‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 29 sur 101 · SERVET · texte numérisé non relu

SERVET

Dans la description des parties génitales de l’homme, i! est question de la cloison des dartos et des vésicules séminales dont la découverte a été rapportée plus tard à Fallopio: afque illic quidem ipsa ejaculantia vasa latissima et ampla admodum fiant , permidtasqiie venulas et artenolas (si quidem ita nobis loqui liceat) sibi comités habent j quo in loco prostatas afficiunt ; in qnihus tune demum perfectissime sperma elaboratur... inter rectum intestinum et vesicam sita} in quitus albissimum sperma fit.

Ici se présente le nom d’un homme dont les querelles rc ligieuses ont fait oublier trop souvent les titres scientifiques, nous voulons parler de Michel Servet né en 1509, à Villa Nuova , en Arragon. Servet commença par étudier la théologie; il se livra ensuite à l’étude de la médecine sous Sylvius et Fernel. Peu fait pour la vie calme et modeste du médecin praticien , il se jeta avec ardeur dans les querelles religieuses de la réforme. Dans un ouvrage qui a pour titre : Christianismi restitutio , singulier amalgame de théologie et de médecine , on trouve un passage qui a lait croire que Servet a connu la circulation du sang. Voici comment il en parle : « Le sang amené par les veines du » corps est lancé par le ventricule droit du cœur, par » 1 artère veineuse ( artère pulmonaire ) dans les pou- » mons , d’où il est attiré dans les cavités gauches, pendant » le temps de la diastole. De ce sang la partie la plus ” ténue , ou qui est chargée de l’esprit vital , se porte aux » parties supérieures et à la tête, où cet esprit, de vital qu’il était, commence à devenir animal. » On voit que cette théorie nest que la reproduction de celle de Galien, et que le médecin espagnol ne peut revendiquer dans l’immortelle découverte d’Harvée d’autre part que d’avoir connu la circulation pulmonaire. Servet, sur les instiga-

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fions de Calvin , fut brûlé à Genève en 1553 : il était alors âgé de 44 ans.

Nous arrivons maintenant au créateur de 1 anatomie chez les modernes, à Yésale, né à Bruxelles lan 1514. Comme Hippocrate, dans les temps anciens, et comme François Meckel, de nos jours, Yésale appartenait à une famille de médecins. Son père qui portait aussi le nom d’André, était pharmacien de Charles-Quint. Son grand-père, Everard Vésale , mathématicien très-habile , auteur de plusieurs ouvrages sur la médecine qu’il pratiquait, s était fait remarquer par des commentaires sur les livres de Rhasès que tous les médecins étudiaient alors , ainsi que sur les quatre premières sections des aphorismes d Hippocrate. Le père d’Éverard, le bisaïeul d’André, nommé Jean, fut médecin de l’empereur Maximilien , il pratiqua et enseigna son art , et l’on rapporte qu’il avait dépensé une partie de sa fortune à rassembler les manuscrits les plus précieux traitants de la médecine. Enfin, Jean avait eu pour père Pierre Yésale, médecin aussi, et qui dans son temps avait joui d’une assez grande célébrité. Le frère d André, François Yésale, étudia également l’anatomie; par condescendance pour ses* parents , il entra d’abord dans la carrière du droit, mais bientôt, comme dominé par l’instinct, il revint à la médecine ; il mourut à un âge peu avancé.

Quoique très-jeune encore, André Yésale fut envoyé à Louvain pour y faire ses humanités; on ne saurait douter des progrès qu’il y fit, puisqu’à l’âge de 16 ou 17 ans, outre le latin qu’il écrivait habituellement et le grec qu’il possédait assez bien pour que plus tard il fût chargé par l’imprimeur vénitien Junta de corriger les épreuves du texte de Galien, il connaissait encore la lange arabe. On ne saurait croire, et l’on semble avoir trop oublié aujourd’hui combien ces travaux préparatoires , où l’esprit acquierl

