LES HUSSITES JUSQU'EN U3G
L'empereur Sigismond était haï de tous les hussites, pour n'avoir pas tenu sa parole à Hus. Dès le lendemain de la mort de Wenceslas les taborites commencèrent à Prague et ailleurs à dévaster des églises et des couvents et à maltraiter des prêtres catholiques. Sigismond ne pouvait espérer de gagner un parti aussi violent, tandis que par la modération il aurait pu réussir à être reconnu comme roi par les calixtins. Mais à la diète de Béraun il refusa de leur accorder les quatre articles, et annonça qu'il gouvernerait la Bohême, comme l'avait fait son père Charles IV, qu'on avait appelé le roi des prêtres. Martin V avait déjà excommunié les hussites et envoyé un légat pour organiser une croisade contre eux. Une armée allemande marcha contre Prague; les deux partis, calixtins et taborites, s'unirent pour la défense de leur patrie et de leur cause. Une diète, réunie en juillet 1421 à Czaslaw, sanctionna de nouveau les quatre articles, prit rengagement de ne pas reconnaître Sigismond, et institua un conseil de vingt membres pour administrer le royaume «pendant la vacance»; un de ces membres fut Ziska. Quand Sigismond voulut négocier avec la diète, elle lui opposa les griefs de la Bohême, dont les principaux étaient la violation du sauf-conduit de Hus et le consentement donné par le roi à la bulle d'excommunication et à l'invasion du pays. Tout arrangement était impossible; la guerre fut continuée, à la fois guerre de religion et guerre de race. Après la mort de Ziska, en l/i2/i, les taborites se partagèrent; les uns prirent pour chef l'ancien moine Procope, surnommé le Grand; les autres, ne croyant pas qu'un capitaine comme Ziska pût être remplacé, s'appelèrent les orphelins et mirent à leur tète un conseil, dans lequel Procope, dit le Petit, eut la première place. La guerre dura onze ans ; trois armées de croisés, c'est-à-dire de mercenaires, lurent successivement mises en déroute par les Bohèmes, qui pénétrèrent même dans les pays voisins.
lin IV' PÉR. 1409-1517. GHAP. IV. SECTES ET RÉFORMATEURS.
Le concile de Baie comprit qu'une nation qui combattait pour sa liberté pouvait difficilement être vaincue par la force82. Son président, le légat Julien Gésarini, avait assisté à la dernière croisade et fui devant les hussites jusqu'à Nuremberg. Le 15 octobre 1431, malgré l'opposition d'Eugène IV, le concile les invita à envoyer des députés, qui auraient toute liberté d'exposer leurs opinions. Cette première démarche échoua contre la méfiance inspirée par la conduite du concile de Constance et de l'empereur Sigismond ; elle fut suivie d'une seconde, renouvelant la promesse de sécurité, «promesse sincère et non illusoire);. Pour dissiper les appréhensions des hussites, le concile députa auprès d'eux quelques-uns de ses membres pour leur accorder un sauf-conduit tel qu'ils le demandaient: ils auront liberté entière de séjourner à Bâle et de traiter avec l'assemblée ; ils pourront célébrer leur culte dans les maisons qu'ils habiteront; il leur sera loisible de défendre leurs quatre articles soit en particulier, soit en public, par le témoignage de l'Ecriture et des Pères ; le concile ne permettra pas qu'on prêche contre ces articles ; il fera bonne justice de ce qui pourrait être tenté en violation du saufconduit, et fournira aux députés une escorte, au retour, jusqu'à la frontière.
Cette offre du concile de traiter avec les hussites comme avec une puissance indépendante, était un fait nouveau dans l'histoire de l'église; pour amener ce résultat, il avait fallu, outre une nécessité bien impérieuse, l'esprit même qui animait l'assemblée. En janvier 1432 les députés bohèmes arrivèrent à Bàle ; à leur tète étaient, du côté des calixtins le prêtre Jean Rokyzana, et du côté des taborites Procope le Grand. Rokyzana, homme instruit et disert, exposa que l'unique moyen d'accommodement
SJ V. diverses relations sur les négociations du concile avec les hussites dans le T. i des Monumenta mentionnés au § 92, noie 9.