Chapitre 5g Si leur fut envoyé de quatre à
cinq cens combattans ou environ , et depuis en vindrent bien environ sept mille avecques aucuns vivres,^ qui estoient en vaisseaux conduits par iceux gens d'armes parmy l'eaiie de la rivière de Loire : et avecques eux vint Jeanne la pucelîe, dont dessus est faicte mention, et jusques à ce jour avoit fait encores peu de chose, dont il fut grand renommée. Et lors ceux de l'ost s'efforcèrent de conquerre les dessusdits vivres : mais ils furent bien delîendus par ladicte Pucelle, et ceux qui estoient avecques elle , et furent mis à sauveté : dont ceux de ladicte ville feirent bonne chiere , et furent moult fort joyeux tant pour la venue d'icelle Pucelle, comme pour les vivres dessusdits.
Et le lendemain qui fut le jeudy, Jeanne k pucelle se leva assez matin, et en parlant à plusieurs capitaines de la ville et autres gens de guerre, les induist et admonnesta moult fort par ses parolles, qu'ils s'armassent
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«t la suivissent : car elle vouloit aller (se disoit elle) sur les ennemis : disant en outre, que bien sçavoit sans faulte qu'ils seroient vaincus. Lesquels capitaines et autres gens de guerre estoient tous esmerveillez de ses paroUes , dont la plus grand partie se meit eu armes, et s'en allèrent avecques elle assaillir la bastille de Sainct Loup, qui estoit moult forte, et avoit dedans de trois à quatre cens Anglois ou environ : lesquels assez tost furent conquis et morts, et prins et mi^ à grand meschef , X3t ladicte fortification fut toute démolie et mise en feu et en flambe.
Si s'en retourna ladicte pucelle Jeanne à tout ses gens d'armes et nobles chevaliers, que elle avoit menez avecques elle dedans la noble ville et cité d'Orléans, où elle fut moult grandement et de toutes gens honnorée et festoyée. Et le lendemain ensuivant qui fut le vendredy issit ladicte pucelle Jeanne de rechef hors de la ville à tout certain nombre de combattans, et alla assaillir la seconde bastille plaine d'Anglois, laquelle pareillement (comme la première) fut gaignée et vaincue, et ceux de dedans morts et mis à l'espée. Et après ce que la dessusdicte pucelle Jeanne eut fait ardoir et embrazer icelle seconde bastille , elle s'en retourna dedans ladicte ville d'Orléans , oii elle fut plus que devant exaulcée et honnore'e de tous les habitans d'icelle.
Et le samedy ensuivant assaillirent par grande vaillance et de grand voulenté la tresforte bastille et forteresse du bout du pont, qui estoit tresforte, merveilleusement et puissamment ediffie'e, et si estoit dedans la fleur des meilleurs gens de guerre d'Angleterre, et droictes gens d'armes : lesquels moult Ion-
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guement et prudemment se deffendirent, mais ce ne leur valut gueres : car par vive force et proesse de combattre , furent prins et conquis et la greigneur partie mis à l'espée : desquels y fut occis un trèsrenomme' et vaillant capitaine anglois, appelle Clasendas (0 : et avecques luy le seigneur de Moulins , le bailly d'Evreux, et plusieurs autres nobles hommes de guerre de grand et de moult riche estât.
Apres laquelle conqueste retournèrent dedans ladicte ville Jeanne la Pucelle, et les nobles et renommez François, à petite perte de leurs gens. Et nonobstant qu'à ces trois assaulx, la dessusdicte pucelle Jeanne la commune renom me'e dit en avoir esté la conducteresse : neantmoins si y estoient tous les nobles chevaliers et capitaines, ou aumoins la plusgrand partie, qui durant ledit siège avoient esté dedans ladicte ville et cité d'Orléans : desquels par dessus est faicte mention au devant- dits assaux. Et s'y gouvernèrent chacun endroit soy si vaillamment, comme gens de guerre dévoient faire en tel cas : tellement qu'en ces trois bastilles furent que morts que prins de six à huict mille combattans : et les François ne perdirent qu'environ cent hommes de tous estats.
Chapitre 6i : Or est vérité que le connestable de France, le duc d'Alençon, Jeanne la Pucelle et les autres capitaines françois estans tous ensemble sur les champs, comme il est dit dessus, chevauchèrent tant par aucunes journées qu'ilsvindrent devant Jargueaux, où estoit le dessusdit comte de Sufiort, et de trois à
C'} Glacidas.