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on quelque sorte 1 habitude de la pensée et du raisonnement. facilitent l’étude des sciences; nous en avons déjà eu un exemple dans Galien ; Yésale va nous en offrir un autre. Après avoir terminé ses humanités à Louvain, il se rendit à Montpellier, alors, comme encore aujourd’hui, une des écoles de médecine les plus florissantes de la France ; de-là il alla à Paris où Jacques Dubois attirait la foule des élèves par l’éclat de son enseignement. A cette époque, Yésale ne pouvait avoir plus de quatorze ans: son ardeur pour l’étude était excessive: aussi la communiqua-t-il à ses nouveaux condisciples. Son intelligence et son infatigable activité le firent remarquer par le vieux Sylvius qui , en faveur des qualités éminentes quil reconnut à son nouvel élève, se montra moins sévère à son égard pour l’observation de la discipline établie dans son amphithéâtre. Les démonstrations se faisaient alors sur des animaux; encore ne duraient-elles que trois jours , et ne pouvaient-elles être faites que par un chirurgien désigné pour cet objet. Yésale prit sur lui de revenir après les leçons, accompagné de ses camarades , pour interroger plus longtemps la nature , et là , le jeune anatomiste usant pour son compte et celui de ses amis , de la supériorité qu il avait déjà acquise, recommençait la leçon et rectifiait bien souvent les erreurs que le maître avait laissé échapper. Plus d’une fois' Sylvius rentrant tout-à-coup , trouva le jeune auditoire occupé à repasser les démonstrations qu il avait faites. On rapporte même qu’un jour le célèbre professeur ayant avoué qu’il lui avait été impossible de trouver les valvules des veines, Vésale et ses amis se mirent à les chercher avec tant d ardeur que le lendemain ils purent les indiquer à leur maître.

De Paiis \esale retourna à Louvain où il occupa la place de pioseeteur et de démonstrateur public d’anatomie , sous la direction de Jean Armentarius , célèbre professeur de méde-

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YÉSALE.

cinc en celte ville (1555); il achevait alors à peine sa quinzième année. Bientôt après il partit pour l’Italie, où il servit en qualité de chirurgien dans les armées qui firent la guerre contre François 1er. Ce fut vers cette époque (1 545) qu il fut appelé à Padoue et successivement à Pise et à Bologne pour y enseigner publiquement 1 anatomie, et quil fit parai tic son traité De humant corporis fahrica , production dun jeune homme de vingt-huit ans, qui devait changer subitement la marche de l’anatomie et lui donner l'impulsion à laquelle elle obéit encore de nos jours (1555).

Pour bien juger du mérite de l’anatomiste belge , il faut se rapporter à l’état de la science au moment où il entra dans la carrière. On le sait, l’anatomie de Galien servait partout de guide dans les écoles , non cette anatomie a la fois claire cl concise , et qui , quoique n’étant pas celle de 1 homme, pouvait cependant servir à la fonder, mais une anatomie, remplie de fictions et d’hypothèses, telle que les Arabes 1 avaient faite. Il était encore partout question du Myrach , du Syphac, du Zirbus et de leurs merveilleux attributs. En vain Bérengario de Carpi guidé par son instinct d’anatomiste avait tenté de soustraire la science à ces formes si peu en rapport avec sa nature positive, le respect pour le Maître l’avait retenu malgré lui dans les bornes que ce dernier avait tracées. A ésalc le premier osa secouer le joug, et à ce titre il peut être considéré comme le créateur de l’anatomie de l’homme, puisque le premier il la basa sur l’observation rigoureuse du cadavre. Cependant on conçoit qu’il n’en vint pas de prime-abord à opérer cette grande révolution. Avant de renverser l’autorité commune, il l’avait subie lui-mcinc. En effet, durant les premières années qui suivirent sa sortie des bancs de 1 école, il avait suivi presque à la lettre les écrits du médecin de Pergame qu’il estimait à l’égal d’Hippocrate, et dont il admirait surtout l’habileté dans les dissections et la netteté des

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descriptions. Mais quand il put se livrer lui-même à letude du cadavre, il ne tarda pas à s’apercevoir des erreurs graves commises par Galien et il acquit la preuve que ce n était pas d’après l’homme que son anatomie avait été composée , mais d’après des animaux ayant avec lui des analogies de structure plus ou moins grandes. Il se mit alors à disséquer des singes de différentes espèces et reconnut que c étaient eux que Galien avait pris pour sujets de ses démonstrations (1).

Dès-lors plus de confiance dans une autorité qui lui avait servi si longtemps de guide , et il dut songer à refaire l’anatomie entière. On conçoit que celte entreprise attira à son auteur les critiques les plus violentes : Vésale s y était attendu, et en homme de cœur il ne s’en laissa pas effrayer. Je ne me cache point, dit -il, en terminant la préface de son livre, ayant à peine accompli ma vingt-huitième année, quon me trouvera bien hardi de m’être osé attaquer au médecin de Pergame. Je sens que je serai en butte aux morsures de ceux qui , comme moi , n’ont pas étudié l’anatomie avec conscience , de ceux qui quoique déjeà courbés par lage conservent encore au fond du cœur assez de jalousie pour ne pas pardonner à un jeune homme d’avoir découvert et démontré ce qu’ils n’ont pu apercevoir, eux qui se disent les maîtres de la science : At intérim non me latet , quàm conatus iste meæ œtatis qva vigesimum octavum annum nondùm excessi , occasione , parum auctoritatis habchil . ac

(1) Camper a prétendu que c’était l’Orang-Outang qui, par son organisation intérieure et l’habitude générale du corps, se rapproche le plus de l’homme ; mais cette opinion est peu probable à cause de la rareté de cette espèce de singes. D’ailleurs, les descriptions de Galien no peuvent pas être rapportées à cet animal, pas plus qu’à l’homme. Il faut donc croire qu’il n’a disséqué que des Magots, si communs dans le nord de l’Afrique.

