LIBER V
Organé nutrioni quœ cibo potuque fit , et dem propter partiimi connexum ac vie-imam , instrumenté g enerationi famidantibus dedicatus, etomnes sibi pcculiares figuras seriatim simidque mox m initio ostendens , quo minus eœdem figurée plensqiie capitibus passùn proponendœ veniunt.
Hominem ut augeretur , diutiusque river cl , instrumenté eguése varice nutrioni famulantibus , ac démuni quœ instrumenta nutritioni circa cihos potusque versanti , privatim sint extructa.
Dans ce chapitre Vésale expose sous forme Je prolégomènes l’ordre dans lequel il étudiera les organes de la nutrition ; nous croyons utile de reproduire quelques-unes de ces considérations , parce qu’elles nous donnent une idée exacte de la physiologie de cette épocpie. ce Quum tota ho- » minis moles, etiam post justum ipsius incrementum, in » perpetuo sit fluoré, quumque nisi altéra similis substantia in defluxæ locum accederet, universa illico evaporata dis- » siparetur, sunmius rerum Opifex liomini insitas quasdam » vires , deficiens ac desideratum semper appetentes , ab » initio statim indidit. Non enim sugere , vesci , bibere , aut » respirare a quoquam discimus usquam : sed statim a prin- » cipio facultates in nobis babemus , quæ hæc omnia citra » docentcm perficiant \ et cibo , .quidquid siccioris substan- » tiæ elïïuxit, restituimus: potione^ quidquid bumidioris, )> atque ita ad pristinam commensurationcm ambas redu- » cimus. Sic vero et aercæ et igneæquc substantiæ modum , » respiralu arteriarumque pulsu tuemur. Cælerum quum id
YÉSALE.
» quod singulis partibus defluit, tali natura esse credimus, » qualis ipsa est particula : nihil autem eorum quæ bibun- » tur, edunturve , aut inspirantur, ejusmodi prorsus occur- » rit : necesse fuit animanti ea primum assumcre , dein » emutare et concoquere, ac quam maxime licet, corpori » alendo restituendoque similia efficere : ac demum recre- » monta , quæ necessario lias emutationes subsequuntur, ex- » pellcre. Ex ore itaque per stomachum cibus et potus in » ventriculum , velut in communem quamdam officinam » seu promptuarium assumitur, quod omnia quæ amplecti- » tur cogit, confundit et concoquit, concoctum in intestina » protrudit: ex quibus quod cocti illius succi melius est, » sanguinique efficiendo conveniens , una cum bumidiore )> bujus concoctionis recremento , venæ portæ rami exu- » gunt , id jecoris cavo deferentes. Recrementum vero sic- )■> cius , ac suctioni ineptum , intestina depellunt : et hominis » arbitratu, laxante se orbiculari podicis musculo et abdomi- » nis musculis , simul aecedente etiam septi transversi opéra , » compressi , excernunt. Jecur autem , postquam eum suc- » cum cremoremve admisit, illi ornamentum adjicit, ad san- » guinis perfecti generationem necessarium , duplici recre- » mento ipsum expurgans : flava scilicet bile , ceu recrc- » mento tenuiore et leviore : deinde atro bilioso succo, ceu » lutoso, terrestri et crassiori. Ac illud quidem in bilis yc- )> siculæ meatus transmissum , in ipsam vesiculam defluit : )) a qua rursus in intestina excretum , cum durioribus fæci- » bus egeritur. Hoc autem, uti vulgo arbitramur, per portæ )> venæ ramos ad lienis nutritionem transmit titur, et quid- » quid is conficere, ac in familiarc nutrimentum sibi adap- » tare nequit , id in ventriculum éructât, postmodum cum » intestinorum excremcntis subducendum. Ergo qui in je- » core ad hominis nutritionem præparatur sanguis , ilia duo » recrementa deponens. porlionemque sui in portæ vena ad
YÉSALE.
