‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 126 sur 215 · L'INQUISITION · texte numérisé non relu

L'INQUISITION

archidiacre ; dans chaque paroisse on convoquait les principaux habitants, on les faisait jurer de nommer les personnes qui fréquentaient des réunions secrètes ou qui se distinguaient par la singularité de leurs coutumes ; les personnes dénoncées étaient sommées de déclarer sous serment qu'elles n'étaient pas hérétiques; en cas de refus, elles passaient pour coupables, et on les punissait en conséquence. Cette inquisition épiscopale, qui n'était qu'une application particulière des anciens plaids synodaux, fut confirmée par le concile du Latran de 1215. Dans la lutte contre les albigeois on la trouva insuffisante. Le concile de Narbonne de 1227 fit désigner dans chaque commune quelques membres, chargés de s'enquérir des hérétiques et de faire rapport à l'évêque du résultat de leur enquête. Deux années après, le concile de Toulouse prit une mesure plus grave encore; il institua des commissions permanentes, composées du curé et d'un laïque de chaque paroisse, pour visiter les maisons, les granges, les caves, les forêts; les hérétiques surpris devaient être livrés à l'évêque ou au seigneur du lieu.

Ces dispositions, qui laissaient intacte la juridiction des évêques , étaient spéciales au midi de la France. Comme il y avait aussi des hérétiques dans d'autres pays, Grégoire IX généralisa l'inquisition en en transférant, en 1232, tout l'office aux ordres mendiants ; ce fut surtout celui des frères prêcheurs qui s'en acquitta. En 12^5 Innocent IV autorisa le général de cet ordre à nommer et à révoquer les inquisiteurs. Les dominicains, munis de privilèges particuliers, soumis immédiatement au siège de Rome, étrangers aux intérêts de la société laïque, hostiles à son esprit, inaccessibles aux considérations qui auraient pu porter les évêques à l'indulgence, s'acquittent dès lors de leur mission de « rechercher la méchanceté hérétique » avec une rigueur inexorable. De nombreuses bulles pontificales et des décrets de conciles créent successivement une législation qui fait peu d'hon-

ll« PÉR. 1073-1294. CHAP. VII. LES SECTES,

neur au catholicisme du moyen âge. L'église était dans son droit en excommuniant ceux qui, en rejetant ses croyances, se plaçaient eux-mêmes en dehors de sa communion, mais elle ne l'était plus en les traitant comme des criminels. Pour leur arracher des aveux on pouvait les mettre à la torture ; on admettait contre eux le témoignage de malfaiteurs et de gens notés d'infamie ; on refusait de leur communiquer les noms des dénonciateurs et de les confronter avec les témoins; on défendait aux avocats de plaider pour eux, et aux médecins de les soigner en cas de maladie. Ceux qui abjuraient spontanément étaient marqués de croix rouges, attachées à leurs habits ; ils ne pouvaient porter ni bijoux ni vêtements de luxe ; chaque dimanche ils avaient à se présenter au portail de leur église avec des verges, pour être frappés par le prêtre. Un hérétique, fait prisonnier, s'il consentait à se rétracter, était condamné à la pénitence de Yimmuration perpétuelle. Celui enfin qui restait ferme était livré à la justice séculière qui, sans avoir le droit de l'interroger à nouveau, devait se borner à le condamner; c'était le seul rôle réservé au pouvoir laïque. Jusqu'au treizième siècle celui-ci n'avait pas eu de procédure uniforme contre les hérétiques ; tantôt il les avait condamnés au feu, tantôt seulement à l'exil et à la confiscation des biens ; au treizième siècle le supplice par le bûcher devint le seul châtiment légal.

L'empereur Frédéric II publia plusieurs édits, assimilant l'hérésie aux crimes publics, ordonnant aux princes et aux magistrats de l'empire de rechercher les suspects, de les livrer aux inquisiteurs qu'il prenait sous sa protection spéciale, de brûler les condamnés, d'exclure de toute fonction leurs descendants, leurs fauteurs et défenseurs. En France l'hérésie fut comptée au nombre des cas royaux, comprenant les crimes de lèse-majesté, de rapt, d'incendie, de meurtre, de fausse monnaie, de violation de sauf-conduit. Partout l'état se mit au service de l'église ;

Page 1