‹ Précis de l'histoire de France, avec des notes explicatives en anglaisChapitre 29 sur 43 · LE SECOND EMPIRE NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

LE SECOND EMPIRE NAPOLÉON III

Le Second Empire. — Dans un discours célèbre, prononcé à Bordeaux, le 7 octobre 185 1, Louis-Napoléon avait dit : " Certaines personnes se disent : P Empire, c'est la guerre ! — Moi, je dis : V Empire, c^est la paix ! — C'est la paix ; car la France la désire, et, lorsque la France est satis- 5 faite, le monde est tranquille." Ce fut une étrange paix que cette période de l'Empire, pendant laquelle il y eut quatre grandes guerres, et qui se termina par la défaite.

Mariage de PEmpereur. — Peu après la proclamation de l'Empire Napoléon III épousa une Espagnole d'une 10 grande beauté, Mlle Eugénie de Montijo. En 1856 un fils lui naquit; ce fut le Prince Impérial né, comme le roi de Rome, héritier d'un grand Empire, mais destiné à une fin bien plus tragique que le fils de Napoléon I^''.

La guerre de Russie. — Le nouvel Empereur fut re- 15 connu par tous les gouvernements de l'Europe, mais avec mauvaise grâce par Nicolas I^^, tzar de Russie. Ce fut un présage de la rupture qui éclata en 1854 entre la France et la Russie. Nicolas voulut exercer un protectorat sur les chrétiens d'Orient et menaça Constantinople. Napoléon 20 III eut donc un excellent prétexte pour déclarer la guerre

a la Russie, c'était de reprendre la politique traditionnelle de la France, empêcher les grands États d'absorber ou d'opprimer les plus faibles. L'Angleterre, non plus, ne pouvait permettre l'extension de la puissance du tzar en

5 Turquie, et l'on vit un fait étrange en 1854, le neveu de Napoléon I^"", le conquérant, et l'adversaire implacable de l'Angleterre, devenir le champion du maintien du système d'équilibre en Europe et l'allié de l'Angleterre. Le principal théâtre de la guerre fut la Crimée, où se trouve la

10 forte ville de Sébastopol. L'armée des alliés était commandée par le maréchal de Saint- Arnaud et, en cas de mort de celui-ci, devait être sous le commandement de lord Raglan. Les Russes furent vaincus à la bataille de l'Aima, le 14 septembre 1854, et les alliés assiégèrent Sébastopol.

15 Cette forteresse fut admirablement défendue par le grand ingénieur Todleben et résista toute une année aux attaques des alliés. Saint-Arnaud mourut du choléra, quinze jours après la victoire de l'Aima, et le général Canrobert devint le chef de l'armée française.

20 Balaklava et Inkermann. — Ce fut pendant la guerre de Crimée qu'une brigade de cavalerie légère anglaise attaqua seule à Balaklava un corps d'armée russe. Tout le monde connaît le beau poème où le grand poète Tennyson célèbre l'héroïque charge de la brigade anglaise.

25 A Inkermann les Anglais soutinrent bravement une attaque de forces supérieures, et l'arrivée du général Bosquet et des Français donna la victoire aux alliés. Malgré ces succès les armées assiégeantes souffrirent beaucoup des rigueurs de l'hiver sur le plateau de Chersonèse, et les souffrances des

30 Russes furent aussi horribles. Néanmoins le grand Todleben résistait à toutes les attaques, quoique les alliés

eussent reçu pour auxiliaires une armée de 15,000 Piémontais. Cavour, l'habile ministre de Victor- Emmanuel, avait compris de quelle importance il était pour son pays d'entrer dans le concert européen.

Prise de Sébastopol. — En février 1855 Omer-Pacha, 5 général des Turcs, débarqua à Eupatoria et repoussa une attaque des Russes. Peu après cet événement (2 mars 1855) l'empereur Nicolas mourut, brisé par ses défaites. Son successeur, Alexandre II, continua la guerre, et le siège de Sébastopol parut interminable. Canrobert, le général 10 en chef des Français, donna sa démission et resta simple général de division, tandis que Pélissier devenait général en chef. Lord Raglan mourut du choléra en juin et eut pour successeur le général Simpson. Les Russes furent vaincus par les Français et les Piémontais au combat de Traktir, 15 et le 8 septembre, après un furieux assaut, Sébastopol fut évacué et la flotte russe détruite. Ce fut le commencement de la brillante fortune du général de MacMahon. Cet officier s'était distingué dans les guerres d'Afrique, mais à la prise de Sébastopol il fut héroïque. S'étant emparé de 20 Malakof, on vint lui dire que la tour était minée ; il répondit : ^'Yy suis, j'y reste."

Le traité de Paris de 1856. — Le traité de Paris (30 mars 1856) mit fin à la guerre dite de Crimée. La Russie perdit la Bessarabie, la navigation du Danube fut libre et la 25 mer Noire fut neutralisée. La France avait joué un rôle glorieux dans cette guerre, mais s'était acquis pour bien des années l'hostilité de la Russie, qui, au moment du désastre de 1870, assista impassible au démembrement de son an^ cienne ennemie de 1854 et de 1855. Heureusement que 30 le souvenir de Sébastopol s'est effacé depuis.

