DOCTRINE DE JEAN HUS
membres. Par rapport à l'église les hommes se partagent en quatre classes: ceux qui en font partie de nom et de fait, les prédestinés justifiés par leurs œuvres ; ceux qui ne lui appartiennent ni de fait ni de nom, les païens et les juifs ; ceux qui n'ont que le nom, les hypocrites ; ceux enfin qui sont des membres réels, bien qu'ils paraissent être en dehors, les vrais chrétiens injustement excommuniés. Le chef unique et suffisant de l'église universelle est Jésus-Christ, il communique la vie à ses membres; l'église forme son corps mystique et se trouve partout où existent des élus ; en temps de schisme elle est seule la véritable église neutre, il peut y avoir des fidèles sous l'obédience de chacun des papes. Hus n'est pas hostile à la papauté, il soutient seulement que la hiérarchie pontificale ne constitue pas toute l'église, elle n'en est qu'une partie. Le pape pouvant errer et pécher, il est téméraire de demander qu'on lui obéisse sans condition ; l'autorité souveraine en matière de foi est l'Écriture sainte; les doctrines des Pères et les bulles des papes ne sont obligatoires qu'en tant qu'elles s'accordent avec la Bible. Ce n'est pas sur saint Pierre que Jésus-Christ a bâti son église; par la pierre dont il parle, Matth. XVI, 18, il se désigne lui-même; s'il a fait de l'apôtre le chef, le capitaneus des premières communautés, c'est qu'il l'a trouvé particulièrement apte à les gouverner ; il est lui-même le fondement de Véglise, Pierre n'est que celui des églises. Quand un pape a la foi et les vertus de l'apôtre, on peut l'appeler son vicaire; quand il ne les a pas, il est le vicaire de l'anléchrist. Même un vrai pape n'a pas un pouvoir absolu sur les âmes; en donnant à Pierre le pouvoir des clefs, le Seigneur l'a donné en sa personne à l'église entière, non pour qu'il soit exercé par chaque membre indistinctement, mais pour qu'on le confie aux hommes les plus capables. Nul d'ailleurs ne peut être lié ou délié par un pape ou un prêtre; l'excommunication et l'absolution □ 'appartiennent qu'à Dieu. Les prêtres injustement excommu-
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niés ne manquent pas a leurs devoirs en continuant de prêcher la Parole de Dieu , tandis que ceux qui sont en état de péché mortel compromettent le pouvoir sacerdotal et n'ont pas qualité pour administrer les sacrements. Enfin, les princes et les seigneurs peuvent priver de leurs biens temporels les ecclésiastiques qui donnent du scandale par leur vie. Ces principes étaient ceux de Wiclif.
Dans la plupart des autres dogmes Hus est catholique orthodoxe, il croit au mérite des œuvres, à la transsubstantiation, au purgatoire, à l'efficacité des messes et des prières pour les morts, aux sept sacrements, k l'intercession de la Vierge et des saints. Quand à Prague on commença à donner la sainte-cène sous les deux espèces, l'impulsion n'était pas venue de lui, il était en prison ; il n'approuva cet usage qu'en voyant les arguments par lesquels le concile voulait le prohiber. S'il a écrit et prêché contre les vices du clergé et contre les abus de la cour de Rome, il n'a été que l'écho de beaucoup d'autres avant lui et de ses propres adversaires k Constance ; et s'il a dit que le pape peut errer et pécher, il n'a pas dit autre chose que ces mêmes adversaires qui, joignant la pratique k la théorie, ont déposé Jean XXIII k cause de ses mœurs. Il n'a été condamné que pour sa doctrine sur l'église ; la plupart de ses articles rejetés comme hérétiques ne se rapportent qu'à cette doctrine. Celle-ci a été un des fruits du schisme ; jusqu'alors les écoles s'étaient peu occupées de la question ecclésiastique ; maintenant que l'unité était rompue, non par le triomphe d'une secte, mais par la faute des papes, on se demanda où était l'église ; les uns crurent trouver la solution dans le système des conciles universels ; d'autres, pénétrant plus au fond du christianisme, remontèrent à Jésus-Christ comme seul chef véritable, et comme il ne peut être que le chef d'une église pure, ils arrivèrent k distinguer celle-ci de l'église telle qu'elle existait dans le monde. Pour les conciles la vraie église est celle
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qui est représentée par la hiérarchie, pour Hus comme pour Wiclif c'est la communion invisible des élus; les conciles s'attribuent le pouvoir qu'ils refusent au pape, Hus ne connaît d'autre souverain que Jésus-Christ ; les conciles croient être les dépositaires et les organes de la foi , Hus ne veut chercher la foi que dans l'Ecriture ; les Pères assemblés à Constance demandent qu'il se soumette à leur autorité, et il conteste l'autorité des hommes en matière religieuse. Le conflit entre lui et l'église a été celui entre la conscience chrétienne et l'autorité humaine. Comme théologien il est inférieur à Wiclif, moins indépendant de la tradition scolastique, mais il est resté fidèle jusqu'à la mort à la partie de vérité qu'il avait entrevue.
