ET DE LA MÉCANIQUE DANS LA MÉDECINE
Iatro-chimie .
Jusqu ici l’anatomie avait marché dans la voie de l'observation : essentiellement science de faits , elle avait compris quil valait mieux pour elle observer que deviner la nature. Malheureusement elle s’écarta de cette sage direction pour se jeter dans le champ infini des hypothèses.
Vers le milieu du 17™ siècle, la chimie, à peine sortie de ses langes, révéla aux savants des phénomènes tellement extraordinaires, qu’ils crurent que cette science allait enfin leur livrer le secret de la vie. Ainsi prit naissance iietro chimie, doctrine dans laquelle la force vitale fut remplacée par des fermens.
Nous n’avons à juger ici cette théorie que dans ses rapports avec l’anatomie; or, nous devons le dire , ils furent loin de lui être favorables. Le chef de l’école chimiatrique François De le Boe (Sylvius), né en 1614, à Hanau, dans la vVétéravie, et que l’université de Leyde compta au nombre de ses professeurs les plus illustres , ne s’est pas occupé d’anatomie d une manière spéciale ; toutefois il s’associa un grand mouvement produit par la découverte de la circulation du sang et des vaisseaux lymphatiques, et contribua par ses écrits à les faire triompher de leurs nombreux adversaires. Cest dans son Praxis niedicœ idea nova , Lih.IV, cuin appendice. Leyck 1667, dont il n’a publié lui-même que le premier livre, que De Le Boe fait connaître sa théorie dans laquelle il attribue les maladies à une altération acide ou alcaline de la salive et du suc pancréatique, et où il les classe d’après cette étiologie. Cette théorie toute hérissée
VIEUSSENS.
d’hypothèses, (et comment pouvait-il en être autrement à une époque où la chimie organique avait fait si peu de progrès.) cette théorie eût des nombreux partisans. Parmi eux se présente en première ligne Raimond Vieussens a cause de la hardiesse avec laquelle il lui appliquâtes faits de l’anatomie. A ce titre ce médecin mérite une mention spéciale.
Vieussens naquit en 1641 dans un village du Rouergue. Après avoir fait ses humanités dans son pays , il alla à Montpellier étudier la médecine, y prit ses degrés et s’y établit. Il obtint en 1671 la place de médecin de l’hôpital Sfi-Eloy, et il profita de cette position pour se livrer aux travaux anatomiques. La réputation de Vieussens parvint à la cour ; à la mort de Dubelloi , médecin de mademoiselle de Montpensier, celle-ci 1e demanda pour en remplir la place. A la mort de cette princesse , Vieussens retourna à Montpellier et reprit sa place de médecin de l’hôpital SL-Éloy. Mais son séjour dans la capitale ne fût pas sans influence sur 1e reste de sa carrière. Le goût qu’il avait naturellement pour la chimie s’était accru pendant son séjour a Paris , et lui fit embiasser avec ardeur la doctrine de l’itraochimisme. A 1 exempte de Deleboe , il se mit à la recherche du ferment acide qui produisait toutes nos maladies , et crût bientôt 1 avoir trouvé : au moins il l’annonça à grand appareil, et obtint de la faculté de Montpellier la permission d’en faire la démonstration publique dans son amphitéâtre. Une si belle découverte ne lui fût pas laissée sans conteste ; au milieu de l’exposition qu’il en fit , chirac vint lui en disputer la priorité. La discussion fût Cbaude comme elle l’est toujours entre gens qui se disputent sur des hypothèses; la séance fut levée au milieu du bruit et des injures, sans qu’il fut possible à la faculté de prendre une décision. Néamoins Vieussens continua a soutenir son ferment contre son adversaire unguibas et rostro. Mais c’était peu de l’avoir inventé, il fallait trouver
VIEUSSENS.
les voies mystérieuses par lesquelles il est versé dans l 'économie : on conçoit que notre anatomiste n’en fut pas en peine. En 1705 il annonça au monde savant son Novum vasorum corporis humant systema. ( Amsterdam , 1705, in-8°), ouvrage dans lequel, àl’instar de Ruysch, il admit des a aisseaux sereux dont les uns devaient servir aux sécrétions, les autres aux absorptions ; les premiers étant censés se continuer , dune part avec les artères, de l’autre s’ouvrir dans la cavité des viscères ; les seconds faisant suite aux veines. Plusieurs de ces vaisseaux, dit Vieussens, s’ouvrent immédiatement dans le tissu cellulaire et , par leurs anastomoses , établissent une communication entre les artères et les veines : Hts ita posttts, arteriœ et venœ tanquam canules continui sunt habendi. Il admit également des vaisseaux neuro-lymphatiques , communiquant avec les ramifications les plus déliées des nerfs : Nervos quod attinet qui per muscidos disperguntur , ii e singulis laterum su oi uni punchs exthssima filamenta emittunt , quai printum in quamdam tenuissimœ telœ speciem abeunt , demumque terminantur in parietibus ductuum sanguiferorum quicarnosam partent musculorum constituant, et tu cantates illorum, eum quem devehunt spiritum animaient refundunt , ubi sanguini admiscetur , quorum circulatorem in corpore ntolurn obiturus est. (Op. cit. , pag. 103.)
