donner dans l'intérêt de la sûreté, de l'entretien et de la distribution des troupes.

« Dans les déparlements occupés, la perception des impôts, après la ratification du présent traité, s'opérera pour le compte du gouvernement français et par le moyen de ses employés.

« Art. 9. 11 est bien entendu que les présentes ne peuvent donner à l'autorité militaire allemande aucun droit sur les parties du territoire qu'elles n'occupent pas actuellement.

« Art. 10. Les présentes seront immédiatement soumises à la ratification de l'Assemblée nationale française siégeant à Bordeaux et de Sa Majesté l'empereur d'Allemagne.

a En foi de quoi les soussignés ont revêtu le présent traité préliminaire de leurs signatures et de leurs sceaux.

« Fait à Versailles, le 26 février 1871 .

« Signé : A. Thters.

« Jules Favre.

« (L. L.) Signé : V. Bismarck. »

Francfort- sur -Mein fut définitivement choisi pour l'ouverture des négociations concernant le traité de paix définitif à conclure sur la base des t. préliminaires de Versailles (i). Le 10 mai 1871, à Francfort.

(1) Voir Valfrey, Histoire du traité de Francfort et de la libération du territoire, passim.

de

Thôtel du Cygne, MM. de Bismarck et Jules Favre signaient le traité définitif par lequel la France cédait l'Alsace et la Lorraine allemande.

Ces acquisitions, fruit des plus mémorables succès, coûtaient à l'Allemagne plus de cent mille hommes. Mais la perte des Français était au moins égale et, au moment même où la paix était conclue, la Prusse gardait encore plus de deux cent cinquante mille prisonniers.

Le traité de Francfort a détruit la suprématie que la France a si longtemps possédée; cette prépondérance passe à l'empire allemand, dont la création annonce une ère nouvelle pour les nations de l'Europe.

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