‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 164 sur 215 · LA PAPAUTÉ AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PAPAUTÉ AU XVI* SIÈCLE

25 juillet 1492, regretté seulement de ceux dont il avait satisfait les convoitises. Cette fois-ci les cardinaux ne firent pas de capitulation ; la plupart d'entre eux se laissèrent gagner par l'Espagnol Kodéric Borgia, archevêque de Valence, sa ville natale, cardinal-évêque de Porto et vice-chancelier de l'église romaine. Dès le 11 août suivant il fut proclamé pape sous le nom d'Alexandre VI; aussitôt il distribua à ses électeurs des bénéfices, des châteaux, des territoires203; cinq seulement des cardinaux refusèrent ces grâces, disant que les suffrages ne doivent pas être achetés, mais donnés librement. On connaît la fille de ce pape, Lucrèce Borgia ; on connaît aussi son fils César, auquel il donna le chapeau de cardinal. L'élévation d'Alexandre à la chaire de Saint-Pierre ne changea rien à ses mœurs; en 1Zi93 un ambassadeur d'Espagne , en 1495 le cardinal Raymond de Gurk lui reprochèrent en face ses intelligences avec le Grand- Turc, sa simonie, sa vie scandaleuse 20b. Grâce à la corruption qu'il entretenait autour de lui et à la division des princes, il put régner pendant onze ans. Le seul objet de sa politique a été la fondation d'un état dans la Bomagne pour son fils César; ses intrigues et ses crimes n'ont pas eu d'autre but ; César lui-même n'aspirait à rien moins qu'à lui succéder comme pape. Et pourtant le saint-siège était encore assez respecté pour qu'Alexandre pût prononcer en arbitre entre l'Espagne et le Portugal , et partager entre les deux royaumes le nouveau inonde qu'on venait de découvrir.

203 Jean Burkard, malgré sa gravité impassible de maître des cérémonies, pouvait aussi être malicieux. Après avoir parlé de l'élection d'Alexandre VI, T. 2, p. 1, il dit : incontinenti, assumpto pupatu, dispersit et dédit pauperibus bona sua. Ces pauperes sont les cardinaux qui reçurent des grâces

20b 0. c, T. 2, p. 84 , 233. — En 1496 Alexandre mit en vente en une seule fois environ 15,000 grâces expectatives; des placards, affichés aux portes de la chancellerie, avertirent le public qu'on pouvait se les procurer depuis le mardi 10 mai jusqu'au samedi 14. 0. c., T. -2, p. 277.

Pie III, qui lui succéda en 1503, ne régna que quelques jours. Jules II, cardinal délia Rovere, de .1503 à 1513, fut un homme plus honnête que ses prédécesseurs; mais plus guerrier que prêtre, ce pape d'une grande noblesse de caractère, qui rétablit la sécurité dans Rome et commença la construction de l'église de Saint-Pierre, passa les dix années de son pontificat en expéditions militaires et en négociations diplomatiques pour étendre cl consolider sa puissance temporelle en Italie21. Pendant qu'il combat les princes par ses armées et par l'éloquence de ses ambassadeurs, les princes essayent de le combattre aussi par des demandes de réformes; l'appel à un concile général devient une arme de guerre, pour enlever au pape ses privilèges et ses revenus. Ce fut dans cette intention qu'en septembre 1510 Louis XII tinta Tours un concile national; on y décida que le roi pouvait se soustraire à l'obédience de Jules II, « son ennemi notoire », et attaquer les états de l'église; on renouvela les plaintes sur les exactions et on invita Louis à faire des démarches auprès de l'empereur Maximilien et des autres princes pour obtenir la réunion d'un concile universel. Maximilien fit recueillir les griefs de la nation allemande et préparer même un projet de sanction pragmatique sur le modèle de celle de France 22. Il se joignit à Louis XII pour faire convoquer par quelques cardinaux, hostiles au pape, un concile à Pise pour le 1er septembre 1511 ; cette assemblée devait s'occuper du rétablissement de la paix entre les puissances qui étaient alors en guerre, des préparatifs d'une expédition contre les Turcs et de la réforme de l'église.

21 Broscli, Julius II und die Grûndutig '.les rumischen Staah. Gotha 1877.

22 11 chargea de ce travail l'humaniste alsacien Jacques Wimpheling, qui écrivit des Gravamina gcrmanicœ nationis cum remediis et une Medulla pragmaticœ sanctionis. Comme bientôt après l'empereur changea d'avis, ces deux traités ne furent publiés qu'en 1520, Schlestadt, in-4°.

Page 1