LE ROYAUME DES PAYS-BAS
Par la création du royaume des Pays-Bas, le congrès de Vienne rétablissait entre le nord et le midi de cette contrée l'union qui avait été malheureusement détruite par les orages du xvie siècle. En 18 15, on pouvait prédire un avenir heureux au nouvel Etat, qui venait d'être affermi et illustré par la victoire de Waterloo. « Aujourd'hui, disait Guillaume aux états généraux des Provinces-Unies (8 août 1815), aujourd'hui que les Belges et les Bataves, réunis sous les bannières de l'indépendance et marchant à côté de nos généreux alliés, ont, à l'heure du péril, confirmé leurs promesses par des actions, la nation et l'Europe entière partagent, je l'espère, et ma confiance et ma sécurité. Un jour l'histoire présentera les batailles des Quatre-Bras et de Waterloo comme deux colonnes éclatantes du nouveau royaume des Pays-Bas; et heureux le père dont les fils eurent la gloire d'affermir ces colonnes et de les arroser de leur sang! »
tomba sous le couteau de Louvel.Le 29 septembre suivant, venait au monde le duc de Bordeaux, qui fut nommé par les royalistes Y enfant de l'Europe et Y enfant du miracle.
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Nul souverain n'était alors plus populaire que le chef de la maison d'Orange-Nassau, et le prince héréditaire, qui s'était noblement comporté dans les derniers combats pour l'indépendance nationale, possédait l'affection des Belges.
ia loi fonda- ^ii milieu de la confusion causée par le retour de Napoléon, Guillaume Ier avait mis la couronne sur sa tête et institué une commission chargée de reviser la loi fondamentale des Provinces-Unies et de l'adapter au royaume des Pays-Bas. La commission de révision, composée de personnages belges et hollandais, devait nécessairement tenir compte du protocole de Londres du 20 juin 1814. Cet acte posait les bases de la réunion de la Belgique et de la Hollande. Le prince d'Orange ne pouvait être mis en possession des provinces méridionales qu'après avoir donné son adhésion (c'est ce qu'il fit le 21 juillet suivant) aux conditions arrêtées par les puissances. « La réunion des deux pays, avaient dit celles-ci, devra être intime et complète, de façon qu'ils ne forment qu'un seul et même Etat, régi par la constitution hollandaise, laquelle sera modifiée, d'un commun accord, d'après les nouvelles circonstances ; il ne sera rien innové aux articles de cette constitution qui assurent à tous les cultes une égale protection et à tous les citoyens, quelle que soit leur croyance religieuse, l'admission aux emplois et aux offices publics; les populations belges seront convenable-
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ment représentées à l'assemblée des états généraux; enfin tous les habitants du royaume se trouvant constitutionnellement assimilés entre eux, les différentes provinces jouiront de tous les avantages commerciaux et autres que comporte leur situation respective, sans qu'aucune entrave ou restriction puisse être imposée à l'une au profit de l'autre. »
D'après le projet de constitution, les états généraux du royaume devaient se composer de deux chambres : les membres de la première étaient nommés à vie par le roi; ceux de la seconde étaient désignés par les états provinciaux et répartis en nombre égal entre le nord et le midi (55 pour le nord et oo pour le midi). Or, la Belgique possédant alors 3,000,000 d'habitants et la Hollande n'en ayant que 1,900,000, l'équilibre était rompu dans l'intérêt du nord. Les Hollandais alléguaient que l'état proportionnel de la population ne pouvait servir de base; qu'il fallait considérer tout à la fois la population, les sources de richesses, etc., et qu'en prenant même la population pour base, la balance pencherait du côté des Provinces-Unies puisque les colonies, qui comptaient plusieurs millions d'habitants, allaient entrer dans la communauté. Il était impossible que la Hollande, indépendante depuis deux siècles, ajoutaient-ils, se résignât à se mettre sous la dépendance des provinces belges. Mais celles-ci
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devaient-elles être mises sous la dépendance des provinces hollandaises?
L'épiscopat, dans une instruction pastorale, protesta contre les articles qui consacraient la liberté des cultes et l'admissibilité de tous les citoyens aux emplois, sans distinction de croyances religieuses. Cette opposition fut toute-puissante. La nouvelle constitution, après avoir été adoptée à l'unanimité par les états généraux des Provinces- Unies, fut rejetée en Belgique par la majorité des notables appelés à la voter.
Guillaume 1er, par une proclamation du 24 août 1815, déclara néanmoins la loi fondamentale acceptée. Il manifestait un vif mécontentement à legard de ceux qui avaient méconnu, disait-il, la sagesse des huit articles du traité de Londres, concernant la protection due à toutes les communions. Ces articles, ajoutait-il, étaient conformes à une législation depuis longtemps existante, fondée sur les traités, et en harmonie avec les principes que les souverains les plus religieux avaient introduits dans le système européen.
Mais tandis que les autres chartes consacraient la responsabilité ministérielle, c'est-à-dire la base même du système représentatif, Guillaume Ier avait refusé de l'admettre. Il ne voulait pas, disait-il, être moins que ses ancêtres, les stathouders.
Lorsqu'il fut inauguré sur la place Royale à Bruxelles comme roi des Pays-Bas (21 septembre