$ 94. Jérôme de Prague. Jacques de Misa. Les hussites jusqu'en 1419.
Jean Hus ne fut pas la seule victime des passions ecclésiastiques du concile de Constance ; onze mois après qu'il eut péri dans les tlammes, on dressa un second bûcher, pour son ami Jérôme de Prague 78 .
Jérôme, qui appartenait à une famille noble, fit d'abord des études à Oxford, où il adopta les principes de Wiclif. Revenu à Prague en J398, il se lia avec Hus et fut promu bachelier ès arts; il visita ensuite l'université de Paris, où. il devint magister, et celles de Cologne et de Heidelberg. En 1407 il était de retour dans la capitale de la Bohème; il resta laïque; comme maître ès arts et disputeur habile, il soutenait à l'université des thèses wicléfites, comme gentilhomme il répandait ses opinions parmi la noblesse et à la cour. En 1415, quand il eut appris
78 Helfert, Hus und Hier ony mus. Prague 1853. — Bôhringer, Vorreformatoren, T. 2, p. 200.
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l'emprisonnement de Hus, il se rendit à Constance dans l'intention de rendre témoignage en sa faveur ; comme il avait t'ait le voyage sans être muni d'un sauf-conduit, des amis lui conseillèrent de quitter la ville; il se rendit à Uberlingen, sur les bords du lac. Après avoir fait demander en vain des sauf-conduits à l'empereur et au concile, il fit allicher à Constance une déclaration, dans laquelle il sommait ceux qui lui reprocheraient d'être hérétique de prouver leur accusation; il viendrait pour se défendre librement et publiquement, prêt à se soumettre à toute punition si on pouvait le convaincre d'erreur en matière de foi. Le concile le cita, comme suspect, dans un délai de quinze jours, en lui promettant qu'il ne lui serait pas fait de violence, «sauf toutefois la justice et autant qu'il est en nous et que la foi orthodoxe le requiert ». Avant d'avoir pu recevoir cette citation. Jérôme avait quitté Uberlingen pour retourner en Bohême. En route il fut reconnu, arrêté et conduit à Constance. Hus ayant été brûlé le 6 juillet, plusieurs membres du concile pensèrent que c'était assez d'une seule victime. Cédant à leurs exhortations, malade, ébranlé par le supplice de son ami, Jérôme se laissa entraîner, le 7 septembre, à reconnaître l'autorité du concile et à rejeter les articles de Wiclif et de Hus qu'on avait condamnés, mais il ajoutait qu'il n'entendait pas nier les vérités que les deux réformateurs avaient enseignées. Le 23 septembre, circonvenu de mille manières, il fit une abjuration sans réserve; elle ne suffit pas aux membres du concile ; on voulut qu'il persuadât ses compatriotes de la légitimité de la sentence rendue contre Hus; il écrivit dans ce but une lettre, qui fut sa dernière faiblesse. En mai 1416, conduit devant l'assemblée pour subir un interrogatoire sur plus de cent articles, il rétracta son abjuration, demanda pardon à Dieu d'avoir commis ce péché, appela Hus un saint martyr et cita ses juges au tribunal de Dieu. Le 30 mai il fut condamné et brûlé au même endroit que Hus. A
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son bûcher et à celui de son ami s'alluma la guerre des hussites; l'occasion en fut la revendication du calice pour les laïques79.