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quatre cens de ses gens avecquesles habitans de la ville, qui tantost en toute diligence se meirent en ordonnance de deffence : mais en brief ils furent assez tost environnez de toutes parts desdits François : et de fait les commencèrent en plusieurs lieux à assaillir moult roidement ; lequel assault dura assez bonne espace terrible et moult merveilleux, toutesfois iceux François continuèrent si asprement audit assault , que malgré leurs adversaires par force d'armes entrèrent dedans ladicte ville, et par prouesses les conquirent : à laquelle entrée furent occis environ trois cens combattans anglois, desquels fut l'un d'iceux des frères du comte de Suflbrt : lequel comte avecques luy son autre frère, le seigneur de la Poulie, furent faits prisonniers, et de leurs autres gens jusques à soixante hommes ou au dessus. Ainsi doncques ceste ville et chasteau de Jargueaux conquise et subjuguée, comme dit est, lesdits François se rafreschirent dedans icelle tout à leur aise.
Et après eux partans de là allèrent à Meung, qui tantost leur feit obéissance : et d'autre part fuirent les Anglois qui tenoient la Ferté Hubert , et se boutèrent tous ensemble à Bois-Jency, jusques auquel lieu ils furent chassez et poursuivis des François, lesquels se logèrent devant eux en plusieurs lieux, et tousjours Jeanne la Pucelle au front devant à tout son estendart, et lors par toutes les marches de là environ, n'estoit plus grand bruit ne renommée comme il estoit d'elle et de nul autre homme de guerre. Et adoncques les plus principaux capitaines anglois, qui estoient dedans la dicte ville de Bois-Jency, voyant par la renommée d'icelle Pucelle fortune estre du tout ainsi tournée
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contre eux , et que plusieurs villes et forteresses estoient desja mises en l'obéissance de leurs ennemis, les uns par vaillance d'armes et forces d'assault, et les autres par traictié : et aussi que leurs gens pour la grand partie en estoient moult esbahis et espoventez, et ne les trouvoient pas de tel propos de prudence qu'ils avoient accoustumé : ains estoient tresdesirans d'eux retraire sur les marches de Normandie.
Si ne sçavoient que faire ne quel conseil eslire : car ils ne sçavoient estre acertenez n'asseurez d'avoir en bref secours. Et pourtant tout considéré les be^ songnes dessusdictes ils traicterent avec les François, qu'ils s'en iroient à tout leurs biens, saufs leurs corps et leurs vies : par condition qu'ils rendroient la place en l'obéissance du roy Charles de France, ou de ses commis : lequel traicté ainsi fait, lesdits Anglois se départirent, prenant leur chemin parmy la Beausse, et tirant vers Paris.
Et les François entrèrent joyeusement dedans Bois- Jency ou Boscengy : et prindrent conclusion par l'exhortation de Jeanne la Pu celle, qu'ils iroient audevant des Anglois , qui des parties vers Paris , venoient pour les combattre , comme on leur avoit donne' à entendre : laquelle chose estoit véritable.
Si se meirent de rechef à plains champs , et venoient à eux chacun jour gens nouveaux de plusieurs marches. Et furent adoncques ordonnez le connestable, le mareschal de Boussach, la Hire, Pothon et plusieurs autres capitaines de faire l'avantgarde : et le surplus comme le duc d' Alençon , le bastard d'Orléans, le mareschal de Roye estoient conducteurs de la bataille, qui suivoient assez près ladicte avantgarde :
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et povoient estre de huict à neuf mille combattans. Et fut demande à Jeanne la Pucelle par aucuns des princes là estans, quelle chose il estoit de faire, et que bon luy sembloit à ordonner : laquelle Pucelle respondit, qu'elle savoit bien pour vray que leurs anciens ennemis les Anglois venoient pour eux combattre : disoit outre qu'au nom de Dieu on aîlast hardiement contre eux, et que sans faillir ils seroient vaincus, et aucuns luy demandèrent où on les trouveroit, et elle leur dit, chevauché hardiement on aura bon conduict.
Et adoncques tous les gens d'armes se meirent en bataille, et en bonne ordonnance tirèrent leur chemin ayans des plusexpers hommes de guerre, montez sur fleur de coursiers, allant devant pour descouvrir leurs ennemis jusques au nombre de soixante ou quatre vingts hommes d'armes. Et ainsi par certaine longue espace chevauchèrent et vindrent par un jour de samedy , à une grande demie lieue d'un gros villa-e nommé Patay. ° '
Monstrelet fait ensuite la description de la bataille puis il ajoute : « Et par especial Jeanne la Pucelle « acquist en icelles besongnes si grand lodenge, et re- « nommée, qu'il sembloit à toutes gens que les\nnemis « du Roy n'eussent plus puissance de résister contre « elle : et que brief par son moyen le Roy deust « estre remis et restably du tout en son royaume. «
En racontant l'expédition de Rheims, il se borne à dir« que la Pucelle a accompagné le Roi, sans faire délie aucune mention particulière.