\ ieussens ne s arrêta pas là ; il admit des vaisseaux destinés à porter les boissons dans la vessie ; ceux-ci étant également de la nature des lymphatiques et allant de Pestomac au réservoir des urines.
Dans un mémoire qui a pour titre : Nouvelles découvertes sur le cœur. {Parts, 1706), Vieussens veut prouver que les vaisseaux coronaires s’ouvrent dans les ventricules; il s en est convaincu , dit-il , par l’injection , ayant vu la
VIEU9SENS.
matière injectée transsuder à travers les parois de ces cavités. Le médecin de Montpellier a eu évidemment à faire ici à des phénomènes de porosité ; s’il avait bien pris les précautions que Malpighi recommande dans ces sortes d’opérations , c’est-à-dire , de ne pas pousser l’injection avec trop de force, la transsudation n’aurait pas eu lieu. Mais Vieussens était aveuglé par l’esprit de système : ayant admis un ferment comme cause du mouvement du cœur, il a fallu qu’il trouvât la voie par où ce ferment est versé dans l’organe. L’erreur du médecin de Montpellier était manifeste ; ses prétendus vaisseaux sécrétoires et excrétoires n’étaient que les capillaires sanguins les plus déliés ; et quant aux vaisseaux neuro-lymphatiques et gastro-cystiques , il avait, dans sa singulière préoccupation d’esprit, pris pour tels des filaments celluleux. Cependant malgré ses erreurs, et peut-être à cause d’elles, Vieussens a fait du centre circulatoire un examen plus approfondi qu’on ne l’avait fait avant lui. il en a bien décrit les vaisseaux et les nerfs, ainsi que la disposition des plans charnus. 11 dit que les parois des ventricules sont composées de fibres musculaires externes et internes, les unes communes aux deux cavités, les autres propres à chacune d’elles: quelles forment trois espèces de sacs , un commun qui contient les deux ventricules , deux propres à chacun de ces derniers. Les fibres du grand sac sont presque longitudinales , celles des ventricules sont diversement obliques, et se joignent vers la pointe à celles de la couche externe.
Iatro-malhcma ticiens .
Une fois que la science est lancée dans le champ des hypothèses , il ne faut pas s’attendre à la voir s’arrêter de sitôt. Comme une conséquence de la fausse direction qu’elle a prise, elle tombe de système en système, et
BOERHAAVE
on la voit sc débattre péniblement contre l’erreur dont elle a accepté un instant l’appui. C’est ce qui lui arriva a époque dont il est question ici: des mains des Iatroehimistes elle tomba dans celles des mécaniciens , et cette lois elle eut à subir le joug d’un homme qui la domina de tout 1 ascendant de son génie; nous voulons parler de Herman Boerhaave , dont nous avons maintenant à présenter l’histoire.
Boerhaave naquit le oi décembre 1668, à Voorhout , petit bourg près de Leyde. Son père , ministre de ce bourg et homme fort instruit, l’éleva dans l’intention de lui faire suivre la même carrière que lui. Dès l’âge de onze ans , Boerhaave était avancé dans l’étude du latin , du grec et des belles-lettres. A peu près vers cette époque, il fut atteint d’un ulcère à la cuisse qui dura sept ans . malgré tous les secours de la chirurgie , et dont il se guérit seul, en imaginant de faire de fréquentes lotions avec de 1 urine dans laquelle il avait dissous du sel. Cette circonstance , dit-on , dirigea ses premières pensées vers la médecine et contribua à décider sa vocation; toujours est-il quelle ne nuisit que peu à ses études. Il entra à l’âo-e de quatorze ans dans les écoles publiques de Leyde , où il fit les progrès les plus rapides et put suivre les cours de 1 université. Il n’avait que quinze ans lorsque son père mourut , le laissant sans aucune fortune. Heureusemeut un ami de sa famille , le professeur Trigland , lui procura le patronage de Van Alphen , bourgmestre de Leyde , qui le mit en état de continuer ses études. Il se livra donc à toutes celles qui devaient lui assurer des succès dans la carrière ecclésiastique. Outre le latin et le grec, dans lesquels il se perfectionna , il étudia l’histoire . les diverses branches de la philosophie naturelle , la logique et la métaphysique, et apprit l’hébreu et le chaldéen , afin de
BOERHAAVE
pouvoir lire les Écritures Saintes dans la langue originale. En même temps il s’adonna aux mathématiques , vers lesquels son goût le portait , plutôt qu’aucun motif d’utilité. Cependant, dans le dénûment où il se trouva, il en tira bientôt après de précieuses ressources , en enseignant ces sciences à des jeunes gens de condition.