» partium quitus ilia digcritur, enutritionem asservons , » ruber jam ac parus ex arctissimis , maximeque frequenti- » bus ejus venæ ramis per jccoris substantiam cliffusis , ad » gibbum jecoris partem in cavæ venæ propagines simili- » ter innumeras anguslissimasque conscendit, tenui adliuc » aquosoque recremento, quod ex intestinis cum optima » succi in ventriculo confecti portione exugebatur, concomi- » tatus: ejusque aquosi recrementi , tanquam vehiculi cujus- » dam auxilio, arctissimas vias minori opéra perreptans. » Quum vero sanguis cos superavit angeportus , renes rc- » crementum hoc ad se sedulo alliciunt, illoque sanguinem » purgant. Sanguis autem per vcnam cavam copiosissima » ramorum sérié propagatam, ad corporis partes deduci- » tur : et quod in ipso singulis partibus familiare ac ido- » neum est, illæ sibi attrabunt, assimilant et apponunt : » duplexque quod et in bac concoctione consurgit recrc- » mentum , a se per proprios ductus excludunt. »
Dans ce court exposé on remarquera la doctrine de l'hématose et la part d’influence que Yésalc attribue au loie dans l’accomplissement de cet acte ; comme plus tard Bicbat , il avait compris que cet organe , outre la part qu’il prend à la digestion par le fluide qu’il sécrète , joue dans l économie un rôle inconnu mais important (Anat. générale). Et de nos jours l’étude comparative du système biliaire dans toute la série animale n’a fait qu’ajouter à la valeur de cette doctrine. Nous aurons l’occasion de revenir dans le cours de cet ouvrage sur ces questions importantes.
De peritonœo.
N ésale commence 1 étude des viscères de la végétation par celle du péritoine, membrane peu connue à son épo-
VÉSALE
que. En effet, les Arabes qui n’avaient pas peu contribué à répandre la confusion clans l’anatomie, avaient émis à l’égard de cette membrane les opinions les plus absurdes. Ils 1 ’ avaient considéré comme un pannicule charnu , analogue à celui qui double la peau , et pouvant imprimer des mouvements aux organes quelle enveloppe. (Voir Mondino). Yésale fit voir que c’est au contraire une membrane simple , ou élémentaire , ne présentant aucune apparence de fibres , peritonœum itaque ex simplicium et primorum corporum , quœ similaria nuncupare solemus , numéro cen-
setur memhrana enim est nullis fibris intertexta.
Il la présenta comme un sac , une espèce d’outre , appliqué par sa face externe aux muscles qui limitent l’abdomen, et y adhérant par un tissu cellulaire, en général lâche et graisseux, libre au contraire par sa face interne et lubréfié par une vapeur séreuse. « Refer t igitur peritoneum oblon- » gum utrem , seu spheram aliquam , cujus longitudo perti- » net a septo transverso ad humillimam cavitatis sedem , » quam sacrum os cum ossibus ipsius lateribus conmissus » efformat , et quemadmodum utres extergoribus parati , » extenu s asperi hirtique, intus plani ac lseves quodammodo » esse soient ita quoque peritonæum externa parte, ut ap- » tusmusculis undiquaque liæreat , asperum fibrosumque — » interna autem peritonæi sedes, viscera quæ complectitur » spectans , impense levis et tensa , ac veluti aqueo humore » obluta, secantibus occurrit. (Lib. F, cap. 11.) » Il fit également connaître les replis suspenseurs et les duplicatures de la membrane , le mésentère , les mésocolons , le mésorectum , l’épiploon ou l’omentum qu'il dit avoir la figure cl’une bourse formée par deux lames séreuses, entre lesquelles s’amasse de la graisse, et qui s’étend plus ou moins selon les sujets. 11 ht remarquer que le péutoinc joue un grand rôle dans la lormation des viscères
VÉSALE
du bas-ventre , que la plupart en reçoivent des enveloppes qui les défendent d'une pression trop forte des muscles; il dit encore que le duodénum est simplement recouvert, par une lame de 1 épiploon, tandis que le jéjunum et l’ iléon sont entièrement enveloppés par le mésentère : ne duodeno quidem intestino tertiam tunicam ea omenti pars exporrigit , cujus beneficio intestinum dorso colligatur. Jéjunum vero ac ileum tertiam tunicam a mesenterio, quod ea dorso firmat reoipiunt. ( Loc . cit . )
Nous n’en finirions pas, si nous voulions citer toul ce qui est digne de l’être. En effet, les moindres détails soni décrits avec cette facilité et cette clarté dont on peut se faire une idée d’après les citations que nous venons de faire; les veines , les artères , les nerfs sont décrits avec la plus grande précision , et nous ne concevons rien à la légèreté de Portai quand il dit : « Je ne dirai rien des nerfs et des vaisseaux sanguins que Vesale attribue à V estomac j ne connaissant point le nerf sympathique } il ne pouvait être que très-infidèle à cet egard. ( Hist . de VAnat. et de la Chir.) Plus loin cependant il ajoute : la description que Vesale donne du. canal intestinal est très-exacte , et peut servir de modèle aux écrivains modernes.
CAPUT ÏII.
" De stomacho et ventricule.
