‹ Précis de l'histoire de Jeanne d'Arc, surnommée La Pucelle d'OrléansChapitre 17 sur 19 · Chapitre 84 : A l'entrée du mois de may fut rué jus · texte numérisé non relu

Chapitre 84 : A l'entrée du mois de may fut rué jus

j/(3 PIÈCES RELATIVES

et prins un vaillant homme d'armes nomme' Franquet d'Arras , tenant le party du duc de Bourgongne : lequel estoit allé courre sur les marches de ses ennemis vers Laigny sur Marne , à tout trois cens combattans ou environ : mais à son retour fut rencontré de Jeanne la Pucelle qui avec elle avoit quatre cens François. Si assaiUit moult courageusement et vigoureusement ledit Franquet, et ses gens par plusieurs fois : car par le moyen de ses archiers , c'est à sçavoir dudit Franquet qu'il avoit : lesquels par tresbonne ordonnance s'estoient mis à pied , se deifendirent si vaillamment que pour le premier et second assault icelle Pucelle et ses gens ne gaignerent riens sur eux , mais en conclusion elle manda toutes les garnisons de Laigny et autres forteresses de l'obéissance du roy Charles , lesquels y vindrent en grand nombre à tout(0 coulevrines, arbalestres et autres habillemensde guerre. Et fmablement les dessusdits tenans le party de Bourgongne après qu'ils eurent moult adommagé leurs ennemis de gens de cheval ils furent tous vaincus. Et desconfits et la plus grand partie mis à l'espée, et mesmement ladicte Pucelle feit trancher la teste à iceluy Franquet , qui grandement fut plaint de ceux de son party , pourtant qu'en arme il estoit homme de vaillante conduicte.

Chapitre 86 : Item, durant le temps que ledit duc de Bourgongne estoit logé à Condin , comme dit est, et ses gens d'armes es autres villages auprès de Condin et de Compiengne : advint la nuict de l'Ascension à cinq heures après midy , que Jeanne la Pucelle , Pothon

C") A tout : avec

A l'histoiue de JEÀK^E d'arc. i^r,

et avecques plusieurs autres nobles et vaillans capitaines françois, avec eux de cinq à six cens combattans, saillirent hors tous armez de pied et de cheval de ladicte ville de Compiengne par la porte du pont vers Montdidier, et avoient intention de combattre et ruer jus le logis de messire Baudo de Noielle qui estoit àMarigny au bout de la chaussée, comme dit est, en aqtre lieu. Si estoità ceste heure messire Jean de Luxembourg, avec luy le seigneur de Cresquy et huict ou dix gentils- hommes, tous venus à cheval non ayans, smon assez petit, de son logis devers lé logis messire Baudo, et regardoit par quelle manière on pourroit assiéger icelle ville de Compiengne.

Et adonc iceux François, comme dit est, commencèrent très fort à approcher iceluy logis de Marigny, auquel estoient ou la plus grand partie tous desarmez. Toutesfois en assez brief terme s'assemblèrent et commença l'escarmouche Iresgrande, durant laquelle fut crie'à larme en plusieurs lieux, tant de la partie de Bourgongne, comme des Anglois, et se meirent en bataille les dessusdits Anglois contre les François sur la prée au dehors de Venete, où ils estoient logez, et estoient environ cinq cens combattans. Et d'autre costé les gens de messire Jean de Luxembourg , qui estoient logez à Claroy, sachans cest eflroy vindrent les aucuns hastivement pour secourir leur seigneur et capitaine, qui entretenoit ladicte escarmouche : et auquel pour la plus grand partie les autres se r'al- Iierent : en laquelle fut tresdurement navré au visage ledit seigneur de Cresquy.

Finablement après ce que ladicte escarmouche eut duré assez longue espace, iceux François voyans leur

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ennemis multiplier en grand nombre, se retraliirent devers leur ville tousjours la Pucelle Jeanne avec eux sus le derrière, faisant grand manière d'entretenir ses gens et les ramener sans perte : mais ceux de la partie de Bourgongne considérant que de toutes parts auroient brief secours , les approchèrent vigoureusement, et se ferirent en eux de plain eslaiz. Si fut en conclusion , comme je fuz informé , la dessusdicte Puceîle tirée jus de son cheval par un archier : auprès duquel esloit le bastard de Vendonne, à qui elle se rendit et donna sa foy : et il sans delay l'emmena prisonnière à Marigny , où elle fut mise en bonne garde : avec laquelle fut prins Pothon le Bourguignon , et aucuns autres, non mie en grand nombre.

Et les dessusdi's François rentrèrent en Compiengne dolens et courroucez de leur perte : et par €special eurent moult grand desplaisance pour la prinse d'icelle Pucelle , et à l'opposite ceux de la partie de Bourgongne, et les Anglois en furent moult joyeux, plus que d'avoir cinq cens combattans ; car ils ne craignoient ne redoubtoient nul capitaine ne autre chief de guerre, tant, comme ils avoient tousjours fait jusques à ce présent jour icelle Pucelle.