Il continuait ses études théologiques pour se vouer au ministère , mais soit par goût naturel , soit par le conseil de ses illustres protecteurs qui étaient devenus ses amis, il voulut embrasser la médecine , pensant exercer celle-ci en même temps que les autres fonctions auxquelles il se destinait. 11 commença cette étude à lâge de ans. 11 apprit l’anatomie dans les ouvrages deVésale, de Fallopia et de Bartholin , et suivit le cours de dissection de Nuck ; il suivit aussi quelques leçons de Drélincouit, professeur de médecine theoriqne. Ce furent là les seuls maîtres qu’eût Boerhaave , et encore ne fut-d pas long temps sous leur direction. 11 puisa toutes ses connaissances dans la lecture des auteurs anciens et modernes , commençant par Hippocrate et descendant , suivant 1 ordre des temps , jusqu’aux auteurs contemporains. Hippocrate et Sydenham furent ceux qu’il étudia et admira plus particulièrement. Ce mode d’éducation médicale eût sans doute quelque influence sur le genre de mérite de Boerhaave , qui brilla plutôt par scs vastes connaissances et son esprit méthodique que par l’originalité. Il cultiva encore la chimie et la botanique , surtout la première de ces sciences , à laquelle il se livra presque toute sa vie avec la plus grande ardeur. Enfin il se fît recevoir , en 1693 , docteur en médecine à Harderwyck , persistant toujours dans le dessein de suivre la carrière ecclésiastique ; mais une circonstance assez singulière le fit renoncer à ce projet. Un individu avec lequel se trouvait Boerhaave dans un voyage
BOEUIIAAVE.
à Harderwyck , déclamait contre la doctrine de Spinosa • il le faisait avec un zèle si malheureux , que notre jeune théologien ne put s’empêcher de lui demander s’il avait lu l’auteur qu’il voulait combattre. L’antagoniste de Spinosa fut profondément blessé de la question, et se vengea en répandant que Boerhaave avait embrassé et défendait 1 athéisme. A son retour à Lcyde celui-ci trouva ce bruit accrédité. Il résolut dès lors d’abandonner un état où des préventions de cette espèce ne pouvaient que lui être défavorables, et se livra exclusivement à la médecine. Il fut quelque temps à lutter contre le succès et employa les loisirs que lui laissa son obscurité , à augmenter le vaste fond de connaissances qu’il avait déjà acquis. Mais en 1701, ayant été associé à la chaire de médecine théorique du professeur Drélincourt , il commença cette réputation qui s’étendit bientôt dans toutes les parties de l’Europe. Il se livra tout entier à l’enseignement ; ne se bornant pas à son cours public de l’université , il faisait encore chez lui sur la médecine , la botanique et la chimie, des cours particuliers qui n’étaient pas moins suivis. Le concours delèves que sa renommée attirait chaque année à Leyde était prodigieux. En 1 709 il fut nommé professeur en titre de médecine et de botanique. Il avait alors publie ses deux principaux ouviages , les Institutions et les Aphorismes } qui formaient le texte de ses leçons et qu’il avait composés pour ses élèves. Toutes les dignités de l’université lui furent prodiguées. Il fut encore chargé, en remplacement de Bidloo, de la chaire du collège pratique. C’est là qu’il montrait , comme dans nos cliniques modernes, les applications des préceptes quil donnait dans ses leçons, qu’il apprenait à ses élèves à observer et à traiter les maladies. Malgré tous ses travaux , 1 université lui confia la chaire de chimie. (Dézcimeris.)
BOEHHAAVE.
