‹ Précis de l'histoire de France, avec des notes explicatives en anglaisChapitre 26 sur 43 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA RÉVOLUTION l'assemblée constituante, l'assemblée législative,

ET LA convention

Le 14 Juillet 1789. — Les conseillers de Louis XVI, surtout Marie-Antoinette et le comte d'Artois, engagèrent le roi à prendre des mesures énergiques pour résister à l'Assemblée. Des troupes étrangères furent concentrées à Versailles et autour de Paris, et Necker fut exilé le 1 1 juillet. Le lende- 5 main, au milieu d'une immense agitation, Camille Desmoulins harangua le peuple au Palais-Royal et appela les citoyens aux armes. Le 13 on organisa à l'Hôtel de ville une milice bourgeoise de 48,000 hommes et l'on prit une cocarde bleue et rouge, couleurs du blason de la ville de Paris. Le 14 la 10 foule se porta aux Invalides, saisit toutes les armes qui s'y trouvaient et marcha contre la Bastille. Il se trouvait alors peu de prisonniers dans cette forteresse, mais elle était aux yeux du peuple l'emblème du despotisme. Aussi fut-ce avec acharnement que l'attaque eut lieu. La Bastille fut prise et 15 démolie. Cet événement marquait une ère nouvelle dans l'histoire de France, car comme le dit Bailly, "ce fut pour le peuple une image matérielle de la chute de l'ancien gouvernement et de la destruction du pouvoir arbitraire." Regrettons que cette première victoire du peuple ait été souillée 20

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par le meurtre du gouverneur de la Bastille et du prévôt des marchands.

Origine du drapeau tricolore. — La Fayette fut nommé commandant de la garde bourgeoise, qui fut appelée garde

5 nationale, et il fit ajouter sur la cocarde nationale la couleur blanche du drapeau des Bourbons au rouge et au bleu, couleurs de la ville de Paris. Telle fut l'origine du drapeau tricolore qui devait être porté si glorieusement par les soldats français.

lo Abolition des droits féodaux. — Retour de Louis XVI à Paris. — La prise de la Bastille produisit une grande impression sur la France entière, et il y eut des désordres dans les provinces, où les paysans attaquèrent et pillèrent les châteaux. Quelques députés de la noblesse et du clergé à l'As-

15 semblée crurent que le seul moyen de ramener la paix dans le pays serait d'abolir les privilèges et les droits féodaux, et sur la motion du vicomte de Noailles, appuyée par le duc d'Aiguillon, l'Assemblée vota cette grande réforme, dans la nuit du 4 août. La noblesse et le clergé avaient eu un élan

20 généreux et avaient répondu aux demandes du peuple. L'Assemblée vota aussi, le 26 août, la célèbre Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Malheureusement le parti de la cour commit de graves imprudences à Versailles. Les troupes furent rappelées, et le i^"" octobre 1789 dans un

25 banquet des gardes du corps on foula aux pieds la cocarde tricolore. Il y eut une émeute terrible à Paris, et une foule immense d'hommes et de femmes se porta sur Versailles. La Fayette sauva la famille royale, qui fut obligée de venir à Paris le 6 octobre. L'i\ssemblée suivit le roi, et Paris re-

30 devint en réalité le siège du gouvernement. La cour de Versailles autrefois si brillante n'existait plus.

La Fayette

Les biens nationaux. — Constitution civile du clergé. —

L'Assemblée poursuivit ses réformes, et Louis XVI n'y fit pas d'opposition. Il y eut une harmonie apparente entre le parti de la Révolution et le roi, et le 14 juillet 1790 il y eut au Champ-de-Mars la Fête de la Fédération, où pour la der- 5 nière fois le roi et la nation reconstituée pactisèrent. Dès cette époque les nobles, qui avaient déjà commencé à quitter la France, émigrèrent en grand nombre. Leurs biens furent bientôt confisqués et formèrent avec les propriétés du clergé les biens nationaux. Il avait été décidé que les pro- 10 priétés du clergé appartiendraient à la nation, et que celle-ci pourvoirait aux frais du culte et à l'entretien des évêques et des prêtres. Malheureusement l'Assemblée adopta une mesure qui établissait que les évêques et les curés seraient élus par le peuple. Cette '■^constitution civile du clergé''^ ne fut 15 pas reconnue par la grande majorité des ecclésiastiques et froissait les sentiments religieux de la plus grande partie de la population. Les membres du clergé qui refusèrent de prêter serment d'observer la nouvelle loi furent appelés non assermentés et furent plus tard persécutés. 20

