‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 112 sur 215 · LA LITURGIE ET LES ARTS · texte numérisé non relu

LA LITURGIE ET LES ARTS

ou répons, chantés alternativement par le prêtre et le chœur ; la solennité formait ainsi un dialogue ayant un certain caractère dramatique. A Pâques on donnait aux fidèles une sorte de représentation symbolique de la résurrection du Christ; par une action fort simple on mettait devant les yeux du peuple la scène racontée par saint Luc , les femmes venant de grand matin au sépulcre et les anges qui leur disent que le Seigneur est ressuscité. Primitivement les clercs qui représentaient ces personnages n'échangeaient entre eux que quelques paroles conformes au récit de l'évangéliste, le chant du Te Deum terminait la fête. Plus tard l'action devint plus compliquée, on y mêla des antiphones et des incidents étrangers au texte biblique. Ces dialogues et ces scènes furent la première occasion des drames religieux, ludi paschales ; en France on les appela mystères, parce qu'on y figurait les mystères de la foi. Dans l'origine ces pièces, écrites en latin, n'étaient représentées que dans les églises par des membres du clergé ; peu à peu le latin fut remplacé par les langues vulgaires, on dramatisa encore d'autres sujets, tirés soit de la Bible, soit des légendes des saints, on dressa les théâtres sur des places publiques, et les acteurs furent des clercs et des laïques, formant des confréries spéciales 93. Les plus intéressants des mystères appartiennent à la période suivante.

D'autres de ces représentations avaient un caractère moins grave. On signale de bonne heure dans les églises des spectacles bruyants et inconvenants, auxquels participaient les clercs eux-

03 Ed. du Méril, Theatri lituryici quœ supersunl monumenlu. Paris 1849. — Monmerqué et Fr. Michel, Théâtre français au moyen âge. Paris 1839. — Mone, Schauspiclc des Mittelaîters. Garlsruhe 184G, 2 T. — Marriott, Collection of englisch miracle plays. Bàle 1838. — Onésime Leroy, Études sur les mystères. Paris 1837. — Hase, Das yeistliche Schauspiel. Leipzig 1858. — Wilken, Gcschichte des geistlichcn Scliauspiels in Dcutschland. Gœttingue

204 II" PÉR. 1073-1204. CIIAP. VI. C.n/IT. HT INSTRrCTION RKLHIIEISK

mêmes. Les saturnales païennes du 1er janvier s'étaient conservées dans la plupart des pays de l'Occident; à l'époque de Noël on laissait, en outre, une certaine liberté aux élèves des écoles des chapitres ainsi qu'aux clercs des ordres inférieurs; les jeunes gens se choisissaient des abbés ou des évoques, imitaient les rites du culte et chantaient des cantiques particuliers. C'était la fête des Saints-Innocents; en se confondant avec les réjouissances populaires des kalendes de janvier, elle dégénéra en mascarades, auxquelles on donna dès le milieu du douzième siècle le nom de fête des fous94. L'église défendit cette coutume, mais laissa subsister la fête des écoliers. Parmi les personnages masqués qui avaient figuré aux kalendes de janvier, on remarquait un homme couvert d'une peau de cerf et un autre déguisé en vieille femme; ils passaient à travers la foule assemblée dans les églises. Cet usage bizarre, dont il est difficile de démêler le sens, fut transporté plus tard au lundi de la Pentecôte ; jusqu'au commencement du seizième siècle on faisait ce jour-là, entre autres dans la cathédrale de Strasbourg, « la procession du cerf et de la femme sauvage»95. Une fête non moins étrange était celle de l'âne, qui ne parait avoir été usitée que dans quelques villes de la France; tantôt on y voyait l'âne de Balaam, prédisant la venue du Christ; tantôt celui de la sainte famille, dans sa fuite en Egypte96.

Ce n'étaient là que des faits isolés, tout au plus tolérés par l'église. Dans son ensemble le culte avait un caractère plus sérieux et plus noble; tous les arts concouraient à lui donner une splendeur conforme à la solennité des services divins. Plus

94 Du Tilliot, Mémoires pour servir à l'histoire de la fête des fous. Lausanne 4741, in-4°.

95 Ducange, Glossarium, éd. Henschel, T. 2, p. 296, s. v. cervula.

<J6 pour ie détail et le cantique de la fête à Beauvais, v. Ducange, T. 3, ]). 255.

Page 1