ÉCOLE «ALEXANDRIE
Tel lut 1 état de l’anatomie pendant les premiers temps historiques de la Grèce; en résumé, nous voyons que cette seienee lia pu encore se constituer : d’une part , le préjugé qui consacrait 1 inviolabilité de la dépouille humaine , d une autre, limagination trop ardente des philosophes, qui les porta à devancer les faits et à chercher dans des hypothèses 1 explication des phénomènes organiques , furent causes que dès leurs premiers pas dans la science , ils s’engagèrent dans une fausse route d’où il leur fut si difficile de se tirer dans la suite.
\ ers le commencement du 3me siècle , avant 1ère chrétienne , une école fameuse se fonda dans la ville d’Alexandrie, sous les auspices des premiers Ptolémée. Diverses circonstances firent cpic cette école devint en peu de temps un centre scientifique qui attira à lui les hommes les plus instruits de l’époque : ainsi , tandis que la tyrannie macédonienne ou l’anarchie chassait les savants d’Athènes et des villes voisines, les Ptolémée devenus paisibles possesseurs de l’Egypte , leur offraient une généreuse hospitalité. Non seulement la munificence royale pourvoyait à tous leurs besoins , mais elle mettait à leur disposition une vaste bibliothèque, où à côté des écrits des Orientaux se trouvaient ceux des Grecs , collection immense qui fut détruite plus tard par le fanatisme des Mahométans. D’une autre part, l’activité commerciale d’Alexandrie, qui devint le centre du négoce entre toutes les parties du monde , rassemblait dans cette ville de nouveaux éléments d instruction. Les savants de cette nouvelle école se trouvèrent on contact avec les hommes et les produits de l’Asie intérieure . de 1 Inde et de 1 Afrique, et purent ainsi utiliser les observations déjà recueillies dans ces diverses contrées. On conçoit que cet état de choses dut être favorable aux progrès des sciences en général: lanalomie en particulier en rcsscnlil
11ÉK0PHILE.
l’iicureusc influence, el Ion pcul dire quelle entra dans une ère nouvelle. Grâce à la protection puissante des monarques Kgyptiens, elle parvint un moment à se soustraire au préjugé qui s’était opposé jusque là à sa marche. Pline nous apprend que ces princes non contents d’abandonner des cadavres aux anatomistes, se livraient eux-mômes aux dissections, sans doute alin de faire respecter par le peuple leur hardie innovation.
Le premier anatomiste de l’école d’Alexandrie fut Hérophile. S’il faut en croire Galien ( de us. part.') , il vivait vers la cent - neuvième Olympiade, environ trois cent quarante-quatre ans avant l’ère chrétienne, sous le règne de Ptolémée-Soter. Aucun de ses écrits n’est parvenu jusqu à nous; il ne nous est donc permis de juger de ses connaissances en anatomie que par ce que Galien nous en a conservé dans ses ouvrages. Ce dernier en faisait le plus grand cas : c était un homme , dit-il , consommé dans tout ce qui regarde la médecine, ayant des connaissances fort étendues en anatomie, science qu’il avait apprise non en disséquant simplement des animaux, mais aussi des hommes (de us. part.). Hérophile eut à subir le premier celle grave accusation , que depuis on n’a épargnée à aucun des hommes qui se sont livrés à l’étude pratique de l’anatomie . celle d’avoir disséqué des hommes vivants. « Hérophilus » iste medicus nul lanius , dit Tertulicn , qui sexcenlos v hommes exsecuit ut naturam scrutaretur j qui ho- » minem odiit , ut noscet ; fiescio anomnia interna ejus » liquide exploraverit , ipsa morte mutante quœ vixeo runt, cl morte non simplici } sed ipsa inter artificia v exseclionis ( Terlul. iilrum esse spirilum et anima ni). » Pe rsonne , je pense , ne prendra au sérieux une telle accusation; mais elle prouve combien les dissections inspiraient d’horreur, cl combien il fallait de courage cl d’amour ardent de la science, pour s'y livrer.
ÉKÀSISTRATE.
Hérophile lui véritablement le fondateur de l'anatomie: il décrivit et dénomma la plupart des parties, cl quelquesunes de ses dénominations se sont conservées jusqua nos jours. Parmi les organes qu’il a découverts , ou qu’au moins il a décrits le premier, il faut compter les vaisseaux lymphatiques du mésentère et leurs glanglions; ce fut lui qui fit connaître le premier l’intestin duodénum , auquel il donna ce nom à cause de son étendue. Il rectifia les idées de ses devanciers sur le cerveau , en le considérant comme le centre des perceptions ; il en décrivit exactement les enveloppes . l’une interne qu’il nomma l’arachnoïde , l’autre externe , la dure-mère. On connaît encore aujourd’hui sous son nom le confluent des sinus ( pressoir d’ Hérophile). A ce que l’on connaissait déjà de l’oeil, il ajouta la rétine, qu’il regarda comme le centre des impressions visuelles. 11 rendit les nerfs à leur destination en les rapportant au cerveau , mais il continua à les considérer comme des canaux ( TTOpOL ) .
On lui doit encore la connaissance de l’artère pulmonaire qu’il désigna sous le nom d’artère veineuse, à cause de l’épaisseur de ses parois, et des veines pulmonaires qu’il nomma veines artérielles. Avec la connaissance de ces vais seaux, la question importante de la circulation du sang allait faire un pas vers sa solution.
Après Hérophile, on doit citer son contemporain et sou émule. Erasistrale , qui naquit, selon le témoignage de Strabon, à Jolis, dans l’ile de Céos ou Céa , près de l’Al tique cl non à Cos, ou à Sicyone ou à Samos, comme d’au- I res l’ont prétendu. 11 était de la famille d Aristote et vivait vers la fin du omc siècle. Après avoir fait des éludes sullisanles, il se livra tout entier à la pratique de l’art de guérir, loul le monde connaît la sagacité avec laquelle il sut découvrir l’amour caché qui consumait Anliochus, fils de Séleucus , roi de Macédoine, el les moyens qu’il conseilla