Stomachi initium • substantia j forma . tunicœ ; incessus.
Après avoir établi 1 origine, le trajet et les rapports de 1 œsophage, \ ésale traite de sa structure, et il fait observer qu il se compose de deux tuniques, dans la détermination desquelles il commet cependant une erreur grave : Duabus
VÉSALE
cnim propriis constat tunicis , substantia, duritie, crassitie , et flbrarum specie variantibus. Harum namque interior, et totius oris palatique tunicœ continua , nervosior quidem et durior, et paulo tenuior est , et redis fibris donatur. Exterior vero crassior , mollior , propemodumque musculorum natura participants , carnosior visitur. On voit que Yésale confond en une même tumque la muqueuse, la couche nerveuse des auteurs, et le plan des libres longitudinales, ce qui lui fait dire que cette tunique interne est plus nerveuse et plus résistante , quoique moins épaisse, que l’externe. L’erreur provient évidemment de la manière serrée dont les membranes musculaires et muqueuses sont unies entre elles par la couche celluleuse j intermédiaire. Du reste, Yésale a parfaitement compris j l’utilité de la direction différente des libres de 1 œsophage : i Duabus his solum fibrarum differentüs stomachus indi- 1 (prit , ut rectce quidem attraherent , transversal autem pellerent.
Glandulœ stomacho crebro adnatœ.
Yésale parle de deux glandes placées sur le trajet de 1 œsophage , immédiatement derrière la division de la trachéeartère en bronches : In medio ciutem, propemodum stomachi ductu, qua is asperœ arteriœ in duos truncos ad pulmones divisœ subjicitur, binas alias sœpe stomacho non apponit modo , sed et in posteriore ipsius sede et ad latera adnectit.
11 est évident qu’il a eu égard aux ganglions bronchiques; il les considère comme des glandes analogues à celles qu on trouve annexées à l’origine du canal de l’urètre, et qui y versent le produit de leur sécrétion : Illis plane respondentes quas vesicœ cervicis initio in viris natura circumdedit , et quemadmodum lias urinœ seminisque genitalis
VÉSALE
in pene meatum irrigare suo loco commemorabimus ; sic ctiam glandulœ stomacho adnatœ , illius cavitatem irrorant, ac ne ob siccitatem cibns in ventricnlum difficilius prolabatur, salivali quodam humore imbuunt. Du reste . cette erreur s’explique par l’ignorance où l’on était encore relativement aux vaisseaux et aux ganglions lymphatiques.
Ventricidi historia.
Ventriculi situs , forma ; orificia j substantia.
Vésale commence par déterminer la position de l’estomac , tant par rapport au corps entier, qu’à celui des viscères qui l’environnent; il démontre, contrairement à l’opinion de Galien , que cette position n’est ni symétrique ni régulière , et qu elle varie d’après l’état de plénitude ou de vacuité du viscère. Après avoir décrit ensuite la forme de l’estomac . ses culs-de-sac , ses courbures , ses orifices cardiaque et pylorique , il passe à l’examen de sa structure. Comme à l’œsophage il n’y admet que deux tuniques propres : l’une interne , se continuant avec celle qui tapisse la bouche ^ le pharynx et l’œsophage et dans laquelle il confond et la couche celluleuse ou nerveuse et le plan des fibres longitudinales; la seconde formée par des fibres obliques ou circulaires. A ces deux tuniques vient s’ajouter l’enveloppe péritonéale. Les veines et les artères de l’estomac sont également décrites avec les plus grands details ; il en est de môme des neifs, comme on peut s en assurer par le passage suivant: « Nervi ventriculi in hune habent modum : præcipuæ sexti » nervorum cerebri paris portiones , postquam récurrentes n diffudciunt nervos, ramulosque cordis mvolucro in pul- » mone communicarunt, deorsum ad stomachum properant,
» dexlra ad dextrum latus, sinistra autem ad lævum. Simul M atque vero aliquantisper nervi cum stomacho descendc- » runt , fibrarum duntaxat. interventu illi commissi , uterque
VÉSALE
» nervus biparlito scinditur: et dexter quidcm suis ramis » oblique sinistrorsum fertur, sinister autem dextrorsum :
» atque ila ambo nervi stomachum concomitati , septum » transversum pevmeant , nulla intérim ( ut dissectionum » rudibus visum fuit) septo sobolem offerentes. Ubi autem » quatuor duorum nervorum rami elatius ventriculi orifi- » cium eonlingunt, multiplici propaginum série id am- » plexantur, surculos notatu digno intervallo recta dcorsum » promentes. A sinistro sexti paris nervo dextram cjus orifi- » cii ventriculi regionem implicante , insignis utcumque ra- | » mus secundum elatiorem ventriculi seclem , ad ipsius j » usque inferius orificium diducitur 5 qui etsi in progressu » aliquot diffundat. propagines, ventriculique inferius orifi- j )> cium surculis quibusdam implicet , non tamen inibi totus ! » absumitur, sed in jecoris quoque cavum prorepit. Cæte- )> rum humiliorem ventriculi partem alii duo accedunt ner- ^ » vi , a sexti nervorum cerebri paris propaginibus , secun- )) dum costarum radiées deorsum deductis principium ' » obtinentes , ac illarum arteriarum conjuges , quæ supe- ; » riore membrana omenti suffultæ, in ventriculi fundum » cligeruntur. Quinetiam interdum sinistro ventriculi lateri » quædam nervorum offeruntur soboles, a nervis pronatæ, I » qui cum arteriis lienem accedunt. Inter hos tam varios | » nervorum, quos ventriculus obtinet, surculos, nulli pro- » fecto tantam Naturæ ostendunt providentiam , atque su- • periori ipsius orificio inserti. »
De oniento.