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quamminimè oh crebram 'non verorum G aient dogmatum indicationem , ah illorum morsihus erit tutus , qui, perindè ac nosinltalicis sc/iolis , anatomen sedulo non sunt ag grossi , quosque jam senes invidia oh juvenum recto inventa tahescentes , pudebit cum cœteris Galenum Subsecutis , hactenus secutivisse , eaque quœ modo proponimus, et si magnum sihi in arte nomen arrogent, non anim advertisse .

Ce qu’ils ne pardonnèrent pas surtout àVésale, ne fut point d’avoir manqué de respect à Galien, mais d avoir démontié publiquement leur ignorance. Parmi ses ennemis les plus acharnés se rangea son ancien maître , Jacques Dubois , qui malgré un savoir réel sc laissa entraîner pai le culte fanatique qu il avait voué à Galien. Peut-être aussi que Dubois, trop avancé en âge pour recommencer ses éLudes. ne put voir sans en être vivement affecté une tentative qui renversait les croyances et les idées de toute sa carrière; et puis l’homme qui osait ainsi porter atteinte à 1 infaillibilité de Galien et ruiner son autorité , était ce petit Vésale qui , il y avait peu de temps encore, était venu s’asseoir sur les bailcs de son école. C’en était assez pour eveiller la colèie du vieillard; dans l’excès de son dépit, il écrivit une espèce de pamphlet , intitulé Sylvius Vesani Calumnias depulsandus , dans lequel, prenant en main la delense de son idole, il tiaitc son ancien élève d’orgueilleux, de calomniateur, d’impie, de transfuge, et le signale comme un monstie dignoiaucc dont l’haleine impure empoisonne l’Europe (1). Fort de son

(1) Voici un ti ait qui donne la mesure de l’opiniâtreté de Sylvius à détendre les opinions de Galien: celui-ci avait dit que le sternum était composé de sept pièces; Vésale démontra qu’il n’y en avait que trois; mais Sylvius objecta que du temps de Galien les hommes étaient plus forts et plus grands

VÉSAl.E.

GO

droit. Yésale ne cessa pas un seul instant de montrer du respect pour le vieux Professeur dont il appréciait les talents et auquel il conservait une sincère reconnaissance. Il ne riposta par aucun écrit, laissant à 1 opinion publique le soin de le venger des diatribes dont il était l’objet. Et si plus tard il répondit aux observations critiques de son élève Fallopia, c’est quelles lui furent présentées avec le calme et la dignité qui comportent les questions de science, et que Yésale ne sut jamais* reculer, quand on l’interpella en leur nom (Anatomiccirum Gahrielis Fallopii observa tio nurn examen. Madrid. 1561, in-4.)

Cependant les clameurs de Dubois , ses accusations de tous les jours . se répandirent bientôt dans toute l’Europe : on s étonna dune querelle qui avait le cadavre de l’homme pour objet, et les choses en vinrent au point que Charles-Quint décida qu on ferait une enquête et au besoin une censure du livre incriminé. Les théologiens de Tuniversité de Salamanque furent appelés à décider s il était permis à des Catholiques d ouvrir des corps humains (li>56)* heureusement pour la science et pour Yésale que les docteurs espagnols répondirent que puisque cela était utile , cela était licite. Charles- Quint revint alors de ses préventions et de ses scrupules et appela Y ésale à sa cour pour y occuper la place de son premier médecin.

Ici finit la carrière scientifique de l’anatomiste belge; jeté

et avaient les sept pièces indiquées par le médecin de Pcrgamc ; que cependant il était possible que dans ce siècle de nains , ils n’en eussent plus que trois. Fallopia et Eustachi terminèrent le débat en faisant observer que c sternum du fœtus est en effet composé de sept pièces, et que Galien avait pu avoir cgaul à cc dernier. Mais il est bien évident que le médecin

< e ci game ne s est trompé que pareequ’il a eu sous les yeux le sternum du singe.

