‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 71 sur 101 · FO H MAN N · texte numérisé non relu

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Fohmaim a trouvé dans les plexus choroïdiens, (les lymplialiques moins gros que ceux dont il vient de parler. Les plexus choroïdiens latéraux du cheval sont trèsremarquables en ce que leurs vaisseaux lymphatiques présentent, à peu près, la forme caractéristique des vaisseaux absorbants, et que le lacis qu’ils constituent conjointement avec les vaisseaux sanguins étant parsemé de vésicules ou de dilatations produit un amas. Il est porté à considérer ces portions saillantes comme des glandes lymphatiques.

Les observations de Fohmann sur les lymphatiques de la pie-mère se rapprochent de celles de Ruysch sur les absorbants des plexus choroïdes qu’il a décrits dans son Thésaurus anatomicus et désignés sousle nom de vasa pseudo-lymphatica. Mais elles diffèrent de celles de Mascagni en ce que ce dernier a décrit et figuré les lymphatiques du cerveau tels qu’on les trouve dans les autres parties du corps. Cependant Fohmann nous fait voir qu ils en diffèrent essentiellement et ces différences n’ont pas échappé également à Ruysch. Est-ce que Mascagni n’aurait décrit ces vaisseaux que par analogie? On serait tenté de le croire.

Les lymphatiques des muscles, comme ceux des nerfs, rampent dans les gaines celluleuses des fibres et des faisceaux, ou plutôt les constituent. Fohmann les a décrits cl. lait figurer sur le diaphragme.

Telle est l’analyse du travail du professeur de Liège sur l'origine et la distribution des lymphatiques dans les tissus. Il en résulte que la trame des organes (tissu muqueux ou cellulaire des auteurs), le derme de la peau et des membranes muqueuses, les séreuses, les ligaments, le névrilème, les gaines celluleuses des muscles , les parois membraneuses des vaisseaux, en un mot tous les tissus qui peuvent être considérés comme une modification de cette trame primitive sont formés de lymphatiques et jouissent au plus haut point de la faculté absorbante; que les lymphatiques forment parloul

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des lacis qui dépassent les vaisseaux sanguins , les enveloppent et constituent la couche muqueuse ou périphérique des organes , comme aussi les couches interstitielles ; que par conséquent ce sont les lymphatiques qui sont partout en rapport avec les matériaux des absorptions , et qu’il est raisonnable de croire qu’ils les absorbent. En effet, on ne peut admettre le passage des fluides dans les vaisseaux sanguins qu’à travers la couche lymphatique, et par conséquent qu’une absorption immédiate par cette dernière. Quelle que soit 1 opinion que l’on adopte sur la question de l’absorption par les veines ou par les lymphatiques , on devra convenir que les démonstrations anatomiques de Fohmann doivent être d’un grand poids dans la balance et qu’il faut se garder de conclure à la légère dans des cas où il s’agit de séparer la faculté absorbante des veines et celles des lymphatiques au profit de l’un ou l’autre de ces systèmes de vaisseaux.

Dans une notice sur la texture de la cornée transparente (1), Fohmann a consigné ses travaux sur les lymphatiques de cette membrane. Nous devons dire que ceux-ci n’ont pas convaincu tous les anatomistes : Lauth pense que la cornée est composée de filaments, soit entrelacés soit parallèles, qu’il considère comme des fibres primitives , sans les rattacher au système lymphatique.

En 1825 l’Académie clés sciences de Paris mit au concours la question des lymphatiques: ce fut à celte occasion que M. Lippi, prosecteur à l’hôpital de Santa-Maria-Nuova. à Florence, fit paraître son mémoire ayant pour titre : Illustrazioni fisiologiche pathologiche dei sistemn Unfatico - chylifero , mediante la scopei'ta vi un grau ■numéro di communicazioni di esse col venoso : m-4n. Ce travail forme un épisode trop important dans 1 histoire des lymphatiques pour que nous le passions ici sous

(1) Correspondance mathématique de M. Quelclel , tom. IV .

