LES VAUDOIS
pour montrer qu'il y a toujours eu lutte entre les bons et les méchants, et que ceux-ci, après avoir opprimé les bons, finiront par être châtiés par la justice divine72. Dans ce poème, ainsi que dans les autres écrits de la même période73, on retrouve les principes des vaudois des siècles précédents : la nécessité de taire pénitence, motivée par la brièveté de la vie ; le jugement final, ayant lieu aussitôt après la mort, sans purgatoire ; la confession, devant être faite à un prêtre, mais celui-ci n'ayant pas le pouvoir d'absoudre; la décadence du clergé, depuis que le pape Silvestre eut accepté les richesses offertes par Constantin ; la vie chrétienne, résultant de l'union de la foi et des œuvres, et les œuvres consistant dans l'observation des commandements du décalogue et dans la pratique des vertus évangéliques ; la pauvreté et le célibat, conditions de la vie religieuse par excellence ; les fidèles, distingués en trois classes : les contemplants ou parfaits, qui observent la pauvreté et le célibat ; ceux qui ne se vouent qu'au célibat et qui, de ce qu'ils gagnent par leur travail, ne gardent que le nécessaire pour leur subsistance en donnant le surplus aux pauvres; les gens mariés, qui s'appliquent à la vertu et qui élèvent leurs enfants dans la crainte de Dieu. En tout cela il y a encore des restes de tendances catholiques et même monastiques ; en outre, les vaudois admettent
71 Dans quelques copies et clans les éditions de la Nobla Leyczon il y a ce vers : ben ha mil e cent anz compli entièrement que fut écrite l'heure des derniers temps; on concluait de là que le poème était composé dans le cours du douzième siècle. Dans un manuscrit de Dublin on voit avant le mot cent une rature, mais on reconnaît sans peine les traces du chiffre GGGC ; dans une autre copie ce chiffre est conservé. L'ouvrage est donc du quinzième siècle.
73 Les principaux autres poèmes sont la barca, le novel confort, le novel sermon ; parmi les traités en prose nous en citerons un sur les vertus, un autre sur les tribulations; le vergier de consolation ; glosa pater, explication de l'oraison dominicale ; cantica, interprétation du cantique des cantiques; ce dernier morceau, publié par Herzog dans la Zeitschr. fur hist. Theol. 1861.
392 IV" l'Kli. I ii)'.)-ir,17. CIIAP. IV. SKCTKS KT KKFOUMA [ F1RS.
les sept sacrements et la transsubstantiation, ils vénèrent les saints et la reine du ciel, ils font pénitence au moyen de jeûnes et d'aumônes. Le christianisme n'est au fond pour eux. qu'une loi nouvelle, Jésus-Christ ne fut <r persécuté que pour avoir fait le bien ». .
Vers la fin du siècle ils vont plus loin. Ceux d'entre eux qui étaient établis en Bohème se mêlèrent aux hussites; leurs communautés se joignirent à l'Union des frères bohèmes. En 1&97, ces derniers, ayant appris qu'il existait en Italie et en France des hommes qui avaient en partie leurs croyances, envoyèrent à leur recherche deux de leurs pasteurs. Depuis lors il se noua entre les frères bohèmes et les vaudois romans des relations qui eurent pour résultat que ceux-ci se séparèrent de plus en plus du catholicisme. Ils écrivirent sur la nécessité de cette séparalion, sur les sacrements, sur les jeûnes, sur l'invocation des saints, sur le pouvoir des vicaires de Jésus-Christ, sur l'antéchrist, des traités où se reconnaît très manifestement l'influence de la confession hussite de Ikki 74. Ils firent même un catéchisme par demandes et réponses, le premier livre d'instruction religieuse pour les enfants que l'on connaisse sous cette forme73. Même dans ces écrits on trouve encore des traces de théologie scolastique, on cite des docteurs du moyen âge, on parle des sept dons du Saint-Esprit, on maintient les jeûnes et la pauvreté volontaire ; mais d'autre part les vaudois commencent à douter de la transsubstantiation et à demander le calice pour les laïques; sans se prononcer formellement contre les cinq sacrements
74 Le traité de la potesta doua a li vicaris de Christ n'est même en grande partie qu'une traduction du 10e chapitre du livre de Hus sur l'Eglise. Quelques-uns de ces écrits ont été publiés par Perrin, Hist. des Vaudois, P. 3, p. 253, et par Léger, T. 1, p. 61, où ils sont datés de 1120.
75 Las interrogations menors, chez Perrin, o. c. p. 157, et chez Zezschwitz, Die Katechismcn der Waldenser «ml bohmischen Brider. Erlangen 1863, p. 11.