VÉSALE

au milieu d’un cour brillante mais remplie de préjugés, sans aucun moyen de continuer ses travaux, il put à peine se tenir au courant d’une science qu’il avait créée et dans laquelle Gabriel Fallopia, son élève, alla bientôt plus loin que son maître. Aussi lorsque celui-ci lui adressa ses observations, Vésale ne put y faire qu’une réponse incomplète ; car comme il le dit lui-même , il n’avait pas même pu se procurer un crâne humain pour vérifier ses critiques. Et cependant combien il eût désiré reprendre ses études favorites ! Ego intérim , etsi 7iidla hic , ( uhi ne calvanam quidem commode nanscisci possim ) ad dissectîonem aggrediendam potest occasio} opportunitate tanien aliqua , verum ilium nostrum huniani corporis librum } hominemve ipsum , adhuc aliquando me perlustrahiruni spero.

Depuis l’abdication de Charles-Quint (1555), Vésale avait continué à vivre à la cour de Philippe II ; cependant bien qu’il y fût comblé de richesses et entouré de considération comme le premier médecin et chirurgien de 1 Europe , il ne fut pas heureux. En butte aux manœuvres perfides de ses confrères espagnols , il finit par en devenir la victime. On a parlé diversement de la circonstance dont ils s emparèrent pour le faire tomber sous leur basse jalousie : les uns disent que ce fut à l’occasion d’un gentilhomme espagnol qu’il autopsia tandis qu’il vivait encore; d’autres prétendent que ce fut sur une dame de distinction que ce malheur lui arriva. Voici ce que nous lisons à cet égard dans Ambroise Paré (le fait certifié par un contemporain doit inspirer de la confiance , et il est étonnant qu’aucun des biographes de Vésale ne s’en soit servi) , dans le chapitre qui traite de la suffocation de la matrice (LVIII) et dans lequel il est question de la mort apparente qui peut en être la suite : Partant en cette disposition ne faut se haster les ensevelir et moins ouvrir leur corps , de peur d encourir une en-

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lomnie; ainsi que de ce siècle est arrive à un grand anatomiste , je dis grand et célèbre, duquel les livres réparent aujourd'hui les estudes des hommes doctes j lequel estant pour lors résident en Espagne , fut mandé pour ouvrir une femme de maison qu’on estimait être morte par une Suffocation de matrice. Le deuxième coup de rasoir qu’il lui donna, commença ladite femme fi se mouvoir, et démonstrer par d’autres signes qu’elle vivait encore. Je laisse à penser au lecteur comme ce bon seigneur faisant cette œuvre, fut en perplexité , et comme on cria Toile après lui, tellement que tout ce qu’il put faire , fut clc s’absenter du pays: car ceux qui le devaient excuser, c’estoyent ceux qui lui couroyent sus; et estant exilé, tost après mourut de déplaisir. Ce qui n’a été sans une grande perte pour la république. Orj’ay bien voulu citer cette histoire afin d’instruire tousiours le jeune chirurgien estre discret à se garder qu’il ne tombe en tels ciccidens : faut noter qu’on peut cognoistre la mort de la femme par l’écume qui lui sort de la bouche.

1 racluit de ce chef devant le tribunal de l’inquisition , Yésale fut condamné comme homicide volontaire (1564). Philippe II intervint dans le jugement et le lit commuer en un voyage expiatoire à la terre sainte. Cet acte du monarque espagnol eut mérité notre reconnaissance , et pour la Belgique en particulier eût été line expiation , puisqu en retour des nobles tètes des comtes d’Egmont et de Horne, il lui eût laissé Vésale; mais son intervention n’eut d autre résultat que de condamner à un exil plein de périls 1 homme dont d voulait sauver la vie. Ce lut au retour de ce voyage, que Yésale fut jeté par une horrible tempête sur les côtes de 1 île de Zante, où il mourut misérablement.

Y oici ce qu on sait sur ce déplorable évènement : s’étant i endu a Y enise , il avait profité d’une occasion que lui

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offrit J. Malalesta , de Rémini, de s’embarquer avec le général des troupes de la sérénissime république , poui sc rendre à l’île de Chypre et de-là à Jérusalem. La traversée fut heureuse. Arrivé dans cette dernière ville, Vésalc reçut du sénat vénitien l’offre de la chaire d anatomie de Padoue, vacante par la mort de G. Fallopia. 11 avait donc expié son prétendu crime et il allait retourner a Venise où , plus favorablement placé qu’en Espagne , il aurait pu , âgé de cinquante ans seulement , se livrer de nouveau à la science. Il quitte Jérusalem et s’embarque pour l’Italie , lorsque poussé par les vents contraires , il fait naufrage sur les côtes de l’ile de Zante (1564). Un orfèvre qui le connaissait , trouva son cadavre et lui fit donner la sépulture dans une chapelle dédiée à la "N ierge , en y plaçant cette inscription :

Andrew Vesalii Bruxellensis lumulus qui ohiit Idibus Octobris anno 1564

œtatis ver 6 suœ quinquagesimo , cum Hierosolimis rediisset.

