‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 151 sur 215 · III» PÉR. 1294-1409. CHAI'. II. LES ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

III» PÉR. 1294-1409. CHAI'. II. LES ORDRES RELIGIEUX

indispensables pour des hommes qui se décident librement à vivre en communauté de biens37. L'inquisiteur de Belgique protesta contre cette déclaration, mais ne put rien entreprendre contre les frères. Quelques années plus tard ils furent attaqués de nouveau par Matthieu Grabow, lecteur des dominicains de Groningue ; il les accusa d'hérésie, parce que renoncer à la possession des biens temporels extra rèligionem, c'est-à-dire en dehors d'un ordre monastique, c'est se priver de ce qui est nécessaire à la vie, et par conséquent commettre un homicide; la renonciation n'est permise et possible que dans les ordres, la possession au contraire est inhérente à l'état séculier; ceux qui prétendent vivre en communauté extra rèligionem, sont coupables d'un péché mortel, ils sont hérétiques. Le chapitre général de la congrégation de Windesheim prit la défense des frères et porta plainte contre Grabow devant l'évêque d'Utrecht ; celui-ci s'étant prononcé pour l'institution, Grabow en appela au pape, tandis que l'évêque en appela au concile de Constance. Là, Pierre d'Ailly et Gerson réfutèrent les sophismes du dominicain ; ils relevèrent l'abus qu'on faisait du mot religion en l'appliquant de préférence à la vie du couvent; ils démontrèrent que la religion chrétienne peut être observée sans vœux, et que pour la perfection de la vie elle n'exige pas qu'on la complète par des « religions nouvelles et factices » â8. Grabow, mis en prison, n'échappa que par une rétractation à un procès pour crime d'hérésie.

En ne demandant pas de vœux, les frères de la vie commune avaient élargi les sphères étroites du monachisme ; au lieu d'un ordre, ils ont formé une association libre d'hommes de bonne volonté, pour une œuvre qui a été véritablement une œuvre

37 Mosheim, De beghardis, p. 433.

33 Chez Von der Hardt, Concilium constantienne, T. 3, p. 112.

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de réforme. Ce qui fait leur mérite, ce n'est pas la communauté des biens, c'est d'avoir opposé à la scolastique dégénérée une piété intime et pratique, propagé des livres chrétiens en langue vulgaire, et donné leurs soins à l'instruction religieuse et bientôt aussi à l'instruction classique de la jeunesse. Pendant tout le quinzième siècle leurs écoles ont été du nombre des mieux dirigées et des plus florissantes ; elles ont contribué à préparer la renaissance ; plusieurs des principaux restaurateurs des lettres anciennes en Allemagne ont été disciples des frères.

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