Si vint assez tost après le duc de Bourgongne à toute sa puissance de son logis de Condin , où il estoit logé en la prée devant Compiengne. Et là s'assemblèrent les Anglois , ledit duc et ceux des autres logis en trèsgrand nom])re, faisant l'un avec l'autre grans cris et resbaudissemens pour la prinse de ladicte Pucelle : laquelle iceluy duc alla veoir au logis où elle estoit et parla k elle aucunes paroUes dont je ne suis mie bien recors , jaçoit-ce que je y esloje présent : après

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lesquelles se trahit ledit duc et toutes gens chacun eil leurs logis pour ceste nuict : et la Pucelle dejnoura en la garde et gouvernement de messire Jean de Luxembourg. Lequel après dedans briefs jours ensuivans l'envoya soubs bon conduict au chasteau de Beau-Lieu, et de là à Beaurevoir : où elle fut par long temps prisonnière, comme cy après sera declairé plus à plain.

Chapitre io5 : S'ensuit la condemnation qui fut fiaicte en la cité de Roiien contre Jeanne la Pucelle, comme il peut apparoir par lettres envoyées de par le roy d'Angleterre au duc de Bourgongne, desquelles la coppie s'ensuit :

Lettre adressée par Henri VI au duc de Bourgongne sur la condamnation de Jeanne d'^rc.

Treschier et tresaimé oncle la fervente dilection que sçavons vous avoir ( comme vray catholique ) à nostre mère saincte Eglise et l'exaltation de nostre saincte foy, raisonnablement nous exhorte et admonneste de vous signifier et escrire ce qu'à l'honneur de nostredicte mère saincte Eglise, fortification de nostre foy et extirpations d'erreurs pestilencieuses , a esté en ceste nostre ville de Roiien fait nagueres solennellement.

Il est assez commune renommée ja comme par tout divulguée , comment celle femme qui se faisoit nommer Jeanne la Pucelle erronnée , s'estoit deux ans et plus contre la loy divine et Testât de son sexe femenin vestue en habit d'homme, chose à Dieu abhominable.

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Et en tel estât transportée devers nostre ennemy capital et le v(>stre : auquel et à ceux de son party , gens d'e'glise, nobles et populaires, donna souvent à entendre que elle estoit envoye'e de par Dieu : en soy presumptueusement vantant , qu'elle avoit communication personnelle et visible avecques sainct Michel et grande multitude d'anges et de saincts de Paradis, comme saincte Katherine et saincte Marguerite. Par lesquels faulx donné à entendre et l'espérance qu'elle prometloit de victoires futures , divertit ])lusieurs cueurs d'hommes et de femmes de la vérité , et les convertit à fables et mensonges.

Se vestit aussi d'armes appliquées pour chevaliers et escuyers, leva l'estandard. Et en trop grand outrage, orgueil et presumption demanda avoir et porter les tresnobles et excellentes armes de France qu'en partie obtint. Et les porta en plusieurs courses et assaulx , et ses fieres , comme on dit , c'est à sçavoir un escu à deux fleurs de lys d'or à champ d'azur , et une espée la poincte en haut feruë en une couronne.

En cest estât s'est mise aux champs, a conduit gens d'armes et de traict en exercite et grans compagnies pour faire et exercer cruautez inhumaines en espandant le sang humain, en faisant séditions et commotions de peuple : l'induisant à parjuremens, rebellions, superstitions et faulces créances : en perturbant toute vraye p/aix, et renouvellant guerre mortelle en se souffrant honnorcr et révérer de plusieurs, comme femme sainctifiée : et autrement damnablement ouvrant en divers cas longs à exprimer, qui toutesfois ont esté en plusieurs lieux assez cogneuz , dont presque toute la chrcstienté a esté toute scandalizée.

A L IIISTOIIIE DE JEANNH d'aFcC, 1 5 J

Mais la divine puissance ayant pitié de son peuple loyal, qui ne l'a longuement voulu laisser en péril ne souffert demeurer e's vaines, périlleuses et nouvelles crudelitez , où ja legierement se mettoit : a voulu permettre sa grand miséricorde et clémence, que ladicte femme ait este prinse en vostre ost et siège que teniez lors de par nous devant Compiengne, et mise par vostre bon moyen en nostre obéissance et domination.

Et pource que de's lors feusmes requis par l'evesque, au diocèse duquel elle avoit esté prinse, qu'icelle Jeanne notée et diffamée de crimes de leze majesté divine, luy feissions délivrer, comme à son juge ordinaire ecclésiastique. Nous tant pour la révérence de nostre mère saincte Eglise , de laquelle voulons les ordonnances préférer à noz propres faits et voulentez comme raison est : comme aussi pour l'honneur et exaltation de nostredicte saincte foy : luy feismes bailler ladicte Jeanne, affm de luy faire son procez : sans en vouloir estre prinse par les gens et officiers de nostre justice séculière aucune vengeance, ou punition ainsi que faire nous estoit raisonnablement licite : attendu les grans dommages et inconveniens, les horribles homicides et détestables cruautez, et autres inaulxinnumerables, qu'elle avoit commis à l'encontre de nostre seigneurie et loyal peuple obéissant.