Vers la lin de l'année ïb>\k un curé de Prague, maitre Jacques de Mies ou Misa, dit Jacobellus, commença à soutenir dans des disputations académiques que dans la sainte-cène les laïques doivent recevoir aussi le calice; il se fondait sur les paroles de l'institution du sacrement et sur des passages de quelques Pères; il exhorta le peuple par des sermons à revendiquer son droit, et il donna lui-même le calice à ses paroissiens7<Ja. Dans l'état de fermentation religieuse où se trouvait la Bohème, il eut bientôt un grand nombre d'adhérents. Quelques disciples de Hus eurent des doutes sur ce qu'ils croyaient être une innovation ; ils consultèrent leur maître, qui était alors à Constance; il leur écrivit qu'il peut être permis aux laïques de communier sous les deux espèces, bien que le Christ entier soit présent sous chacune des deux. A Prague les uns désiraient une déclaration plus catégorique, d'autres continuaient d'avoir des scrupules. Consulté de nouveau, Hus répondit cette fois que la communion double ressort clairement des paroles de Jésus-Christ et de saint Paul et qu'elle a existé dans l'église primitive; mais ne voulant pas de
79 Cochliius, Historiée hussitarum libri XII. Mayence 1549, in-f°. — Lenfant, Histoire de la guerre des hussites et du concile de Bâle. Amsterd. 1727, 2 vol. in-4"; supplément par Beausobre. Lausanne 1745, in-4°. — Theobald, Der Hussitcnkricg. Breslau 1750, 3 P. in-4°. — Gcschichtschreiber der hussitisclien Bewegung in Bohmen, herausg. von Hôfler. Vienne 185G, 3 vol. — Palacky, Die Gcschichte des Hussitenthums und Prof. Huiler. Prague 18G8. — Le même, Urkimdliche Bcitrâge zur Geschichte des Hussitenkriegs . Prague 1873, 2 vol. — Bezold, Konig Sigismund und die Reichskriege gcgen die Hussitcn. Munich 1872, 3 P. — Le même, Zur Gcschichte des Hussitenthums. Munich 1874. — Denis, Études d'histoire bohème, Hus et la guerre des hussites. Paris 1878.
79a Plusieurs traités de lui sur la communion chez Von der Hardt, T. 3, p. 416 et suiv. En tout le reste Jacques de Misa était catholique; on a de lui un écrit de purgatorio animarum, pour défendre ce dogme contre ceux qui le niaient. Walch, Monimenta medii œvi, vol. 1, fasc 3, p. 3.
changement brusque, il conseilla de faire des démarches pour obtenir une bulle donnant à ceux qui le demanderaient le droit de communier sous les deux espèces. Le concile, averti de ce qui se passait à Prague, défendit par un décret du 15 juin 1415 la communion sub utraqùe, et ordonna que la coutume de ne donner aux laïques que le pain, serait désormais une loi que nul ne pourrait enfreindre sans être tenu pour hérétique. Dans les derniers jours de sa vie, Hus invita ses amis à ne plus résister à Jacques de Misa; le concile, leur écrivit-il, n'a allégué qu'une coutume, et une coutume ne vaut pas contre l'intention de Jésus- Christ.
A partir de ce moment les nombreux partisans que Hus avait en Bohême et en Moravie parmi la noblesse, la bourgeoisie, les savants, le clergé, se groupèrent autour du curé de Prague ; le calice devint le symbole des hussites. Jusqu'alors il leur avait manqué un fait saisissable, qui pût leur servir de signe de ralliement; ils s'étaient attachés à Hus comme au défenseur d'une tendance plus libre, mais la seule doctrine par laquelle il se séparait du catholicisme, celle de l'église des élus, n'était pas de nature à devenir le principe constitutif d'une société religieuse nouvelle; il fallut à cet effet autre chose qu'une théorie, ce fut le calice qui remplit ce but; par lui le hussi Usine devint une puissance, et une puissance redoutable ; il ne s'agit pas seulement d'une controverse théologique entre docteurs; les laïques, glorieux d'avoir recouvré un droit que leur contestait l'église, le défendirent avec d'autant plus d'énergie qu'à la colère contre les prêtres s'allia l'antipathie nationale des Bohèmes hussites contre les Allemands papistes.