Mais suspendons nos regrets pour aborder enfin l’examen du traité de l’ anatomie de l’homme. L’ouvrage est précédé d’une préface dans laquelle l’auteur dédie son livre à Charles-Quint. Dans cette préface, écrite avec une rare énergie , Vésale s’élève contre les abus qui s’étaient glissés dans l’exercice de la médecine , et il le lait en homme de cœur, qu’aucune considération ne saurait détourner de ce qu’il croit être un devoir, celui de démasquer 1 ignorance, sous quelque forme et dans quelque position quelle sc présente. Une telle entreprise n’était sans doute pas sans périls:

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l’histoire de notre anatomiste le prouve. L’auteur insiste particulièrement sur la nécessité des réformes à introduire dans l’enseignement et la pratique de l’art de guérir: il se plaint du démembrement qu’on lui a fait subir, et de 1 ignorance complète des praticiens à l’égard des différentes branches dont il se compose. Il signale l’invasion des barbares en Europe comme la cause de ce désordre puisque c’est à partir de cette époque que l’on a abandonné à des hommes de basse classe la pratique de la chirurgie. « Au- » trefois, dit-il, la médecine était une science complète , car » quoiqu’il ait existé alors trois sectes ou écoles, celles des » Dogmatiques , des Empiriques et des Méthodistes, leurs » auteurs n’en firent pas moins servir toutes les ressources » de l’art à la conservation de la santé et à la guérison. » des maladies. Ainsi les règles de l’hygiène recommandées » par la première , les médicaments par la seconde , les » notions acquises au moyen du toucher par la troisième , » furent simultanément mis en usage. La dernière surtout, » qui consiste dans l’expérience et l’étude des faits, et qui a » donné la preuve que le propre de la médecine est d’ajouter » à ce qui manque , et d’ôter ce qu’il y a de superflu , a élé » consacrée par l’usage et le temps , et a sans aucun doute » puissamment contribué à l’avantage du genre humaiu. » Cette triple ressource était devenue familière aux médecins » de chacune des trois sectes , et ils n’étaient pas moins ha- » biles à faire les opérations que réclamait la guérison des » maladies qu’à prescrire les médicaments ou le régime, » comme le prouve le divin Hippocrate , qui n’a pas séparé » 1 exercice de la médecine de celui de la chirurgie. Bien » plus, Galien , le plus grand des médecins après Hippocrate, » non seulement tirait vanité de ce que lui seul avait le droit » de guérir les blessures des gladiateurs de Pcrgame , mais » il rappelle souvent avec satisfaction que , quoique déjà

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» vieux , il se luisait aider par des serviteurs pour dépouiller » des singés , les disséquer et en étudier les parties internes » avec d’autres médecins de l’Asie. En somme, aucun des )> médecins de l’antiquité n’a guéri sans le triple secours de » l’hygiène, des médicaments et de l’expérience manuelle. » Mais après les dévastations des Goths, lorsque toutes les » sciences si florissantes jusque-là, et si dignement culti- » vées , furent tombées en décadence , il parut d’abord en » Italie des médecins élégants et délicats (Jautiores medici ) » qui, à l’imitation des anciens Romains, méprisant tout tra- » vail manuel, firent pratiquer par des esclaves les opérations » et les pansements que réclamait l’état des malades , )> comme les Architectes font exécuter les travaux grossiers » par des maçons. Il arriva alors que comme ceux qui exer- » eaient encore l’art de guérir dans toutes ses attributions, » en retiraient peu d honneur et de profit , ils abandonnè- » rent bientôt les bonnes traditions de l’antiquité et laissè- » rent à des infirmiers , des apothicaires et des barbiers le » soin de médicamenter et de prescrire le régime à leurs » malades ( manumn vero munus tonsorilms relinquen- » tes). L’art tomba bientôt si bas, que l'on ne vit plus que » des charlatans et des vendeurs de drogues secrètes , atque » ita temporis succcssu curandi ratio tain misère » divulsa est , ut medici quidem , se physicorum nomine v venditantes , medicamentorum et rictus ad rcconditos )) affectus pre script ionem sihi duntaocat arroqaverint. » La chirurgie , cct art divin que les Asdépiadcs nous ont )> légué , et qu’aujourd’hui encore les rois de l’Inde et de la » Perse ne dédaignent pas d’exercer de leurs propres mains , « et qu’ils transmettent à leurs enfants comme un noble » héritage, la chirurgie passa aux mains d’obscurs prali- » ciens, ayant à peine rang parmi les valets! Reliquam » autem mcdicinam , iis quos chirurgos nommant , » vixque fainulorum loco habent } relegarint !