Lequel evesque adjoinct avecques luy le vicaire de l'inquisiteur des erreurs et hérésies : et appelle avecques eux grand et notable nombre de solennels maistres et docteurs en théologie et droit canon, commença par grande solennité et deiie gravité le procez d'icelle Jeanne. Et après ce que luy et ledit inquisi-

iSa PIÈCES RELATIVES

teur juges en ccste partie, curent par plusieurs et diverses journées interrogué ladicte Jeanne, feirent les confessions et assercions d'icelle nieurement examiner par lesdits maistres docteurs. Et generallement par toutes les facultez de nostre trescliiere et tresaymée fdie l'universile' de Paris : devers laquelle lesdictes confessions, assercions, ont esté envoyez : par l'opinion et délibération desquels trouvèrent lesdits juges , icelle Jeanne supersticieuse , devineresse de diables, blaspliemeresse en Dieu : et en ses saincts et sainctes schismastique et errant par moult de sors en la foy de Jesus-Christ. Et pour la réduire et ramener à l'unité et commun de nostredicte mère sainçle Eglise, la purger de ses horribles et pernicieux crimes et péchez, et guérir et préserver son ame de perpétuelle peine et damnation, fut souvent et par bien long temps trescharitablement et doulcement admonnestée, à ce que tous erreurs fussent par elle rejectées et mises arrière : voulsist humljlement retourner à la voye et droit sentier de vérité, ou autrement elle se mettoit en grand péril d'ame et de corps.

Mais le tresperilleux et divisé esprit d'orgueil et d'outrageuse presumption, qui tousjours s'ellorce de vouloir empescher l'unité et seurté des Chrestiens : occupa et détint tellement en ses liens le courage d'icelle Jeanne, que pour quelconque saincte doctrine ou conseil ne autre doulce exhortation qu'on luy eut administrée, son cueur endurcy et obstiné ne se voulut humilier n'amolir : mais se vantoit souvent que toutes les choses qu'elle avoit faictes, estoient bien faictes : et les avoit faictes du commandement de Dieu et desdictes sainctes vierges, qui visiblement

A l'histoihe ue jear'jve d'arc. iSj

s'estoient à elle apparues. Et qui pis est, ne recognoissoit ne ne vouloit recognoistre en terre forts Dieu seullement et les saincts de Paradis, en refusant et debouttant le jugement de nostre sainct Père le pape, du concile gênerai et universelle Eglise militante.

Et voyans les juges ecclesiasticques sesdits courage et propos, par tant et si longue espace de temps endurcy et obstine, la feirent mener devant le clergié et le peuple illec assemble' en tresgrand multitude : en la présence desquels furent prescliez, exposez et déclarez solennellement et publiquement par un notable maistre en théologie à l'exaltation de nostre foy, extirpation des erreurs et édification et amendement du peuple chrestien. Et de rechief fut charitablement admonnestée de retourner à l'union de sain cte Eglise, et de corriger ses fautes et erreurs en quoy elle estoit obstine'e. Et en ce considère', les juges dessusdits procédèrent à prononcer la sentence contre elle en tel cas de droict introduicte et ordonne'e. Mais avant que la sentence fut parlute, elle commencea par semblant à muer son courage, disant qu'elle vouloit retourner à saincte Eglise : ce que voulentiers et joyeusement ouïrent les juges et le clergié dessusdits, qui à ce la receurent benignement, espérant par ce moyen son ame et son corps estre racheptez de perdition et tourment.

Adoncques se submist à l'ordonnance de saincte Eglise, et ses erreurs et détestables crimes revocqua de la bouche, et abjura publicquement, signant de sa propre main la cedulle de ladicte revocquation et abjuration.

Et par ainsi nostre piteuse mère saincte Eglise soy

ï ^)\ PIÈCES RELATIVES

esjouïssant sur la pécheresse faisant pénitence, vueillant la brebis retrouver et recouvrer par le désert s'estoit esgarée et forvoyée, ramener avecques les autres, icelle Jeanne pour faire pénitence condamna en chartre.

Mais gueres ne fut illecques, que le feu de son orgueil qui sembloit estre estainct en icelle, rembrasa en flambes pestillencieuses par les soufflemens de l'ennemy. Et tantost ladicte femme mallieure'e, rencheut es erreurs et es rageries que par avant avoit proférées, et depuis revocquées et abjurées, comme dit est.

Pour lesquelles causes selon ce que les jugemens et institutions de saincte Eglise l'ordonnèrent, alCn que doresnavant elle ne contaminast les autres membres de Jesus-Christ , elle fut de rechief preschée publicquement. Et comme elle fut rcncheiie es crimes et fautes villaines par elle accoustumées, fut délaissée à la justice séculière , laquelle incontinent la condamna à estre bruslée.

Et voyant son finement approcher, elle cogneut plainement et confessa que les esprits qu'elle disoit estre apparus à elle, souventesfois estoient mauvais et mensongiers, et que les promesses qu'iceux esprits luy avoient plusieurs fois faictes de la délivrer, estoient faulces : et ainsi se confessa par lesdits esprits avoir esté deceiie et demoquée. Si fut menée par ladicte justice, liée au Vieil Marché, dedans Roiien, et là ]niblicquement futarse à la veiie de tout le peuple (0.

