‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 37 sur 101 · LIBER VI · texte numérisé non relu

LIBER VI

Cordi ipsique famulantibus organis dedicatvs.

Quas partes rerutn Opifex aereœ substantiœ reficiendœ fabrefecerit , et quœ privatim vitali spiritui subministrent.

A defaut des connaissances que les progrès de la chimie pouvaient seuls donner, les anciens s’étaient fait une théorie de 1 hématose qui prouve combien ils étaient ingénieux pour éluder les difficultés que l’état de la science semblait alors devoir rendre insurmontables 5 dans cette théorie ils avaient admis deux foyers de sanguification , l’un dans le foie, pour le sang veineux , l’autre dans le cœur, pour le sang artériel. Et remarquons combien à cet égard ils s’étaient rapprochés de la vérité. En effet, personne aujourd’hui ne saurait contester la part que prend le foie à l’hématose , alors qu’à défaut d observations directes l’anatomie comparée tout entière témoigne des nombreux rapports d’activité et de texture qui existent entre cet organe et les voies respiîatoires. Il est bien prouvé en effet que le système biliaire fait éprouver à toute la masse du sang une élaboration et une espèce de dépuration qui la rend plus apte à subir l’influence de l’air atmosphérique. Or, cette influence que nous savons aujourd'hui avoir lieu dans les poumons, et dont la chimie nous a fait connaître toutes les phases, les anciens lavaient placée dans le cœur; c était là à leur avis que s’opérait le mélange du sang et de la partie la plus subtile de lair inspiré. Ils admettaient donc une communication directe entre les dernières extrémités des bronches et les

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reines pulmonaires ; l’air en traversant le parenchyme pulmonaire était rendu plus léger et plus propre à se combiner avec le sang contenu dans les cavités gauches du cœur :

« Postquam vero aer ab liac substantia cordi quodammodo præparatus est, a venalis arteriæ surculis pulmom etiam intextis , ex asperæ arteriæ ramis elicitur : et in sinistrum cordis ventriculum delatus , tenui admodumque fervido, cpiem cor inibi continet , sanguini commiscetur. » Du mélange de cette partie de l’air avec le sang provenait lespnt vital destiné à porter partout la chaleur et la vie : « Ab aeris substantia in sinistro cordis ventriculo sanguini ibidem contento permixta , vitalis spiritus conficitur : qui ex hoc ventriculo in magnam arteriam una cum sanguine impetu mente ac fervido diffusus, per umversum coipus secundum arteriæ sérié digeritur et calorem singulis membris prb a- ; tim innatum reficit. , temperatque , quod ipsius dilfusum est instaurans , haud secus sane atque membrorum substantia a sanguine per venas adducto restituitur. » Il ne manquait à cette théorie , pour être vraie, que de connaître la composition chimique de 1 air et la manière dont le sang passe , comme par un cercle non interrompu , des artères dans les veines, en un mot, la connaissance du phénomène de la circulation.

CAFUT II. — III- 1

De membrana costas succingente.

Vésale est le premier, pensons-nous , qui ait bien indiqué la disposition des plèvres et des médiastins. Il les repré- ] sente comme deux sacs adossés vers le milieu de la poitrine et formant une cloison obliquement étendue de droite à gauche et dans le sens de son diamètre vertical. Les

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usages du médiastin , dit-il , sont variés ; il soutient le cœur, maintient dans leur direction les organes qui sont placés dans l’écartement postérieur de la cloison; en outre il sépare les poumons l’un de l’autre , de manière que dans les plaies pénétrantes de la poitrine , tandis que le poumon du côté lésé cesse d’agir à cause de la pression de l’air extérieur, celui du côté opposé continue librement son action : « Quandoquidem hujus beneficio altéra thoracis cavitate ex vulnere pertusa , et pulmone bac sede propter aerem per foramen ingredientem a motu cessante, altéra cavitas adhuc illæsa animali famulatur, quemadmodum in vulneratis bominibus , et e vivis brutorum sectionibus fréquenter discimus. » Yésale observe que les plèvres présentent une organisation analogue à celle du péritoine.

