I 82. LA PAPAUTÉ AU X\\< SIÈCLE
cour romaine et un appel à un concile universel. Des appels semblables furent provoqués par l'intervention du pape dans l'élection du comte d'Isembourg à l'archevêché de Mayence18, et dans les démêlés de l'archiduc Sigismond d'Autriche avec l'évèque de Brixen, le cardinal Nicolas de Guse19. Pie II ayant parlé à Mantoue contre la sanction pragmatique, Charles VII protesta et en appela à un concile. Il est vrai qu'en 1461 Louis XI abrogea la pragmatique, dans l'espoir d'amener le pape à reconnaître les prétentions de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples; comme Pie II ne se prêta pas à cette politique, le roi ne Ht rien pour briser la résistance des parlements de Paris et de Toulouse, qui refusèrent d'enregistrer l'abrogation. En 1/|63 Pie II prit une mesure qui, à une époque où l'on commençait à raisonner plus librement, ne servit qu'à le déconsidérer. L'appel de l'archiduc Sigismond avait été rédigé par le jurisconsulte Grégoire de Heimbourg qui, dans ce document, avait opposé au système du pape Pie II celui d'Énée Silvius, secrétaire du concile de Bàle ; pour mettre à néant ce reproche de contradiction , Pie publia une rétractation des opinions moins absolutistes de sa jeunesse. Il mourut le 15 août J/t6/t, au moment où il allait s'embarquer avec une flotte vénitienne pour combattre les Turcs.
Depuis lors la papauté déchoit de plus en plus. Au lieu de s'occuper des affaires spirituelles, les papes ne s'occupent que de guerres, et celles-ci ne sont plus entreprises dans un intérêt théocratique, les chefs de l'église ne s'y engagent que comme souverains temporels. Sous ce rapport leur histoire appartient à
14 Le pape déposa Diether d'Isembourg parce qu'il refusait les annates ; il s'ensuivit une guerre entre plusieurs princes de l'empire. Menzel , Diether von Isenburg. Eilangcn 1868.
19 Jâger, Der Streit des C animais Nie. Cusanus mil Herzog Sigismund. Innsbruck 18(11.
l'histoire politique et nous n'avons pas à en parler ici ; il sullit de mentionner le fait, pour marquer le contraste entre l'ambition des papes de conquérir des provinces et leur prétention d'être les vicaires de Jésus-Christ. Plusieurs d'entre eux scandalisent le monde par leurs vices ; leur grande préoccupation est d'amasser des trésors et d'acquérir des domaines pour eux , pour leurs nepotes et leurs enfants naturels ; afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles et de leur cour, récompenser leurs serviteurs, solder leurs armées, ils pratiquent les vieux abus, comme si aucun concile n'avait tenté de les extirper. Paul 11, de 1464 à 1471, décida que le jubilé aurait lieu tous les vingt-cinq ans, ce qui ne profita qu'au fisc pontifical. Sixte IV, ancien général des franciscains, de 1471 à 1484, dominé par ses neveux, le cardinal Pierre Riario et le duc d'Imola Jérôme Riario, se laissa entraîner dans des guerres et des complots, qui augmentèrent l'anarchie de l'Italie et la haine qu'on portait à ce pape20. Quand il fut mort, les cardinaux, émus des dangers de l'église, rédigèrent et signèrent, avant d'entrer en conclave, une capitulation à laquelle devait se conformer le nouveau pape ; elle réservait leurs privilèges, mais mettait aussi un frein au népotisme et imposait au futur pontife l'obligation de convoquer un concile universel pour stimuler le zèle de la chrétienté contre les infidèles, et pour réformer l'église circa fidein, vitam et mores. L'élu fut le cardinal de Molfetta, Innocent VIII ; il promit tout, mais ne tint aucune de ses promesses ; il songea plus à faire la fortune de ses sept enfants naturels qu'à veiller au salut du monde. Il mourut le
20 A partir de 1484 une des principales sources pour l'histoire des papes et de la cour de Rome est le Journal de Jean Burkard, doyen du chapitre de Saint-Thomas de Strasbourg et maître des cérémonies sous Innocent VIII et Alexandre VI. On n'en avait publié encore que des fragments. M. Thuasne vient d'en donner une édition complète et critique : Joh. Burchanli diarium sive ferum urbanarum commentarii, Paris 1883. 3 vol.