‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 204 sur 215 · I LOI. L'HUMANISME ALLEMAND · texte numérisé non relu

I LOI. L'HUMANISME ALLEMAND

d'une autorité incontestée; avec un orgueil qu'il ne cachait pas, il accueillait les témoignages d'admiration que lui prodiguaient les princes, les cardinaux, les papes. Sans beaucoup de caractère, moins catholique que les humanistes alsaciens, mais plus prudent que les poètes, il sauvait les apparences de la foi orthodoxe en se retranchant derrière des allégories. On n'a pas de meilleur document pour apprécier ses opinions religieuses qu'un petit livre, qu'il composa en 150J , qu'il publia pour la première fois en 1509 et dont en 1518 il fit une nouvelle édition sans y changer une ligne ; c'est son Enchiridion militis christiani 105 : la vie du chrétien est un combat incessant contre le mal ; l'arme qui donne la victoire est la Bible; pour comprendre celle-ci, il ne faut s'adresser « ni aux sententiaires, ni aux summulaires », qui ne s'arrêtent qu'au sens littéral ; la lettre tue, c'est l'esprit seul qui vivifie; on trouve cet esprit en s'aidant des anciens poètes, qui sont tous allégoriques, et des philosophes platoniciens qui ont « des manières de parler s'approchant de la figure prophétique ou évangélique» ; parmi les Pères il convient de choisir ceux qui s'éloignent le plus de la lettre, notamment Origène ce qui en cette partie est le principal » ; les théologiens nouveaux, au lieu de sonder les mystères, s'amusent à des argumentations sophistiques; ils ne connaissent qu'Aristote, ils

1758, 2 vol. — Erasmi silva carminum. Gouda 1513. Reproduction photolithogr. avec notice sur lu jeunesse et les premiers travaux d'E., par Ruelens. Bruxelles 1864. — Mûller, Leben des E. von Rotterdam. Hamb. 1828. — Sticliard, Er. v. Rott. Leipzig 1870. — Durand de Laur. Érasme, précurseur et initiateur de l'esprit moderne. Paris 1872. 2 vol. — Drummond , Er., his life and character. Londres 1873. 2 vol. — Feugère, Érasme. Paris 1874. — G. Vischer, Erasmiana. Bâle 1876, in-4°.

105 Érasme écrivit cet ouvrage en 1501 pendant un séjour à Saint-Omer; en 1509 il le publia avec quelques autres traités, sous le titre commun de Lucubratiunculœ , Anvers, Théodore Martin, in-4°. Ces Lucubrat lurent réimprimées à Strasbourg en 1515, et plusieurs fois. En 1518 Érasme fit de Y Enchiridion une édition définitive, précédée d'une longue épître dédicatoire à Paul Voltz. Bâle, Frobénius, in-4°.

ne savenl rien ni d'Homère ni de Platon106. Le mystère qu'Erasme cherche dans la Bible est l'accord de celle-ci avec la sagesse de l'antiquité; ce que le Nouveau Testament appelle esprit et chair, les philosophes le désignent par les termes de raison et de passion. Les règles pratiques que contient le Manuel du chrétien sont appuyées de passages bibliques et de sentences païennes; les héros et les sages sont les modèles principaux. On ne s'aperçoit guère d'une différence entre la morale chrétienne et celle de l'antiquité.

En appliquant le principe qu'il faut s'attacher à l'esprit plutôt qu'aux choses extérieures, Erasme se prononce naturellement contre les superstitions et contre certaines coutumes du catholicisme 107 ; mais tout aussi naturellement il demande le maintien de ces coutumes, qui servent aux commençants « d'aides de la pieté»; on les conserve même quand on n'en a plus besoin, afin de ne pas blesser les faibles. Si des réformes sont désirables, c'est aux papes et aux princes à les entreprendre ; les autres chrétiens, prêtres et laïques, n'ont pas k toucher à l'ordre établi ; il faut éviter les tumultes, il vaut mieux tolérer des chefs mauvais, que d'aggraver le mal par des changements violents.

Érasme, en somme, a été un philosophe humaniste qui, pour ne pas compromettre sa gloire et son repos, a traité la religion de la majorité avec une déférence respectueuse et s'est accommodé à ses cérémonies. Ce jugement n'est pas infirmé par ses travaux sur le Nouveau Testament ; en 1516 il donna la première édition du texte original, auquel il joignit une traduction latine fort élégante et des annotations dont beaucoup

100 II faut remarquer que les humanistes avaient adopté l'opinion de quelques anciens commentateurs que l'Odyssée était un poème allégorique ; les pérégrinations d'Ulysse étaient ses erreurs,

107 Dans son Éloge de la folie, écrit en Angleterre en 1508, il se raille des prêtres, des moines, des théologiens scolastiques.

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