‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 201 sur 215 · LA RENAISSANCE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE EN ITALIE

philosophies diverses, leurs principes moraux et politiques ; on les trouve plus humains, plus capables de développer l'homme que ne l'étaient les docteurs modernes; on ne veut plus s'occuper que des studio, humanitatis, des litterœ humaniores; on méprise les lilterœ divinœ, à cause du langage barbare et de la philosophia korrida de leurs interprètes; on oublie la différence des religions, on habille les sujets chrétiens des vêtements de la mythologie, on imite même les païens dans leurs mœurs. Le Pogge, secrétaire pontilical, élève du Grec Manuel Ghrysoloras et qui, témoin du supplice de Hus, admira son stoïcisme, chercha en Suisse et en rapporta des manuscrits de classiques latins, mais se distingua par ses débauches et composa un recueil de facéties peu édifiantes. Le lecteur se souvient sans doute que le très lettré Enée Silvius, le futur pape Pie II, n'avait pas été dans sa jeunesse un modèle de vertu.

Les nouveaux littérateurs ont soin de respecter l'église; tout en restant indifférents aux dogmes, ils se gardent de les discuter; ils agitent des problèmes, qui ne semblent être que philosophiques. Les uns, découragés à la vue de la situation de leur patrie, professent un fatalisme qui chez plusieurs va jusqu'au pessimisme. D'autres mettent en doute l'immortalité de l'âme; en 4513, au concile du Latran, Léon X publia une bulle pour défendre cette croyance contre ceux qui la niaient; peu d'années après, le philosophe sceptique Pierre Pomponace, qui distinguait en l'homme deux sortes de raison, l'une spéculative, l'autre pratique, et qui admettait que les deux peuvent être très légitimement en désaccord, fit paraître un traité où il soutenait que l'âme est immortelle selon la doctrine de l'église, mais qu'elle ne l'est pas selon les meilleurs philosophes91.

91 De immortalitatc animât. Bologne 15 1G. Bien que Pomponace déclarât dans ce traité qu'il s'en rapportait plus à saint Augustin qu'à Aristote, il fut poursuivi comme hérétique ; l'affaire ayant été portée devant Léon X, celui-ci déclara que le livre du philosophe n'était ni hétérodoxe ni immoral.

Quelques érudits appliquèrent, avec un meilleur droit, leur critique à des questions d'histoire. Le Romain Laurent Va lia démontra l'inauthenticité de la donation de Constantin et ne put croire à l'origine apostolique du symbole des apôtres; mais ne prenant le christianisme que pour une loi et les évangélistes que pour des historiens, il réduisit la religion à un rationalisme assez superficiel 92. Il est enfin des savants auxquels les doctrines chrétiennes paraissent insuffisantes, ils se proposent de les embellir et de les compléter par des emprunts faits à la philosophie grecque et même aux spéculations des juifs. On forma ainsi un syncrétisme rattaché au système de l'église, mais qui n'avait de chrétien que le nom. Vers le milieu du quinzième siècle, Côme de Médicis fonda à Florence une académie platonicienne, dont le membre principal, le prêtre Marsile Ficin, traduisit en latin les ouvrages de Platon et ceux de plusieurs néo-platoniciens ; dans ses propres écrits théologiques il mêla les théories de ces philosophes aux dogmes orthodoxes 9â. Le prince Jean Pic de la Mirandole, l'oncle de l'apologiste de Savonarole, combina Jésus- Christ, Platon, Aristote et la Kabbale9'1.

Ces tendances diverses se partageaient l'Italie; elles allaient de pair avec la licence des mœurs; païens dans la pensée, la plupart des humanistes l'étaient plus franchement encore dans leur vie. Cela n'empêchait pas ces libres-penseurs d'être aussi superstitieux que le peuple; il croyaient à des prodiges, à de

92 Valla (mort 1457) ne se contenta pas de prouver la fausseté de la donation de Constantin ; il fit une application pratique de sa démonstration, en concluant que si le pape cessait d'être vicaire de César pour n'être que vicaire de Jésus-Christ, il serait vraiment le père de l'église ; en d'autres termes il conclut à l'abolition du pouvoir temporel. — Opéra. Bàle 1540, in-f°. — Vahlen, Lorenz Valla. Berlin 1870.

93 La meilleure édition de ses œuvres est celle de Paris 1642. 2 vol. in-f '".

94 Parmi les éditions de ses œuvres nous citerons celles qui contiennent aussi les écrits de son neveu Jean-François, qui a été un peu plus biblique et moins platonicien. Bâle 1573 et 1661, 2 vol. in-fol.

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