(0 Copie de celte lettre fut adressée à tous les évêqiies de France, qui avoient adhéré au traité de Troycs. Ou y avoit seulement ajouté le paragraphe suivant, qui la terminoit :

« Icy est la lin des œuvres, icy est la fin et issue d'icelle fetamcque

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Laquelle chose ainsi faicte le dessusdit roi d'Angleterre si^ifîa par les lettres, comme dit est, au dessusdit duc de Bourgongne, affin qu'icelle exécution de justice tant par luy comme les autres princes, fut publiée en plusieurs lieux : et que leurs gens et subjects doresnavant fussent plus seurs et mieux advertis de non avoir créance en telles ou semblables erreurs, qui avoient régné pour l'occasion de ladicte Pucelle.

présentement vous signiffions pour vous informer véritablement de ceste matière, révérend père en Dieu. Afin que par les lieux de vostrc diocèse que bon vous semblera, par predicacions et sermons publics et aultrement, vous faictes notifier ces choses pour le bien et exaltacion de nostre dicte foy et édification du peuple chreslien, qui, à l'occasion des œuvres d'icelle femme , a esté longuement deceu et abusé, et que pourvoyez, ainsi que à voslre dignité appartient, que aulcuns du peuple h vous commis ne présument croire de legier en telles erreurs et périlleuses supersticions , mesmemeut à ce présent temps, auquel nous voyons dreccr plusieurs faulx prophètes, semeurs de dampnées erreurs et folle créance, lesquelz eslevez contre nostre mère saincte Eglise, par fol hardement et oullragieuse presumpcion , pourroient par adveuture contaminer de venin périlleux de faulsc erreur, le peuple Christian, se Jhesus Christ, de sa miséricorde, n'y pourvoit, et vous et ses ministres qu'il appartient ne entendez diligemment à rebouter et punir les voulenlés et faulx hardemens des hommes reprochés. Donné en Bostre ville de Rouen , le vingt buiclieme jour de juin i43i. »

tTiG pièces relatives

Henri de Gorckeimi^) (de Gorcum), théologien hollajidais (propositionum de puellâ militari in fran-

ciâ).

Une jeune fille qui faisoit paître les troupeaux à la campagne, fut présentée au fils du roi Charles VI ( ad régis Car oli Kl Jiliuni quœdam juvencula accessit (2)), et l'assura qu'elle étoit envoyée de Dieu pour réduire tout le royaume sous son obéissance. Pour éviter cependant que cette démarche ne fût regardée de sa part comme téméraire, elle fait connoître des choses secrètes, que ni elle, ni aucun autre ne pouvoit pas naturellement savoir. Dès qu'elle fut agréée, elle se fit couper les cheveux, et se servit d'habits militaires, avec lesquels elle monte à cheval : alors, armée de son seul étendard, on remarque en elle des talens supérieurs , fruits d'une longue expérience dans les plus habiles généraux. Non-seulement elle encourage ceux qui combattent avec elle, mais elle décourage encore et abat les forces de l'ennemi. Est-elle descendue de cheval, elle reprend l'habit de son sexe, et fait paroître une admirable simplicité de conduite, et une innocence que rien n'égale ; elle ignore même entièrement le courant des affaires ordinaires. On assure qu'elle a toujours conservé sa virginité, et qu'à une extrême sobriété, elle joint une parfaite modestie; que, pénétrée d'une véritable piété, elle empêche non-

(>) Il a écrit en 1429, avant que Jeanne d'Arc fût prisonnière.

(*) Cet auteur, qui étoit sujet du duc de Bourgogne, ne donne pas le litre de roi à Ciiarles VII : il ne le désigne que comme fils du roi Charles YI.

A l'histoire de JEANNE d'aRC. i5t

seulement la mort, mais encore les pillages et les violences qu'on pourroit faire à ceux qui se soumettent au parti qu'elle a embrassé. C'est ce qui porte toutes les villes à jurer fidélité au fils du Roi ( Regio Jilio ) ; aussi croit-on qu'elle est envoyée de Dieu, pour opérer, par le secours céleste, les actions qu'on ne pourroit pas attendre d'un courage purement humain.

( Traduction de Lenglet Dufresnoy. )

Jean JMdej^j Dominicain allemand (Traité de Maleficiis), mort en i438.

Depuis environ dix ans, il avoit paru en France une fille douée, dit-on, de l'esprit de prophétie, et du don des miracles. Elle est toujours habillée en homme, et jamais les docteurs n'ont pu lui persuader de quitter cet habillement pour reprendre celui de son sexe, quoiqu'elle se déclarât vierge. Elle marquoit même publiquement que sous cet habit elle étoit envoyée de Dieu , pour rétablir le roy Charles dans son royaume, dont le roy d'Angleterre et le duc de Bourgogne, qui levouloient dépouiller, ne faisoient que tourmenter et tyranniser les peuples. Et cette fille accompagne toujours, à cheval, le Roi, son maître, auquel elle ne discontinue pas de promettre des victoires sur ses ennemis , et même d'en remporter. Elle opère en sa faveur beaucoup de choses admirables, qui étonnent avec raison la France et tous les pays étrangers.

.... Les sentimens étoient différens, et quelquefois même contradictoires. On étoit eu doute sur l'esprit don t

l58 PIÈCES r.ELATIVES

Jeanne e'toit animée, ou de celui de Dieu , ou de celui du démon. Les plus savans hommes en éci ivoient fort diversement, et même d'une manière opposée. Fjifin, après avoir secouru le roi Charles, et l'avoir fait reconnoître et confirmé dans une partie de ses Etats, la Providence divine a permis qu'elle fût arrêtée et brûlée par les Anglois. On assembla beaucoup de théologiens, de canonistes et de jurisconsultes pour l'examiner.