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silence: d’ailleurs, il ne tend à rien moins qua renverser les vues de Fohmann et à renouveler l’opinion des physiologistes du 1 7me siècle sur les vaisseaux lympliaticoartériels et chylopoiètico-ur inif ères . Peut-être l’anatomiste italien a-t-il compris que, dans la voie tracée par Fohmann, il n’y avait plus rien à faire , et que pour innover il fallait marcher en dehors de la nature. Il admit donc que le nombre des ganglions avec lesquels communiquent les vaisseaux chylifères est extrêmement circonscrit. Jamais les injections , dit-il , ne vont au-delà des ganglions situés audessous de la troisième vertèbre lombaire. Tous les chylifères n’aboutissent pas au canal thoracique; sous ce rapport on peut diviser ces vaisseaux en deux parties : les uns descendent en se divisant et se rendent aux ganglions lombaires , passent sur les veines émulgentes, et quelques-uns se terminent aux ganglions situés sur ces vaisseaux. Il assure avoir suivi une multitude de lymphatiques se dirigeant vers les reins et les ganglions rénaux et finissant aux reins eux-mêmes ou au bassinet, d’autres s’ouvrant dans la veine rénale. Il nomme ces vaisseaux système lymphatique chylopoiéticourinifère. Les autres chylifères vont s’ouvrir dans la veine porte , ou la veine cave. Il trouva entre autres un gros tronc lymphatique qui se jette dans la veine cave inférieure, vers la troisième vertèbre lombaire, après avoir passé de bautcnbas entre les tuniques de cette veine, dans laquelle-il s’ouvre en sens inverse du cours du sang, et ayant un orifice garni d’une espèce de valvule ou d’éperon. Plus loin il vit quatre troncs distincts qui s’ouvraient l’un dans la veine iliaque primitive, les autres dans la veine cave. Ayant injecté un foie enflammé, il vit quelques lymphatiques de son ligament triangulaire entrer dans les ramifications de la veine porte. Comme la première injection avait été faite du côté droit, Lippi entreprit aussi de l’exécuter du côté gauche; ayant poussé le mercure dans les lymphatiques iliaques

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exLernes, d’où ce métal parvint à ceux qui sont situés dans la région des lombes , il vit encore plusieurs vaisseaux lymphatiques entrer dans la veine cave, en passant les uns au-dessous, les autres au-dessus de l’aorte, de même qu il en aperçut quelques-uns qui se jetaient dans la veine splénique et dans la mésentérique. Quant aux lymphatiques de l’abdomen, il crut devoir distinguer les vaisseaux lactés (jui s’ouvrent dans le canal thoracique , de ceux de la face externe du péritoine qui se jettent en partie dans les veines sanguines avec ceux qui proviennent du membre inférieur.

La marche que Lippi fait suivre soit au chyle soit à la lymphe est donc rétrograde. Avec un peu de bonne foi il aurait reconnu que , dans les vaisseaux de l’ordre des lymphatiques, cette marche est impossible, et que ses vaisseaux artério-lympha tiques et chylopoiético-urinifères sont tout bonnement des veines.

Le travail de Lippi obtint le prix de physiologie décerné par l’Académie ; et cependant Cuvier siégeait dans le jury d’examen ! En vain Fohmann démontra que Lippi n’avait rien affirmé de vrai dans son mémoire , pas plus pour l’anatomie que pour son histoire ; qu’il avait pris pour des glandes lymphatiques les testicules des oiseaux ; que les vaisseaux, par lesquels il laisait arriver les liquides des intestins dans le bassinet des reins, étaient des veines, et qu’enfin son adversaire n’avait fait preuve que de mauvaise foi ou d’ignorance. 11 y avait jugement , et l’Académie ne crut pas devoir en revenir. On conçoit que Fohmann dut y être sensible , car ce jugement , en faisant naître de nouveaux doutes , retardait la solution d’une question à laquelle il avait consacré jusque-là toutes ses veilles. Cependant il ne se laissa pas décourager, et il se renferma dans le silence de l’amphithéâtre, afin de préparer de nouvelles armes contre son adversaire.

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Vers 1835, c'est-à-dire après la publication de son immortel mémoire sur les lymphatiques des divers tissus, dont nous venons de présenter l’analyse , Fohmann ressentit les premières atteintes de la maladie cruelle qui devait le conduire au tombeau. Le séjour prolongé dans les salles de dissection, et surtout le maniement continuel du mercure au moyen duquel il faisait ses préparations, déterminèrent chez lui une inflammation de la moelle qui , méconnue à son origine, passa à l’état chronique. Malgré ses souffrances , la paralysie d’un de ses membres et les douleurs qu’il éprouvait aux doigts , il était encore d’une activité incessante. En 1854, au mois de mai , l’Académie royale des sciences et des belles-lettres de Bruxelles, le nomma membre ordinaire et sa nomination fut agréée par le roi, le mois suivant.

Nous empruntons à une notice touchante sur la vie de Fohmann , écrite par M. Morren, les détails sur les circonstances qui précédèrent les derniers moments de ce grand anatomiste.