» Et cependant quand Homère vante un homme » comme un excellent médecin , lorsqu’avec tous les » Poètes de la Grèce, il célèbre Podalyre et Machaon, » ces fils du divin Esculape, ce n’est pas parce qu’ils » ont guéri un léger accès de fièvre que la nature eût » fait passer plus promptement sans le secours du médecin, » quæ sola naturel , absque médici auxilio levius , quant » Mo adhibito j plerumque sanat ; mais parce qu’ils ont » traité les braves soldats d’Agamemnon des fractures, des » luxations, des contusions, des hémorragies résultant des » blessures reçues dans les combats. Cependant qu’on » ne croie pas que je veuille donner la préférence à la » chirurgie sur les autres parties de l’art de guérir 5 dans » mon opinion , il faut les faire concoui'ir également et » simultanément à sa perfection , et celui-là sera le plus » habile et le plus heureux dans sa pratique, qui saura » le mieux se servir de la triple ressource que l’art lui » présente ; rarement en effet il arrive qu’une maladie ne » réclame pas à la fois le secours de la chirurgie , de l’hy- » giène , et de la matière médicale ; de manière qu’on ne » peut pas trop recommander aux élèves de mépriser les ela- » meurs des soi-disant médecins, mais d’être eux-mêmes chi- » rurgiens, comme l’étaient les Grecs et comme l’art et la » raison l’ordonnent , afin de ne pas faire tourner au » détriment de l’humanité , une médecine mutilée et » incapable de soulager les maux cjui l’affligent : quamvis » etiarn ram s omnino morhns occurrit , qui non statirn o triplex prœsidiorum instrumentum requirat : itaque » opportuna rictus ratione instituenda et mcdica- » mentis, ac démuni manu aliquid moliendum sit. Adeà » ut lin jus artistyrones modis omnibus hortandi veniunt . » ut illorum [si Diis placet), Physicorum susurros vili- » pendentes , Grœcorum more , ac quemadmodum artis

VESALE.

» natura et ratio penitus prœcipit ,, inanus quoque » curationi admoveant , ne lacera/n deinceps medici- » nam in communis hominum vitœ pernitiem conver- » tant. Et il est d’autant plus nécessaire de leur donner ce » conseil, que nous voyons aujourd’hui des hommes, même » instruits, se garder de la pratique de la chirurgie comme » de la peste , de peur d’être confondus dans la classe des » barbiers , et aussi parce que cet état ne rapporte ni estime » ni bénéfice.

» 11 importe enfin de faire cesser cet état de choses , » au maintien duquel les charlatans, sont seuls intéressés; » car, qu’on le sache bien, avec lui se perdent tous les » jours les connaissances médicales et anatomiques que nos » ancêtres se sont donné tant de peine à amasser et que » notre siècle ne retrouvera qu’avec plus de peine encore. » En laissant exclusivement aux apothicaires le soin de la » matière médicale, le médecin perd jusqu’à la mémoire » de ces belles et utiles prescriptions auxquelles nos de- » vanciers ont dù leurs succès ; d’une autre part , en se » contentant d’une connaissance superficielle des viscères, » il oublie les os , les muscles , les nerfs , les artères , les » veines, en un mot tout ce qui constitue l’anatomie. Livré » aux barbiers, l’art de la dissection se perd également, car » leurs mains sont trop inhabiles pour tenir le scalpel , et » leur esprit trop grossier pour comprendre les écrits des )) maîtres. Et que dire alors de ces professeurs qui du haut de » leurs chaires répètent emphatiquement, comme des per- » roquets, ce qu’ils trouvent dans les livres, sans avoir jamais » fait par eux-mêmes la moindre observation , ou qui font » leurs leçons d’après des pièces si monstrueusement prépa- » rées que leurs spectateurs en apprendraient beaucoup » plus cï’un boucher au milieu des halles? ità quoque » spectatoribus in ilh tumultu pauciora proponmitur ,

vésALE.

