CAPUT VII. — VIII
De osse j ucjali et ossibus prœvuptce rupi assimilatis .
De ossieulis auditas organi constructionem ingredientihus.
Aux parties de l’oreille moyenne déjà connues, Vésale a ajouté la fenêtre ovale , et par-là il a mis sur la voie de l’oreille interne que Fallopia devait découvrir après lui.
Il décrit très-bien comment les nerfs facial et acoustique se séparent au fond du conduit auditif interne. Du reste , sa manière de considérer l’appareil de 1 audition est extiêmeinent simple : il n’admet qu’une espèce de sinus membraneux recevant l’expansion du nerf auditif , et contenant les deux osselets connus de son temps, V enclume et le marteau .
De duodecim superioris niaxillœ ossibus , in quorum classem nasi ossa etiavi referuntur.
11 divise la mandibule supérieure en six paires dos : les molaires, les unguis, les ossa plana de l ethmoïde, les maxillaires supérieurs , les os propres du nez , les palatins j le vomerel les cornets inférieurs sont considérés comme appartenant à l’ethmoïde et décrits avec ce dernier. Dans ce chapitre on trouve la rectification de plusieurs erreurs de Galien concernant la texture ou le nombre des os qui entrent dans la composition de la mâchoire supérieure. Ainsi ce que Galien avait dit delà masse et de l'épaisseur de ces os, se rapporte plutôt aux animaux qu à 1 homme; ce dernier n’a pas cette face lourde et massive que le médecin de Pergame lui attribue, et tout porte à croire que c’est aux
VÉSALE
singes qu il a eu égard. Ceux-ci en effet se distinguent par l’épaisseur des os maxillaires et le peu de développement de leurs sinus. Cette remarque n’a pas échappé à Yésale : haudqitaqiiam enirti Galeno est assentiendum qui supenorem maxillam viedullœ expertem durisque ossibus efformatam esse asserit.
D une autre part, les sutures sont bien plus multipliées à la face des mammifères qu’à celle de l’homme ; circonstance qui dépend principalement de la présence des os intermaxillaires. On sait en effet que ces premiers présentent sur le côté de la ligne médiane des pièces osseuses intermédiaires qui restent distinctes des os susmaxillaires pendant la plus grande durée de la vie, qui sont destinées à loger les dents incisives , et que l’on connaît sous le nom d’os intermaxillaires. Ces pièces n’existent chez l’homme que par transition pendant la durée de l’ostéogénèse(l); cependant, comme nous l’avons vu plus haut, Galien les avait décrites comme persistantes , parce que , comme 1 observe Yésale, il s’était uniquement fié à l’anatomie
(I) Il serait inexact de refuser à l’homme l’os intermaxillaire clans toutes les périodes de la vie , puisque non seulement il existe réellement tout-à-fait isole jusqu’au quatrième mois de la vie fœtale, mais qu’on en trouve des traces particulièrement dans l’enfance et souvent pendant toute la durée de la vie. Celte trace est offerte constamment dans l’existence d’une lacune transversale étroite, qui régné dans la voûLe palatine, depuis la dent incisive externe jusqu’au trou palatin antérieur. Ces traces se voient aussi quelquefois sur la portion faciale du susmaxillaire. Enfin il y a une preuve frappante de la séparation primitive de ces os , c’est un vice de conformation par arrêt de développement appelé Gueule-de-Loup , et qui consiste dans la persistance de l’état primitif de séparation des os qui concourent à la formation de la voûte palatine. (Mcckcl.)
Remarquons cependant que Galien, en décrivant les os intermaxillaires, n’a pu a\oii eu égard a ccs exceptions , mais qu’il a parlé de l’ordre normal, tel qu on 1 observe chez les quadrupèdes.
du singe et du chien : quod vero Galenus peculiaria constituât ossa quibns incisorii dentes infigantur , lime accidit quod suis nimium favens simiis , cos homini similes esse plus satis sibi persuadebat.