Quand le concile manda au clergé de Prague le supplice de Hus, en l'invitant à prendre des mesures pour extirper l'hérésie, la mort du maître fut ressentie comme un outrage à la nation. Le 2 septembre 1415, lors d'une diète tenue à Prague, 54 barons
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adressèrent au concile une lettre, dans laquelle ils lui reprochèrent d'avoir laissé tuer Hus et emprisonner Jérôme ; ils repoussèrent l'inculpation [d'hérésie et déclarèrent que, « nonobstant toutes ordonnances humaines», ils soutiendraient les prédicateurs qui annonçaient la Parole de Dieu, et qu'ils les protégeraient et défendraient « sans crainte , jusqu'à l'effusion du sang ». Trois jours après, la diète fit une ligue pour six ans en vue de la défense de la pure doctrine; les barons s'engagèrent à laisser prêcher celle-ci dans les églises de leurs domaines ; si un prêtre répand des erreurs, ils le déféreront au jugement de son évêque; si un évêque, au contraire, accuse ou punit un prêtre innocent, ils porteront l'affaire devant la faculté de théologie de Prague; quelqu'un voudra-t-il empêcher la libre prédication de l'Évangile, ils lui résisteront, en cas de besoin même par la force ; ils défendirent enfin à leurs curés de se soumettre à d'autres excommunications que celles de leurs évêques. Tls ajoutèrent, il est vrai, comme ils l'avaient fait aussi dans leur lettre au concile, qu'ils reconnaîtraient le pape légitime dès qu'il y en aurait un, et qu'ils lui obéiraient en tout ce qui est juste, honnête, conforme à la raison et à la loi divine. Pas plus que Hus, ils ne voulaient se séparer de l'église catholique, mais on voit leur dessein de former une église nationale, pour la défense de laquelle ils menacent déjà de recourir à la force.
Au point où en étaient venues les choses, la promesse de reconnaître le pape futur, sincère sans doute, mais accompagnée de conditions inadmissibles pour les représentants de l'autorité, ne tarda pas à perdre toute signification. Le concile ouvrit la lutte contre « l'hérésie bohème» en citant les barons devant son tribunal; nul ne vint. Le supplice de Jérôme augmenta l'exaspération ; Hus et lui furent vénérés comme martyrs nationaux, on (it en leur honneur des cantiques, à Constance on creusa le sol à la place où s'étaient élevés leurs bûchers pour en emporter des
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parcelles de terre. Le 10 mars 1417 l'université de Prague ellemême se prononça pour la communion sous les deux espèces. Gerson opposa à cette résolution un traité, dont les arguments ne sont remarquables que par leur faiblesse80; en tète il y a celte phrase : « Le saint concile général , vu sa détermination qui a force de chose jugée, doit invoquer contre ces hérétiques l'appui du bras séculier, plutôt que de discuter avec eux. » Le concile, adoptant cet avis, publia vingt-quatre articles, citant à comparaître les principaux membres du clergé hussite, ordonnant une «réforme» de l'université de Prague, exigeant une abjuration individuelle de tous les laïques qui avaient communié sous les deux espèces, prescrivant la destruction des livres de Wiclif, de Hus, de Jacques de Misa, ainsi que celle des cantiques en mémoire des deux martyrs, demandant entin la dissolution de la ligue des seigneurs et le châtiment des fauteurs de l'hérésie. Des légats, envoyés par le nouveau pape Martin V, déployèrent une rigueur qui ne servit qu'à exciter les esprits encore davantage. Le roi Wenceslas était trop faible pour prendre parti dans ce grand débat; tantôt il voulut ménager à la fois les catholiques et les hussites, tantôt réprimer ceux qui lui semblaient aller trop loin. Dans ces circonstances, Nicolas de Hussinec, seigneur du village natal de Hus, et Jean de Trocznow dit Ziska, un des chambellans de Wenceslas, se mirent à la tète des hussites, pour venger Hus et Jérôme et pour défendre le droit au calice. Dès le 30 juillet 1419 Ziska vint avec une troupe armée à Prague, et fit mettre à mort ceux des membres du magistrat qui s'étaient opposés à ce qu'on portât solennellement le calice à travers les rues. Quinze jours après mourut Wenceslas ; la couronne de Bohème échut à son frère, l'empereur Sigismond. Le pays fut livré à l'anarchie; les hussites eux-mêmes se divisèrent.
s" Contra hœresim de communione laicorum mb utraque, écrit le '20 août 1417. Opéra, T. 1. p. 463.
g 95. LES HUSSITES JUSQU'EN 1 136.
