‹ Précis de l'histoire de Jeanne d'Arc, surnommée La Pucelle d'OrléansChapitre 10 sur 19 · SUR JEANNE D ARC. Q · texte numérisé non relu

SUR JEANNE D ARC. Q

présentèrent eux-mêmes au Roi. « Je l'ai voulu dire , « ajoute-t-il, parce qu'il a e'té ainsi de'couvert parle « temps, qui de'couvre toutes choses (0; » non-seulement, à l'exemple de du Bellay, il ne fournit aucune preuve de ce qu'il avance, mais il y a des erreurs de fait dans son récit. Il est prouvé que Dunois étoit à Orléans lors de l'arrivée delà Pucelle à la Cour, et que Baudricourt n'a point quitté à cette époque la ville de Vaucouleurs, Du Haillan détruit d'ailleurs luimême son accusation, en disant que Jeanne étoit la maîtresse de Dunois, ou de Poton , ou de Baudricourt (2). Les juges de Rouen , malgré toute leur animosité et toute leur mauvaise foi , n'ont point osé élever de doutes sur les mœurs de la Pucelle. Enfin, si Jeanne eût été suscitée, soit par les ministres de Charles , soit par ses généraux , l'étonnant succès de cette intrigue, qui leur eût fait tant d'honneur, les auroit portés à rompre le silence. Pasquier dit, en parlant de ceux qui répandoient de pareils bruits sur la Pucelle : « Bien qu'ils méritent quelque repri- (c mande , si est ce que je leur pardonne aucunement, « parce que le malheur de notre siècle aujourd'huy « est que, pour acquérir réputation d'habile homme, « il faut machiavelizer. »

Pontus Hentericus, historien flamand, qui écrivoit

(») De l'état et des succès des affaires de France, 1. 1 1.

(»' Rapin de Thoyras a fait une longue dissertation sur la Pucelle. Non-sei'lcraent il adopte le système de du Bellay et de du Haillan, mais il |>rélend que Jeanne ne s'est pas même montrée digne du rôle qu'on vouloit lui faire jouer. L'animosité trop connue de ce Français réfugié, contre son ancienne patrie, dispense de le réfuter. Cependant il convient qu^il est impossible de donner quelque couleur à la barbarie avec laquelle Jeanne fut traitée.

qB R'OTICE

en i58o, rapporte que, de son temps, plusieurs personnes croy oient que la Pucelle n'avoit jamais existé, et que c'étoit une fable inventée après la mort rie Charles VII. Les récits d'une foule innombrable de témoins oculaires, les chroniques contemporaines, le Journal d'un bourgeois de Paris, les monumens élevés à Orléans , les cérémonies qu'on y pratique encore aujourd'hui, ne permettent pas de s'arrêter à cette supposition.

On a répété, d'après le Journal du bourgeois de Paris, qui étoit l'écho de toutes les calomnies répandues par les Anglais (0 et par les Bourguignons, que frère Richard, Cordelier, avoit endoctriné la Pucelle, avec trois autres fdles, et qu'il les avoit disposées à jouer le rôle d'inspirées ; mais ce frère Richard, d'après le Journal même de Paris, étoit allé en pèlerinage à la Terre -Sainte, d'où il ne revint à Paris qu'au mois d'avril 14^9. En arrivant dans la capitale, il se montra enthousiaste du parti bourguignon, et prêcha de la manière la plus violente contre les Armagnacs C^). Il n'embrassa la cause royale qu'après la prise de Troyes. Il mena effectivement a«

(0 Le duc de Bedford , diins une IcUre de défi , qu'il avoit adressée à Charles Vil [août 2429], avoit déjà prétendu que la Pucelle étoit suscitée par frère Richard, qu'il traitoit d'apostat. Celte fable étoit répétée à Paris par les prédicateurs aux gages des Anglais. ( Voyez. Pièces justificatives, extraits du Journal de Paris.) — C») Le Journal de Paris, à la date du 8 avril 1429, dit, en parlant de frère Richard , que c'étoit un homme de très-grant prudence , sçavant à oraison , semeur de bonne doctrine, pour édifier son proxime , que tant y lalouroitfort, que enceil le creuoil (crevoit celui) qui ne l'aurait veu. Quand il eut quitté le parti des Bourguignons et des Anglais , il fut traité par « ux d'apostat.

