I 87. ESSAIS D'UNE THÉOLOGIE PLUS INDÉPENDANTE
commune, en partie sous celle de saint Augustin, quelques savants des contrées rhénanes et des Pays-Bas se rapprochèrent du christianisme de la Bible38.
Le premier d'entre eux est Jean Pupper, de la petite ville de Goch dans le duché de Clèves; il reçut sa première éducation dans une maison de frères de la vie commune, acheva ses études à Paris, où il prit en aversion la scolastique, fonda en à Malines un prieuré de chanoinesses régulières et mourut en 1 /|75. Dans ses écrits il ne reconnaît d'autre autorité en matière de dogme et de morale que l'Ecriture39. Quatre erreurs, selon lui, ont dénaturé le christianisme : le trop grand empire laissé à la législation mosaïque, contrairement à l'intention de Jésus, qui n'a donné à ses disciples qu'un petit nombre de préceptes; l'opinion que la foi peut être sans les œuvres, et celle que les œuvres procurent un mérite indépendamment de la foi; enfin les vœux monastiques regardés à tort comme une condition de la vie parfaite; le vrai principe chrétien est celui de l'amour, car l'amour, qui ne souffre pas de contrainte, produit librement toutes les vertus.
Sauf une attaque passagère de la part d'un dominicain, Jean de Goch ne fut pas inquiété. Un de ses contemporains et de ses compatriotes, Jean Kuchrath, de Wesel, également dans le pays de Clèves, eut le malheur de s'attirer une condamnation ; après avoir été professeur à Erfurt, il fut successivement prédicateur à Mayenceet à Worms. En 1479 il fut cité devant une commission
38 UJlmann, Heformatoren vor der Reformation, vornehmlich in Deutschland und den Niederlanden. Hamb. 1841, 2 vol. Ullmann, en forçant le sens du mot réformateur, compte aussi dans le nombre les mystiques.
S9 De libertate christiana, ed. Giapheus. Anvers 1521, in-4°. — Dialogua île quatuor erroribus circa legem evangelicam cxortis et de votis et religionibus facticiis. Epistola apologetica de scholasticorum scriptis et religiosorum votis. Chez Walch, Movimrnta medii œvi . Gottingue 1757, vol. 1. fasc. 4, p. 75; vol. 2, fasc. 1, p l.
i\< PÉR. 1409-1517. CHAP. II. LA THÉOLOGIE
inquisitoriale ; embarrassé par des questions insidieuses et par des menaces, il rétracta les erreurs qu'on lui reprochait, on brûla ses livres et on l'enferma lui-même dans un couvent, où il mourut en 1481 40 . Ses «erreurs» étaient que tout ce qui est nécessaire au salut 'est contenu dans l'Écriture; que celle-ci ne sait rien ni des indulgences ni d'un trésor d'œuvres surérogatoires, que le pape n'a aucun pouvoir sur les élus qui forment l'église sainte (invisible) et que l'église universelle (visible) peut tomberdans l'erreur.
Le même esprit se remarque chez Jean Wessel de Gansfort, qui fut d'abord élève des frères de la vie commune et qui fréquenta ensuite les universités de Cologne et de Paris; il fit un voyage à Rome, enseigna pendant quelque temps la philosophie à Heidelberg, et se retira enfin dans sa patrie, où il mourut en 1489 à Grœningue, sans avoir été ni prêtre ni moine41. Pour lui le christianisme est la source d'une vie intérieure qui se passe directement entre l'homme et Dieu ; la foi seule nous justifie ; supposer qu'on peut être justifié par les œuvres, c'est ignorer en quoi consiste la justice; uni à Jésus-Christ par la foi, on participe de sa vie; les croyants forment la communion des saints ; quand les prêtres, les conciles, les papes s'écartent de la vérité, on n'est pas tenu de leur obéir ; l'excommunication prononcée par un homme n'exclut personne du royaume de Dieu, de même que les indulgences n'y font entrer personne; la pénitence est un acte intérieur, le pardon un effet de la grâce divine. Ces principes ont aussi été ceux de Wiclif et de Jean Hus.
40 Disputatio adversus indulgentias. De auctoritate, officio et potestatè pastorum, chez Walch, o. c, vol. 1, f'asc. 1, p. 111 ; vol. 2, fasc. 2, p. 117.
— Actes du procès, d'Argent ré, T. 1, P. 2, p. 291.
41 Farrago rerum theologicarum , publié d'abord par Luther, 1521, in-4°.
— Opéra quœ invenir i poterunt omnia, edd. Pappus et Tratzberg. Grôningue 1614, in-4°. — Muurling, De Wenselii Gansfortii mm vita tum mentis. Utrecht 1831, P. 1, unique.