» quàrn lanius in macello medicum docere posset. »

Après s’ètre élevé d’une manière aussi énergique contre les abus de son époque; après avoir signalé l’ignorance diplômée dans la personne des médecins et des chirurgiens, et le faux-savoir dans celle des professeurs, Vésalc sent le besoin de se réfugier à l’ombre protectrice de Charles-Quint , et il lui dédie son livre, a La nécessité d’un » traité d’anatomie , lui dit-il , se faisait vivement sentir ; » fils . petit-fils et arrière-petit-fils de médecins distingués , » je devais y satisfaire , au risque de rester étranger au » grand mouvement scientifique qui a commencé avec » votre règne , et de me rendre indigne de mes nobles » ancêtres. » Afin de légitimer le droit qu’il avait à composer cet ouvrage , il rappelle au roi ses veilles , ses efforts et les laborieuses recherches qu’il n’a pas cessé de faire depuis sa plus tendre jeunesse. Jamais, lui dit-il , je ne serais devenu anatomiste si, pendant que j’étais à Paris pour y apprendre la médecine, je ne m’étais livré aux dissections , et si je m’étais contenté des démonstrations grossières que des chirurgiens barbiers étaient chargés de faire aux élèves. T crum id studium neutiquam successisset , si, quùm Pcu'isiis medicinœ operam darem , finie negocio manns non admomssem ipse , cic ohiter mihi et consodalibus à quibusdam tonsoribus in una atque altéra publica sectione visceribns aliquot superficietenus ostensis , acquievissem .

11 énumère ensuite ses trvaux à l’université de Louvain , où il put se livrer aux dissections avec plus de soin qu’à I ans, les professeurs y comprenant davantage l’importance de 1 anatomie et sa supériorité sur les lieux communs d’une 'aine philosophie; ut juniores ejus'Academiœ prof essor es mine magnum, atque adeo serium in hominis partibu s dignoscendis studium impcndere videantur, probe intel-

YÉSALE.

Ugentes } quàm egregiam philosopluindi supellectilem earum nolitici ipsis suppcditet. Plus loin il rappelle son professorat à Padoue, à Bologne, à Pisc, et il insiste avec un noble orgueil sur les applaudissements qu’il y a reçus : « Là » encore , dit-il , secouant le joug des maîtres et des écoles ,

» je me suis attaché à démontrer l’homme sur l’homme lui- » même. En effet, à quoi m’eût-il servi de chercher ces » connaissances dans les livres ? De ce qu’ont écrit Hérophile » Erasistrate , Marinus , Lycus et tant d’autres illustres » auteurs, il nous reste à peine quelques fragments; et » quant à ceux qui ont suivi Galien , Oribase , Théophile ,

» les Arabes , et nos modernes dont il m’a été donné de lire v> les ouvrages , si tant est qu’ils ont laissé quelque chose » digne d’être lu, (si modo quid lectu dignum tradiderunt ) » tous, se sont attachés à le compiler, à le commenter, et le » plus souvent à le défigurer de la manière la plus ridicule. )> Est-ce là le respect qu’on doit à un grand écrivain ? est-ce » en perpétuant ses erreurs qu’on prétend conserver sa mé- » moire intacte? cpi’ai-je fait, moi qu’on accuse de l’avoir » calomnié? Je lui ai rendu constamment justice ; mais au » lieu d’imiter le commun de nos médecins qui n’y trouvent » pas la moindre faute à reprendre, tandis que Galien se » corrige souvent lui-même , et relève dans un endroit des y> négligences ou des inexactitudes qu il a commises dans » d’autres , prœterquàm quôd Galemis se fréquenter cor- » rigit , suamque negligentiam in quibusdam libris com- » missam, in aliis , postcà exercitatior redditus , non » semel indicat, contrariaque snbindc docct ; au lieu de )) suivre en aveugle ce déplorable exemple , j’ai contrôlé ses » opinions et j’ai prouvé, les pièces à la main, que le médecin » de Pergame a lait ses dissections non sur 1 homme, mais » sur des cadavres d’animaux et particulièrement sur celui v du singe. En cela Galien n’est pas coupable, il a été

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» arrêté par un préjugé plus fort que sa bonne volonté et » son génie. Les coupables sont ceux qui ayant les organes » de l’homme sous leurs yeux, s’obstinent à copier servilc- » ment les erreurs de leur idole.

» Le livre que j’offre aujourd’hui au public, est le résumé » des cours que j’ai faits à Padoue, à Bologne et à Pise. J’ai » tâché qu’il fût un véritable traité de l’organisation du corps » humain; je l’ai divisé en sept livres : dans le 'premier je » décris la nature des os et des cartilages, comme étant les » parties que les anatomistes doivent connaître d’abord , y> puisque c’est sur elles que s’appuient et se meuvent toutes » les autres parties qui restent à décrire.

» Dans le second je traite des liens au moyen desquels » les os et les cartilages sont réunis entre eux ; et ensuite des « muscles , organes des mouvements que leur imprime la « volonté. Le troisième comprend les veines qui portent le » sang à tous les organes , et les artères chargées de modérer » la chaleur intégrante de l’esprit vital, ac dein } art eriarum, » insiti caloris spiritusque vitalis temperiem modérante tium.

» Le quatrième non seulement fait connaître les nerfs » qui portent l’esprit animal aux muscles, mais encore l’ordre » dans lequel les nerfs se propagent et vont se distribuer.