Les Jacobins. — Mort de Mirabeau. — Il se forma à Paris des clubs politiques, dont les principaux furent les Jacobins, les Cordeliers, et les Feuillants, et l'agitation devint de jour en jour plus grande dans tout le pays. Necker, qui avait été rappelé, donna sa démission, en septembre 1790, 25 et Mirabeau se rapprocha de la cour. Il voulait d'une monarchie constitutionnelle et tâcha d'arrêter la marche de la Révolution et les excès qu'il prévoyait. Il est malheureux pour sa mémoire qu'il ait accepté de l'argent du roi et qu'on ait eu le droit de l'accuser de vénalité. Cet homme extraordi- 30 naire mourut le 2 avril 1791. On lui fit des funérailles

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magnifiques, et son corps fut mis à l'église Sainte-Geneviève transformée en Panthéon. Deux ans et demi plus tard, lorsqu'on eut découvert la preuve des rapports de Mirabeau avec le roi, les restes du grand orateur furent enlevés du 5 Panthéon pour y faire place à ceux de l'ignoble Marat. Étrange aveuglement d'un peuple en révolution !

Fuite de Louis XVI. — Son arrestation à Varennes. — Quoique Louis XVI eût paru se résigner au nouvel ordre de choses il se considérait prisonnier à Paris et résolut de

lo s'évader. Il quitta les Tuileries dans la nuit du 20 juin 1791 avec sa femme et ses enfants, mais fut arrêté le lendemain à Varennes par le maître de poste de Sainte-Menehould, Drouet, qui avait reconnu le roi. Ce fut un grand malheur que Louis XVI n'ait pu traverser la frontière. En pays

15 étranger il n'eût pu faire plus de tort à la France nouvelle que n'en fit plus tard son frère Louis XVIII, et son retour forcé dans sa capitale lui enlevait tout prestige royal qui lui restait encore. Le peuple ne pouvait plus respecter le descendant de Louis XIV qu'on avait vu travesti en valet de

20 chambre. Néanmoins, après quelque hésitation l'Assemblée maintint le roi sur son trône, et le 3 septembre 1791 la nouvelle constitution fut promulguée. Le gouvernement était confié au roi et à une Assemblée Législative élue pour deux ans. Si rapide avait été la marche de la Révolution

25 qu'il n'y avait guère de chance que la nouvelle constitution durât deux ans et que le roi pût rester sur son trône ébranlé par de si fortes secousses.

Réformes de PAssemblée Constituante. — L'Assemblée Nationale ou Constituante se sépara le 30 septembre. Elle

30 avait compté parmi ses membres : Mirabeau, Barnave, Cazalès, Duport, l'abbé Maury, l'abbé Grégoire, Talleyrand, évêque

d'Autun, les frères Lameth, Sieyès, et Robespierre. Ce dernier nom devait être bientôt tristement célèbre. Nous avons déjà parlé des principales réformes sociales accomplies par la première Assemblée de la Révolution, telles que la liberté politique, individuelle, et religieuse, accordée à tous les ci- 5 toyens, ajoutons-y l'abolition du droit d'aînesse, et appelons l'attention sur d'autres réformes. Les anciennes provinces furent remplacées par des déparfe?nents, dont "les noms furent empruntés à la configuration du sol, aux fleuves et aux montagnes." On voulait de cette manière abolir les 10 nationalités locales et faire de chaque habitant de la France un citoyen de la grande patrie française et non d'une petite province. Les corporations d'ouvrier, jurandes et mxaîtrises furent supprimées, les parlements furent abolis et on décréta une justice uniforme pour tout le pays. La principale 15 mesure financière fut l'émission des assignats, papier-monnaie garantie par les biens nationaux.