Bien que Vésale ait considéré l’épiploon comme un prolongement du péritoine, il lui consacre ici un chapitre particulier, tant à cause de la forme de ce repli, que de ses
VESA LE.
nombreux rapports avec les organes qu’il recouvre. Il le représente comme une bourse ou comme un sac dont les feuillets descendent de l’épigastre et de l’hypochondre droit où ils se continuent avec les parties du péritoine qui enveloppent l’estomac et le foie. Cette description est extrêmement fidèle , et d’autant plus remarquable qu’elle s’applique à une des parties les plus difficiles de la séreuse abdominale. Vésale a vu souvent l’épiploon donner lieu à des hernies ou a des épiplocèles.
Gland ’ulosum omenti corpus.
Il désigne sous ce nom le pancréas, dont il n’a pas connu le canal excréteur.
CAPUT y.
De intestinis.
Quœ hic intestinorum nomme complectantur.
La division de l’intestin grêle en duodénum , jéjunum el iléon est très-ancienne puisqu’elle remonte jusqu’à Hérophile ; cependant il s en fallait de beaucoup que sa structure lut complètement connue. Vésalc insista particulièrement sur ec point. 11 fit connaître ses trois tuniques, la disposition et 1 utilité des valvules conniventes, et enfin le degré de vascularité qui fait différer entre elles les trois parties de 1 intestin; à cet égard, il remarque cpie le duodénum et le commencement du jéjunum sont ceux qui dans un temps donné reçoivent le plus de sang : « Ubi enim duodénum intestinum in jéjunum finire, jcjunumque intestinum incipcre dicimus , copiosiores venæ ac arteriae , quam propter ilei ad crassiora intestina terminum , occurrunt : verum media medio sesc habent modo. Deinde jejuni initium rubicundius est, ilei finis magis albicans. »
VÉSALE
Inleslinorum glandes .
Les glandes donl il est ici question ne sont pas celles que Peyer et Brunner ont fait connaître depuis , mais les glanglions mésentériques : Idem quoqne intestinum in hominibus et adhuc magis in canibus , glandosum illud corpus, en jus antea ventriculum describens memini , pecidiariter substratum possidet } ad vasa illi intestino propi ta suffideienda , et cavitatem ejus intestini lento hurnotc irrigandà .
Crassorum intestinorum historia.
La description de cet intestin serait complété s il n\ , manquait celle de la valvule iléo -caecale ou de Bauhin.
Le chapitre suivant (VI) traite du mésentere.
CAPUT VIL
De jecore.
Humani jecoris formam a canum et porcorum jecoribus variare.
C’est une observation d’anatomie comparée, que le nombre des lobes dont le foie est composé est d’autant plus J considérable , qu’on descend davantage dans lechelle. A , cet égard le foie humain ne forme qu’une seule masse,! dans laquelle cependant des échancrures ou des éminences, 1 telle que le lobe de Spiegel , indiquent la division primi- j tive de l’organe. Galien, en décrivant le foie de l’homme 1 d’après celui du chien ou du porc, n’avait pas fait attention à cette circonstance : Humanum cnim jecur in fibras . porcini } et multo adhuc minus canini jecoris modo . non discinditur .