Le Chapitre X est consacré à l’os de la mâchoire inferieure, le XI aux dents.
Dentes sentire ; dentium a cœteris ossibus differeniiœ ; dentium numerus j incisorii , canini , molares j qui dentes maxillis infigantur ; dentium radices ; dentium numerus aliquando variare j genuini dentes ; dentium cavitas ; dentium appendices.
Vésale considère sous le nom de dentium appendices , les dents de lait, ou temporaires. Il avait bien observe la marche de la dentition, mais sans se rendre compte de son mécanisme ; il pensait que la dent qui tombe n’était qu’une espèce depiphyse de la partie restée dans l’alvéole, et qu’amsi cette dernière pouvait recroître pourvu que la racine fût restée intacte; aussi, dit-il, il faut bien se garder de 1 extraire quand une portion de la dent vient a se briser chez un jeune enfant. « Ac id sane accuratissime expendendum est , nepueris reliquam effracti alicujus ex casu dentis portionem unquam eruamus , sed duntaxat appendicem , et cujns locum alia {modo radix servetnr ) prompte succrescet. »
CAPUT. XII
De ossium capitis et maxillœ superioris fora minibus , et multis in interna calvariœ sede occurrentibus ossium finibus.
La tète osseuse est étudiée dans son ensemble et dans ses moindres détails. Il y est également question de la glande
VÉSALE
pituitaire , de l’infundibulum , et des canaux qui versent la pituite dans les sinus du sphénoïde, opinion que Yésale avait reçue des anciens et qui a été partagée par tous les anatomistes du XVIe et du commencement du XVII1 siècles, jusqu à l’époque où Schneider est venu la détruire. (V oir cet anatomiste).
CAPUT XIII
De osse v lit ter œ imagini comparato (os hyoïde).
La figure qu’il donne de cet os est vicieuse , mais il est facile de s’apercevoir, d’après la description, quil a considéré les ligaments Stylo-hycliens commme la continuation des grandes cornes.
Les chapitres XIV à XVIII traitent de la colonne vertébrale et des vertèbres; Vésale y fait preuve cle connaissances étendues en anatomie comparée : presqu a chaque pas il trouve occasion de démontrer que les descriptions de Galien ne se rapportent pas à l’homme, mais au singe. En effet , malgré les nombreux rapports qui existent clans la disposition générale des squelettes, on observe dans les détails des différences telles qu’il est impossible de les confondre. V oici quelques-unes des différences cjue Vésale signale : la première vertèbre cervicale de l’homme se distingue de celle de presque tous les mammifères , 1 0 par sa petitesse proportionnelle; 2° par l’existence d’une échancrure située on arrière des apophyses articulaires supérieures , et destinée au passage du premier nerf cervical, échancrure qui chez le singe et les autres mammifères constitue un trou.
En général , toutes les vertèbres cervicales des quadrumanes diffèrent de celles de l’homme en ce qu’elles sont plus hautes, moins larges, et quelles ont des épines plus longues, les apophyses transverses plus larges.
VÉSALE
Les vertèbres dorsales sont celles qui s’éloignent le moins de celles de l’homme, cependant il est une circonstance qui ne saurait échapper à l’anatomiste , c’est que les côtes s’articulent toutes avec deux vertèbres correspondantes; ce qui n’a pas lieu chez l’homme , pour la première et la douzième.