SLR Jeanke d arc. qa

Roi, quelque temps plus tard, Catherine de la Rochelle , qu'il faisoit passer pour inspirée, et qui fut convaincue d'imposture par Jeanne d'Arc, ainsi qu'on l'a raconte' plus haut. Il y a donc impossibilité et contradiction dans les faits.

Edmond Richer, qui le premier a fait un examen sérieux de toutes les pièces du procès de condamnation et de celui de révision , s'est attaché à prouver la vérité des révélations de Jeanne d'Arc. Son ouvrage.

qui n'a pas été imprimé, est conservé parmi les manuscrits de la Bibhothèque du Roi, n.o P. 285.

Lenglet Dufresnoy , que l'abbé d'Artigny accuse d'avoir puisé tous ses matériaux dans le manuscrit d'Edmond Richer, reconnoît que la délivrance du royaume par une simple paysanne a quelque chose de miraculeux ; mais il pense que Jeanne d'Arc se croyoit i-éellement inspirée , et qu'elle ne l'étoit pas.

M. Lebrun des Charmettes a adopté le même système qu'Edmond Richer. Tout, dans son ouvrage, tend à prouver que la Pucelle a voit une mission divine. Son travail, quel que soit le jugement que l'on porte sur cette opinion, se recommande par une exactitude scrupuleuse, et par d'immenses recherches. Il a composé presque entièrement son histoire de la Pucelle , avec les extraits des interrogatoires , des procès-verbaux, et autres pièces jointes aux grosses du procès de condamnation et du procès de révision. Il n'a pas négligé même les détails les })his minutieux. C'est l'ouvrage le plus complet que nous ayons sur Jeanne d'Arc.

M. Berriat Saint-Prix ne voit que de l'héroïsme et

un dévouement sul)lime dans la conduite de la Pucelle. Il prouve qu'elle ne put être ni l'instrument d'une intrigue, ni la maîtresse bannale des généraux j il rejette également toute idée de révélation et de mission divine, qui pourroit, dit-il, l'exposer au soupçon de fourberie ou d'imposture : il cherche à expliquer d'une manière naturelle presque toutes les circonstances les plus singulières de la vie de Jeanne d'Arc ; mais il est obligé de garder le silence sur beaucoup de particulaiités bien constatées, qui ne se prêteroient pas à ses interprétations. Ses recherches ne sont ni moins intéressantes , ni moins instructives que celles de M. Lebrun des Charmettes. En examinant et en comparant avec une rare sagacité toutes les anciennes chroniques, il est parvenu à classer, d'une manière lumineuse, plusieurs faits importans qui étoient placés au hasard dans nos histoires. Ses notes, qui indiquent tous les auteurs qu'il a consultés, sont d'un grand secours lorsqu'on veut faire une étude approfondie de l'histoire du règne de Charles VII, et de celle de Jeanne d'Arc (0.

M. P. Caze, mécontent de toutes les explications

C») Non-seulemenl M. Berriat Saint-Prix a donné une carte particulière, sur laquelle il a tracé toutes les expéditions delà Pucelle, mais il a lait en outre son iiinéraire, en indiquant les dates et les distances. Il résulte de ce travail qu'elle a parcouru neuf cents lieues dans l'espace de quinze mois, en mesurant les distances à vol d'oiseau. Si l'on considère, ajoute fauteur , qu'à celte époque il y avoit peu de routes, que les ponts étoient rares sur les rivières , que le pays étoit occupé par des places ennemies et par des partis qui battoient la campagne, Jeanne doit avoir parcouru au moins douze ou treize cents lieues. Enfin , M. Beriiat Saint-Prix remarque que, pendant ces quinze mois, elle a pris part à plus de vingt combats, sièges ou batailles.

SUn JEANNE D AKC. lOI

données sur riiëroïnede Domremy, vient de de'velopper un nouveau système qu'il n'avoitfait qu'exposer, il y a quelques anne'es (0. Son ouvrage, qui forme deux vol. in-8.o, est intitulé : La } érité sur Jeanne d'Arc. Comme il ne se rapproche en rien de tout ce qui a été dit jusqu'à ce jour, et comme tous les faits y sont présentés sous un point de vue absolument neuf, nous croyons devoir en donner ici l'analyse.