Les rapports et les limites du viscère sont déterminés de la manière la plus exacte ; il but voir epic jamais il
VÉSALE
dépasse la circonférence du diaphragme : Neque vero sepii transversi latitvdinem ullibi eœccdit. 11 insisle sur les dépressions que présente la surface concave, et qu’il regarde comme des précautions que la nature a employées afin que le foie, d une part ne gênât pas l’estomac, et de l’autre ne comprimât pas la veine cave : « Cœterum inferiori sede, jecur admodum amice ventriculo cedit^ ac ab illo cavum efficitur. » Et plus loin : « Nevero venæ cavæ caudex secundum posteriorem jecoris sedem protensus , aut hujus gravitate, aut septi transversi motu comprimeretur, tantus sinus in posteriori jecoris sede exsculptus est, quantus amplectendo cavæ caudici sufficiat. »
Quant au parenchyme du foie , il suppose qu’il est formé par une substance semblable à du sang concrété , dans lequel les vaisseaux sanguins et biliaires prennent naissance. Cest dans ce parenchyme, dit-il, et par son action propre, que dune part le fluide nourricier, préparé dans 1 estomac et les intestins, se trouve converti en sang, et que de 1 autre sont déposés, comme résidus de cette opération, la bile que les canaux hépatiques sont chargés d enlever, et une matière plus épaisse, poisseuse, que l’on nommait alors atrabile , et qui est exportée vers la rate par la veine splénique.
Il décrit successivement les veines , les artères et les nerfs du foie , mais sans rien faire connaître concernant leur mode de distribution dans son parenchyme. Il parle également de la tunique propre de cet organe, à laquelle Glisson a depuis attaché son nom.
YÉSALE.
CAPUT Vllï.
De bilis flavæ vesicula.
Bilis vesiculœ situ s j forma, substantiel j vence , aiterioe et nervi j rneatus excipiendœ et emittendœ bili parati j bilis vesiculam rneatus duodeno msertus an propaginem ventriculo offerat.
C’était une opinion accréditée à cette époque, que le conduit cholédoque s ouvrait à la fois dans 1 estomac et dans 1 intestin duodénum. Vésale démontra que dans les circonstances ordinaires cela a lieu dans ce dernier seul : Nullam igitur (lit quod niihi occurrit in medium adferam ) vel minimum bilis rneatus portionem in ventriculum porngi animadverti. Une fois il a observé chez un rameur des galères du Pape que le conduit cholédoque se divisait en deux rameaux, dont l’un, suivant le trajet de la \einc gastro-épiploïque droite, allait s’ouvrir dans le fond de l’estomac. Cet homme, d’un tempéramment sec et chaud, n’avait jamais été affecté de nausées ou de vomissements biliaires.
De liene.
Lienis forma.
La rate de la plupart des mammifères diffère essentiellement de celle de l’homme ; chez ce dernier elle est moins longue, plus épaisse et plus exactement circonscrite dans l’hypocondre gauche, ce qui fait dire à Yésale que Galien a commis une grave erreur dans la description de cet organe : Nam porcis , canibus atque bobus quum longior secl arctior intérim lien obtigerit, jure Galeno in illorurn potins animalium scctione , quant hominum versato , long us nuncupatur.
VÉSALE
Lienis superficies cic color.
Vésale esl un des premiers qui ait attiré l’allcnlion des médecins sur les modifications si remarquables du volume et de la couleur de la rate dans certaines conditions pathologiques. 11 l’a trouvée dure et hypertrophiée dans des cas d éléphantiasis : dure et atrophiée chez des individus qui avaient succombé au chagrin d’une longue captivité ; “ Licnem præter caetera minus crassum latumque et exiguum omnino reperimus, et gibbæ ejus parti adipem adnatum , instar candidissimi durissimique lapidis concretum. » Sou- \ent il la vu énormément augmentée de volume, sans changement dans sa substance 5 et dans des cas de leucophlegmatie, il l’a trouvée pâle et exsangue, etc. Toutes ces observations sont d’un grand intérêt pour la science, car elles marquent le point de départ de l’anatomie pathologique, dont on peut dire que Vésale a posé les premiers faits rigoureusement basés sur l’observation clinique.
Lienis substantiel ; tunica; arteriœ , venœ ci nervi.
A ésale est également le premier qui ait donné quelques notions sur la structure de la rate. Au moyen de la coction il est parvenu a faire voir que le parenchyme de cet organe est spongieux, formé d’une multitude de lamelles et de fibres très-déliées, entrelacées de mille manières, et laissant entre elles des intervalles irréguliers dans lesquels les vaisseaux spléniques- répandent le sang : « Lienis namque substanlia crasso nigroque admodum , sed solidioris spongia? , aut levions pumicis instar, raro tamen concretoque sanguine constare milii videtur. Utcumque enim multas venas et arterias lieni inseri cerlo eognoscimus , nullæ tamen perinde ac in jecoris et pulmonis corpore, per substanliam ipsius dispersæ animadvertunlur , nisi perquam laiæ, eædcmquc admodum graciles : non aliter quam si.
