LA PAPAUTK DU XVI- SIÈCLE
A cette nouvelle Jules II convoqua à son tour un concile au Latran, pour l'opposer «au conventicule schismatique, à la synagogue de Salan » qui devait se réunir à Pise ; il défendit aux prélats de s'y rendre et frappa d'avance de l'interdit toute ville où le concile voudrait s'établir. Néanmoins il s'ouvrit à Pise, proclama les décrets de Constance et de Bàle sur la suprématie des conciles généraux , essaya de négocier avec le pape et , sur son refus, le suspendit de son administration. Le peuple de Pise, effrayé par l'interdit, força les Pères de se retirer à Milan ; à l'approche des Suisses, alliés du pape, ils se dispersèrent. Maximilien se sépara de Louis XII, fit la paix avec Jules II et envoya ses prélats au concile du Latran. Celui-ci prononça l'interdit sur la France, condamna la pragmatique sanction et cita ses fauteurs et défenseurs à comparaître en soixante jours.
Jules II, qui mourut en février 1513, eut pour successeur Léon X, de la famille des Médicis, grand seigneur bienveillant, aimant le luxe et très peu les affaires, assez indifférent aux choses de l'église et n'y touchant que quand il y était amené par d'urgentes nécessités; comme pendant son pontificat ces nécessités se présentaient chaque jour, il s'entourait, pour se distraire, de beaux esprits, de musiciens, d'artistes: il ne cherchait, comme dit un de ses anciens biographes, qu'à fermer la porte aux soucis qui pouvaient le tourmenter23.
Ce pape, plus sceptique que croyant, remporta une dernière victoire pour le système ullramonlain. En décembre 1543 Louis XII consentit à adhérer au concile du Latran; en 4515
23 Regesta Leonis X. Fribourg 1884, 1er fascicule, publ. par Hergenrother sur l'ordre de Léon XIII. Il existe aux archives du Vatican environ 40,000 bulles du pontificat de Léon X; ce grand nombre pour un règne de huit ans prouve moins l'activité personnelle du pape que celle de la curie. — Roscoe, Life and pontificate of Léo X. 2P éd. Londres 1800, 6 vol. Trad. en français par Henri. Paris 1813, 4 vol. ; en italien, avec de nombreuses additions, par Bossi. Milan 1819, 12 vol.
François Ier, pour assurer sa conquête du Milanais et pour ne pas être gêné dans ses projets sur Naples, abrogea une seconde fois la pragmatique sanction de Bourges. Il fit avec Léon X un concordat, qu'il signa à Milan et qui, le 16 août 1516, fut ratifié par le pape24; celui-ci accorda au roi la nomination au\ dignités ecclésiastiques, en ne s'en réservant que la confirmation; en retour il obtint le rétablissement des annates. Le concile du Latran accepta ce marché sans discussion; le parlement de Paris refusa de l'enregistrer; il remit au roi deux remontrances, concluant que « le concordat est contraire à l'honneur de Dieu et du roi, aux libertés de l'église, au bien public du royaume». 11 ne céda qu'à la force et en en appelant à un prochain concile universel; l'université de Paris se joignit à cet appel, qui n'était plus qu'une vaine formalité. La liberté des élections n'existant plus, la royauté fut maîtresse de l'église gallicane, et à cause des avantages qu'elle retirait de cette situation, elle devint l'alliée la plus fidèle de la papauté. Celle-ci eut le triomphe, acheté par le sacrifice au pouvoir séculier d'un des droits pour lesquels le saint-siège avait lutté depuis Grégoire VII, de ne plus entendre parler des réformes de Constance et de BAle; mais en ce moment même sa satisfaction fut troublée par le bruit d'une autre réforme, plus sérieuse et plus profonde.
§ 83. Le droit ecclésiastique.
Au quinzième siècle le droit canonique était enseigné avec éclat surtout dans les universités italiennes, mais ce n'était que l'ancien droit tel qu'on le trouvait dans les recueils de décrétais; il ne comprenait pas dans sa sphère le système de la supré-
-4 Bulle de Léon X du 19 déc. 1516, chez Labbe et Gossart, Collectio concil. T. 14, p. 29'2.