Suivant le système de M. Gaze , Jeanne d'Arc étoit fdle d'Isabelle de Bavière et du duc d'Orléans. Malgré l'étiquette qui s'obseï voit lors de l'accouchement des reines de France , on étoit parvenu , au moment même où elle vint au monde, à lui substituer un enfant mort, qui fut nommé Philippe, et que l'on dit n'avoir vécu qu'un jour. La liaison trop publique de la Reine avec le duc, les bruits qui avoient couru pendant sa grossesse, les menaces des partisans du duc de Bourgogne, faisoient craindre une tentative sur l'enfant : voilà pourquoi on s'étoit décidé à supposer sa mort; en l'enlevant, on avoit mis un garçon au lieu d'une fille, afin de rendre toutes recherches impossibles par la suite, Jeanne fut cachée au fond de la Champagne, dans le Barrois, où le duc avoit des amis dévoués, qui lui restèrent fidèles après sa mort. Jaques d'A.rc, et Isabello Romée sa femme, pauvres et honnêtes laboureurs de Domremy, étoient souvent obligés de se réfugier avec leur famille au château de l'Ile, pour échapper aux excès des Bourguignons qui couroient le pays; ce château appartenoit aux amis du duc d'Orléans. Isabelle Romée y arriva avec

(0 Dans des ol)servalions critiques et historiques qu'il avoil fait imprimei-j ea i8o5 , à la suite d'une tragédie de Jeauue d'Arc.

une fille, n^'e seulement depuis quelques jours ; on fît vine seconde substitution dont Rome'e ne s'aperçut point, et Jeanne fut éleve'e comme sa fille.

Cependant ses protecteurs ne la perdoient pas de vue; dès fâge le plus tendre, elle annonçoit uu caractère ferme et décidé; on remarquoit en elle une imagination active et facile à enflammer; le curé de Domremy fut chargé d'exalter sa dévotion ; il y parvint aisément. Le bâtard d'Orléans, sur lequel on comptoit pour rétablir les afiaires des Armagnacs, n'ayant pu vaincre le malheur des circonstances, on résolut de faire agir sa sœur. Des prédictions fui ent répandues dans le pays sur une vierge des Marches de Lorraine, qui devoit sauver la France; une voix mystéi ieuse parla à Jeanne. Cette voix, qui venoit du côté de l'église, étoit celle de l'un des seigneurs chargés de diriger la jeune fille. Le succès des premières tentatives engagea à multiplier les apparitions. Des hommes vêtus comme on a peint les anges, des dames déguisées en saintes du Paradis, s'offrirent à ses regards, lui persuadèrent qu'elle étoit appelée par le ciel à sauver la France et le Roi, et lui ordonnèrent d'aller trouver Baudricourt qui la feroit conduire en France. Le capitaine de Vaucouleurs , que Ton avoit mis dans la confidence de cette intrigue, la rebuta d'abord, afin d'éprouver son caractère. Les voix lui disent d'insister; Poulengy et de Metz, qui peut-être avoient tout dirigé jusque-là, lui offrent leurs services, et on l'amène à la Cour ; pendant son séjour au Couldray, elle est souvent visitée par les seigneurs qui avoient veillé sur elle dès son enfance. Ces voix lui avoient réve'lé le secret de sa naissance. Voilà pour-

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fl[uoi elle disoit, lorsqu'on lui parloit de son projet : Je suis née pour cela. C'éloit aussi ce qui la faisoit prier avec ferveur et re'pandre des larmes.

Les mêmes voix lui avoient promis qu'elle auroit signe pour se faire recevoir et croire par le Roi , qui ignoroit tout, jusqu'à l'existence de Jeanne. On avoit tout pre'paré en conséquence. Un jour , pendant que le Ptoi étoit seul dans sa chapelle , une voix lui avoit crié que bientôt les doutes qui s'élevoient sur sa naissance seroient dissipés (0 ; et on lui avoit indiqué ainsi l'objet sur lequel il devoit prier, Jeanne , instruite par une apparition, lui révéla cette prière mentale. On eut recours encore à d'autres moyens ; les différentes personnes que la Pucelle avoit prises pour des anges, pour sainte Catherine et pour sainte Marguerite, à Domremy, étoient toutes arrivées à la Cour. Elles se déguisent de nouveau, et présentent à Charles , en présence de Jeanne , la couronne que des anges simulés avoient apportée a Isabelle de Bavière, le jour de son mariage. La Reine avoit, dans le temps, donné celte couronne aux prolecteurs de sa fille, et la manière dont elle lui avoit été offerte à Paris, fit probablement naître l'idée de ce nouveau stratagème. Le Roi étant ainsi disposé, Jeanne se fit connoître à lui; et, comme elle n'auroit pu divulguer sa naissance sans confirmer les bruits qui couroient sur celle de son frère , elle promit à Charles le secret le plus absolu.

