I 90. L'INQUISITION
et le pape lui-même durent s'en plaindre. En 1483 le prieur des dominicains de Ségovie, Thomas de Torquemada, savant mais implacable, fut établi inquisiteur général ; toute l'œuvre fut concentrée entre ses mains; il envoya dans les grandes villes des commissaires délégués, munis d'instructions minutieuses et assistés d'espions et d'agents sous le nom de familiers du saintodice ; la procédure, réglée par les décrets des anciens papes, fut encore perfectionnée ; les évêques n'eurent plus le droit d'y intervenir, ils durent se soumettre au contraire à la surveillance de la police de la foi. De nombreuses condamnations jetèrent la terreur dans le pays ; les cortès protestèrent contre une juridiction qui violait les franchises publiques, le peuple se souleva ; en 1485 l'inquisiteur Pierre Arbues fut tué à Saragosse au milieu de l'église. Le pape, dont l'autorité était méconnue par cette inquisition royale, fondée par le saint-siège lui-même, chercha des expédients pour y mettre quelques bornes ; il dut céder aussi bien que les cortès. Le cardinal Ximenès, archevêque de Tolède, qui s'est illustré comme homme d'état et par la Bible polyglotte, entreprise sous sa direction, ternit sa gloire en acceptant en 1507 les fonctions de grand-inquisiteur et en les exerçant dans le même esprit que ses prédécesseurs Torquemada et Diégo Déza. En 1492 on avait banni tous les juifs, en 1502 tous les maures qui refusaient d'accepter le christianisme. Et ce n'est pas seulement contre les non-chrétiens qu'on défendait ainsi la pureté de la foi espagnole, toute opposition, même politique, était un crime punissable par le saint-office; les haines privées avaient beau jeu pour se satisfaire, il suffisait de dénoncer un homme pour le faire condamner 70. Ce régime devint fatal à l'Espagne, il la mit en dehors du mouvement
7" De 1483 à 1517, 13,000 personnes furent brûlées vives, 8700 brûlées en effigie, 109,720 soumises à des pénitences. Llorente, T. 4, p. 252.
390 IVe PEU. 1409-1517. CHAI1. IV. SECTES ET RÉFORMATEURS.
général de l'Europe, empêcha la renaissance des lettres, habitua le peuple à un despotisme fanatique, et retarda pour longtemps son émancipation.