Boerhaave sc constitua l’apotre du mécanisme. Ce fut en 1705 qu’il fit paraître son livre De 7tsu ratiocinvi mcchaniciin medicina , dans lequel il ne ténia rien moins que de ramener toutes les fonctions organiques aux lois de la mécanique , et où l’homme est représenté comme une machine hydraulique dont le cœur est le piston. Ce fut également dans cet ouvrage que Boerhaave exposa scs vues sur les vaisseaux décroissants et sur la communication des artères et des lymphatiques. Mais afin de bien comprendre les idées du professeur de Leyde , il est nécessaire que nous disions ici un mot des recherches microscopiques de Leuwenhoeck , recherches qui ne furent pas sans influence sur la doctrine de Boerhaave.
On sait que Leuwenhoeck fut un des premiers à observer la circulation du sang dans les parties vivantes ; au moyen du microscope il constata le passage de ce fluide des artères dans les veines, et il fit voir que lunion de ces vaisseaux a lieu par l’anastomose en arcade de deux capillaires à leur sommet, ainsi que par des anastomoses collatérales de deux capillaires parallèles. A travers la transparence des tissus il put remarquer que le sang est formé par des globules rouges suspendus dans un fluide séreux. Depuis il retrouva ces globules dans la plupart des humeurs du corps, la bile, l’urine, le lait, etc. , et même dans la composition des solides; mais il crut voir que ces globules, quoique les mêmes quant à la forme, différaient par leur volume. De-là il fut amené à penser que le sang étant la source commune où tous les organes et toutes les humeurs se forment , devait contenir primitivement ces corpuscules, ou peut-être que ceux-ci étaient le résultat d’une multiplication des globules rouges. Il fit à cet égard un grand nombre d’expériences: ayant soumis au microscope le sang de différents animaux ( du crabe , du sau-
BOERHAAYE .
mon , cto.) , il vit les globules colorés se décomposer chacun en six autres globules transparents, qui se réunissaient ensuite en un seul en tout semblable aux premiers. La possibilité de diviser les globules rouges lui parut pouvoir étic poussée beaucoup plus loin. En traitant le sang par 1 ammoniaque, il vit ses globules se multiplier en trente-six corpuscules égaux entre eux et sphériques. Ces expériences faites sur le sang humain lui donnèrent les mêmes résultats. Le chyle , source première de ce liquide, lui parut être formé de globules d’un sixième du volume de ceux du sang, etc. 5 il en conclut que les globules de ce dernier fluide sont formés par six autres , dont chacun renfeime a son tour six globules nouveaux, et ainsi de suite} de manière quun globule rouge en renfermerait trente-six ou peut-etre deux cent et seize autres, susceptibles euxmêmes de multiplication selon les conditions où elles se trouvent. Epistolœ physiologicœ super compluribus naturœ arcanis. (1719.)
PcUtant de ces expériences, Boerhaave admit que le sang, en tiaAersant les capillaires, se décompose en globules de plus en plus petits : Esse nempe in sanguine globulos ? ubt os j, molecularum quœ in humants humoribus repenuntur maxtmos j eos globulos ex sex serosis sphœi ulis compactis nasci } inque ejusdem iterum generis spherulas resolvi : porro globulum serosum , flavum , sive secundi generis , componi ex lymphaticis pellucidis sphœrults , nique eosdem iterum comminui ; in rubro > itaque globulo et sex serosos et triginta sex lymphaticos globulos coahtos contineri. Verum neque his limitibus divisionem globulorum terminari , licet oculorum acies ultra nihil separet. Nam longe procul dubio globulum etiam lymphaticum ex minoribus et iuvisibilibus multarum serierum sphœrulis componi }. omnium vero ulti-
BOERHAAVB.
muni et tennis sirnum globulum esse qui ftuidum constituât spirituum nominc notum. En conséquence , chaque globule doit avoir ses vaisseaux propres : Sua vero sinijulis (jlobulorum seriebus et propria esse vasa , arteriosi < jeneris , venosique , serosas nempe et lymphaticas arterias } venosasque , et demum pcrspirantia vascula et spiritualia. De-Ià, Boerhaave admet quatre modes de terminaison des artères: 1° Dans les veines, comme le démontrent les observations microscopiques de Leuwenhoeck, ainsi que les injections de Ruysch; 2° dans les conduits excréteurs des glandes; 3° dans les exhalants du tissu cellulaire , de la peau , des muqueuses , des poumons , des séreuses viscérales ; 4° dans les artères lymphatiques.