L'épée qu'elle envoya , d'après l'ordre de ses voix , chercher à Fierbois, dans un tombeau, étoit celle du

10 Ses ennemis faisoient courir le bruit qu'il n'éloit pas fils de " Charles VI.

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duc d'Orléans. Clignet de Brebant, l'un de ses partisans les plus zéle's, avoit enlevé' cette épée lorsque le duc fut assassiné, et l'avoit conservée avec soin ; Brebant étoit mort auprès de Fierbois; l'épée avoit été déposée dans son tombeau ; on la destinoit à la fille du duc, et la Pucelle, qui savoit qu'elle avoit appartenu à son père, la donna, plus tard, à l'abbaye de Saint-Denis, pour être placée parmi les tombeaux et les reliques de sa famille.

Si Jeanne est mise à la tête des troupes avant d'avoir combattu , si on lui accorde les honneurs et l'état de maison d'un chef d'armée, si les généraux, les princes, le Roi lui-même , se soumettent à ses volontés , c'est que le secret de sa naissance étoit connu. Elle fut appelée Pucelle d'Orléans , non parce qu'elle avoit délivré une ville, mais parce qu'on savoit qu'elle étoit fdle du duc. Un enthousiasme irréfléchi lui avoit fait donner primitivement ce nom par allusion à sa véritable naissance, comme on avoit nommé Dunois, son frère, le bâtard d'Orléans.

Elle avoit d'ailleurs beaucoup de ressemblance avec le duc d'Orléans , son père. Ce prince avoit eu , comme elle , une imagination exaltée , de fortes dispositions à une piété ardente, mêmes grâces du corps et de l'esprit , même adresse à tous les exercices, même facilité d'intelligence , même éloquence dans ses discours. On suppose jusqu'à une ressemblance physique qui aida Charles à reconnoîlre Jeanne pour sa sœur. La seule différence , c'est (ju'elle tourna au bien les qualités naturelles dont son père abusa.

Elle dit, dans ses interrogatoires, avoir eu beaucoup de révélations sur le duc d'Orléans, qui étoit prisou-

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nier cliez les Anglais ; ce duc e'toit aussi son frère, et on lui avoit en effet re've'le' beaucoup de choses sur lui. Pendant le procès, quand elle est interroge'e sur un anneau qu'elle avoit porte', elle re'pond qu'elle le tenoit de son frère ; ce qui ne peut s'entendre que de son frère Charles VII. Si elle eût été fille de Jacques d'Arc, elle auroit dit un de ses frères , car Jacques d'Arc avoit trois fds. Lorsque l'évêque de Beauvais la presse de s'expliquer sur le secret c[u'elle a révélé au Roi, elle demande huit jours, ensuite quinze- jours, pour répondre. Elle ne vouloit point se faire connoître aux juges sous son véritable nom , sans y avoir élé autorisée par Charles VU, son frère. Le Roi ne lui ayant pas donné cette autorisation, on la pressa en vain , on essaya inutilement de la surprendre par des questions insidieuses et imprévues, elle se dévoua et mourut avec son secret. L'Université, qui la poursuivoit avec tant d'acharnement et de barbarie, n'en agissoit ainsi que parce que les chefs de ce corps avoient eu à se plaindre du duc d'Orléans. On vengeoit sur la fille les injures du père.

Les lettres de noblesse qui lui avoient été accordées, en 1429? n'avoient eu d'autre objet que de déguiser sa véritable naissance, dont le mystère étoit connu ou souj^çonné par les Français, et même par les Anglais-, mais on lui donna pour armes des fleurs •de lis, qui étoient celles de la maison royale, à laquelle elle appartenoit. La Pucelle ne porta point ces armes ; elle se contenta de faire mettre des fleurs de lis sur son étendart.