L*Assemblée Législative. — La nouvelle Assemblée était composée entièrement d'hommes nouveaux; par un esprit impolitique de désintéressement l'Assemblée constituante 20 avait décidé qu'aucun de ses membres ne pourrait faire partie de l'Assemblée Législative. Les principaux partis furent les Feiiilla7its , qui étaient en faveur de la monarchie constitutionnelle, lés Giro7idins, qui voulaient une république modérée, et les Montagnards ou jacobins, qui voulaient une 25 république démocratique. Vergniaud était le grand orateur du partie de la Gironde et Mme Roland en était l'inspiratrice. Elle gouverna presque, quand son mari, en mars 1792, fut membre d'un ministère girondin qui ne dura guère, mais qui déclara la guerre à l'Autriche. Les pays monarchiques 30 se montraient très hostiles à la Révolution, et par la déclara-

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tion de Pilnitz, en août 1791,1e roi de Prusse et l'empereur d'Autriche avaient annoncé l'intention d'aider le roi de France à recouvrer sa toute-puissance. Le malheureux Louis XVI faisait déclarer la guerre par ses ministres, et il 5 entretenait des relations avec les émigrés et les ennemis de l'État. La seule excuse à cette déloyauté, à cette trahison, était l'éducation qu'avait reçue le roi et sa croyance en son droit divin qui lui permettait d'appeler l'étranger pour réprimer toute insurrection de ses sujets.

10 Journée du 20 juin 1792. — La guerre ne fut pas heureuse au début, et l'Assemblée Législative adopta des mesures rigoureuses. Elle décida que tout prêtre non-assermenté serait déporté et que la garde du roi serait licenciée et remplacée par un camp de vingt mille hommes sous Paris. Louis

15 XVI refusa de sanctionner ces décrets et destitua ses ministres girondins. A cette nouvelle il y eut un terrible soulèvement du peuple, le 20 juin. Les Tuileries furent envahies par une foule immense et des paroles menaçantes furent adressées à Louis XVI. Il fit preuve d'un grand courage et ne céda pas

20 devant les menaces. On vit bien alors que cet homme faible et indécis n'était pas un lâche et que la mort ne l'effrayait pas.

Manifeste du duc de Brunswick. — Le 1 1 juillet l'Assemblée déclara ^^ la pairie en danger,'' et un grand nombre

25 de volontaires s'enrôlèrent. La Prusse s'était jointe à l'Autriche pour faire la guerre à la Révolution, et le duc de Brunswick lança, le 25 juillet, au nom du roi de Prusse et de l'empereur, un manifeste insensé qui se terminait ainsi : " déclarant Leurs dites Majestés que, si le château des

30 Tuileries est forcé ou insulté, s'il est fait le moindre outrage au roi, à la reine et à la famille royale, s'il n'est pas pourvu

immédiatement à leur sûreté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés aux supplices qu'ils auront mérités."

Journée du 10 août 1792. — Le peuple de Paris ré- 5 pondit à ces menaces barbares en demandant à l'Assemblée la déchéance du roi, et ne l'ayant pas obtenue il fut résolu d'attaquer les Tuileries. Le 10 août 1792 le palais de Louis XVI fut attaqué, et fut pris malgré la belle défense des gardes suisses et de quelques royalistes dévoués. Le 10 roi se réfugia à l'Assemblée avec sa famille et fut peu après envoyé à la tour du Temple. La monarchie constitutionnelle était tombée de même que la monarchie absolue.

Chute de Louis XVI. — Le jour même de la prise des Tuileries l'Assemblée décréta : " Le peuple français est 15 invité à former une Convention Nationale.

" Le chef du pouvoir exécutif est suspendu de ses fonctions, jusqu'à ce que la Convention Nationale ait prononcé."

La Commune de Paris. — C'était la Commune de Paris qui avait fait le 10 Août, aidée des fédérés marseillais. 20 Elle fut bientôt plus puissante que l'Assemblée, et commit d'horribles excès. Le 11 et le 12 août on abattit toutes les statues des rois dans Paris et on effaça les emblèmes de la royauté. Qu'on eût abattu la statue de Louis XV, c'eût été justice, car ce misérable roi ne méritait pas d'être sur 25 un piédestal, mais on eût dû épargner la statue d'Henri IV qui avait aimé le peuple, et celle de Louis XIV qui avait donné beaucoup de gloire à la France. D'ailleurs une grande nation doit conserver tous ses monuments historiques, quels que soient les événements qu'ils représentent ; 30 abattre une statue ne détruit pas l'histoire.

