‹ Précis de l'histoire de France, avec des notes explicatives en anglaisChapitre 30 sur 43 · NAPOLEON UI · texte numérisé non relu

NAPOLEON UI

race indienne. Il résista avec énergie à l'invasion des Français, mais ceux-ci, commandés par les généraux Forey et Bazaine, prirent Puebla et bientôt Mexico. Il y eut une Assemblée Constituante à Mexico, par laquelle Maximilien fut élu empereur. Il était, en realité, imposé aux Mexicains 5 par l'armée française et ne pouvait rester sur le trône qu'à l'aide de celle-ci. Ces événements avaient lieu pendant la grande guerre civile aux États-Unis entre le Nord et le Sud de la république américaine. Lorsque la paix fut rétablie aux États-Unis, en 1865, le gouvernement américain fit savoir, 10 en 1866, à Napoléon III que, d'après la doctrine Monroe, on ne pouvait permettre au Mexique l'établissement d'une monarchie sous l'influence d'un gouvernement européen. C'eût été la pire des folies que d'entreprendre une guerre contre les États-Unis pour maintenir l'illusoire empire mexi- 15 cain. L'armée française fut retirée et Maximilien fut livré à ses seules ressources. Le malheureux empereur fut fait prisonnier à Queretaro et fusillé avec deux de ses généraux, le 19 juin 1867. Sa femme, Charlotte, devint folle.

L*Empire libéraL — L'issue désastreuse de la guerre du 20 Mexique ranima les adversaires de l'Empire. Depuis plusieurs années déjà il y avait à la Chambre les fameux Cinq, c'est-à-dire cinq républicains, dont les plus connus sont Ernest Picard, Jules Favre et Emile Ollivier. Aux élections de 1863 Thiers et Berryer furent élus membres de la 25 Chambre ou Corps Législatif. L'Empereur nomma Rouher président du Conseil d'État et donna le ministère de l'instruction publique à Victor Duruy, le célèbre historien, qui fit faire de grands progrès à la cause de l'éducation. Rappelons ici qu'avant Rouher le principal conseiller de Na- 30 poléon III avait été Morny, un des auteurs du Coup d'État

du 2 Décembre. L'Empereur fit encore des concessions en 1867 à l'opinion publique, qui demandait un gouvernement plus libéral, et en 1869, il abdiqua le pouvoir despotique qu'il avait exercé depuis 185 1 et établit l'Empire Libéral 5 dont, chose étrange, Emile OUivier, l'ancien républican, fut le premier ministre. Les élections de 1869 avaient fait entrer à la Chambre Garnier-Pagès et trois hommes qui jouèrent depuis un grand rôle : Gambetta, Jules Simon et Jules Ferry.

10 Le plébiscite de 1870. — Ce fut le 2 janvier 1870 qu'Emile OUivier forma le premier cabinet de l'Empire Libéral, et le 8 mai 1870, un plébiscite fut soumis au peuple pour " approuver les réformes libérales opérées dans la Constitution depuis 1860 par l'Empereur." Le plébiscite fut

15 voté à une immense majorité et l'Empire sembla consolidé.

II touchait, cependant, à sa fin. L'Exposition Universelle de 1867 avait été très belle, la France était prospère et paraissait satisfaite de ses institutions politiques, et Napoléon

III eût pu mourir sur le trône et son fils eût pu lui succéder, 20 sans la terrible guerre de 1870, amenée par les fautes du

gouvernement impérial.

Aveuglement de Napoléon III. — Napoléon III avait été aussi aveugle en 1866 que Frédéric-Guillaume de Prusse en 1806. Celui-ci avait laissé vaincre l'x^utriche et la Russie

25 à Austerlitz en 1805, puis avait déclaré la guerre en 1806 et avait été écrasé. Napoléon III avait laissé enlever le Sleswig-Holstein au Danemark par la Prusse et l'Autriche et avait laissé écraser l'Autriche à Sadowa en 1866. Lorsque la Prusse fut devenue une grande puissance militaire et eut

30 écarté l'Autriche de l'Allemagne, ce fut alors que la France, sans alliés, déclara la guerre à la Prusse.