L'intérêt puissant que Charles VU avoit à ensevelir dans l'oubli le secret delà naissance de Jeanne, qui ne

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pouvoit être publiquement reconnue comme fille d'Isabelle de Bavière, sans faire naître de justes soup* çons sur la naissance de son fière, explique la conduite de ce prince. Il a mieux aimé sacrifier sa sœur que de compromettre sa couronne; il a fait de'nalurer les actes du procès de Rouen, et, lors du procès de révision, il a fait réhabiliter la mémoire de la Pucelle , sans laisser percer la véiité. Dans les divers actes, on ne Tavoit jusqu'alors appelée que Jeanne, le jugement de réhabilitation la nomme pour la première fois Jeanne d'Arc. On vouloit qu'un arrêt solennel la déclarât fille d'un paysan de Domremy. Charles VII n'a pas osé faire poursuivre les juges de Rouen , dans la crainte de réveiller les soupçons. Louis XI, mieux atfermi sur le trône les fit punir, et Louis XII, petit -fils du duc d'Orié.sns , père de la Pucelle, ordonna encore une nouveiie réhabilitation, loi'sque la branche d'Orléans eut été appelée à la couronne.

Les Anglais avoient, ainsi que les F.ançais, connu le secret de la naissance de la Pucelle. Entre autres preuves , on cite un passage d'une tragédie de Shakespeare , qui fait dire à Jeanne d'Arc qu'eZ/e n'est point la jille d'un pasteur ^ mais un rejeton de la race des rois , et on fait observer que le poète a nécessairement répété là une ancienne tradition. Comme il pourroit paroître extraordinaire que les Anglais n'aient pas profité de ce moyen pour nuire à Charles VII, on prévient cette ditficulté. Henri VI étoit lui-même petit-fils d'Isabelle de Bavière. Il n'avoit des droits au trône de France que par la princesse Catherine, sa mère, fille de cette Reine. Il étoit donc aussi

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important pour lui que pour Charles VII de cacher un fait qui jetoit des doutes sur la le'gitimité de la naissance de sa mère. Le duc de Bedford dirigea les choses dans Fintérêt de ce prince.

Enfin , pour ne rien laisser dans l'obscurité' , on pense que la fausse Pucelle, dont parle N. Sala, e'toit cette fille de Jacques d'Arc , sur laquelle on n'a aucun détail , et que l'autre fausse Pucelle, qui épousa le seigneur des Armoises, étoit la fille du laboureur de Domremy, échangée au berceau avec la Pucelle d'Orléans; autrement il sembleroit difficile d'expliquer l'impudence de ces deux créatures, et surtout le mariage de la seconde avec un gentilhomme.

Tel est le système de M. Gaze; nous l'avons présenté avec autant de clarté qu'il nous a été possible; mais, dans une courte analyse, nous n'avons pu même indiquer les raisonnemens subtils et souvent spécieux qu'il emploie pour défendre tant d'étonnantes suppositions. Il seroit diflicile sans doute de les admettre ; mais on ne pourroit sans injustice contester à leur auteur beaucoup d'esprit, beaucoup d'érudition, et une connoissançe approfondie de l'époque sur laquelle il a écrit.

Les divers auteurs que nous venons de citer, et qui tous ont fait des recherches si pénibles et si utiles sur l'histoire delà Pucelle, s'étoient malheureusement créé un système avant d'écrire ; dès lors ils ont été entraînés malgré eux à ne considérer les choses que sous le point de vue favorable à leur opinion. Profitant de l'obscurité , des lacunes , des contradictions même que l'on rencontre souvent dans les anciennes chroniques et dans les grosses des deux procès, cha-

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cun d'eux y a cherché ce qui pouvoit faire prévaloir son système, et a négligé ce qui pouvoit y êire contraire ; aussi a-t-on peine à reconnoître la même histoire écrite par des auteurs difierens.

L'objet de notre travail étant de compléter les Mémoires que nous réimprimons, nous n'avons rien négligé pour réunir tous les détails de la vie de Jeanne d'Arc, qui peuvent offrir quelque intérêt; nous avons dû faire connoître les différens systèmes que l'on a publiés, et n'en adopter aucun , laissant au lecteur le soin de porter un jugement sur l'événement le plus extraordinaire de notre histoire, et peut-être de Tiiistoire du monde.

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