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Exil et emprisonnement de La Fayette. — Le lo Août

amena la chute de La Fayette, qui était général de l'armée du Nord. Cet homme loyal et généreux ne voulut pas servir la Commune de Paris et préféra abandonner son com- 5 mandement plutôt que de faire la guerre civile. Il passa la frontière avec quelques amis, parmi lesquels était Alexandre de Lameth, et avait l'intention de se rendre en Amérique près du grand patriote américain Washington, mais il fut arrêté par les Autrichiens sur le territoire neutre de Liège

10 et gardé plusieurs années en prison en Autriche et en Prusse. Dumouriez devint commandant de l'armée du Nord.

Les massacres de Septembre. — Les Prussiens prirent Longwy et Verdun et semblèrent menacer Paris. A cette nouvelle il y eut un élan patriotique et une grande fureur

15 contre les réactionnaires, contre les royaHstes. Danton prononça à l'Assemblée un discours où il dit : " Le tocsin qu'on va sonner, c'est la charge sur les ennemis de la patrie ! Pour les vaincre, il faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée." On arbora le dra-

20 peau noir sur l'Hôtel de Ville et sur les tours de Notre Dame et l'on s'enrôla en masse. Malheureusement des bandes de forcenés, de misérables, se portèrent aux prisons et massacrèrent, du 2 au 6 septembre, plus de treize cents personnes, parmi lesquelles la charmante princesse de Lam-

25 balle. Ces meurtres avaient été commis à l'instigation de ce monstre, Marat, et Danton, ministre de la justice, en assuma la responsabilité en remerciant les assassins comme ministre de la Révolution.

Bataille de Valmy. — La Marseillaise. — Le 21 sep-

30 tembre 1792 eut lieu la première séance de la Convention Nationale. Elle décréta l'abohtion de la royauté et l'éta-

Précis de l'Histoire de France m

blissement de la république. La veille avait eu lieu la bataille de Valmy, où Dumouriez et Kellermann vainquirent l'armée prussienne de Brunswick. La victoire était la seule réponse qu'il fallait faire au manifeste du général prussien. Durant toute la période de la Révolution la gloire des 5 armées républicaines fait oublier, jusqu'à un certain point, les luttes sanglantes des partis politiques, les atrocités du règne de la Terreur. Les volontaires avaient marché à l'ennemi au son de la sublime " IMarseillaise " de Rouget de l'Isle, composée en 1792 à Strasbourg, et chantée par les 10 fédérés marseillais de Barbaroux à leur entrée dans Paris. Les soldats de la Révolution portent le drapeau tricolore et chantent la "Marseillaise" ; ils vont être invincibles pendant bien des années.

La Convention. — Exécution de Louis XVI. — L'his- 15 toire de la Convention est pleine d'horreur, mais elle est aussi pleine d'héroïsme. La jeune république réussit à vaincre les armées de l'Europe coalisée et à réprimer l'insurrection royaliste de la Vendée et de la Bretagne. Elle eût été plus généreuse, si elle eût épargné le roi et lui eût 20 permis de quitter la France. Quelles qu'eussent été les fautes de Louis XVI, il n'était pas équitable qu'il fût jugé par ses accusateurs. Il était condamné d'avance, et le courage de ses défenseurs, Malesherbes, Tronchet et Desèze, ne pouvait le sauver. Le roi ne montra pas toujours assez 25 de dignité dans ses réponses, mais quand il eut été déclaré coupable à la presque unanimité des voix et condamné à mort à une grande majorité, il fit preuve d'une fermeté, d'une résignation chrétienne, qui lui ont attiré l'admiration de la postérité. Le 21 janvier 1793 Louis XVI monta sur 30 l'échafaud érigé place de la Révolution, maintenant place

de la Concorde. Il voulut parler au peuple et dit: "Je meurs innocent, je pardonne à mes ennemis ; et vous, peuple infortuné. . ." Sa voix fut couverte par le roulement du tambour, et les bourreaux le saisirent. Le sort de