Plus loin l'auteur assure avoir appris de Nicolas Lami, licencié en théologie et ambassadeur de l'Université de Paris au concile de Basle, qu'elle avoit avoué qu'un ange de Dieu la visitoit familièrement , mais que des gens très -habiles ont été d'avis, et par conjectures, et par preuves, que cet esprit étoit un ange de ténèbres , et que le roy d'Angleterre l'avoit ainsi écrit à l'empereur Sigismond.

( Traduction de Lenglet Dufresnoy. )

B altiste Fulgose (Baptiste Fregose), doge de Gènes, en 1478 ( Actions mémorables. )

Au temps que les plus belles provinces du royaume gémissoient sous le joug tyrannique des Anglois, parut Jeanne, fille de Jacques d'Arc, native du village de Domremy, sur les frontières de Lorraine. On la regardoit comme une espèce de prophétesse, à cause des visions extraordinaires qu'elle disoit avoir eues, même avant l'âge de quinze ans. Le duc Charles de Lorraine l'envoya vers Robert de Baudricourt, gou-

A l'histoire de JEXISNE d'arc. I 5q

verneur de Vaucouleurs, et ce dernier la fît pre'senter au roi Charles VII, à qui elle promit toute victoire sur ses ennemis. Cependant on eut la pre'caution de ne la pas croire sans l'éprouver sur certains faits secrets, dont elle fit connoître la ve'rite'. Dès qu'on crut s'en devoir servir, on la mit à la tête de l'armce de France; alors, e'tant à cheval avec l'armure et l'appareil militaire, on l'auroit prise pour un ge'ne'ral, soit par le ton de voix avec lequel elle commandoit, soit par les ordres qu'elle donnoit toujours à propos. Son courage extraordinaire obligea les Anglois à lever le sie'ge d'Oile'ans, et quoiqu'elle fut blesse'e au cou, elle ne s'e'tonna ni du bruit des armes, ni de voir tomber morts à ses pieds la plupart des combattans, pas même du sang qui couloit de sa plaie. Elle agissoit avec tant de valeur et d'activité', qu'elle remplissoit en même temps les fonctions de ge'ne'ral et de soldat. Enfin , après cette première expe'dition , elle conduit l'îirme'e de France à Troyes , qu'elle assie'ge contre l'avis des ge'néraux et des ministres, et qu'elle prend contre leur espe'rance ; d'oii elle se rend à Rheims, et y fait sacrer et couronner Charles VII, suivant l'ancien usage des François. Elle vient ensuite à Paris, soumis alors aux Anglois, l'attaque et monte sur le rempart, sans qu'une plaie conside'rable qu'elle reçoit à la cuisse l'empêche de continuer. Son courage inspiroit une si grande terreur aux Anglois, qu'ils craignoient de se présenter devant cette fille, comme avant sa venue les François n'osoient tenir devant eux.

(Traduclion de l.çngict Diifresnoy. )

l6o PIÈCES RELATIVES

Jacques - Philippe Foresti , connu sous le nom de Philippe de Berganie , né en i44o7 mort en i520. (De Claris mulieribus).

Une fille nommée Jeanne , qui étoit ne'e en Lorraine, parut vers l'an i4'^9> o^^ croit que dès sa tendre jeunesse Dieu l'avoit choisie pour ope'rer des choses extraordinaires; et, après avoir conservé une perpétuelle virginité , elle fut brûlée à Rouen à l'âge de vingt-quatre ans (ou plutôt de vingt ans ou environ). Voici donc ce qu'on en rapporte. Quoique sortie de parens obscurs , elle avoit toujours été douée d'un courage supérieur. Après avoir passé les premières années de sa vie à faire paître les troupeaux, elle s'exerçoit avec ses compagnes, soit à la course, soit à combattre avec des espèces de lances , ainsi qu'auroient pu faire les plus habiles chevaliers. Elle faisoit même assaut contre des arbres , comme s'ils eussent été des combattans. Une autre fois, elle montoit quelques-uns des chevaux qu'elle menoit paître, et s'y tenoit aussi ferme que les meilleurs écuyers. Avec de longs bâtons dont elle s'armoit, elleappuyoit des espèces de coups de lances si rudes, que tons ceux qui la regardoient combattre nepouvoient s'empêcher de l'admirer : on prenoit même plaisir à la voir dans cet exercice.

Elle étoit d'une taille médiocre, avoit une physionomie champêtre, des cheveux noirs; mais d'ailleurs d'un corps extrêmement robuste. Sa virginité, qu'elle conserva toujours exactement , étoit accompagnée d'un grand fond de religion. Et selon le caractère des

A l'histoire de JEANNE d'arc. iQi

femmes de son pays, elle avoit une voix douce et une parole insinuante, que la pureté' de ses mœurs rendoit respectable. On remarquoit en elle un si grand sens et tant de circonspection, qu'on eût dit qu'elle avoit été élevée et nourrie dans une Cour exacte oiî règne la prudence.

Dans le temps que Henri, roi d'Angleterre, faisoit la guerre au roi Charles VII, les Anglais assiégèrent Orléans, l'une des principales villes de Fiance, la seule ressource qui restoit au roi Cliarles. On clîerchoit donc tous les moyens d'en faire lever le siège, sans quoi c'étoit fait de tout le royaume. Dans ces dures et fâcheuses extrémités, le roi de France se trouvoit agité de continuelles incertitudes, sans savoir à quoi se déterminer.