VÉSALli.
simul atque rectam lienis linearn vasa ingrediuntur , in innumeram ramorum sobolem dilïunderentur , adeo tenuum , ut cavitate quodammodo carentes, fibræ polius quam vasa nuncupandi essent. Hisce ramis seu fibris undecunque in se convolutis, crassus admodum sanguis obducitur. »
Ouid lien in ventricidum eructet, et quo meatu.
Ce fut une opinion longtemps accréditée que la rate concourait à l’accomplissement de la fonction digestive de 1 estomac '-j à cet égard plusieurs hypothèses avaient été admises : les uns avaient prétendu que c était au moyen d’un suc ou d’un ferment propre versé dans l’estomac au moment de la digestion par les veines provenant du tronc splénique ; d’autres, au contraire, avaient pense que c était en attirant à soi la partie âcre de la bile qui aurait nui à la chymification des aliments. Entre ces deux opinions, Vésale pensa devoir adopter celle qui était le plus en i apport avec l’anatomie. Quant a la première, il lui païut évident que les prétendus déversoirs du feiment acide dans l’estomac n’étaient rien autre que les vasa-hreviora qui, provenant de la veine splemque avant que celle-ci eut pénétré dans la rate , ne pouvaient , dans le sens que l’on attachait alors aux veines, rien amener de cet organe dans l’estomac Pvimum enim nullwm nicntum tïli quo hxlis in intestina repurgutur, similem esse haud ambigo : i)0)iO3 autem, quee sinistvo vcntviculi Iciteri implcinlcintur , non a lienis prodeunt corporc , sed ab illis quœ jam lieni inseruntur.
VÉSALE
De renibus.
Renu ni mimerus et situ s ; forma: maynitudo ; suhstantia.
Les reins sont décrits dans leur position , leur Jorme , leur volume; mais quant à leur structure propre, il dit qu'ils sont formés par une substance charnue , dense , comme celle du cœur, parsemée de vaisseaux sanguins, qui portent burine, et de vaisseaux urinaires qui la pompent et la rapportent dans la vessie par les uretères 11 indique nettement la direction de ces conduits et leur insertion oblique dans le bas-fond de la poche urinaire.
De v es ica , urinœ receptaculo et meatibus illain e renibus in vesicam deducentihus .
La vessie est exactement décrite dans sa position , ses rapports et ses connexions avec le péritoine ; il la divise en fond et en corps et y admet trois tuniques, une musculeuse et deux membraneuses. L’existence du sphincter n’est point révoquée en doute, et il parle de la cavité de l’ouraque comme d’une chose démontrée.
CAPUT XII
Naturam propayandœ speciei providisse.
Dans ce chapitre Yésale traite de la disposition générale des organes de la génération et de la part qu’ils prennent selon les sexes à l’accomplissement de cet acte. Nous en repro-
YÉSALE.
cluisons ici les parties principales comme un complément nécessaire à ce que nous avons déjà fait connaître sur les fonctions végétatives: « Initio librorum de sanilatc tuenda. » Galenus ex corporis humani primordiis hominem necessa- » rio mord obnoxium esse, pulckre colligit. Imo præter- » quam quod corpus humanum mixtum genitumque esse » constat, idipsum immortale incorruptibileque nequaquarn » potuisse fieri , arteriæ , venæ , nervi , caro , et id genus » pares reliquæ , ex quibus conformatur, abunde coinmon- » strant. Quando itaque vel materiæ occasione , hominem » producere immortalem non licuit, rerum Opifex ipsi ad » immortalitatcm quod potuit auxilium machina tus est : » Instar boni civitatum conditoris , cui non præsens clun- » taxat cohabitatio cordi est, sed modum quoque provi- » det , quo vel in æternum , vel ad quamplurimos annos )) ea duret. Sed civitas quidem , quantumvis bene fortu- » nata , quæ non una cum seculis ætatibusque quandoque » intercidat, nulla videtur unquam instituta. Providi vero » solertisque rerum Opiûcis opéra, quæ multis annorum » millibus jam suffecerunt et perdurarunt, adhuc perma- » nent, rara quadam arte ab ipso inventa, quo semper pro » hominibus qui corrumpuntur novi succédant , perpetuaque » speciei conservatio fiat. Homines namque initio ita cx- » struxit, ut unus quidem potissimam foetus principii ratio- » nem exporrigeret : altcr autem id suscipiens , fœlum » enutriret , foveretque. Sic viro organa, ipsos scilicet testes » addidit, qui semen, præcipuum novi constituendi liomi- » nis principium, efformaren t , vasa illis adjungens dupli- » cia: alia quidem materiam , ex qua bi apte illud confice- » rent, apportantia : alia vero confectum jam semen in » unum meatum, qui opportune id in uterum projiciat, » dcducentia. Is enim mulieri datur ut principium boc con- » cipiat : deinde is quoque vasis conseritur. quorum benefi-