5 ce malheureux roi inspire la pitié, car on le rendit responsable d'un système qu'il n'avait pas créé. Il avait toutes les vertus d'un bon père de famille, d'un honnête bourgeois ; il eut le malheur de naître héritier d'un pouvoir despotique dont avaient déjà abusé ses ancêtres. Sa famille partagea

lo son triste sort : sa femme et sa sœur dévouée, Mme Elisabeth, furent exécutées peu après lui, son fils, pauvre enfant de dix ans, mourut des mauvais traitements que lui fit endurer un geôlier brutal, et sa fille, qui survécut, fut longtemps en exil, devint la femme d'un dauphin de France, et

15 mourut dans l'exil. Étrange destinée des descendants de

Louis XIV et que n'eût certes jamais prévue le Grand Roi,

lorsqu'il recevait à Versailles l'hommage de l'Europe entière.

Les Girondins et les Jacobins. — La Terreur. — Le duc

d'Orléans, Philippe Égalité, eut la lâcheté de voter la mort

20 du chef de sa maison ; il croyait donner ainsi un gage de ses sentiments républicains, mais lui aussi monta sur l'échafaud. Les Girondins auraient voulu sauver Louis XVI en votant l'appel au peuple. Dès ce moment ils perdirent leur influence et devinrent suspects à la Commune de Paris. Il

25 y eut de terribles émeutes, le 27 et le 31 mai ; la Convention fut envahie le 2 juin 1793, et les députés girondins furent arrêtés. Quelques-uns s'échappèrent, mais la plupart furent exécutés. Parmi eux se trouvait Vergniaud, l'homme le plus éloquent de la Convention. C'est lui qui a dit cette parole

30 prophétique : " La Révolution est comme Saturne, elle dévore ses enfants," En effet, presque tous les grands révolu-

tionnaires eurent le même sort que Vergniaud et ses amis. L'héroïque Mme Roland monta aussi sur l'échafaud et elle s'adressa ainsi à la statue de la Liberté : " O Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !" La Révolution avait été faite au nom de la liberté, mais au despotisme d'un roi 5 succéda bientôt le despotisme d'une oligarchie contrôlée par un dictateur d'une froide cruauté, Robespierre. C'est en vain que Charlotte Corday tue Marat, le tyran immonde et insensé, la Terreur règne dans toute la France pendant plus d'une année. Personne n'est à l'abri de la guillotine, les 10 prisons sont pleines de suspects, et tous les jours A&s> fournées de cent à cent cinquante condamnés sont conduites à l'échafaud, après un jugement dérisoire devant le Tribunal Révolutionnaire. Des hommes et des femmes de tous rangs périssent : des généraux tels que Houchard, Custine et 15 Beauharnais, des savants tels que Condorcet et Lavoisier, des poètes tels qu'André Chénier et Roucher, des duchesses, des marquises de l'ancien régime, des hommes et des femmes de la bourgeoisie, et même du peuple : l'égalité est parfaite devant la guillotine. Les Montagnards ont détruit les Giron- 20 dins ; ils se dévorent ensuite entre eux. Robespierre envoie Danton et Camille Desmoulins à la mort, puis il tombe luimême le 9 thermidor (28 juillet 1794). Passons de ces scènes sinistres à d'autres plus glorieuses, jetons les yeux sur les événements militaires qui eurent lieu depuis la ba- 25 taille de Valmy.