Or, dans le temps que cette fille faisoit paître ses troupeaux, il lui arriva, pour se mettre à couvert de la pluie, de se retirer dans une petite chapelle abandonnée et de s'y endormir. Elle crut y avoir été favorisée d'un songe que Dieu lui envoya. Elle n'avoit alors que seize ans. Elle se persuada que c'étoit un avertissement du ciel qui lui ordonnoit de quitter la garde de ses brebis, pour aller trouver le roi Charles. Dès quelle fut arrivée à la Cour, elle dit qu'elle étoit envoyée de Dieu pour parler au Roi de choses de conséquence. Les seigneurs et les chambellans ne purent s'empêcher de la mépriser, et de railler même une fille qui vouloit, avec un air cham.pêtre et des habits de paysan, parler au Roi. Ils la rebutèrent donc très-durement sur sa hardiesse et sa témérité de vouloir aborder un si grand Roi et lui parler d'affaires .8. ^5

j55 PIECES RELATIVES

Cependant, soutenue et même animée par la divinité' , elle persistoit à demander qu'on la fît pai oître devant le Roi, pour lui parler non de bagatelles, mais d'affaires importantes. Enfin, après bien des sollicitations, elle lui fut présentée, et se jetant à ses pieds d'une manière très-respectueuse, elle lui dit : « Grand « Roi, quoique je sois la moindre de vos servantes, « j'ai quitté la garde de mon troupeau 5 et par le comte mandement de Dieu , je suis venue en diligence pour « vous aider à reprendre votre royaume, et par le « même ordre je demande d'être mise à la tête de « votre armée. Ne soyez pas étonné qu'une pauvre « paysanne se présente à vous pour demander ce (c commandement. Dieu tout-puissant l'a voulu , et a ce choisi ce qu'il y avoit de plus foible pour confondre « les plus fortes puissances. »

Le Roi , quoique surpris de ce discours , aussibien que toute sa Cour, ne put s'empêcher de lui dire: « Pucelle, vous dites que Dieu vous envoie à « mon secours; mais où en est la preuve? Vous êtes « une jeune fille sans expérience, comment avez-vous « la présomption de vous croire capable d'un emploi « aussi difficile que celui de conduire une année? « c'est ce qui ne convient ni à votre condition ni à (c votre jeunesse ; à peine les plus habiles et les plus « expérimentés généraux y peuvent réussir. Ainsi, je « vous avertis de faire réflexion sur ce que vous pro- « posez. )) Sur-le-champ elle répondit d'un air assuré : « Grand Roi, je vous conjure de ne me pas faire « d'autres questions; Dieu qui m'envoie saura pour- « voir à tout ce qui est nécessaire. Je vous prie de ne

A l'histoire de JEANNE i/arc. i63

ce pas perdre de temps , si vous che'rissez la conser- «vation de votre royaume; et, pour vous prouver « que je vous dis vrai , j'ai quelque chose à vous dé- « clarer en particulier. » Dès qu'elle eut parle' au Roi, il resta fort «tonne' sans savoir lui-même que re'pondre. A l'instant il déclare qu'il la met à la t€te de-^on arme'e , ce qui est approuve' de tous les seigneurs.

Ne doit-on pas regarder comme un prodige inconnu jusqu'alors de voir tous les princes, les seigneurs les plus habiles dans l'art de la guerre, et le Roi luimême , se soumettre à la conduite d'une jeune fille de seize ans, qui jamais n'avoit fait autre chose que conduire des troupeaux de brebis à la campagne ? Dès que Jeanne fut déclare'e ge'nérale de l'armée, le Roi commandaqu'on lui fît faire des armes (défensives) les plus propres, et qu'on lui donnât ie meilleur cheval et le mieux équipé, de ses écuries. Elle le monta couverte de son casque, avec ses cheveux voltigeans sur ses épaules. Alors toute l'armée, qui la vit fière et intrépide , la regardoit comme un cavalier descendu du ciel. En cet état, elle s'avance vers Orléans, pour en faire lever le siège. Le Roi, avec tous les seigneurs, s'alla camper vis-à-vis du camp des ennemis. Les troupes étant entrées dans Orléans, on se rendit maître des trois forts qui incommodoient le plus la ville; et «n quatre jours, cette jeune fille eut la gloire de chasser les ennemis et de leur fane lever le sié^^e. L'on fut alors persuadé que cette action partoit moins de la main des hommes , que du pouvoir de la divinité. Tout ce que je rapporte vient du seigneur Guil-

l64 PIÈCES RELATIVES

laume Guasclie, témoin fidèle, qui lui-même a vu et appris toutes choses, lorsqu'il e'toit à la Cour.

Cette fille , après avoir défait plusieurs fois les ennemis, prit enfin le général le plus accrédité qu'il y eût alors parmi les Anglais (c'étoit Talbot), qu'elle présenta au roi Charles. Après quoi, elle conduisit en triomphe ce prince à P\heims,pour y être sacré et couronné, ce qui n'avoit pu se faire auparavant. Cette héroïne, après avoir retiré des mains des Anglais les plus considérables provinces du royaume, prédit elle-même le genre de sa mort. Enfin, ayant été prise et conduite à Rouen, elle y est accusée de magie et de sortilège , puis condamnée et brûlée comme sorcière et magicienne. Telle fut la fin de cette illustre vierge, qu'on fit mourir par le plus cruel et le plus indigne de tous les supplices.