« La réorganisation des universités ayant amené , à Liège , en 185G, le professeur Bekker et l’auteur de cette notice, Fohmann donna plus de temps aux affections de l’amitié; Schmerling était encore un de ceux qu’il voyait souvent. Une affection grave enleva presque subitement ce dernier, et cette perte affecta singulièrement Fohmann. Après que j'eus prononcé nos derniers adieux sur la tombe de Schmerling, son ami et collègue me demanda si j’aurais eu aussi pour lui quelques larmes; car, disait-il, je compte sur vous pour rappeler aux autres ce que j’ai fait, ce que j’ai pu pour êLre utile à la science et à l’humanité. Ce pressentiment de sa fin prochaine devint plus vif encore lorsqu’il vit son intime ami , Bekker, descendre au tombeau , après que son bras eut mille fois guidé la vue presqu’entièrement perdue de son compatriote. Ce fut alors qu’il dit au recteur, M. Dupont, qui venait de prononcer le discours funèbre pour Bekker, qu'il était maintenant 1 e premier candidat de la mort.

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Le souvenir du boiteux qui conduisait 1 aveugle vivra toujours parmi ceux qui ont connu ces deux malheureux mais inséparables amis, et si la poésie des temps anciens nous prêtait encore les charmes de ses rêves , nous les verrions dans l’Elysée d’un monde meilleur, sous cette touchante image de l’amitié.

a Cependant il passa les vacances de 1837 à Heidelberg auprès de M. Tiedemann , chez qui Mad. Fohmann, sa fille , s était retirée depuis près d’une année 5 il en revint au commencement de septembre. Le fils du médecin de M. de Metternich logeait chez lui, et ce jeune homme ne rentrant pas le 16 septembre à son heure accoutumée, il sortit par un temps froid et humide , pour aller à sa recherche. Il rentra avec la fièvre ; le lendemain les symptômes s’aggravèrent et M. Raikem, son ami et son collègue, lui donna les soins exigés. Le 21 arriva de Paris M. Breschet, l’homme pour lequel Fohmann professait la plus haute estime, qui le comprenait le mieux , et qui depuis quinze ans fait connaître ses travaux en France. Cette visite causa au moribond le plus vif plaisir, et lorsque le lendemain M. Breschet dut le quitter pour aller à Bonn, la maladie fit de rapides et funestes progrès. M. le docteur Poncelet fut appelé en consultation; le 23 le délire commença. Dans la matinée du 25 , il perdit l’usage de la vue et de l’ouïe cl à onze heures moins cinq minutes du matin , il expira après avoir donné à la religion catholique , qu il professait , tous les gages de sa foi et de sa piété. Fohmann avait vécu quarantetrois ans. Il laisse une fille et un fils tous deux en bas âge, et Mad. Fohmann confond ses larmes avec la douleur du père de son époux et celle de M. Tiedemann, qu une perte aussi cruelle a frappé dans la plus chère de ses affections (1). »

(1) Notice snr la vie et les travaux de Vincent Fohmann; par Ch. Morren, professeur ordinuire de botanique à l’université de Liège. Dans l’annuaire de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles. i'nr an. 1838.

FIN DE L.\ 5,nc PÉRIODE.

El nous Belges associons-nous à ces regrets et surtout n’oublions jamais la reconnaissance que nous devons à ce grand anatomiste. Arrivé parmi nous dans un moment où la Belgique semblait être restée étrangère et indifférente au mouvement scientifique qui s’était développé chez ses voisins de France et d’Allemagne, il a rallumé en nous le feu sacré qui avait animé Yésale, Dodoens, Yan den Spiegel , Palfyn , et qui les avait placés au rang des premiers anatomistes du monde.

N’oublions pas que, malgré ses cruelles infirmités , Fohmann n’a pas cessé un seul instant de travailler à la gloire de sa patrie adoptive et qu’en mourant il lui a laissé son plus bel ouvrage , le Musée d’ Anatomie , formé par ses mains , et que l’université de Liège conserve comme un noble héritage et comme un éternel souvenir de l’homme qu’elle a eu la douleur de perdre à une époque où elle avait tout à attendre de ses talents et de son génie. Puisse ce respect voué par tous les savants belges à la mémoire de son fils chéri , consoler le respectable doyen des anatomistes de notre époque de la perte qu’il a lui-même le plus vivement sentie, parce que plus que tout autre il en comprenait l’étendue.

Il nous resterait encore un bien vaste champ à parcourir si la nature de ce précis ne nous imposait des bornes. D ailleurs, chaque partie de cet ouvrage devant être précédée d’un examen historique , nous avons pensé qu’il serait plus convenable de faire connaître alors, en les rapprochant, les travaux des anatomistes de la période qui nous occupe. Si nous avons donné une extension si grande à la question de l’absorption lymphatique , c’est que par son importance elle domine la science entière et que le nom de Fohmann qui s’y rattache nous imposait un devoir sacré, celui de faire connaître la part qu’il a prise à la solution de ce problème , le plus grand sans doute qui ail été donné au médecin de résoudre.

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