Les chapitres IV, Y, VI, traitent de l’arrière-bouche, du pharynx et de la trachée-artère.

CAPUT VII

De Pulmone.

Pulmonis situs j numerus ; forma j in quoi lobos fibrasve pulmo dividatur j in homine milium 'pulmonis lobum cavœ caudicem suffulcire.

\ esale releve dans ce chapitre une erreur commise par Galien quant au nombre des lobes dont les poumons se composent.. On sait que ce nombre est moins grand chez.

1 homme que chez les animaux ; comme l’anatomiste belge en fait la remarque, on observe au poumon droit du singe et du chien un cinquième lobe sur lequel s’appuie la veine cave inférieure, qui chez ces animaux est en rapport avec le poumon , à cause que son insertion dans le péricarde ne se fait, pas immédiatement à son entrée dans la poitrine, comme

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cela a lieu chez l’homme. Chose remarquable, Galien qui n’avait disséqué que des animaux, fait à Hérophile et à Marinus le reproche de n’avoir pas connu ce cinquième lobe :

« Lobum autem qui in canibus simiisque cavæ caudicem suffulcit , nunquam in homine observa vi , et hune illo destitui certo certius scio. Quamvis intérim Galeni locus in septimo De administrandis dissectionibus , mihi memoria non exciderit, quo inquit: quintum hune pulmonis lobum eos non latere , qui recte sectionem administrant : innuens , Herophilo et Marino ejusmodi lobum fuisse incognitum , uti sane fuit , quum illi bominum cadavera , non autem cum ipso simiarum ac canum duntaxat aggrederentur. »

Pulmonis Substantiel.

Vésale définit cette substance : « Caro mollis, fungosa, rara. levis , aerea , ac velut ex spumoso sanguine spumave sanguinea concreta, multisque vasorum germinibus scatens. » On voit qu’il n’a eu aucune idée bien arrêtée sur la disposition des éléments organiques des poumons. Comme plus tard Helvetius et Haller, il suppose que ces organes sont formés par un parenchyme rare et vesiculeux dans lequel viennent s’ouvrir et se confondre les conduits aeriens et les v aisseaux du sang : « Huic mnumero vasorum implexui, ea quam diximus pulmonis caro intertexitur, atque omnes vasoium amplectens surculos pulmoncm efformat : quemadmoduni propria jecoris substantia, cum frequenti venarum sobole jecur constituit. »

Pulmonis Nervi.

Ces nerfs provenant de la sixième paire ont déjà été décrits dans le chapitre IX. (lib. IV.)

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CAPUT VIII. — IX

De cordis involt (cro situ et forma.

C’esl ici que brille dans tout son éclat le génie anatomique de Yésale. Aucun point relatif à la structure de cet organe ne lui a échappé, et c’est après avoir lu ces descriptions à la fois si claires et si concises qu’on reste étonné que notre anatomiste ait laissé à Harvey l’honneur de sa découverte. Malgré les travaux de Sylvius et de ses élèves , plusieurs erreurs étaient encore accréditées sur le centre circulatoire : d’abord la situation que Galien lui avait attribuée n’était pas celle qu’il a chez l’homme , mais chez les mammifères. En effet, cette situation n’est pas la même dans les deux cas ; en général le cœur est d’autant moins oblique qu’on s’éloigne davantage de l’homme. L'orang-outang seul se trouve à cet égard dans les mêmes conditions que nous , puisque son cœur est très-oblique , et qu’il repose sur le diaphragme par sa face inférieure. Dans les espèces inférieures des singes , l’organe est moins dévié à gauche, et le sommet seul appuie sur le muscle de la cloison. Selon la remarque de Daubenton , la taupe a le cœur très-oblique, circonstance qui dépend du volume extraordinaire du poumon droit; chez le reste des mammifères il est droit d’avant en arrière, et comme nous lavons dit, séparé du diaphragme par une distance plus ou moins grande. Or, telle était la situation que Galien avait assignée au cœur de l’homme; en outre il avait dit qu il est percé à sa cloison , et que le mélange des deux sangs avait lieu immédiatement dans les ventricules : de nouvelles recherches sur ce point étaient donc nécessaires.

