LE CULTE
sang du Christ, et que le sacrifice doit se renouveler tous les jours parce que tous les jours on commet des péchés. En principe la messe n'était complète que par l'assistance des fidèles ; niais à mesure qu'on exalta la vertu du sacrement, on fut conduit à penser qu'il peut être offert sans la participation des laïques, le prêtre étant le sacrificateur au nom et à la place du peuple. De là l'usage des messes privées; désapprouvées encore par les conciles de Mayence de 813 et de Paris de 829, elles devinrent une coutume générale, justifiée par les théologiens.
Sous Charlemagne et Louis le Débonnaire l'église franque, comme nous le dirons plus loin, professa sur les images et les reliques des opinions plus saines que celles qui avaient prévalu en Orient et qui régnaient aussi en Italie. Elles ne se maintinrent point. Il fallait aux hommes de cette période des objets sensibles pour leur culte. La tradition artistique favorisa cette tendance presque païenne. On continua de reproduire certaines images, qui dans l'origine n'avaient eu qu'un caractère symbolique, et que désormais on prit pour des représentations de la réalité. En voyant par exemple Dieu le Père sous forme humaine, on se persuada qu'il avait en effet le corps d'un homme. Quand au dixième siècle l'évêque Rathérius de Vérone en fit un reproche au clergé de Vicence, on lui répondit: «Que feronsnous hélas? jusqu'ici nous avons cru savoir quelque chose de Dieu, maintenant il nous semble qu'il n'existe pas, car comment existerait-il s'il n'a pas de tête30? »
Chaque église désirait posséder des reliques de quelque saint. On rapporte que, pour s'en procurer, des moines et des évêques en dérobèrent; on parle même déjà de fausses reliques. Le neuvième et le dixième siècle sont les temps oii l'on compose le plus de légendes; on ajoute aux faits historiques des saints soit des
Sermo I de quadragesima, chez d'Achéry, Spicilegium, T 1. p. 388.