‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 155 sur 215 · LES VAUDOIS · texte numérisé non relu

LES VAUDOIS

Conrad, de Waldhausen en Autriche, chanoine régulier de Saint-Augustin, depuis 1360 curé à Leitmeritz et bientôt après à Prague, prêchait contre les dominicains et les franciscains; la mendicité, disait-il, n'est qu'une fausse imitation de la vie pauvre de Jésus et des apôtres; il reprochait aux frères leur facilité dans le confessionnal, leur trafic de reliques et d'indulgences; comme d'autres de ses contemporains, il voyait dans ces abus des signes précurseurs de la venue prochaine de l'antéchrist. Un de ses amis et collègues alla plus loin; ce fut Milicz, de Kremsier en Moravie, d'abord chanoine à Prague et pendant quelque temps secrétaire de Charles IV. En 1363 il renonça à ses fonctions et à ses prébendes, pour prêcher la pénitence à la population bohème de la capitale; c'était un mystique, croyant à des inspirations immédiates du Saint-Esprit; on peut le comparer au grand ami de Dieu de YObcriand; il n'est pas impossible qu'il ait été en rapport avec lui. Il n'attendait plus l'antéchrist, il était persuadé que son règne avait commencé. En 13G7 il se rendit avec deux amis à Rome; au portail de l'église de Saint-Pierre il afficha une pièce, dans laquelle il disait que l'antéchrist était venu et que les vrais chrétiens devaient prier pour l'église; l'inquisition le fit mettre en prison, et déjà les moines mendiants de Prague annonçaient dans leurs sermons que cet hérétique serait brûlé, quand Urbain Y, rentré à Rome, le fît remettre en liberté. (I retourna à Prague où, après la mort de Conrad de Waldhausen en 1369, il devint son successeur comme curé. Dans ses prédications il attaquait le clergé à cause de ses richesses; il voulait que les prêtres n'eussent pas de propriétés personnelles, mais vécussent en communauté de biens; il exhortait les fidèles à communier tous les jours ou au moins deux, fois par semaine; il prétendait enfin que si le pape refusait de réformer l'église, c'était à l'empereur de s'en charger. Grégoire \ I condamna plusieurs de ses propositions; décrié comme heghard

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et menacé d'un procès, il en appela au siège apostolique el se rendit a Avignon; peu de temps après il y mourut en 137/|.

II eut un successeur qui marque un progrès nouveau, Matthias, fils d'un chevalier de Janow. Matthias commença ses études à l'université de Prague, où il s'attacha à Milicz, et les acheva à Paris. Depuis 1381 il est curé à Prague 01 . La situation de l'église, troublée par le schisme, lui inspire à son tour la pensée que l'antéchrist est venu, mais par antéchrist il n'entend pas une personne, c'est selon lui la totalité de ceux qui sont infidèles à Jésus-Christ. L'abomination dans le lieu saint (Matth. XXIV, .15) est caractérisée par une foule d'abus : la confusion du temporel et du spirituel, le grand nombre de lois ecclésiastiques qui restreignent la liberté chrétienne, l'autorité accordée aux traditions humaines, les cérémonies et les fêtes inutiles, le culte rendu aux saints, à leurs images et à leurs reliques, les indulgences, le schisme, la persécution des témoins de la vérité. A la fausse église, qui forme le corps de l'antéchrist et dont les membres sont les moines mendiants, les prélats, les papes simultanés, Matthias oppose l'église des élus, dont le chef est le Seigneur lui-même ; elle seule a l'unité réelle, et celle-ci existe malgré le schisme qui ne saurait diviser les vrais chrétiens. C'est là L'idée de l'église invisible, qui commence à se faire jour et qu'on retrouvera chez Wiclif et chez Hus, en opposition à l'église romaine. Matthias professe même la doctrine du sacerdoce universel; tout fidèle, dit-il, est consacré prêtre. Reprenant le principe

III II est l'auteur d'un grand ouvrage en cinq livres, dont le manuscrit existe encore à Prague: Regulœ veteris et novi Testament i. Jordan, Die Vorlâufer, p. 59, en donne des extraits. Les écrits de Matthias mentionnés par Balbinus, Bohemia docta, éd. Ungar, Prague 1776, T. 2, p. 178, ne sont que des parties de cet ouvrage. Quelques-unes de ces parties ont été attribuées plus tard à Hus et imprimées parmi ses œuvres; tels sont le traité <lr abominatione in ecclesia Dei, et les fragments de mysterio antiùhristi et de intitule ecclesia^ et schismate.