§ 95- Les hussites jusqu'en 143b. — Calixtins et taborites.
Il se forma parmi les hussites deux partis, l'un plus conservateur, l'autre plus radical et plus exalté. Le premier, qui n'allait pas au delà de Hus et de Jacques de Misa, fut le parti des seigneurs qui avaient conclu la ligue de 4 M 5; l'université de Prague en devint le centre théologique, le magistrat de cette ville le centre politique. Il formula ses principes en quatre articles, dits de Prague : la libre prédication de la Parole de Dieu, la communion sous les deux espèces, la renonciation du clergé aux biens temporels et son retour à la vie apostolique, la punition par la justice séculière des péchés mortels commis publiquement par des laïques ou par des prêtres. Ces quatre articles furent publiés au nom du magistrat et de la cité de Prague en latin, en bohème et en allemand, avec la déclaration qu'on les défendrait jusqu'à la mort. A cause du calice ou de la communion sub utraque les membres de ce parti reçurent le nom de calixtins ou utraquistes.
L'autre parti, dont le chef était Ziska et le centre la ville de Tabor 81 , fut appelé celui des taborites. Il acceptait les quatre articles de Prague, mais comme n'exprimant que le minimum de ses exigences. Les calixtins, qui maintenaient ce qui est prescrit par la Bible, conservaient aussi ce qu'elle ne défend pas ; les taborites rejetaient tout ce qui ne peut pas se justitier par un commandement formel de l'Ecriture. En 1^20 ils tirent une sorte de profession de foi en quatorze articles essentielle-
sl Tabor était une ville fortifiée, établie par Ziska sur une colline près de Béchin , où les hussites avaient eu coutume de se réunir en un camp et de célébrer leur culte sous une tente. Le mot tabor, qui sous diverses formes se rencontre dans presque toutes les langues slaves, signifie entre autres camp, cabane, bâtiment fortifié près de l'entrée d'une ville.
ment négatifs : abolition des traditions humaines, des cérémonies et des coutumes liturgiques, de l'invocation des saints, des messes pour les morts, des jeûnes, de la confession auriculaire, des reliques, des images, des missels, des vases sacrés, des habits sacerdotaux ; il est même dit qu'étudier les arts libéraux est faire acte de paganisme. Dans une conférence, tenue la même année avec les calixtins, ils produisirent encore d'autres doctrines, savoir qu'il faut exterminer les ennemis de Dieu, que le culte peut être célébré partout, aussi bien en plein air que dans un bâtiment fermé, que Jésus-Christ n'est pas présent substantiellement dans la cène, que le pain et le vin ne sont que des signes. Dans un parti professant de pareils principes il était naturel de rencontrer des enthousiastes extravagants; il y en eut qui, revenant aux rêveries apocalyptiques, annoncèrent la tin prochaine du monde; d'autres reprirent les opinions de la secte du libre esprit, conservées dans le pays par quelques beghards; pour figurer l'état d'innocence, ils renoncèrent à toute espèce de vêtement ; ils reçurent le nom d'adamites et furent dispersés par Ziska lui-même en 1421.
Les calixtins étaient nombreux parmi les savants et les nobles; les taborites se recrutaient parmi la bourgeoisie des villes et les populations de la campagne. Le 5 août 1421 ils transmirent aux calixtins douze articles devant servir de base à un accord ; ces articles révèlent une nouvelle face de leur esprit puritain; ils demandent l'interdiction du luxe, des banquets et des tribunaux jugeant d'après le droit civil; en outre les calixtins étaient invités à supprimer les couvents, les églises inutiles, les autels, les images, les vases précieux, « tout ce qui sert à entretenir l'idolâtrie et la simonie». Les calixtins ne purent entrer dans ces vues; les deux partis restèrent séparés; ils ne se rapprochèrent que devant le danger commun, et encore le rapprochement ne dura-t-il qu'aussi longtemps que dura la guerre.