‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 125 sur 215 · I 58. LES FRÈRES DU LIBRE ESPRIT · texte numérisé non relu

I 58. LES FRÈRES DU LIBRE ESPRIT

font subir ses adversaires, et son retour à Dieu, qu'enfin les sacrements n'ont pas de valeur comme actes extérieurs1193.

Ce fut surtout en Allemagne que la nouvelle hérésie trouva des adeptes. Un des premiers propagateurs fut Ortlieb de Strasbourg, qui pourrait bien avoir été à Paris un des disciples d'Amaury de Bennes120. Dieu est tout, disait-il, le monde est sa manifestation éternelle, l'esprit de l'homme est un avec Dieu; Adam, qui a eu conscience de cette unité, l'a perdue par le péché ; l'arche de Noé est l'église spirituelle une première fois rétablie ; de nouveau menacée de ruine, elle a été restaurée par Jésus-Christ, qui avait été amené à la connaissance de la vérité par sa mère ; le Verbe s'était fait chair, quand les paroles de Marie étaient entrées au cœur de son fils ; la passion de celui-ci a consisté dans la pénitence qu'il avait dû faire avant sa régénération, elle est soufferte par quiconque aspire à devenir fils de

ii9a v0ir p. 294 des Extraits d'Étienne de Bourbon cités § 53, note 99. Le même passage se trouve aussi chez d'Argentré, Coll.jud. T. 1, p. 88. Étienne attribue ces erreurs aux vaudois ; il les rapporte comme lui ayant été communiqués par un quidam catliolicus pendant un séjour à Valence vers 1230. Je ne conteste pas le témoignage de ce catholique, je crois seulement qu'Ëtienne a fait une confusion et qu'il ne s'agit pas de vaudois, mais d'amalriciens. La distance entre la tendance pratique et peu mystique des premiers et la fausse spiritualité des seconds est trop grande pour qu'on puisse admettre un mélange des deux doctrines. Etienne affirme qu'il n'a écrit les renseignements reçus à Valence que 25 ans plus tard, et qu'au moment où il les reçut , il ne savait pas encore grand'chose des vaudois. Dans la suite il fut chargé de l'inquisition contre eux ; il en interrogea beaucoup ; aucun de ces interrogatoires ne confirme comme leur appartenant les erreurs panthéistes.

120 Dans l'ouvrage de l'inquisiteur de Passau cité note 111 on rencontre déjà 97 propositions de la secte, qui est appelée ici secta novi spiritus. Ce sont probablement celles qu'avait recueillies Albert le Grand et qu'avait encore connues le dominicain Jean Nider, Formicarius, Strasb. 1517, in-4°, f» 45».

Le même inquisiteur de Passau a aussi un passage sur les ortliebiens, reproduit Bibl. PP. Max.. T. 25, p. 264. Un autre fragment sur les mêmes, d'après un manuscrit de l'ancienne bibl. de Strasb., Zeitschr. fur hist. Theol. 1852, p. 246. — Preger, Deutsche Mystik, T. 1, p. 191.

II" PÉR. 1073-1294. CHAP. Vil. LES SECTES.

Dieu ; dans le premier âge de l'humanité le Père a régné seul ; le Christ est devenu la deuxième personne de la trinité, la troisième est saint Pierre, dans lequel s'était incarné le Saint-Esprit. Les partisans de ces fantaisies avaient une espèce de culte, mais rejetaient les pratiques de l'église; ils condamnaient le mariage et ne voulaient que des unions spirituelles; ils espéraient enfin que le pape et l'empereur se convertiraient un jour à leur secte, dont tous les adversaires seraient anéantis.

En 1216 cette hérésie était professée çà et là en Alsace et en Suisse. Le nom d'orlliebien ne tarda pas à disparaître ; la secte se confondit avec celle de l'esprit libre ou de l'esprit nouveau, qui avait les mêmes doctrines panthéistes et dont on trouve des traces en 1250 à Cologne et peu après dans diverses parties de l'Allemagne du Sud. Elle reparaîtra au commencement du quatorzième siècle avec une énergie nouvelle et en partie sous une forme nouvelle.

§ 59. L'église et l'état vis-à-vis des hérésies. — L'inquisition121.

Le concile de Vérone de 11 8Z| , présidé par le pape Lucius III, fut le premier qui institua des tournées épiscopales spécialement destinées à la recherche des hérétiques ; elles devaient être faites, une ou deux fois par an, soit par l'évêque du diocèse, soit par un

121 Eymericus, Direct orium inquisitorum . Barcelone 1503; cum scitoliis Fr. Pegnte. Rome 1578, in-f°. — Litcrœ apostolicœ pro ofjlcio sanctissimœ inquisitionis. Rome 1579, in-f°. — Phil. à Limborch, Historia inquisitionis, cui subjungitur liber sententiarum inquisitionis tholosanœ. Amsterd. 1692. in-f°. — G. Schmidt, Hist. des cathares, T. 2, p. 174. — Molinier, L'inquisition dans le midi de la France au treizième et au quatorzième siècle. Paris 1880. — Julien Havet, L'hérésie et le bras séculier au moyen âge jusqu'au treizième siècle. Paris 1881. — Kaltner, Konrad von Marburg und die Inquisition in Deutschland, Prague 1882 ; comp. l'article de M. Molinier, Revue hist. 1884, 2= livr., p. 408.

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