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de Milicz sur la communion fréquente, sans se prononcer contre la transsubstantiation, sans demander le calice pour les laïques, il introduisit dans sa paroisse la communion journalière; un concile de Prague, tenu en 1388, ayant désapprouvé cette coutume, il consentit à y renoncer; mais il ne renonça à aucune de ses doctrines; il continua d'annoncer que l'église des élus triompherait de celle de l'antéchrist, qu'il viendrait des prédicateurs qui, au lieu de traditions, ne prêcheraient que l'Evangile, et qui au lieu de flatter les grands, auraient pitié du peuple. Il croyait que ce renouvellement de l'église était proche; peut-être, disait-il, ne le verrait-il plus lui-même, mais à coup sûr il aurait lieu pour la génération venant après lui. C'est dans ces espérances qu'il mourut en lo95. Peu d'années plus tard elles semblaient devoir se réaliser par l'organe de Jean Hus.

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A l'époque même où Milicz et Matthias de Janovv combattaient en Bohème ce qu'ils appelaient l'antéchrist, une lutte semblable fut entreprise en Angleterre par Jean Wiclif02. Dans ce

02 Ses ouvrages : Trialogus (Bâle)1525, in-4°; Francf. 1753, in-4° ; Oxford 1869. — De officio pàstorali, ed. Lechler. Leipzig 1863. — Writings of John Wïcliff. Londres 1863. — Select english works of J. W. , publ. by Th. Arnold. Oxford 1869, 3 vol. — Wiclifs lateinische Streitschriften zum ersten Mal herausgeg. von Buddensieg. Leipzig 1883. — Plusieurs traités sont encore inédits.

Lewis, The life and sufferings of J. Wiclif. Londres 1720; Oxford 1820. — Vaughan, The life and opinions of John de Wycliffe, 3e éd. Londres 1853, 2 vol. — Ruever-Gronemann, Diatriba in Wicliffi vitam, ingenium, scripta. Utrecht 1837. — Lewald, Die theologische Doctrin J. Wicliffes. Zeitsclir. fur hist. Theol., 1846, 2" et 4« livr., 1847, 4» livr. — Jâger, J. Wicliffc und seine Bcdeutun g fur die Déformation. Halle 1854. — Bôhringer, Die Vorreformatoren , T. 1, Joh. von Wicliffe. — Lechler, ./. Wicliff und die Vorgeschichte der Reformation. Leipzig 1873. 2 vol. — Buddensieg, John Wicliff, patriol and reformer, life and writings. Londres 1883.

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pays le sentiment national s'élait soulevé contre les exactions et les usurpations des papes d'Avignon. Dès J343 le parlement s'était plaint des dommages causés au peuple et à l'église «par provisions et réservations de la cour de Rome, et par imposition de dîmes et autres charges». Edouard III avait défendu la publication de bulles préjudiciables aux droits de la royauté et au bien de la nation. Le clergé séculier et l'université d'Oxford étaient hostiles aux ordres mendiants; en 1357 l'archevêque Richard d'Armagh avait soutenu les droits des curés et attaqué la règle de la mendicité comme contraire à la doctrine de Jésus- Christ. L'opinion publique, excitée contre la papauté et les moines, se manifestait par des satires véhémentes.

C'est dans ces circonstances que parut Jean Wiclif. On le rencontre pour la première fois en 1361 comme régent du collège de Balliol à Oxford; la môme année il obtint la cure de Fillingham dans le Lincolnshire, dont ledit collège était le patron. Vers 1363 il fut reçu docteur en théologie. Patriote et savant, il s'occupa des questions qui agitaient le pays. En 1365 Urbain V l'appela à Édouard III que le tribut annuel de mille marcs d'argent, que le roi Jean s'était engagé à fournir au saint-siège, n'avait pas été payé pendant 33 ans. Les barons et les communes refusèrent de payer ce tribut, qui leur semblait injurieux pour l'Angleterre. Wiclif justifia ce refus dans des leçons qu'il donnait à Oxford, et publia un écrit sur l'indépendance du pouvoir séculier. En 1373 le parlement se plaignit de nouveau du pape; en même temps il décréta un impôt sur les biens ecclésiastiques; Wiclif se fit encore l'avocat de ce vote. L'année suivante le roi le nomma un des commissaires chargés de négocier