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ajoutés au baptême et à la sainte-cène, ils disent que ces derniers sont seuls nécessaires ; ils rejettent le culte des saints, et distinguent entre la sainte église catholique formée des élus que Dieu seul connaît, et l'église composée des ministres et du peuple. Quand plus tard ils seront mis en rapport avec les réformateurs, ils briseront les derniers liens qui les rattachaient encore au système du moyen âge.
§ 92. Jean Hus.
En Bohème Jean Milicz et Matthias de Janow avaient préparé les esprits à une réforme. Leur œuvre fut continuée par Jean Hus, qui naquit le 6 juillet 1369 au bourg de Hussinec 76. Il fit ses études à Prague, où depuis 4381 on lisait les ouvrages de Wiclif, apportés par des jeunes gens qui avaient suivi les cours d'Oxford. En 1398 Hus devint professeur de théologie et en l/l02 prédicateur de la chapelle de Bethléhem, fondée par deux
70 Opuscula Johannis Huss, ed. Brunfels. Strasb. 1524, 3 vol. in-4°. — Historia et monumenta Joh. Hus atque Hieronymi Pragensis , Nuremb. 1558 et 1715, 2 vol. in-f°. Ces deux recueils contiennent plusieurs pièces faussement attribuées à Hus. — Bohmische Sehriften von Hus, herausg. von Erben. Prague 1865. — Predigt.cn (Postille) von Hus, aus dem Bôhmischen von Nowotny. Gôrlitz 1854 , 4 livr. — Briefe des J. Hus zu Konstanz, aus dem bôhm. Urtext ùbersetzt von Mikowec. Leipzig 1849.
Documenta Johannis Hus vitam, doctrinam, causam in concilio constantiensi actam. et controversias de religionc in Bohemia motas illustrantia, ed. Palacky. Prague 1866. — Seyfrid, De J. Hussi vita et scriptis. Iéna 1743, in-4°. — Von der Ilorst, De Hussi vita prœsertimque illius condemnati causis. Amsterd. 1837. — E. de Bonnechose, J. Hus et le concile de Constance. 2» éd. Paris 1846, 3 vol. , dont le 3« contient les lettres de Hus. — Gillet, The life and Unies of John Hus. Boston 1863, 3 vol. — Schindler, J. Hus. Prague 1872. — Hôfler, Magister J. H. und dcr Abzug der drutschen Professoren und Studenten. Prague 1864. — Zùrn, J. H. zu Constanz. Leipzig 1836. — Berger, J. H. und Kaiser Sigismund. Augsb. 1871. — Bôhringer, Die Vorreformatoren, T. 2, p. 106. — Krummel, Geschichte der bôhmischen B.e formation. Gotha 1866.
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laïques pour le culte en langue bohème; en même temps il devint confesseur de l'épouse du roi Wenceslas. Dans ses leçons à l'université il se rattachait à quelques-unes des idées de Wiclif, dans sa chapelle il prêchait contre les vices du clergé et du peuple. L'archevêque Zbynek le laissa faire; sur les représentations de Hus, il défendit même aux fidèles de sa province de se rendre à Wilsnak dans le Brandebourg, où l'on attirait des pèlerins par un faux miracle. Dans l'université Hus obtint pour la nation bohème l'égalité des voix avec la nation allemande, sur quoi celle-ci émigra en masse, étudiants et professeurs. En 17|09 les curés de Prague accusèrent Hus de prêcher des doctrines wicléfites; l'archevêque interdit alors la prédication dans les chapelles privées et demanda qu'on lui livrât les écrits de Wiclif. Hus et ses amis en appelèrent à Alexandre V ; celui-ci ayant envoyé l'ordre de brûler les livres du réformateur anglais, plusieurs centaines de copies furent jetées au feu. Hus en appela du pape mal informé au pape mieux informé, et l'université protesta contre la condamnation des traités de Wiclif.
Gomme malgré la défense de l'archevêque, Hus continuait de prêcher dans la chapelle de Bethléhem, Jean XXIII rejeta son appel et le cita devant son tribunal ; il refusa de s'y rendre et fut excommunié. C'est alors que commença sa lutte avec les pouvoirs de l'église. Le roi Wenceslas , la reine , la noblesse de Bohême, l'université et le peuple de Prague le soutenaient encore; l'archevêque lui-même se montra prêt à un accommodement, il consentit à ce que l'affaire fût soumise à des arbitres désignés par le roi ; Hus remit à ces juges une profession de foi qu'ils acceptèrent; ils invitèrent le prélat à informer le pape qu'aucune hérésie ne régnait en Bohême. Zbynek écrivit en effet à Jean XXIII qu'il s'était accordé avec Hus, et qu'il conviendrait d'annuler la sentence d'excommunication ; mais changeant d'avis, il ne fit pas partir sa lettre et quitta Prague. En 1442 la