( TraduclioD de Lenglet Dufiesnoy. )

JacOLies Mejer j historien flamand , né en 1491 > mort en i552. (Annales de Flandres.)

Le roi Charles étoit à Chinon , lorsqu'une jeune fille, âgée d'environ dix-huit ans, lui fut présentée : 1© soin qu'elle avoit eu de conserver sa virginité, lui fit donner le nom de Pucelle. Elle étoit née de païens pauvres; ce qui ne fenipêcha de dire qu'elle étoit inspirée de Dieu pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le Roi à Rheims pour y être sacré. Ce discours ne lui attira que des moqueries et la fit

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traiter de folle. Cependant sa conduite, qui fut examinée de près , se trouve sage et prudente : enfin elle exe'cuta ce qu'elle avoit promis.

Qui ne voit ici la main de Dieu ? et qui peut douter que ce qu'elle a fait ne soit une preuve de la bonté divine. La colère du Seigneur n'est pas éternelle : elle se laissa fléchir par le regret qu'eut le Pvoi de tous les désordres de sa vie passée. Il demandoit avec prières et avec larmes que Dieu voulût bien oublier ses fautes. Toutes les églises de France étoient de même en prières, et l'on ne sauroit se dispenser de croire que la divinité exauça les âmes pieuses qui étoient dans le royaume. La France se trouvoit suflisamment punie par l'incroyable désolation qui anéantissoit toutes les provinces. Ainsi Dieu qui vouloit montrer que la victoire vient de lui seul, employa un sexe fragile, une simple femme pour dompter l'orgueil des deux nations française et anglaise.

La venue de Jeanne fut le terme fatal qui arrêta les victoires des Anglais : elle mit fin à leurs prospérités en France. Avant sa venue, personne ne pouvoit leur résister ; tout étoit victoire pour eux. Mais quelle révolution n'éprouvèrent-ils pas depuis ce moment ? Leurs forces, leurs victoires, leur fortune, tout fut mis k néant : preuve certaine que la divinité donna pour montrer que ceux-là seuls sont forts et heureux, qui ont le ciel pour eux, au lieu que les autres deviennent foibles et sans vigueur.

Il y avoit déjà long-temps que les habitans d'Orléans périssoient de faim et de misères. Privés de tous secours humains , Dieu fit en leur faveur ce que

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riiomme ne pouvoit exécuter. Une fille nommée Jeanne parut ^ non que les hommes l'eussent choisie, ni qu'ils l'eussent fait venir : Dieu seul l'envoya, et le Roi la mit à la tête des troupes françaises; malgré les ennemis, elle fit entrer un grand convoi dans la ville assiégée. Aussitôt elle fait une sortie dans laquelle elle emporte , brûle et détruit toutes les forteresses que les ennemis avoient élevées autour de la ville. Ils sont obligés de fuir, elle les suit à Jargeau , Meun , Beaugency, Jenville, et les bat à Patay en Beauce. De là elle se rend à Auxerre, Saint-Florentin, Troyes, Châlons, tout se soumet au Roi. Enfin elle introduit Charles dans Rheims, où il est sacré. Elle avoit sous elle, pour lieutenans généraux, les ducs de Bourbon et d'Alençon , princes du sang , le connélable Artus de Bretagne, Jean, comte de Dunois, et, pour le dire en un mot, le roi Charles lui-même.

Depuis sa venue , un seul Français faisoit fuir mille Anglais, et dix mille de ces derniers n'osoient tenir contre deux Français. Le nom seul de cette fille inspiroit la terreur aux ennemis, et plusieurs ont assuré avec serment, qu'à la vue de la Pucelle ou de son étendard, le courage et la force leur manquoient. Cependant elle n'eut pas sur les Bourguignons le même avantage que sur les Anglais. Enfin elle eut le malheur d'être prise à Compiègne par la méchanceté de Guillaume de Flavi, gouverneur de la ville, qui la vendit aux ennemis. Dès-lors elle-même prédit sa mort.

Le 3o mai, veille de la fête du Saint Sacrement, Jeanne la Pucelle fut brûlée au vieux marché de

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Rouen, sans aucune cause légitime, uniquement par la haine que lui portoient les Anglais. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, qui e'toit Anglais (0, pour plaire au duc de Bedford, re'gent en France, eut la cruauté de condamner cette fille à la mort, quoiqu'elle fut innocente. De quoi ne sont point capables ces portes d'évêques , ou plutôt ces simulacres de l'épiscopat? On fut assez injuste pour refuser dans une pareille procédure un conseil à cette fille. Et quoiqu'elle fût simple et sans aucune connoissance, l'évêque et ses adhérens , qui tous étoient ses propres ennemis et ses juges, la fatiguoient par des interrogatoires captieux sur la foi catholicjue , pour la surprendre en quelque réponse équivoque , dont ils pussent tirer avantage à son préjudice. Mais ce fut en vain ; elle répondit avec beaucoup de sagesse et d'une manière très-orthodoxe. Quoiqu'ils publiassent de tous côtés qu'elle étoit sorcière et magicienne , ils ne purent cependant jamais prouver aucun fait de magie et de sortilège. Tout le crime qu'ils lui objectèrent fut l'habit militaire qu'elle portoit ; sur quoi néanmoins elle se justifia très-bien , en assurant qu'elle ne s'en servoit que quand elle étoit à la tête des troupes.