Pendant longtemps on disait Wiclef, puis Wicliffe , Wyclif, Wyeliffe, Wyklifïe; il paraît prouvé aujourd'hui que la vraie forme est Wiclif ; c'est le nom du village du Yorkshire où le réformateur était né.

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avec des envoyés de Grégoire XI, réunis à Bruges, pour mettre un terme à l'abus des provisions; en 1375 le pape fit quelques concessions, si illusoires que le parlement dut prolester, « contre les oppressions de la cour en la pécheresse cité d'Avignon».

Le roi venait de donner à Wiclif la paroisse de Lutterworth dans le comté de Leicester. Il y prêcha contre les excès de pouvoir de la hiérarchie et contre les moines mendiants qui les défendaient. Accusé d'hérésie à cause de ses opinions sur l'indépendance de l'état et sur les ordres voués à la mendicité, il fut cité en J 377 devant l'évêque de Londres, Guillaume Courtenay; l' influence du duc de Lancaster empêcha le procès d'avoir des suiles. Les adversaires de Wiclif portèrent leurs griefs devant Grégoire XI ; ils reprochaient au prédicateur d'avoir enseigné que ni le pape ni les évêques n'ont le droit d'intervenir dans le gouvernement temporel; que, si la hiérarchie dégénère, les rois peuvent la priver de ses biens; que, par sa seule volonté, le pape ne peut retrancher personne de l'église de Dieu; que nul n'est vraiment excommunié a moins de s'être excommunié lui-même, c'est-à-dire séparé par ses erreurs ou ses vices de la communion des fidèles; que tout prêtre régulièrement consacré a le pouvoir d'administrer les sacrements et d'absoudre les pénitents; enfin que les chrétiens peuvent accuser et censurer les papes.

Du point de vue national et politique Wiclif s'était élevé au point de vue religieux, d'où il attaquait aussi les privilèges spirituels des papes. Grégoire XI demanda une procédure contre le hardi théologien; mais le roi étant mort, le duc de Lancaster, devenu régent, ne permit pas qu'on le molestât. En 1378 éclata le schisme; en Angleterre, comme partout, l'agitation fut très vive. Wiclif publia un traité, exhortant le gouvernement à profiter de cette occasion providentielle pour réformer l'état ecclésiastique; il faut, dit-il, rendre grâce au Seigneur d'avoir divisé l'antéchrist en deux factions qui se combattent; c'est maintenant

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aux rois à veiller à l'observation des lois divines et à mettre fin aux péchés des prêtres. Pour neutraliser l'inlluence des moines mendiants, il envoya dans les provinces plusieurs de ses disciples, avec mission de prêcher la Parole de Dieu ; ils ne devaient vivre que des offrandes des fidèles, sans rechercher de prébendes; c'est pourquoi on les appela les prêtres pauvres, poor pn'ests. Il faisait circuler des écrits en langue anglaise, tantôt pour éclairer les classes supérieures sur les questions controversées, tantôt pour montrer aux prêtres comment ils devaient instruire « les simples, hommes et femmes » ; le plus remarquable de ses derniers traités est celui qui a pour titre the poor caitif (pauper rusticus). En 1380, aidé de quelques amis, il commença à traduire la Bible daprès la Vulgate; le travail terminé, il fit répandre des copies, comprenant tantôt l'Ecriture entière, tantôt quelques parties, notamment des péricopes63. Cette œuvre ayant été censurée, Wiclif justifia le droit des laïques d'avoir la Bible dans leur langue. En 1381 il annouça des thèses contre la transsubstantiation; le chancelier de l'université d'Oxford les supprima, et le duc de Lancaster défendit de parler de ce dogme. Néanmoins Wiclif publia une profession de foi dans laquelle il qualifie les partisans de la transsubstantiation d'esprits grossiers qui confondent le signe avec la réalité, de prêtres de Baal qui adorent une idole. Quand Guillaume de Courtenay fut devenu archevêque de Ganterbury. il tint en un concile à Londres ; il y condamna comme hérétiques diverses propositions du curé de Lutterworth, se rapportant à la trans-

