I 89. ÉTAT MORAL DU CLERGÉ
public avec leurs cellérières, faire légitimer leurs enfants naturels et leur léguer par testament une partie de leur fortune.
Dans un grand nombre de couvents la discipline n'existait plus ; le concile de Constance provoqua, pour la rétablir chez les bénédictins, la réunion d'un chapitre général de cet ordre ; celui de Bâle décréta une réforme des chanoines réguliers de Saint- Augustin. En 1450 et 1451 le légat Nicolas de Cuse parcourut l'Allemagne pour ramener l'honnêteté dans les monastères. Plus tard encore on renouvela ces tentatives ; bien souvent les moines et même les nonnes opposèrent une résistance qu'on ne put briser que par la force, il fallut expulser les récalcitrants. Il arriva que les couvents qui adoptèrent les réformes, se constituèrent en congrégations particulières contre ceux qui les refusaient. En 1457 François de Paule fonda même un ordre nouveau, renchérissant en sévérité sur les frères mineurs de la stricte observance; ces religieux, qui reçurent le nom de frères minimes, durent s'abstenir de toute nourriture animale, ils ajoutèrent le vœu de la vie de carême, vita quadragesimalis, aux trois vœux monastiques ordinaires. Cet exemple d'une aggravation de la règle ne trouva guère d'imitateurs; les autres mesures de réforme étaient trop partielles pour avoir un effet sur le monachisme en général ; au commencement du seizième siècle celui-ci était presque partout en décadence ; les abbés vivaient dans le luxe, les moines étaient ignorants, paresseux, peu scrupuleux dans leurs mœurs. Dans son ensemble l'institution ne répondait plus à aucun des besoins qui l'avaient fait naître. Les chartreux et çà et là des clunistes et des cisterciens étaient presque les seuls qui eussent gardé les principes des anciens temps.
Il est impossible de signaler ici tout ce qui a été écrit alors sur la dépravation des clergés séculier et régulier. En mettant à part les exagérations rhétoriques des prédicateurs et les sar-