VÉSALE
» cio genitura temporis successu enutriatur, ac singulari » miraculo in novuni hominem prodeat. Intérim et leslcs , » vasaquc illorum funclionibus servientia , utérus sibi vindi- » cat, ut mulier aliquam primarii principii rationem fœtui » adjieiat. Quinetiam bis omnibus non hominum duntaxal, » sed et cæterorum animalium generationi famulantibus » organis meras commiscendorum corporum libidines , et » peculiarem quamdam delectationis vim ad procreationem, « rerum Opifex copulavit : ipsi vero animai ea usurse mi- » rabilem fjueindam et indicibilem utendi appetitum quoque » elargiens : a quo animalia incitata, etiamsi stulta, aut ju- •» venilia , aut ratione prorsus privata fuerint , provident » tamen successioni speciei , baud secus quam si omnino » cssent prudentia. »
Ainsi la nécessité de la reproduction se trouve établie à cause de la matière fragile et corruptible dont le corps de l’homme se compose. Comme ces fondateurs sages et prudents qui placent dans leur œuvre la raison de sa conservation , Dieu a voulu que l’homme portât en lui celle de sa reproduction , et pour plus de sécurité il l’a confiée à deux individus différents , quil a déterminés à se réunir par le plus impérieux comme aussi le plus doux clés instincts. Le système que Vésalc expose ici sur la génération est celui d’Aristote 5 il suppose que le nouvel être formé par le concours du père et de la mère , reçoit de cette dernière le principe matériel et du premier le principe immatériel qui assemble , co-ordonne et anime tous les linéaments qui sans lui resteraient inertes.
VÉSALE
CAPUT XIII
De virorum organis generationi inservientibus .
Testium situs ac numerus ; forma ; substantia ; involucra utrisque testibus communia.
Les enveloppes des testicules sont indiqués et décrits avec les plus grands détails, le scrotum, les dartos, qu’il ne considère cependant que comme formant une seule bourse , bien qu’Estiennes en eût déjà décrit la cloison , les tuniques crythroïde , vaginale et albuginée.
En parlant du trajet des vaisseaux spermatiques, il fait entendre clairement qu’une portion du péritoine est entraînée avec eux jusqu’au-delà de l’anneau inguinal, sans être cependant percée d’une ouverture , à cause de sa réflexion autour de ces vaisseaux : « Porro peritonæi foramen vasa transmittens non ita patet, ac si quis ori pennam inderet , aut ilia chartam hanc pertunderet : sed peritonæum exactissime vasorum lateribus connascitur. » Il parle également des plexus que forment les veines spermatiques et de l’état variqueux qu’elles présentent chez un grand nombre d individus (varicosèle).
Vasis semen a teste ad, vesicœ cervicem deferentis historia.
Ces vaisseaux naissent dans les testicules par un nombre prodigieux de conduits pelottonés sur eux-mêmes , et qui en perçant la tunique fibreuse donnent naissance à un réseau inextricable (rete admirabile) d’où partent les conduits déférents \ ceux-ci remontent vers labdoincn et y passent par les anneaux des muscles du bas-ventre , pour sc porter ensuite entre le bas-fond de la vessie et l’intestin rectum, où ils convergent vers le col de la vessie et pénètrent
VÉSALE
ensemble dans la glande qui enloure ce col. « Et ambo sub posteriori vcsicæ sede super rectum intestinum ad vesicæ cervicis initium protensa, sensim mutuo appropinquant, et latiora crassioraque facta, inter se tandem coeunt, unumque corpus sub vesicæ cervicis initio constituenlia , in glandulosum, quod paulo post explicabimus , organum, absumuntur. » On voit que Vésale n’admet qu’un seul conduit éjacnlateur, s’ouvrant dans la portion prostatique de l’urètre. Il ne considère également les vésicules séminales que comme une dilatation variqueuse des conduits déférents. Il décrit ensuite la prostate et il dit expressément que l’usage de cette glande est d’humecter le méat urinaire et séminal dans le col de la vessie. « Glandulosum vero corpus (quod caudati simii obtinent maximum , et instar nubium exterius revolutum) urinæ seminisque in vesicæ cervice meatum humectare certum est. » Il n’a pu déterminer la position de ses canaux excréteurs, mais souvent il s’est assuré que cette glande contenait une humeur particulière.