63 Après la mort de Wiclif, Jean Purvey, un de ses principaux collaborateurs, fit une revision de cette traduction. Le Nouveau Testament, d'après le texte revu, fut publié pour la première fois par Lewis, Londres 1731. in-f°. La Bible entière : The Jwhj Bible, in the earliest englisch version by J. Wiclif and his followers, ed. by Forshall and Madden. Oxford 1830, 4 vol. in-4°. Par sa traduction de la Bible et par ses traités populaires Wiclif est devenu un des créateurs de la prose anglaise.

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substantiation, à la confession, aux richesses du clergé, à la nécessité pour chaque église nationale de se gouverner pendant le schisme d'après ses propres lois. D'autres articles furent simplement déclarés erronés ; ils concernaient l'excommunication, le droit des diacres et des prêtres de prêcher l'Évangile sans licence spéciale des évêques, celui du pouvoir séculier de priver de leurs biens les clercs infidèles, les dimes considérées comme offrandes volontaires, les ordres religieux. On prétendait en outre que la révolte des paysans avait été excitée par Wiclif et ses disciples. Le roi fit paraître deux édits, autorisant les évêques à faire arrêter les poor priests et ordonnant à l'université d'Oxford d'expulser Wiclif et ses partisans. Wiclif en appela au parlement, en l'engageant à supprimer les ordres monastiques, à confisquer les biens du clergé, à ne pas accorder de subsides aux mauvais prêtres et à rétablir la sainte-cène dans sa pureté. Les communes n'entrèrent pas dans ces vues radicales, mais elles annulèrent les deux édits royaux comme promulgués sans leur consentement. Wiclif, exclu de l'université, put garder sa cure; il s'y retira et continua de prêcher ses doctrines. Cité par Urbain VI devant son tribunal, il ne s'y rendit pas; en 138^ il mourut d'un coup d'apoplexie pendant qu'il célébrait le culte; il avait environ soixante ans.

Le plus important de ses ouvrages théologiques est son Trialogus; comme il l'acheva peu avant sa mort, on peut l'envisager comme le fruit des réflexions et des expériences de toute sa vie. Ce sont quatre livres de dialogues entre trois personnes, désignées par des noms allégoriques64; ils forment un traité pres-

M Alithia, un théologien qui cherche de bonne foi la vérité ; Pseudis, un sophiste qui défend les erreurs ; PJironesis, un homme intelligent qui décide les questions dans le sens que Wiclif croit être le vrai. — Un ouvrage de W. plus étendu que leTrialogus, est celui de veritate scriplurœ ; il traite en partie des mêmes matières, mais avec moins d'ordre ; le manuscrit, fort de plus de 600 pages, est encore inédit.

que complet de théologie. Celle-ci est encore très scolastique quant à la méthode de l'argumentation et en partie même quant au fond, mais dans ses points les plus essentiels elle est indépendante de la tradition des écoles. Le principe fondamental est l'autorité souveraine de la Bible; les doctrines humaines, les décrets des papes et des conciles n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont d'accord avec l'Ecriture. Dans cette dernière, on ne doit s'attacher qu'au sens littéral; le seul interprèle authentique est le Saint-Esprit, qui n'est refusé à personne dès qu'on ne s'occupe des livres saints que pour rendre honneur à Dieu. En parlant de la Wielif soumet à sa critique la plupart des institutions et des dogmes du catholicisme.