Les vertèbres lombaires présentent chez les mammifères des apophyses accessoires qui ont pour effet d’augmenter la solidité de cette partie de la colonne. Chez les quadrumanes cette apophyse s’étend généralement de l’apophyse articulaire supérieure à la racine de l’apophyse transverse la plus voisine , et elle se présente sous la forme d’une forte pointe. Galien gratifie l’homme de ces apophyses, alors quelles n’existent qu’à partir du singe, c’est ce que Yésale observe : « In simice igitur lumhorum vertebris , acutus conspicitur processus, recta deorsum protensus , et sinus qui nervi nomini ïllic incisus est, externum latus quodammodo constituons , ac veluti interv allant citm descendente processu efformans , in quod ascendens inferioris vertebrœ processus subintrat. »
Au sacrum et au coccyx les différences sont bien plus frappantes encore; chez l’homme, comme Yésale le fait remarquer , le sacrum résulte de la coalescence de cinq vertèbres : « Ità etiam pcrpetuo in posteriori sacri ossis scde coalitus imago se offert, qui ossium corporibus perficitur. Or chez le singe il ne se compose jamais que de trois vertèbres : « os tribus in simia et cane efformatum ossihus , quod sacrum vocamus. »
Le coccyx de l’homme est formé de six noyaux ou de corps de vertèbres rudimentaires , celui des singes à courte <[ucue renferme au contraire six vertèbres complètes qui, à part le volume , ont la môme conformation que les vertèbres lombaires; elles sont munies d’apophyses transverses,
VESALE.
ei sont parcourues par la lia du canal épinier. Or, aucune de ces circonstances ne se présente chez l’homme , et Vésale a raison de dire que Galien a décrit le coccyx du singe ou du chien : « cnjnsmodi ossicula in sirnid et cane sub osse sacro occurrunt adeoque ipsoruin coccyyis osais descriptio. »
CAPUT XIX
De thoracis ossibits.
Dans ce chapitre, Vésale poursuit la série des preuves qu il a entreprises contre Galien. Il passe en revue les différences que présente la poitrine de l’homme et celle du singe, différence, dont Galien ne s’est pas douté {lih. 8 , de adrninist. sect., et partim in lih. de ossibns , capnt 15). D’abord les cartilages costaux n’ont pas la même consistance chez l’homme et les mammifères; chez le premier, ce n’est guère qu’à un âge très-avancé qu’ils s’ossifient , tandis que chez les seconds, même en bas âge, ils sont secs, friables, et presque osseux, comme on l’observe chez les ruminants, le singe et le chien , de manière qu’il n’est pas étonnant que Galien , n’ayant en vue que ces animaux , dise que les cartilages des vraies côtes sont de nature osseuse.
Quadrupediim pectoris ossis descriptio.
Ici se trouve la démonstration qui a soulevé un débat si violent de la part de Sylvius. On sait que le nombre des pièces qui entrent dans la composition du sternum est moindre chez l’homme que chez les autres mammifères; chez l’homme adulte, chacune des trois portions de cet os ne consiste qu’en une pièce ; chez le singe , le chien , et on général chez la plupart des quadrupèdes, il en
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comprend sept; celles-ci sont plus larges qu’épaisses, surtout aux points où elles se touchent. Chez le chien, le cochon, la brebis, elles ne diffèrent point de volume entre elles ; chez le singe et l’écureuil la pièce supérieure qui s’articule avec les clavicules est la plus large. La réunion de ces pièces a lieu par symphysie , et quelquefois d’une manière si lâche quelle ressemble aux articulations des vertèbres entre elles. Aux points de réunion se fait l’insertion des cartilages costaux, dans des cavités que leur présentent les bords du sternum , et comme à la colonne vertébrale , elle a lieu à la fois avec deux pièces contiguës. Cependant le cartilage de la première côte ne s’y articule point, mais vient tout bonnement y toucher. Telle est la disposition du sternum du chien et du singe . disposition que Galien rapporte à l’homme. Yésale en fournit les preuves, et il a fallu que Sylvius fût bien aveugle pour ne pas s’y rendre.
De cartilnginea quœ cordis hasi adscribilur substantiel scu cordis osse. Huma/num cor ossc destitui.