Causes de la guerre de 1870. — Il y avait longtemps que la Prusse attendait l'occasion qui lui fut offerte en 1870. Elle avait à cette époque un roi sage, Guillaume P""» un grand tacticien, Moltke, un ministre de génie, Bismarck, et une année nombreuse et bien disciplinée. La France, au 5 contraire, était gouvernée par un homme malade et visionnaire et n'était nullement préparée pour une grande guerre. Napoléon III, cependant, eût dû s'attendre à un conflit avec la Prusse, car dès 1867 cette dernière puissance avait empêché la France de faire l'acquisition du Luxembourg, à 10 laquelle consentait le roi de Hollande. En juillet 1870 la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne fut posée par le député aux Cortès, Salazar, et par le maréchal Prim. Le ministre des affaires étrangères, le duc de Gramont, dit à l'ambassadeur prussien à Paris que 15 la France ne pourrait tolérer sur le trône d'Espagne un prince de la famille de Hohenzollern. L'opinion fut unanime à ce sujet à Paris, et partout en Europe on comprit que la France avait raison, mais Gramont agit avec un tel manque de tact que bientôt le bon droit parut être du côté de la 20 Prusse. L'ambassadeur français, Benedetti, reçut ordre de voir le roi Guillaume à Ems pour obtenir de lui " qu'il conseillât au prince de Hohenzollern de revenir sur son acceptation." Le roi répondit qu'il avait fait savoir au prince que s'il retirait son acceptation il l'approuverait. Le 12 25 juillet, trois jours après l'entrevue de l'ambassadeur français et du roi de Prusse, la candidature du prince Léopold fut retirée par une dépêche de son père au maréchal Prim. L'incident eût dû être terminé, mais Gramont, dans sa folie, " télégraphia, le soir, à Benedetti de demander au roi l'assu- 30 rance qu'il n'autoriserait pas de nouveau la candidature."

Le 13 juillet l'ambassadeur français eut une audience du roi Guillaume, et celui-ci refusa l'assurance demandée. Il devait revoir Benedetti le soir; sur ses entrefaites il reçut de l'ambassadeur prussien à Paris des nouvelles qui le froissèrent, et

5 il fit dire à Benedetti " qu'il donnait son approbation entière et sans réserve au désistement du prince Léopold ; qu'il ne pouvait faire davantage." Le roi refusa le même jour d'accorder une nouvelle audience à Benedetti, en disant "qu'il était obligé de refuser absolument d'entrer dans de

10 nouvelles négociations sur l'objet en question." La situation était grave, mais il n'y avait pas encore de rupture irréparable. Bismarck, alors, qui désirait la guerre, fit publier qu'il y avait eu des rapports offensants entre le roi et l'ambassadeur. Gramont le crut ou feignit de le croire, et le bruit courut à

15 Paris que le roi Guillaume avait insulté Benedetti. Il y eut partout une grande excitation, surtout à la Chambre, où Thiers parla en vain en faveur de la paix, et le 20 juillet la déclaration de guerre fut lue par Emile Ollivier devant le Corps législatif. Napoléon III avait compté sur l'aide de

20 l'Autriche et des États de l'Allemagne du Sud ou, au moins,

sur la neutralité de ceux-ci. Il n'en fut rien, et la France

seule eut à faire face à l'Allemagne entière unie contre elle.