Ainsi , par suite de cette division successive , le sang en passant à travers les capillaires est censé se diviser en une partie rouge que prennent les veines, et une partie séreuse qui s’engage dans les artères lymphatiques : Hœc ergo sententia nostra est , ad omnem locum ubi transmittitur sanguis ruber ex arteria in venam , ubi oriuntur canales infniti, ad minimum decuplo minores diamètre arteriarum rubrarum. Mais au point où ces dernières se forment, se détachent de nouveaux capillaires aussi déliés par rapport aux artères lymphatiques que celles-ci le sont à l’égard des capillaires rouges : Neqv.e hoc solum , sed id etiam milii prohabile fit } arterias lymphaticas , ubi in venas transeunt , dare latérales canales, tanto minores erant ultima arteria rubra. Ce sont là les artères lymphatiques de second ordre qui vont eux-mêmes en se divisant dans une progression dont il serait difficile de déterminer le terme. Ils arrivent ainsi à un degré de ténuité où ils doivent être considérés comme constituant l’origine dos nerfs : Pergit divisio , donec onines partes œqualiter parvœ et liquida œqualiter divisa sint. Hinc puto hœc
BOERHAAVE
omnia tandem desinere in vasa tam parva } qnam oriijo nervi est. Hoc sensu nervi nbique sunt et oriuntur non tantum ex cerebro , sed ex ultimis arteriolis ubiq'ue. (Meth. stud. medici.) Pour prouver cette terminaison des artères lymphatiques il se fonde sur les injections qui font passer des matières colorées des artères dans les troncs lymphatiques, comme Nuclc et Ferrein l’avaient prétendu, et il rappelle des expériences dans lesquelles on a vu de l’eau injectée dans l’artère mammaire revenir par les lymphatiques; comme aussi des artères lymphatiques dans les chylifères. La terminaison dans les exhalants et les follicules des glandes lui est prouvée par les hémorrhagies , ainsi que par les injections.
Il est facile de prévoir les conséquences d’un pareil système. Les phénomènes de la circulation capillaire, ceux des sécrétions , de nutrition , de perspiration ne dépendirent plus que d’un rapport mécanique entre les globules des humeurs et le diamètre des vaisseaux. L’inflammation et la plupart des troubles de la circulation ne furent dus qu au passage des globules rouges dans les artères lymphatiques, ou à ce que Boerhaave nommait des erreurs de lieu , errores loci. Il admit ainsi des inflammations rouges , jaunes, etc., selon la nature des globules fourvoyés.
Boerhaave mourût le 25 septembre 1727, abandonnant à lui-même un système que lui seul pouvait soutenir par l’autorité de son nom et l’ascendant de son génie. Ce systèiue est tombé comme sous ceux qui ne sont pas basés sur l’obser- ' atiou de la nature , mais il ne faut pas trop se hâter de le condamner. Comme celui de Deleboe il a un côté vrai et que les pai tisans exclusifs du vitalisme ont trop négligé ; c’est que dans les actes organiques tout ne s’explique pas par la force vitale, qu il y a une série de phénomènes soumis aux lois générales de la physique et de la chimie, dont il s’importe
BOERHAAVE
de tenir compte dans la solution des problèmes que la physiologie nous présente. C’est celte vérité que tout le monde sent aujourd’hui, et qui sagement appliquée conduira à des résultats plus complets que ceux que la théorie du principe vital pur pourrait nous donner.
Avec Boerhaave finit le dix-septième siècle , que l’on pourrait appeler le grand siècle de l’anatomie , puisqu’aueun autre n’eut à enregistrer autant de découvertes et autant de noms mémorables. La circulation du sang par Harvéy ; le perfection nement de l’anatomie de structure par Malpighi , la découverte des lymphatiques et des chylifères par Bartholin , Asclli , Pecquet , Budbeck et Jollyf ; telles furent les conquêtes que fit la science pendant ce siècle mémorable , et au moyen desquelles nous allons la voir, dans le siècle suivant, marcher d’un pas assuré à la conquête de vérités nouvelles. Mais avant d’aborder la quatrième période , il est juste que nous payions un juste tribut aux hommes qui se sont associés aux grand mouvement scientifique que nous venons de voir se dérouler devant nous. Les Sténon , les Glisson , les AV illis , les Lower, lesMeibomius , les Duverney, les Peyer, les Brunner, les Schilhammer, les Lister, les Glaser, les Mery, les Camerarius, les Yalenlin, les Dionis , les Lancisi , les Bidloo , les Havers , les Yerheyen, les Hoffman, les Bau , les Baglivi, les Fantoni, les Pacchioni, les Palfyn et bien d’autres encore , ne sont pas des hommes qu’on puisse passer sous silence : ce serait encourir le juste reproche d’ignorance ou d’ingratitude. Nous allons donc faire connaître les écrits de ces auteurs dune manière aussi succincte que possible et en suivant 1 ordre des dates.
GLISSON.