Dans l'histoire de la décadence de l'église il distingue deux moments décisifs : la donation de Constantin, par laquelle le clergé a reçu des possessions et un pouvoir temporels, et « le déchaînement de Satan» (Apoc. XX, 7), qui date du commencement du douzième siècle, époque où selon lui se sont introduites ou affermies les grandes erreurs doctrinales. L'église existante est donc celle de Satan ou de l'antéchrist; à la place des lois de Dieu régnent «des bulles nouvelles que Jésus-Christ n'a point faites » ; il faut revenir au christianisme primitif, dans la doctrine, dans la constitution et dans le culte. L'église ne consiste pas dans la hiérarchie, elle est la communion des élus; personne ne peut en discerner les membres, Dieu seul connaît ses prédestinés; personne par conséquent n'a le droit ni de canoniser ni d'excommunier. L'église visible^ qui forme le corps apparent de Jésus-Christ, se compose du peuple laïque, des prêtres et du souverain temporel, chargé de la protéger et de maintenir ses lois. En théorie Wielif admet un pape, mais ce pape devrait être un homme saint, un parfait imitateur du Christ, humble, pauvre, plein de charité et de miséricorde ; un tel homme pourrait être considéré comme un vicaire du Seigneur sur la terre. Cet

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homme ne se trouvant pas, Wiclif rejette la papauté, car elle n'est pas une institution de Jésus-Christ, lequel n'a pas donné de primauté à l'apôtre Pierre. Le pape, qui s'est arrogé la suprématie, est l'antéchrist, il faut résister a ses bulles. Comme dans l'église primitive il ne trouve que les deux ordres des presbytres et des diacres, Wiclif veut que tous les autres soient abolis; les seuls vrais ministres sont les curés, dont l'office exige la sainteté de la vie et la pureté de la doctrine. Cette dernière, telle qu'on l'enseigne, est encombrée d'erreurs; il doute que la confirmation et l'extrême onction puissent être prouvées par la Bible; il demande qu'on ramène le baptême à sa simplicité, en en écartant les cérémonies qu'on y avait ajoutées; la transsubstantiation lui semble être une hérésie, aussi contraire à la raison qu'aux paroles de Jésus-Christ; la sainte-cène n'est qu'une figure, qui n'a de l'importance que pour le croyant. Il combat enfin les indulgences, le trésor des œuvres surérogatoires, le culte des saints et de leurs images, l'abus qu'on faisait du mot religion en l'appliquant par excellence à la vie monastique.

Cette théologie de Wiclif a encore des lacunes et des parties qui prêtent à la critique, mais il avait compris au moins que la vraie cause de la décadence de l'église était l'altération de la doctrine. Nul encore n'avait entrevu aussi nettement la plupart des points qui avaient besoin de réforme et formulé avec autant de précision le principe que, pour revenir à un état plus normal, il fallait reconnaître d'abord que la seule autorité pour les chrétiens est la Bible.

Aussi longtemps que vécut Richard II, les partisans du réformateur, nombreux dans toutes les classes de la société anglaise, ne furent pas inquiétés. Ils vénéraient leur maître comme «docteur évangélique ». Déjà de son vivant le peuple avait donné à ses disciples le nom de lollards, sous lequel ils paraissent désormais dans les documents. Ils formaient un parti à la fois

politique et religieux; ils défendaient l'intérêt national contre les papes et travaillaient à une réforme de l'église. En 139/j ils remirent au roi et au parlement une supplique, demandant l'application des principes de leur maître; cette démarche n'eut pas de suite. Les persécutions commencèrent sous Henri IV qui, pour consolider son pouvoir, avait besoin de l'appui du clergé. En J400 il obtint de la majorité du parlement le statut de comburendo hœretico, la première loi anglaise émanée du pouvoir civil contre les hérétiques. Dès celte année on brûla des wicléfites a Londres; en 1409 l'inquisition fit condamner à mort lord Cobham, un de leurs principaux chefs. Ils cessèrent dès lors d'exister comme parti politique. En 1445 le concile de Constance ordonna de brûler les ossements de Wiclif et ses livres; en fait de livres on brûla ce qu'on put trouver, mais on ne trouva pas tout; la sentence contre les ossements ne fut exécutée qu'en 1428 après des rappels réitérés du pape Martin V. Pendant tout le cours du quinzième siècle et encore au commencement du seizième on découvrit en Angleterre des lollards, dont beaucoup périrent sur les bûchers. Cependant, les idées de Wiclif avaient trop pénétré dans la nation pour pouvoir être complètement extirpées. Avant sa mort déjà elles avaient passé sur le continent, où elles trouvèrent, en partie du moins, un nouvel interprète dans la personne de Jean Hus.

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