Vésale commence par étudier le péricarde ; il le décrit comme un sac simple se continuant inférieurement avec le

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centre aponévrotique du diaphragme , percé supérieurement pour le passage des vaisseaux, fibreux à l’extérieur, poli et humecté d’une vapeur séreuse à l’intérieur : « Involucrum hoc substantia constat membranea , crassa et admodum dura , cavitatemque constituens in qua cor facile dilatari constringique queat : cavitas hæc levis onmino est , et tenui quodam humore oblita. »

Il relève ensuite l’erreur de Galien quant à la situation du cœur , et il le replace dans la position que la nature lui a donnée.

De cordis substantiel.

Yésale fait voir que le cœur est entièrement charnu, et que les fibres dont il se compose , plus serrées que dans les autres muscles , se coupent et s’entrelacent dans différents sens , les unes étant droites , les autres obliques ou transversales, de manière qu’on ne peut les séparer sur toute leur longueur, alors même qu’on a pris la précaution de faire bouillir l’organe. Pour donner une idée de l’arrangement de ces fibres, il les compare à un tissu de jonc qu’on roulerait en sens contraire de manière à en former une pyramide. Chose remarquable , Yésale a été au-devant des recherches des auteurs modernes qui se sont occupés d’une manière spéciale de la structure du cœur (1), et les résultats aux-

(1) Wolff. De ordine fibrnrum muscularium cordis diss. act. Acad. Tctropol. 1780-1781, et dans Nova act. T. 1, VIII.

P. -J. Yaust, Recherches sur la structure et les mouvements du cœur. Liège, 1721.

S. -N. Gerdy. Mémoire sur l’organisation du cœur. Journ. compl. du Dicf. des sciences mcd. T. X.

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quels il est parvenu sont à peu près analogues. En général , on admet aujourd’hui qu’entre les deux membranes du cœur (la séreuse externe et l’interne) sont disposées des fibres musculaires qui, au premier abord, semblent s’entrecroiser sans ordre , mais que l’on peut ramener à deux espèces : les unes superficielles , communes aux deux moitiés du cœur, dirigées obliquement de la base vers le sommet, et revenant par la face opposée vers la base ; les autres profondes, ayant une direction plus transversale, propre à chaque ventricule, autour duquel elles forment des anses diversement contournées en spirales et en huit de chiffre. Ces fibres , tant superficielles que profondes, prennent attache dans des cercles fibreux qui entourent les orifices auriculo-ventriculaires et les ouvertures artérielles des ventricules. (Lauth). Ce sont ces cercles que Yésale a parfaitement connus et décrits.

Toutefois il expose ses idées avec la plus grande réserve , tant l’étude de la structure du cœur présente d’embarras et de difficultés ! « Quovis enim modo cordis carnem aut elixam aut crudam rectis vel obliquis vel transversis sectionibus aggrediaris , vel utcunque lubet eamdem unguibus dilaceres, vix unquam cordis notatu tlignam portionem secundum unurn duntaxat fibrarum genus divelli posse observabis , at omnem carnis partem diversis multiplicibusque ( sed transversis potissimum ) fibris abundare astrues : non enim in corde, ut sane in stomacho, ventriculo , intestinis et ipso etiam dis lento ad fœtum utero , sectionis beneficio fibrarum situm adinvenire integrum est. Ouamquam intérim triplex fibrarum genus a Natura cordi largitum esse nobis persuadeamus , quum ob varium et rarum quem in illo vidcmus fibrarum implexum , et nullum simplicem earumdem ductum, tum etiam propter manifestam cordis functionem , quarn fibrarum in primis auxilio

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perfici opinamur Appello autcm in corde rectas fibras.