Aucun des assesseurs de l'évêque n'osoit aller contre la volonté des Anglais, qui répandoient dans le public une infinité de calomnies sur cette fille. Il y a des auteurs qui assurent que la jalousie des officiers fut la seule cause qui la fit livrer aux Anglais, parce que toute la gloire des opérations militaires retomboit

(') Pierre Cauchon n'éloit pas Anglais, mais Champenois j son pèie et son aïeul avoitut été anoblis par Charles VI.

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sur elle. C'est donc ainsi que périt cette femme qui avoit soutenu la France. Les Anglais firent jeter ses cendres dans la rivière : mais quoi qu'ils fissent , jamais depuis ce temps-là, ils ne purent remporter aucune victoire importante sur les Français.

( Traduction de Lcnglel Dufresnoy. )

Hector Boël/iius ( ou Boetius ) , historien d'Ecosse. Son histoire a été écrite vers le milieu du seizième siècle et imprimée à Paris en iSyS.

Cétoit fait du nom français, sans une fille nommée Jeanne, cjui avoit quitté les habits du sexe, pour prendre ceux des hommes, et qui s'étoit exercée au maniement des armes. Elle releva le courage entièrement abattu du roi Charles VII. Je ne trouve pas qu'il y ait de l'inconvénient à croire que ses opérations vcnoient de Dieu même.

Le roi Charles se trouvoit do)ic privé de tous secours humains , lorsque cette fille le conduisit en Champagne, pour se rendre à Rheims. Alors toutes les villes, les forteresses et les châteaux de cette province abandonnèrent le parti anglais, auquel ils étoient soumis, pour embrasser celui de Charles, qui fut même reçu à Rheims avec joie, et où on l'installa roi, selon les cérémonies ordinaires. De là, sous la conduite de Jeanne, ce prince parcourut et reprit sur les Anglais quelques autres provinces qui se soumirent avec plaisir.

A l'histoire de JEANNE d'aRC. 1 (îf)

Depuis ce temps là tout prospe'ra en faveur du roi Charles : mais Jeanne ayant fait une sortie à Compiègne, qui étoit assie'ge'e par les troupes du duc de Bourgogne, ne put rentrer dans la ville, et fut prise par Jean de Luxembourg, de'voué au parti bourguignon. Il ne tarda guère à la vendre aux Anglais. Ces derniers la transportèrent h Rouen , où ils Faccusèrent d'avoir violé les lois de l'humanité, en prenant , avec les armes, les habits qui ne convenoient qu'aux hommes; et ils aggravèrent cette accusation, peu considérable en elle-même, par celle de la magie; art pernicieux et entièrement défendu ; et , quoiqu'elle s'en justifiât publiquememt, ils ne laissèrent pas de la brûler.

( Traduction de Lenglet Dufresnoy. )

Poljdore Virgile ^ né h Urbain ;, en Italie (0,

Dans le temps que les Orléanais demandoient ?i capituler, Charles rasscmbloit des troupes de toutes parts et cherchoit, par ses promesses, à retirer les seigneurs français de leurs engagemens avec les Anglais. Il prenoit d'ailleurs les moyens de faire préparer un convoi de vivres, dont les assiégés avoient un

(') Il passa en Angleterre à la suite du cardinal Coruelto, y fut favorisé par Henri VIII , et persécuté par le cardinal Volsey. Mort en ] 555. Il avoit été chargé par Henri YIII d'écrire l'Histoire d'Angleterre^ où l'on a puisé ce fragment.

lyO PIÈCES RELATIVES

extrême besoin. Ce fut dans cette conjoncture qu'on lui pre'senta une fille d'environ vingt ans, à laquelle on donna le nom de Pucelle, parce qu'elle avoit toujours conservé sa virginité.

Elle avoit quelques singularités dans l'esprit , et on la regardoit comme une espèce de prophétesse. Quoique Charles se fût déguisé, elle ne laissa pas de l'aller démêler dans la troupe de ses courtisans, et lui dit : « Prenez courage, grand Roi, chassez toute « crainte ; comptez que vous resterez victorieux , et ce qu'avec mon secours vous rendrez à tous vos Etats « leur ancienne liberté, pourvu que vous ne pensiez « pas qu'il soit indigne de votre majesté d'employer « le ministère d'une femme. » Charles , dont les affaires étoient dans la plus triste situation , ne s'étoit réservé que la crainte. Cependant le discours de cette fille ne laissa pas de lui donner une lueur d'espérance; il crut même apercevoir en elle quelque chose de surnaturel, sur ce qu'elle l'avoit connu et salué comme roi , qiioiqu'il se fût déguisé. Mais un autre fait particulier le confirma dans cette idée. Cette fille demanda que l'on fit chercher une épée, qui, selon l'inspiration qu'elle disoit avoir, étoit dans l'église de Sainte-Catherine (de Fier])ois), en Tourraine. Charles ^ étonné de ce discours, fait chercher cette épée, qui fut apportée et remise à la Pucelle.

Alors ce prince , moins par confiance aux promesses de cette fille , que pour éprouver ce qu'elle pourroit faire , la met à la tête d'une troupe , pour faire entrer un convoi de vivres, dont les habitans d'Orléans avoient un extrême besoin. Elle se met à la

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