I« PÉR. 771-1073. CHAP. IV. MONACHISME
chorum. Ce n'était au fond que la règle de saint Benoît, renforcée par quelques pratiques assez minutieuses33. Comme elle ne supprimait pas les causes qui menaçaient de décadence les institutions monastiques, elle n'eut pas de résultats durables. Ces causes étaient l'accroissement des richesses et le défaut de surveillance sur des couvents indépendants les uns des autres. Benoît d'Aniane, que Louis le Débonnaire avait chargé de cette surveillance sur les monastères de l'empire franc, mourut en 821 sans avoir en cette mission de successeur. Aussi l'ancien désordre ne tarda-t-il pas à reparaître.
De même que les évêques, les abbés, possédant de vastes propriétés territoriales et jouissant de l'immunité, étaient devenus des vassaux plus occupés de leurs intérêts temporels que du maintien de la règle. Benoit de Nursie, qui n'avait pas pu prévoir le grand succès de son œuvre, n'avait songé ni à une association des couvents ni à l'institution d'une autorité supérieure. 11 est vrai que le Mont-Cassin jouissait d'une considération particulière, et qu'à son abbé on donnait volontiers le titre d'abbé des abbés; il est vrai aussi que quelques monastères plus anciens avaient sous leur dépendance d'autres couvents, qu'ils avaient fondés comme autant de colonies. Mais il n'existait ni gouvernement central, ni moyen de se concerter sur des intérêts communs. Chaque abbé régissait sa maison comme il l'entendait, bien ou mal, suivant ses dispositions personnelles. Légalement les évêques avaient sur les établissements monastiques la même juridiction que sur les paroisses laïques ; mais quand le pouvoir territorial de l'abbé était supérieur à celui de l'évêque de son
33 Capitularia, ed . Baluze, T. 1, p. 579. — Benoit fit un recueil des anciennes règles monastiques de l'Orient et de l'Occident, Codex regularum, chez Holstenius, T. 1, et une Concordia regularum, Paris 1G38, in-4°, destinée à prouver que toutes les règles s'accordaient au fond avec celle de Benoît de Nursie. — Histoire litt. de la Fiance, T. 4, p. 447.