quas in eo perquam elixato , ex ipsius basi ad mucronis ipsius usque centrum deduci, tam per cordis ventriculorum septum, quam reliquam sedem conspicimus: transversas autem, quæ orbiculatim et una transversum cor ventriculosque ambiunt : obliquas vero, quæ quidem orbiculatim cor ventriculosque amplectuntur , ac oblique secundum cordis longitudinem procedunt. Suntque hæ in duplici differentia : Aliquæ etenim in dextro cordis latere basi sunt viciniores, in sinistro ipsi mucroni : aliæ autem in dextro latere mucronem magis respiciunt , in lævo basim . »

Vésale ne s’est pas contenté de décrire la disposition des fibres du cœur, il a su également en indiquer les usages. Le cœur, dit-il, étant un organe dont l’action est continue, le premier effet qui résulte de la différence de direction de ses fibres , c’est de les placer dans un état d’antagonisme , qui, indépendamment des mouvements de systole et de diastole qui se produisent, permet à ces fibres d’alterner dans leur contraction et de prendre le temps de repos nécessaire à la continuation de leur action. Les fibres longitudinales, en rapprochant la pointe de la base du cœur cl en mettant ainsi les parois des ventricules et ses colonnes charnues dans le relâchement , produisent la diastole : « Porro cordis dilatationcm , quæ mucronis ipsius ad hasis centrum est attractio , et omnium laterum cordis distentio . rectæ efficiunt fibræ, mucroncm versus basim contrahentes. » Ici se trouve son ingénieuse comparaison du cœur à une , pyramide de joncs roulés sur eux-mêmes : « Ouod sane ita perficitur, ac si vimineo circulo orbiculatim eademque scrie complurimas juncorum seirporumve radiées connectercs , et mucronibus illorum simul eolleclis, velut pyramidem quamdam efformares, ac demum funiculum ex illius verlicis medio per circuli centrum dimitlcrcs, quo dcorsum

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tracto , pyramis brevior, intusque multo capacior redderelur. » La systole est produite par la contraction des fibres transverses ou circulaires : « Transversarum aut circularium fibrarum actionem ad aliquid referre, facilius vidctur : Hæ enim cordis contractioni in primis præsunt , quæ mucronis ipsius a basi est discessus, et quædam cordis productio , quam illæ moliuntur fibræ , quotics laxatis rectis impensius arctantur, colligunturque , baud secus quam si prius contractum in pyramide ilia funiculum jam laxes, ac manibus aut alio circulo in medio pyramidis juncos introrsum comprimas, itaque illius cavitatem minuas, et intérim tamen proceriorem reddas. »

Les chapitres suivants (XI — XV) traitent des ventricules du cœur, de ses appendices auriculaires, de ses valvules et de leurs usages : à cause de leur importance nous allons en donner l’analyse.

Vésale admet autour des ouvertures du cœur et des vaisseaux onze valvules destinées à empêcher la rétrogression du sang ; autour de l’ouverture auriculo-ventriculaire droite la valvule tricuspide : « Hœc in ventriculi cordis amplitudinem deorsum ducta, non procul a principio in très vcluti processus membranulasve scinditur, quæ ex ampla basi in obtusum mucronem desinunt, a semi circuli connexo vis differentes. » Chacun de ces replis est maintenu du côté du ventricule au moyen de freins tendineux qui partent des parois internes du ventricule vers la pointe du cœur : c< Vcrum ex tota inferiori tamen trium membranularum sede , fibræ quædam frequenti sérié prodeunt : quæ deorsum per ventriculi amplitudinem ductæ, et ventriculi lateribus juxta ipsius mucronem adnascuntur. » Autour de l’ouverture auriculo-ventriculaire gauche, se présente une valvule qui offre une disposition analogue, sauf qu’elle n’est divisée qu’en deux franges: « Vcrum quum aliquantisper

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inembraneus hic circulus in ventriculi amplitudinem descendit, in duos tantum membraneos processus partitur. » Ces replis excèdent en épaisseur et en force ceux de la valvule tricuspide , mole et robore supenores. A ces cinq valvules, il faut ajouter les six valvules sigmoïdes placées à l'embouchure de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Les usages de ccs valvules sont déterminés par leur direction même: j ce sont elles qui règlent en quelque sorte le cours du