» Le cinquième explique la structure des organes de la » nutrition , et à cause de leurs rapports mutuels , ceux de » la reproduction de la race humaine, tels que le Créateur » de toutes choses les a établis.

» Le sixième est consacré au cœur, foyer de l’esprit vital , » ainsi qu’aux différentes parties qui le constituent.

» Dans le septième enfin, je traite de l’harmonie générale » des organes du cerveau et des sens, de manière cependant » à ce que j’ai déjà dit ailleurs sur les nerfs qui tirent leur » origine du cerveau, ne soit pas répété.

VÉSALE

>) En adoplant cel ordre j’ai suivi l’idée de Galien qui 0) veut qu’après l’histoire des muscles on traite des veines , » des artères des nerfs et enfin des viscères. »

Nous venons de reproduire presqu’en entier la préface du livre de Yésale, parce qu’elle signale un des abus qui se sont opposé le plus longtemps aux progrès de la chirurgie. Traitée comme un métier, cette science fut longtemps livrée aux mains d’ignorants praticiens : et à une époque plus rapprochée de nous , le Nestor de la chirurgie belge (1), notre vénérable maître, eut à lutter contre un état de dégradation dont Yésale se plaint à juste titre, et auquel plus heureux que lui , il est parvenu , dans notre pays, à soustraire l’art dont il est aujourd’hui la personnification la plus honorable.

Le livre de l’anatomie de l’homme parut en 1553, accompagné de magnifiques planches sur bois, dont on attribue le dessin au célèbre Titien et la gravure à Jean de Calcar : c’était alors un luxe peu commun et presqu’une innovation, car les essais qu’on avait faits jusque-là pour suppléer au manque de cadavres par le dessin , avaient été très-grossiers et se ressentaient de l’enfance de l’art. Jean de Kethan , Peiligk et Hundt , dit le Grand (2) , furent les

(1) M. le professeur Kluyskens.

(2) Kethan , médecin allemand , qui vivait vers 1 année 1490.

Peiligk (Jacques) vivait vers la fin du 15™ siècle. Il est le premier qui ait donné des planches d’anatomie. La plupart de ses descriptions, selon Haller, sont tirées des Arabes. Compendiosa capitis physici deelaratio , principalium humant corporis membrorum figuras liquido ostemlcns. Lipsiœ , 1499,in-(ol.

llundt (le Grand) florissait également vers la fin du 15™ siècle; il était de Ma^debourg et professa l’anatomie à l’université de Leipzig. Ses planches anatomiques sont fort rares ; elles parurent deux ans après celles de Peiligk : Antropologium do hominis dignitatc , natura et propriotatibus. Do elemevtis partium cnrporis humani, etc. Lipsiw , 1501 , in-i .

yésaLe.

premiers qui firent dessiner et graver sur bois les principales parties du corps humain. Ces planches parurent en 1499 et 1501. Nous voyons dans la Grande Chirurgie de Guy de Cauliac, écrite en 15G3, que Henri de Hermundaville démontrait l’anatomie d’après des dessins colorés : ce serait donc à lui que reviendrait le titre , non de créateur, mais de restaurateur de l’iconographie anatomique, car l’on doit le premier de ces noms à Aristote^ quoique les planches auxquelles il renvoie souvent dans ses écrits soient complètement perdues.

En 1525, Albert Durer avait publié son livre: De la symétrie et de la proportion du corps de l’homme et de la femme; et en 1545, Rivière avait donné des ligures à la suite de 1 anatomie de Charles Estiennes ; mais nous le répétons , toutes ces productions , si on en excepte celle de Durer, à cause de sa double qualité de médecin et de peintre, étaient extrêmement grossières. Les planches que fit graver Vésale furent comme son livre; elles devancèrent leur époque d’au moins un siècle, car il faut remonter jusqu a Ruysch et Albinus pour trouver des dessins aussi vigoureusement et aussi nettement exécutés. Elles furent copiées par la plupart des anatomistes , et aujourd’hui encore elles servent de modèles a celles dont on illustre nos traités d’anatomie.

Nous allons maintenant entrer dans un examen approfondi de l’anatomie de Vésale, et afin de n’en omettre aucune partie essentielle , nous suivrons l’auteur dans l’ordre qu’il a adopté, en ayant soin de nous guider d’après les indications placées en marge du texte. Nous y joindrons quelques réflexions que la lecture de l’ouvrage nous a suggérées, et que nous croyons propres à fixer l’attention des lecteurs sut ses parties les plus saillantes; un rapprochement entre les divers états de la science, avant et après Vésale, ajoutera, pensons-nous, à l’intérêt de ces notes.

VÉSALE

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