INSTRUCTION RELIGIEUSE DES LAÏQUES
ces recueils de dessins accessibles aux laïques, en y ajoutant des notes en langue nationale ; sous cette forme la Biblia pauperum fut imprimée au quinzième siècle en Allemagne, et au commencement du seizième en France et en Italie 63.
Il faut rappeler enfin, comme moyen de familiariser le peuple avec l'histoire sainte, les mystères, dont le plus grand nombre appartient au quinzième siècle64. Le plus considérable est celui du Viel Testament 65 ; presque toute la partie historique de l'Ancien Testament y est dramatisée, non sans un certain art et parfois avec une réelle poésie ; l'ouvrage est composé de morceaux provenant d'auteurs divers, qu'un compilateur habile a réuni en un tout; les légendes, les traditions talmudiques s'y mêlent aux récits empruntés à la Bible. Dans ce mystère, comme dans ceux de la Passion qu'on représentait encore au seizième siècle, les personnages parlent la langue et ont les habitudes des hommes du moyen âge.
Quand l'instruction élémentaire, plus largement répandue, eut éveillé chez les laïques le goût de la lecture, et que la multiplication des livres par la typographie eut rendu ceux-ci moins chers, on constate un progrès dans les connaissances religieuses. Les derniers grands prédicateurs de cette période ne sont pas restés sans influence sur les mœurs ; beaucoup de leurs audi-
63 Berjeau, Biblia pauperum , reproduced in fac-similé from one of the copies in the Britisti muséum , with an historical and bibliographical introduction. Londres 1859, in-t". Gainesina und Heider, Die Darstellungen der Biblia pauperum in einer Handschrift des vierzchnten Jahrh. zu S. Florian. Vienne 1863, in-4°. — Laib und Schwarz. B. p. naclt dem Original zu Constanz. Zurich 1867, in-K — B. p. reproduite en fac-similé sur l'exemplaire de la bibl. nationale par Pilinski. Paris 1883, in-4°.
Ii4 V. les ouvr. cités au § 53, note 13. — Mystères inédits du quinzième siècle, publ. par Jubinal. Paris 1837 , 2 vol. D'autres ont paru séparément.
05 Le mistère du Viel Testament , publ. par James de Rothschild. Paris 1878. L'ouvrage complet formera 6 vol. ; jusqu'à ce jour il en a paru 4 ; depuis le 3e ils sont soignés par M. E. Picot.
:m IV« PÊW. U09-15I7. CHAF. III. LES LAÏQUES ET LE CLERGÉ.
teurs ont adopté une vie plus régulière et ont d'autant plus déploré que la majorité du clergé ne leur donnât pas un meilleur exemple.
S 80 État moral du clergé.
La réforme, pour laquelle on convoquait les grands conciles, devait porter non seulement sur l'administration de l'Eglise, mais aussi sur les mœurs des prêtres. Tentée à plusieurs reprises, sans beaucoup de vigueur, elle resta sans résultat. Pendant tout le siècle elle est réclamée par des savants ou par des princes, mais jamais elle n'est accomplie d'une manière efficace. Les prélats, se conduisant plutôt en seigneurs temporels qu'en chefs spirituels, s'entouraient d'une cour et étalaient un faste peu conforme à leur charge ; ceux d'entre eux qui prenaient à cœur les intérêts religieux étaient rares; dans beaucoup de diocèses on donnait les cures de campagne a des hommes sans vocation et sans études, incapables de gagner le respect des lidèles. Les chapitres étaient généralement composés de nobles, dont l'un ou l'autre avait étudié le droit canonique, mais dont la plupart n'usaient de leurs prébendes que pour jouir de la vie; et quand une ne leur suffisait pas, ils trouvaient moyen d'en cumuler plusieurs. Pour remédier à un des vices les plus communs du clergé séculier, des théologiens et des jurisconsultes demandèrent le mariage des prêtres; Pie II lui-même disait que, si jadis on a eu de bonnes raisons pour l'interdire, on en aurait maintenant de meilleures pour le permettre653; des conciles firent des statuts, des évêques publièrent des mandements pour menacer de suspension les clercs qui ne renverraient pas leurs concubines ; le vice continua de régner ouvertement. On voyait des chanoines se promener en
65a Platina, De ritis pontificum. Éd. de Cologne 1551, in-f°, p. 295.