Il est étonnant qu’avec des connaissances anatomiques si > complètes Yésale ait laissé à Harvey l’honneur de sa dé- | couverte ; d’autant plus étonnant , qu’en rectifiant une des ? erreurs les plus notables de Galien , il a touché à la solution du problème. On sait que ce dernier avait admis que le sang , préparé dans le foie , était porté dans les cavités droites du cœur, d’où, après une certaine élaboration , il passait dans les cavités gauches à travers les pores de la cloison intraventriculaire , pour se mêler à la partie la plus subtile de l’air atmosphérique et être converti avec lui en esprits vitaux : Yésale le premier conçut des doutes à cet égard; il se demanda avec raison comment , avec des communications aussi larges et aussi faciles que celles qui existent entre les veines et les artères pulmonaires , ces pores pou- : vaient être nécessaires : « Adeo ut ignorem (quidquid etiam de foveis hac in sede commenter ) , qui per septi illius | substantiam ex dexlro ventriculo in sinistrum vel minimum auid sanguinis assumi possit. » Quant à la marche du sang à travers les cavités du cœur, il mit hors de doute | la circulation pulmonaire déjà pressentie par Michel Servet. Le sang, dit -il, lancé par le ventricule droit dans l’artère pulmonaire qui , à son tour a à supporter l’effort produit par la contraction de ce ventricule; (ainsi se trouve | expliquée la présence de tuniques artérielles à un vaisseau

veineux par sa nature) ce sang, en traversant le parenchyme pulmonaire , est rendu plus léger, plus spumeux et plus chaud , tel enfin qu’on le retrouve plus loin dans le ventricule gauche du cœur, où il est amené par les veines pulmonaires (artère veineuse). « Ut pulmo, continuo ipsius motu et calore sanguinem in arteriali vena deductum sibi magis excoqueret , spumosioremque redderet , qualis is jam profecto est, qui per arteriam venalem ex sinistro cordis sinu pulmoni offertur, quum is jam in utroque cordis sinu elaboratus fuerit. » On voit que Yésale admettait une communication directe entre tous les vaisseaux composant le parenchyme pulmonaire; il attribue aux poumons une fonction purement mécanique , celle d’opérer le mélange du sang et de l’air atmosphérique , mélange sur lequel le cœur est appelé à agir pour le convertir en sang artériel, ce dernier organe étant ainsi considéré comme le centre de l’hématose.

Les artères et les veines bronchiques netant pas encore découvertes (elles le furent plus tard par Ruysch ; voir cet anatomiste), Yésale attribue à l’artère-pulmonaire la faculté de servir à la nutrition des poumons : « Accedit hue. arterialem venam , organum soli nutritioni opportunissime subscrviens , quodque secunclum pulmonis compressionem et dilatationem quiescere, atque quam minimum moveri oportuit magna Naturæ providentia aliis corporis venis împensius rigidum , crassumque et compressu dilatatuque difficiles factum esse. »

Dextrcc cordis (luriculœ usus et ipsius constructionis ratio.

\ ésale considère les cavités auriculaires comme des sinus placés à 1 embouchure des veines et destinés à recevoir le sang pendant la contraction des ventricules. A cet égard , 1 oreillette droite est particulièrement disposée de manière à

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empêcher la distension trop forte des veines caves et leur rupture : « Quum enim cor valido impetu distentum, sanguinem in dextrum ipsius sinum ex cava allicit , et . quodammodo rapiens eum absorbet : quumque ipsa vena cava , ut ex ilia in alias corporis partes sanguis , non ita ac ille pulmonis tenuis, gratia nutritionis resudaret, non adeo crasso validoque , atque arteriæ , constat corpore , periclitaretur profecto vena in valida ilia cordis attractione, rumpi, nisi sagax Natura dextram cordis auriculam creasset, quæ ad cordis motus sequax , et sanguine plena , quum cor ddatatur sanguinem eum quem continet , in dextrum ventriculum dil'fundere posset: ipsaque quodammodo cordi instar promptuarii esset. »

On conçoit combien , dans le système admis alors , cette précaution était nécessaire. Le sang n’étant sensé décrire qu’un demi-tour de cercle , le cœur droit , par sa contraction , devait nécessairement être un point de recul auquel l’oreillette devait obvier.