• La France mal préparée pour la guerre. — Jamais la

France n'avait été aussi mal préparée pour la guerre qu'elle

25 ne le fut en 1870. Le maréchal Niel avait commencé la réorganisation de l'armée, mais il était mort avant d'avoir pu mettre son système en pratique, et le maréchal Lebœuf, ministre de la guerre en 1870, n'avait rien fait, quoiqu'il eût déclaré que le pays était prêt pour le conflit avec la

30 Prusse. Il y avait une armée sur le papier ; en réalité il n'y eut que deux cent mille hommes de disponibles au com-

mencement des hostilités. L'état dans lequel se trouvait la France était inexcusable, vu la richesse du pays et l'esprit d'un peuple essentiellement guerrier. Le gouvernement de l'Empire était bien blâmable ; il avait été despotique et avait tenu le peuple dans l'ignorance des affaires du pays. 5 On croyait qu'il y avait une armée nombreuse et bien équipée, et l'on criait : " à Berlin ! " à Paris pendant qu'une armée allemande de près d'un million d'hommes était prête à franchir la frontière.

L'Empereur se rend à Parmée. — L'Empereur partit de 10 Saint-Cloud, le 28 juillet, pour se rendre à l'armée et confia la régence à l'Impératrice. Il ne devait plus jamais revoir Paris. Il avait avec lui son fils, le Prince Impérial, âgé de quatorze ans, à qui on voulait donner le baptême du feu. Napoléon III ne manquait pas de courage personnel, mais 15 il n'avait pas de génie militaire et sa santé était très mauvaise en 1870. Sa présence à l'armée ne pouvait être que nuisible.

Premières hostilités. — Les hostilités commencèrent le 2 août par une escarmouche à Sarrebruck ; le 4, le général Abel Douai fut vaincu et tué à Wissembourg ; le 6, Mac- 20 Mahon fut défait en Alsace, à Worth, par le Prince Royal de Prusse. Ce fut à cette journée qu'eut lieu la fameuse charge des cuirassiers, à Reichshoffen. Cette vaillante cavalerie fut anéantie par l'artillerie pmssienne. Le jour même de la bataille de Worth, ou de Froeschviller, le général Frossard 25 fut défait à Spicheren, ou Forbach, par l'armée de Steinmetz. Le commencement de la campagne avait été désastreux pour les Français ; ceux-ci avaient combattu partout avec héroïsme, mais avaient été écrasés par le nombre.

Sedan. — La nouvelle des désastres du 4 et du 6 août 30 fit tomber le ministère d'Emile Ollivier. Aucun changé-

ment d'administration ne pouvait, cependant, arrêter l'invasion. MacMahon retraita sur Châlons, où l'Empereur vint le rejoindre ; et Bazaine, à la tête de 190,000 hommes, la seule armée réelle qui restât à la France, essaya de franchir

5 la Moselle pour se replier aussi sur Châlons par la route de Verdun. Il fut repoussé sur Metz par la grande armée du prince Frédéric Charles, après les terribles batailles de Borny, de Gravelotte, de Rezonville, de Mars-la-Tour, et de Saint- Privat. MacMahon reforma une armée au camp de Châlons,

10 et, au lieu de retraiter vers Paris pour défendre la capitale, il fut résolu d'aller au secours de Bazaine enfermé dans Metz. A Sedan le roi Guillaume, avec des forces plus que doubles, attaqua les Français le i^^ septembre. MacMahon fut blessé au commencement de l'action, et le commande-

15 ment passa au général Wimpffen, arrivé la veille d'Algérie. L'armée française résista vaillamment mais fut complètement défaite, et le 2 septembre, une capitulation fut signée par laquelle l'armée entière (104,000 hommes) fut faite prisonnière de guerre. Napoléon III fut envoyé en captivité à

20 Wilhelmshôhe, ancien château de son oncle, Jérôme, roi de Westphalie.

Chute de T Empire. — Lorsqu'on apprit à Paris la nouvelle de Sedan le gouvernement impérial fut renversé, le 4 septembre ; un gouvernement provisoire fut formé, et la Ré-

25 publique fut proclamée à l'Hôtel de Ville, comme en 1848. La situation était, cependant, autrement grave qu'après la chute de Louis-Philippe. L'Empire était tombé et il fallait maintenant combattre pour sauver la France envahie et défaite. Le gouvernement provisoire ne put vaincre, mais

30 il sauva l'honneur du pays, et l'honneur, c'est ce qu'il y a de plus précieux, pour les nations comme pour les individus !

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