L^sthme de Suez. — Le nouveau Paris. — L'année du traité de Paris (1856) marqua le commencement d'une grande œuvre, le percement de l'isthme de Suez entrepris par Ferdinand de Lesseps et accompli à travers mille obs-

5 tacles en 1867. En 1855 avait eu lieu une exposition universelle, et la France paraissait glorieuse et prospère sous le second Empire. Napoléon III, avec l'aide du baron Hausmann, préfet de la Seine, fit un nouveau et admirable Paris en abattant les maisons dans les rues étroites et en

10 traçant de grands boulevards et des avenues superbes. On doit, cependant, regretter la disparition, en grande partie, du Paris historique et pittoresque.

La campagne d* Italie. — Magenta et Solférino. — Depuis les traités de 1815 l'Autriche dominait en Italie, où

15 elle possédait la Lombardie et la Vénétie. Le Piémont avait essayé en 1848 de s'opposer à l'influence autrichienne, mais avait été vaincu. Après la guerre de Crimée le ministre Cavour crut que le moment était venu de résister encore une fois à l'Autriche et il fit conclure un traité secret

20 entre la France et le Piémont. Le 3 mai 1859 Napoléon III lança une proclamation où il disait : " L'Autriche a amené les choses à cette extrémité, qu'il faut qu'elle domine jusqu'aux Alpes ou que l'Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique." Ces paroles de l'Empereur électrisèrent les

25 patriotes italiens et furent applaudies par les libéraux français, mais la promesse que faisait Napoléon III à l'Italie n'était pas facile à tenir. La guerre, cependant, fut heureuse dès le commencement. Il y eut des combats glorieux à Montebello et à Palestro et deux grandes victoires, à

30 Magenta et à Solférino. On s'attendait à l'indépendance de toute l'Italie, lorsque Napoléon III, qui s'était trouvé

sur les champs de bataille ainsi que Victor- Emmanuel, signa à Villafranca des préliminaires de paix, suivis du traité de Zurich (10 novembre 1859). La Lombardie était cédée au Piémont mais la Vénétie restait autrichienne, et Nice et la Savoie étaient annexées à la France, si le peuple de ces 5 provinces témoignait de leur adhésion par un plébiscite. Napoléon III avait- dû arrêter la marche de son armée en Italie, car 1' Allemagne s'agitait et il craignait des complications européennes. Les Italiens en voulurent à la France de n'avoir pas complètement écrasé l'Autriche ; ils auraient 10 dû se rappeler que sans Magenta et Solférino il n'y aurait jamais eu de royaume d'Italie. Pendant la campagne de 1859 le général de MacMahon, le héros de Malakof, acquit une grande renommée et fut fait maréchal et duc de Magenta. 15

Annexion de Nice et de la Savoie. — Garibaldi. — En avril 1860 il y eut des élections à Nice et en Savoie pour décider de la réunion à la France, et le vote fut affirmatif à une immense majorité. Ces deux provinces étaient françaises d'origine, de langue et d'inclination. De même que 20 Nice et la Savoie s'étaient données à la France, les duchés de Parme et de Modène, la Toscane et la Romagne voulurent être annexés au Piémont pour fonder l'unité italienne. Le plus grand artisan de l'unité, après Victor Emmanuel et Cavour, fut le général Garibaldi. Avec les célèbres Mille 25 volontaires il envahit la Sicile en 1860, remporta la victoire de Marsala et prit Palerme. Il fit ensuite la conquête de la ville de Naples, et aidé du général piémontais Cialdini, il s'empara de tout le royaume des Deux Siciles, qui fut réuni au nouveau royaume d'Italie, dont la capitale fut 30 Florence. A part Venise et Rome Victor Emmanuel était

roi de toute d'Italie. Il acquit Venise après la défaite de l'Autriche par la Prusse en 1866 à Sadowa, malgré la défaite des Italiens à Custozza et à Lissa. Quant à Rome Garibaldi tâcha de s'en emparer et fut vaincu à Mentana 5 par une armée française. Ce ne fut que le 20 septembre 1870 que Victor Emmanuel s'empara de Rome, après la chute de Napoléon III, et en fit la capitale du nouveau royaume d'Italie. Cavour ne vit pas ce grand événement; il mourut en 1861.

10 La Chine, la Cochinchine, le Mexique. — En novembre 1860 Napoléon III fit reparaître, selon l'expression d'Henri Martin, un " lambeau du régime parlementaire " en accordant au Sénat et au Corps législatif le droit de voter une adresse annuelle, en réponse au discours de la Couronne, et

15 en permettant la publication des débats dans le journal officiel. L'opposition au gouvernement se faisait sentir davantage, quoique en apparence toutes les entreprises de l'Empereur eussent réussi. Il eut encore un grand succès dans une guerre contre la Chine, par laquelle les ports chi-

20 nois furent ouverts au commerce européen. La conquête de la Cochinchine fut aussi commencée vers cette époque. Jusqu'ici toutes les guerres du second Empire avaient eu un but que des hommes raisonnables pouvaient approuver, mais la guerre du Mexique en 1862 fut une entreprise in-

25 sensée. Elle commença par une expédition que firent l'Angleterre, la France, et l'Espagne à Vera Cruz pour obtenir des réparations pour des exactions commises envers les négociants étrangers. Napoléon III conçut alors l'idée d'établir au Mexique un empire latin et offrit ce trône

30 chancelant à MaximiUen, frère de l'empereur d'Autriche. Le chef de la république mexicaine était Benito Juarez, de

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