Mem branularu m cavæ orificio prœfectarum usus.

Vésale explique ici le mécanisme des valvules tricusnides : par leur abaissement , (qui a lieu a chaque dilatation du ventricule, lequel en raccourcissant ses colonnes charnues détermine le relâchement des freins tendineux de ces replis) le sang peut passer de l’oreillette dans le ventricule: « Ouum enim dexter cordis ventriculus distenditur (quodfit, quoties brevior redditus, in latitudinem profunditatemque insigniter proficit), tune membranæ illæ laxiores factæ, ad ejus ventriculi latcra concidunt : ac sanguini , recluso cavæ venæ orificio, aditum præbet. »

Pendant la contraction, les freins tendineux sont tendus, et comme en meme temps les parois du ventricule sont rapprochées, les franges de la valvule viennent à se toucher,

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et ferment ainsi Faire de Fouverture auriculo- ventriculaire : et At ventricule» rursus constricto , seu (ut in constrictione Fit) longiore facto et intérim arctato, membranarum Fibræ, ipsæque membranæ propter cordis mucroncm ab ipsius basi magis abscedentem tenduntur : et quum ventriculi mucro in eum modum angustior efficiatur, membranularum quoque fibræ mucroni ventriculi potissimum adnatæ, invicem colliguntur : ac proinde etiam e regione centri venæ cavæ orificii , suis extremis invicem accedentes , orificium id occludunt, et quominus sanguis rursus in cavam profluat, obstaculo sunt. »

Le sang n’est pas étranger à ce soulèvement des valvules : en effet , comme il est comprimé de toutes parts par les parois de ces replis, il vient presser avec effort contre la face inférieure des valvules et les force à se rapprocher : « Verum et ad hanc actionem sanguis ipse a ventriculi lateribus compressus, auxiliatur. Is namque quum venæ cavæ orificium (1) petit, ad posteriorem membranularum sedem impetu ruit; easque versus orificii centrum comprimens , u£ illæ magis invicem conveniant , autor est. »

Membranarum arterialis venæ ( artère pulmonaire') orificii ratio.

Le jeu des valvules sigmoïdes est indiqué avec la même précision : le sang en se lançant dans l’artère pulmonaire, applique les valvules contre les parois de cette artère 5 si au contraire il voulait revenir, il viendrait occuper l’espace vide

(t) Il ne faut pas perdre de vue que Vcsale désigne constamment sous le nom de t-enœ cavæ orificium , l’ouverture auriculo-vcntriculairc.

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compris entre ces valvules et les parois de 1 artère, et en boucherait ainsi entièrement la lumière : « lllæ etenim ad venæ latera concidunt, sanguinem in cordis contractionibus prompte in venam fluere sinunt. At quum is rursus ob cordis dilatationem ad ventriculum vacui fuga retractus , j aut etiam in pulmonis compressione versus venæ arterialis caudicem protrusus, ad cor impetu vergit, per venæ latera descendens , inter venæ corpus et posteriorem membranularum sedern concidit , spatium quod inter corpus venæ ac membranas est, implens. »

Nous terminerons ici nos citations , ne voulant pas suivre Yésale dans l’examen des fonctions des parties gauches du cœur, celles-ci étant en tout point analogues à celles du coté droit. Disons quelles sont établies avec la même précision , de manière qu en parcourant cette partie de son ouvrage, on s’étonne à juste titre, et notre amour-propre national a droit de regretter qu’il n’ait pas découvert la circulation générale , pour laquelle en effet il ne lui a manqué c{ue de connaître le passage du sang des artères du corps dans les capillaires , et son retour au cœur par les veines.

VESALE.

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