‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 129 sur 215 · LES CROISADES · texte numérisé non relu

LES CROISADES

un nouveau concile à Glennont. Sur la place publique de cette ville, en présence d'une foule composée de prélats, de moines, de barons, de gens du peuple, il fit sur les misères des pèlerins et sur l'urgence de venir en aide aux chrétiens orientaux, un discours qui produisit un effet extraordinaire ; toute l'assistance s'écria : Dieu le veut! Chacun s'empressa de se faire attacher sur l'épaule une croix rouge, en signe du vœu de combattre pour Jésus-Christ. Un entraînement inouï s'empara des peuples; cette première croisade, vue dans son ensemble, est la manifestation la plus éclatante de l'imagination et du sentiment religieux au moyen âge ; par son discours de Clermont, Urbain TI avait exprimé l'esprit de son siècle. La plupart des croisés étaient pénétrés de la conviction sincère d'obéir à la volonté divine ; ils croyaient faire une œuvre sainte en chassant les ennemis du Christ des lieux où celui-ci avait vécu et souffert. Chez d'autres, l'ambition chevaleresque était séduite par la perspective d'aventures dans des contrées inconnues. Il y en avait aussi qui cédaient à des mobiles moins généreux, à l'espoir d'un riche butin, à l'envie de se soustraire aux impôts et d'échapper aux créanciers; le concile de Clermont avait décrété que les croisés seraient affranchis de toute contribution, et que pendant la durée de l'expédition ils ne pourraient pas être poursuivis pour dettes. Tous enfin trouvèrent un stimulant dans les indulgences plénières que leur accordait le pape.

La première armée, conduite par Pierre d'Amiens, dit l'ermite123, n'était composée que de bandes indisciplinées; elle

123 D'après une tradition longtemps accréditée et acceptée des meilleurs historiens, Urbain II ne se serait décidé à prêcher la croisade qu'après avoir appris par Pierre l'Ermite, revenu de Palestine, les souffrances des pèlerins. Cette légende n'est pas conforme aux faits. D'après les chroniqueurs du temps, Pierre n'a réuni ses troupes de paysans que quand le pape eut adressé son appel au monde chrétien.

-m [I« PÉR. 1073-1294. CIIAP. VIII. PROPAGATION PC CHRISTIANISME.

périt misérablement après avoir pillé les juifs et les chrétiens des provinces qu'elle avait traversées. En 1096 il en partit une autre, mieux organisée et mieux commandée; à sa tête ne se trouvaient pas encore des rois, mais des seigneurs puissants et un légat apostolique. En juillet 1099 elle s'empara de Jérusalem; Godefroi de Bouillon fut proclamé roi. D'après les ordres du pape, le nouveau royaume devint un fief du siège de Rome; Godefroi y introduisit le système féodal, créa des bénéfices pour ses chevaliers, et donna une législation conforme à celle de la France. Le pays conquis fut divisé en cinq archevêchés et un grand nombre d'évèchés; il s'y établit des colonies chrétiennes d'origine diverse.

Le royaume eut à traverser des temps difficiles ; non seulement il était troublé par des conflits fréquents entre le roi et le métropolitain de Jérusalem ou entre les barons et les villes, mais son existence même était constamment menacée par les infidèles. Ses principaux soutiens étaient les ordres du Temple et de Saint-Jean, fondés au commencement du douzième siècle; cependant ils ne purent empêcher la reprise de la ville d'Édesse par les Sarrasins en ll[\k. Le pape Eugène III chargea saint Bernard de prêcher une nouvelle croisade. Lors d'une grande assemblée tenue à Vézelay en Bourgogne, et devant une diète réunie à Spire, l'abbé de Glairvaux fit des discours qui enflammèrent une seconde fois l'enthousiasme des chrétiens. Ceux qui n'étaient pas poussés par le zèle pieux, se laissèrent engager par des avantages matériels ; le pape permit aux croisés de partir sans payer leurs dettes ; il les autorisa même à mettre en gage des biens qui ne leur appartenaient pas, des terres qu'ils ne tenaient qu'à titre de fiefs. En 11/l7 le roi de France Louis VII et l'empereur Conrad III partirent pour l'Asie (seconde croisade) ; ils revinrent dès 1149, sans autre résultat que la perte de leurs troupes. On accusa saint Bernard, qui avait

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