‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 101 sur 215 · I 45. ARISTOTE. LES PANTHÉISTES · texte numérisé non relu

I 45. ARISTOTE. LES PANTHÉISTES

tèrent connue étant d'Aristote. On vit paraître ainsi des tendances panthéistes; celles-ci, d'ailleurs, étaient conformes au réalisme, poussé à ses dernières conséquences. Déjà dans la première moitié du douzième siècle, encore indépendamment des Arabes, Bernard de Chartres avait exposé une sorte de panthéisme dans un langage obscur et allégorique. Vers la fin du siècle le système revint, entouré de moins de nuages; on reprit aussi Scot Erigène, que pendant longtemps on semblait avoir oublié; il fut étudié de nouveau par des philosophes et des théologiens. David de Dinan, qui avait vécu à la cour d'Innocent III, enseigna qu'il n'y a qu'une substance, commune à tous les esprits et à tous les corps, et que cette substance unique était Dieu. Son contemporain Amaury de Bennes a des passages qui se retrouvent presque mol pour mot chez Erigène; il appliqua ses spéculations au christianisme, en se fondant sur quelques passages de saint Paul61. D'après l'apôtre, I Cor. XV,

G1 Des passages de David de Dinan se rencontrent chez Albert le Grand, Summa theologiœ, opéra, éd. de Lyon, T. 17, p. 72, 159; T. 18, p. 360; Summa de creaturis, T. 19, p. 37. Ce qu'on trouve de David chez Thomas d'Aquin, Comment, in libr os Sentent., Lib. 2, dist. 17, est pris d'Albert le Grand.

David a puisé sa doctrine principalement dans deux écrits De processione mundi et de unitate de Dominique Gundisalvi, archidiacre de Ségovie. Hauréau, Sur la vraie source des erreurs attribuées à David de Dinan, dans les .Mémoires de l'Acad. des inscript., T. 29, P. 2, p. 318. V. aussi le même, Hist. de la phil. scol., T. 2, p. 73, et un travail de M. Jourdain, dans les susdits Mém., T. 20, P. 2, p. 407.

Gerson a conservé des fragments d' Amaury dans son traité de concordio metaph. cum logica, Opéra, éd. Dupin, T. 4, P. 2, p. 826; il les avait tirés d'un commentaire du cardinal d'Ostie et de la chronique de Martin le Polonais; ces derniers se retrouvent dans l'édition de Martin, Anvers 1574, in-f°, p. 394. Un texte plus complet des extraits empruntés au card. d'Ostie, chez Thomasius, Origines historien philos, et eccles. Halle 1699, p. 113. — Sur Amaury v. Hauréau, Hist. de la philos, scol. T. 2, p. 83, d'après un traité inédit contra amàurianos. — Kronlein, Amalrichvon Benaund David von Dinan t. Theot. Studien und Kritiken, 1847, 2e livr.

22, Dieu est tout en tout, il est donc dans toutes les choses et toutes les choses sont en lui ; il fait tout en nous, le vouloir et l'exécution, Phil. Il, 13; ce tout embrasse à la fois le bien et le mal, il n'y a donc ni mérite ni démérite, ni ciel ni enfer; par ciel il faut entendre l'état des hommes qui connaissent la vérité, par enfer l'état de ceux qui ne la connaissent pas; les premiers sont les membres du corps de Christ; le paradis est la science, l'enfer est l'ignorance. Jadis Dieu s'est incarné dans Abraham et dans les patriarches; de même il s'est incarné en Jésus- Christ et il le fait encore dans les chrétiens; le moment est proche où le Saint-Esprit à son tour s'incarnera dans les hommes pour les affranchir de toute règle qui n'est pas de nature spirituelle.

Ces opinions, avec leur promesse de liberté spirituelle, trouvèrent des partisans enthousiastes, dont il sera parlé dans la suite. En IWk l'université de Paris condamna comme hérétique la proposition d'Amaury que tout chrétien doit se croire membre de Christ; il consentit à se rétracter, mais en éprouva, dit-on, un tel chagrin qu'il en mourut. Un concile réuni a Paris en 1210 prononça l'anathème sur ses écrits et sur ceux de David de Dinan ; il ordonna de livrer aux évêques certains ouvrages en langue française, et défendit de copier les traités d'Aristote sur la philosophie naturelle, que l'on croyait être la source de la nouvelle hérésie et que l'on confondait sans doute avec les commentaires traduits de l'arabe. En 1215 les doctrines d'Amaury furent condamnées aussi par le concile du Latran ; la même année le légat Robert de Courceon, donnant des statuts à l'université de Paris, prohiba les livres d'Aristote sur la métaphysique et la physique; il ne permit que la logique, l'éthique et les topiques. L'interdiction de la physique et de la métaphysique ne pouvait pas durer; on avait condamné ce qu'on ne connaissait pas. Par une bulle de 1231 Grégoire IX autorisa les deux ouvrages, à la seule condition d'en retrancher les propositions qu'on trouverait suspectes.

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