I 86. LA THÉOLOGIE NATURELLE
logie des scolastiques il en oppose une autre « qui n'a besoin d'aucun art libéral, qui au lieu de se servir d'arguments obscurs ne tire ses preuves que de choses que chacun connaît par expérience, qui n'allègue aucune autorité, pas même celle de la Bible, parce que son but est de confirmer ce qui est couché aux saintes Écritures, et qui par conséquent peut se comprendre en un mois et sans peine »37. «Dieu, dit-il dans sa préface, nous a donné deux livres , celui de l'universel ordre des choses ou de la nature, et celui de la Bible. Celui-là fut donné le premier et dès l'origine du monde ; chaque créature n'est que comme une lettre tracée par la main de Dieu ; de façon que, d'une multitude de créatures, comme d'un grand nombre de lettres, ce livre a été composé ; l'homme fait partie de ce livre, et il en est la lettre capitale... Le second livre, celui des saintes Écritures, a été depuis donné à l'homme, et ce au défaut du premier, où l'homme, aveuglé qu'il était, ne voyait rien. Le premier est commun à tout le monde, et non pas le second... En outre, le livre de la nature ne se peut ni effacer, ni falsifier, ni faussement interpréter. » Venant l'un et l'autre de Dieu, les deux livres ne peuvent que s'accorder entre eux sur tous les points. La nature, qui se rétléchil dans l'homme, ne peut être connue que si l'homme se connaît lui-même ; la première chose qu'il doit savoir, c'est qu'il est pécheur et qu'il a besoin de la grâce ; il ne lit clairement dans le livre des créatures, que quand il est purifié de la souillure du péché originel ; c'est pourquoi les philosophes païens n'ont jamais pu trouver la vraie sagesse. Quand donc Baymond parle de la raison, il entend la raison éclairée par le christianisme ; l'homme a besoin de la révélation pour comprendre la nature, mais une fois qu'il l'a comprise, elle lui sert à mieux se rendre compte de la vérité chrétienne.
Préfacé, trad. de Montaigne.