CAPUT XIV
De virilis mernhri, penisve structura.
Pénis structurai ratio j potissima pénis subs tant ia j Galenum humani pénis fabricant nunquam spectassc.
Quoique la verge, envisagée d’une manière générale et sous le point de vue de ses parties essentielles, ressemble chez la plupart mammifères à ce qu’elle est chez l’homme, elle s en écarte cependant sous plusieurs rapports quand on descend aux détails. Ainsi par exemple , chez tous les mammifères, les deux corps caverneux sont indiqués par la double racine de la verge, mais la cloison qui les sépare l’un de 1 autre manque quelquefois. Galien n’a pas fait attention à
VÉSALE
cette circonstance , car décrivant la verge de l’homme d’après celle des animaux il n’y admit qu’un seul corps caverneux ; c’est ce que Yésale lui reproche: « Si itaque humanum penem resecueris, non unum concavum reperies nervum aut ligamentum a pubis osse enatum, quemadmodum Galenus docuit, (lih. 15 de us. part.) sed duo quæ descripsi corpora, quæ non vacua et omni humiditate indiga, ut Galenus scribit, existunt, sed fungosa ilia et veluti carnea , uti Aristoteles recte innuit , materia et plurimo nigricante sanguine instar foraminum implentur. »
Ici Yésale va au-devant des recherches de Cuvier, en démontrant que ces corps caverneux sont composés de .| plexus vasculaires. « Corporum hæc in hune modum enata, j simulque connnissa , seorsa singula oblungum referunt corpus, ex nervea contextum substantia, instar coriaceæ fistulæ, cujus interior substantia rubra prorsus et nigricans et fungosa , et atro sanguine oppleta cernitur , ad eum fere modum, ac si ex innumeris arteriarum venarumque surculis quam tenuissimis , simulque proxime implicatis , retia quædam efformarentur, orbiculatim a nervea | ilia membraneaque substantia tanquam in corio compre- j bensa. »
De utero reliquisque muliebrihus generationi famulan
bits organis.
Uterum in fundum et cervicem dividi ; uteri situ s , et cum aceumbentibus ipsi partibus contactas j uteri forma j cornu a ; externa uteri superficies ; fundi uteri sinus ; interna cervicis uteri superficies ; prominulce
YÉSALE.
in cervicis orificio carunculœ (nymphes); ipsins scrobes et vesicœ colli in illcirn insertion hymen j fundi utcri orificium (museau de tanche); midiebris uteri magnitude; uteri fundi snbstantia j duarum utcri tunicannn exterior ; interior tunicaj cervicis uteri snbstantia.
On voit que Vésale n’a rien omis de la structure, de la forme et des rapports de cet important viscère. Il faut remarquer qu’il comprend sous le nom de col de l’uterus ce que nous nommons le vagin. J1 dit que sa substance, qui est dense et d’une apparence fibreuse , est musculaire. « Non prægnantium itaque fundi substantia conspicitur nervea , membraneaque , sed intérim admodum crassa , et non adamussim , ut cætcra quæ generatim nervosa dicuntur, caudicans, sed carneum quid colore et substantia præ se ferens. »
Plus loin il parle de deux plans fibreux charnus, dans lesquels on ne saurait méconnaître les muscles qui ont été décrits de notre temps par Mad. Boivin et Dugès, et qui, partant de chaque côté du corps de la matrice, se prolongent en longs faisceaux le long de ses ligaments ronds. Yésale en déterminne nettement la disposition et les usages. « Latera vero connascuntur membranis vasa utero deducentibus , ac demum earneis illis fibris intertextis : quæ duos efformant musculos, quorum beneficio utérus voluntario motu dum mulieres ilia contrahunt et quasi colligunt , allicitur, quique adeo oblique prorepunt : et qua uterum accedunt , adeo interdum crasscscunt , ut perperam illos musculos uteri cornu a esse aliquando arbitratus fuerim , quod scilicct obtusos muliebris utcri angulos papillasvc cornuum imagini non admodum accetlerc videbam. »
Mulierum testes.
Ce fut une opinion généralement admise jusqu’au temps dHar\ey, que 1 embryon provenait du mélange des deux