11 existe dans le cœur de mammifères , surtout chez les Fissipèdes, un os situé à l’origine de l’aorte et qui se prolonge dans la cloison des ventricules. Dans le cerf il a la forme d’une croix, son développement paraît avoir lieu vers l’âge de trois à quatre ans. Galien avait admis cet os dans la substance du cœur de l’homme. {Lib 8 de aclminist. sect .' Vésale démontre la fausseté de celte assertion. Seulement il fait voir qu’autour des orifices auriculo-ventriculaires et ceux de l’aorte et de l’artère pulmonaire , il se trouve des anneaux fibreux destinés à fortifier ces ouvertures et à prévenir leur éraillement.
VESA LE.
Le chapitre XXI et XXII traitent des os de l’épaule.
Humeri articuhis cur a costis removeaturj et claviculœ superiorisque scapulœ processus.
Yésale démontre que la clavicule luit l’office d’un arcboutant , étendu de l’omoplate au sternum , et destiné à maintenir le premier de ces os dans sa position naturelle et à empêcher que l épaulc ne se porte trop en avant. Si les clavicules n’existaient point , dit-il , les mouvements de cireumduclion seraient impossibles. Brachium nam que, ob id potissimum in homme et simia , et aliis quœ claviculis doncintur animantihus , tant variis differentibusque motibus duci potest, quod ipsius cum scap'ula articulus a thoracis latere plurimum distet : si enim articulus ille thoracis costas contingeret , vel quavis ratione procrime , quemadmodum in aliis quadrupedihus , locaretur, ipsas manuum circulationes et jcictationes ad pectus , dorsum, collum et ilia, nequaquam moliremur.
Claviculœ ad superiorem scapulœ processum nexus.
Vésale accorde à l’articulation scapulo-claviculaireunfibrocartilage analogue à celui de l’articulation : sterno-claviculaire; ici il se trompe : Aliquando bonus dormitat Homerus!
CAPUT XIII
De humero seu Brachii osse.
Humerum post fémur non esse omnium ossium grandiorem.
Galien avait dit qu’après le fémur , l’os du bras est le plus long des os des membres. Il faisait évidemment allusion à 1 humérus du singe; c’est ce que Yésale observe.
Les chapitres XXIY à XXYIII traitent avec les plus grands détails des os de l’avant-hras et de la main. Les suc-
yésale.
cesseurs de Yésale n’ont rien ajouté à ces démonstrations. Entre autres remarques, toutes extrêmement judicieuses, il fait voir que la double rangée des os du carpe était nécessaire afin de rendre la main libre sur l’avant-bras , et de lui permettre des mouvements partiels , distincts des grands mouvements de pronation et de supination propres au radius 5 l’énartlirose qui existe entre la tête du grand os , le scaphoïde et le cuboïde lui paraît parfaitement remplir ce but.
Le chapitre XXIV , qui traite des os innominés et du bassin , est un des plus remarquables , tant à cause de lïmportance de sujet que par le talent que Vésale y déploie. Après avoir examiné les os coxaux sur toutes leurs faces , il fait l’histoire de la symphise pubienne et des différences quelle présente chez l’homme et chez la femme; à cette occasion, il combat une opinion généralement admise de son temps , c’est que cette symphise , ossifiée chez l’homme , se maintenait à l’état de cartilage chez la femme, et qu’au moment de l’accouchement elle s ouvrait pour donner une issue plus facile au foetus. 11 prouve que cette circonstance n’existe ni chez la femme ni chez les femelles des quadrupèdes : pavturientibïis nàmque mulieribus , uti nequc quadrupedibus , hœc ossa invicem non disjunguntur. »
Les chapitres XXX — XXXIV, traitent des os des extrémités inférieures.
Les XXXY — XXXIX, des cartilages des paupières, de l’oreille, du nez, de la trachée-artère et du larynx. Enfin le dernier chapitre (LX) de ce livre est consacré aux administrations anatomiques: Yésale s’y montre aussi habile préparateur, qu’il est savant anatomiste.
VESALE.
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