Bataille de Jemmapes. — Le Grand Carnot. — Le 6 novembre 1792 Dumouriez gagna la victoire de Jemmapes sur les Autrichiens. C'est là que se distingua le jeune duc de Chartres, qui fut plus tard le roi Louis-Philippe. La mort 30 de Louis XVI rallia contre la république toute l'Europe

monarchique, et la Frajice fut envahie au nord et au midi. Dumouriez fut vaincu et passa honteusement à l'ennemi. Il avait cm pouvoir livrer son armée, mais personne ne le suivit. Bientôt les revers furent effacés : Kléber et Mar-

5 ceau battirent les Vendéens, Houchard, Jourdan, Hoche, et Pichegru, repoussèrent les envahisseurs. C'est à Lazare Carnot qu'on doit principalement les succès des armées françaises. Il était membre du fameux comité de salut public, dont Robespierre était le chef, et laissant la poli-

lo tique à ses collègues, il s'occupa de la guerre et fit d'admirables plans de campagne. Il a mérité le titre d' organisateur de la victoire. C'était un homme patriote et intègre, comme le fut son petit-fils, le président Sadi Carnot. Un autre membre du comité de salut public rendit de grands

15 services à la patrie, ce fut Cambon, qui dirigea habilement les finances.

Bonaparte à Toulon. — Un des événements qui attirèrent le plus l'attention en 1793 fut la prise de Toulon sur les Anglais et les royalistes. Un jeune officier d'artillerie,

20 Napoléon Bonaparte, se distingua à ce siège. Cet homme dont le nom devait, avant trois ans, rempHr le monde, était né à Ajaccio, île de Corse, le 15 août 1769. Son père, Charles Bonaparte, était un avocat sans fortune, sa mère était Letizia Ramolino. Napoléon fut envoyé en France et

25 entra comme boursier à l'école militaire de Brienne. Il alla ensuite à l'école de Paris et en sortit avec le grade de lieutenant. Au siège de Toulon il était capitaine et fut remarqué par le frère de Robespierre, conventionnel en mission à l'armée. Bonaparte dirigea les opérations militaires, malgré

30 l'infériorité de son grade, et prit Toulon, après avoir chassé les Anglais du port en érigeant des batteries d'artillerie sui

les hauteurs contre lesquelles la ville est adossée. Le jeune capitaine avait déjà le coup d'œil infallible du général, du premier consul et de l'empereur, et Toulon présageait Aréole, Marengo, et Austerlitz.

Campagnes de 1794 et de 1795. — L'année 1794 est en- 5 core plus glorieuse que 1793 : Jourdan fait la conquête de la Belgique, Pichegru de la Hollande, et les Français sont victorieux aux Alpes et aux Pyrénées. En 1795 Hoche défait les émigrés à Quiberon et pacifie la Vendée, Pichegru complète la conquête de la Hollande, où l'on voit des hus- 10 sards, s'aventurant sur le Zuiderzée glacé, capturer une flotte. Ces succès amenèrent les traités de Baie, qui donnèrent à la France ses frontières naturelles, c'est-à-dire la rive gauche du Rhin et la Belgique. La Convention, malgré les désordres à l'intérieur, rendait à la France les frontières 15 de l'ancienne Gaule, regagnées un moment par Louis XIV et reperdues depuis en partie.

Le 13 Vendémiaire. — Le calendrier républicain. — La chute de Robespierre amena la ruine des Montagnards et encouragea les royalistes. Ceux-ci s'insurgèrent le 13 ven- 20 démiaire (5 octobre 1795) ^^ voulurent attaquer la Convention. Barras, nommé général de l'armée de l'intérieur, donna le commandement des troupes au général Bonaparte, qui fit mitrailler le peuple dans la rue et étouffa l'insurrection avec une énergie impitoyable. La Convention se sépara 25 le 25 octobre 1795 et fit place au Directoire. La dernière des trois grandes assemblées de la Révolution avait accompli des choses horribles, mais aussi des choses bien grandes. Elle tua le roi, fit la Terreur, repoussa l'invasion, agrandit la France, et fonda des institutions telles que l'Institut, le 30 Muséum d'histoire naturelle, et bien d'autres que Napoléon

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consolida depuis. La Convention adopta aussi le calendrier républicain et fit commencer la nouvelle ère du 22 septembre 1792. Ce fut Fabre d'Églantine, l'ami de Danton et l'auteur du "Philinte de Molière," qui inventa les noms poétiques .5 que l'on donna aux mois. La grande période révolutionnaire finit avec la Convention. Un homme viendra qui rétablira l'ordre à l'intérieur et qui disséminera dans toute l'Europe les principes de 89. L'histoire de Napoléon sera pendant vingt ans l'histoire de la France.

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