‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 37 sur 215 · PÉR. 77 1- 1 073. CHAI'. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES · texte numérisé non relu

PÉR. 77 1- 1 073. CHAI'. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES

«m**, qui ne restèrent pas sans utilité. Raban Maur embrasse tout, depuis les arts libéraux jusqu'à la prédication et à la cure d aines ; les deux autres décrivent et expliquent les cérémonies liturgiques.

Ce qui vient d'être dit ne suffit pas pour caractériser la théologie du neuvième siècle. Elle a été plus vivante qu'on pourrait le croire en ne considérant que les ouvrages didactiques; le réveil des esprits se manifeste par quelques controverses, en partie très animées, sur diverses questions de dogme.

§ 14. L'église lïanque et les images.

Le culte des images, qui au huitième siècle avait provoqué en Orient des luttes si violentes, était profondément enraciné en Italie; en France il l'était beaucoup moins. En 7G7 la question fut traitée avec des ambassadeurs grecs dans une réunion à Gentilly, mais on ignore dans quel sens. Après le concile de Nicée de 787, qui avait rétabli la vénération des images, l'impératrice Irène envoya au pape Adrien Ier les canons de cette assemblée, et Adrien les transmit à Gharlemagne. Celui-ci, au lieu de les promulguer, les fit soumettre à un nouvel examen ; son bon sens et l'esprit éclairé de ses savants se refusèrent à céder aux arguments des Orientaux. Pour réfuter les canons de Nicée, le roi fit composer un ouvrage, connu sous le titre de libri carolini, et dans lequel il est introduit comme parlant luimême47. Il combat à la fois les iconoclastes et les iconolàtres.

46 0. c., T. 14, p. 934. — Hist. litt. de la France, T. 4, p. 531.

47 Libri carolini, éd. Eli Phili. (Paris) 1549, in-16. L'éditeur, caché sous le pseudonyme Elias Philyra, est Jean du Tillet, plus tard évêque de Saint-Brieux, puis de Meaux. La meilleure édition est celle de Heumann, Augusta concilii nicœni II censura hoc est Caroli magni de impio imayinurn cul tu libri IV. Hanovre 1731. Un texte moins bon, dans la Patrologie de Migne , T. 98. Tandis que beaucoup de savants catholiques ont accepté l'ouvrage comme authentique, d'autres l'ont rejeté, en dernier lieu Floss, Dr suspecta librorum

I 14. L'ÉGLISE l'RANQUE ET LES IMAGES.

Aux premiers il reproche de ne pas comprendre l'utilité des images comme ornements et comme moyens d'instruire le peuple, mais il convient qu'en les brisant ils n'ont pas agi par impiété, ils n'ont été poussés que par un zèle irréfléchi. Il se prononce avec bien plus d'énergie contre les iconolâtres et contre la prétention de «l'inepte» concile de Nicée de vouloir passer pour oecuménique. Dieu seul doit être glorifié et adoré ; les saints ont droit à notre vénération, mais leurs images ne méritent pas de culte; il est indifférent pour la foi qu'il y en ait ou qu'il' n'y en ait pas dans les basiliques. La vraie image du Christ lui-même se trouve dans l'Ecriture, elle se réfléchit dans l'âme des fidèles. Les hommes instruits peuvent éviter la superstition, mais les ignorants ne résistent pas à la tentation d'adorer l'objet matériel qui frappe leurs regards; cette adoration doit donc être interdite. Tous ces principes, appliqués aussi aux reliques des saints, sont représentés comme fondés sur la tradition apostolique, c'est-àdire sur celle du siège apostolique, mais l'auteur a soin de distinguer l'autorité de ce siège de ce qu'il appelle l'ambition romaine; tout en reconnaissant la primauté de l'évêque de Rome et le devoir de toutes les églises de le consulter dans les choses de la foi, il veut qu'on ne recoure à lui qu'après Jésus-Christ, post Chrisbum.

Charlemagne envoya le traité au pape Adrien, qui répondit que, conformément aux décrets de ses prédécesseurs, il fallait prononcer l'anathème contre les adversaires de la vénération des images. Sans s'arrêter à cette menace, le roi tint en 794 un concile à Francfort qui, malgré la présence de deux légats romains, rejeta les canons de Nicée ainsi que Yadoratio et servitium imaginum.

carolinorum fuir. Bonn 1861 , in-4° ; cet auteur convient toutefois que la question reste discutable. Dans la nouvelle édition de l'Encyclopédie de llerzog, T. 7, p. 535, Wagemann met l'authenticité hors de doute.

60 l" PÉR. "71-1073. CHAH. V. THÉOLOGIE ET CONTRO VEHSES.

Après la nouvelle réaction en Orient en faveur des iconoclastes, l'empereur Michel le Bègue fit partir deux ambassades, l'une pour Rome, l'autre pour la France; il désirait une conciliation. En 825 un concile tenu à Paris se déclara, en blâmant le pape, à la fois contre les détracteurs des images et contre leurs adorateurs; en prenant cette position moyenne, les évoques francs restèrent fidèles à l'idée de Grégoire le Grand , que les images sont utiles pour l'instruction de ceux qui ne savent pas lire; ils conseillèrent à Louis le Débonnaire de témoigner au pape et aux Grecs les mêmes égards, dans l'espoir de les amener à une entente. Celle-ci n'eut pas lieu; d'autre part il n'y eut pas de rupture entre Rome et l'église franque, bien que celle-ci, pendant presque tout le neuvième siècle, persistât dans son attitude; les papes n'osèrent pas traiter les empereurs d'Occident comme ils avaient traité ceux de Byzance.

En France deux hommes surtout se sont distingués par la vigueur avec laquelle ils ont combattu l'iconolàtrie et en général toutes les superstitions : c'est Agobard, archevêque de Lyon, mort en SM, et Claude, évêque de Turin, mort vers 840, tous les deux d'origine espagnole et au nombre des plus savants théologiens du temps48. Ils ont protesté contre les images en ellesmêmes, par la raison que le peuple n'est pas capable de distinguer entre l'adoration et une simple vénération. Claude prêcha contre tout culte rendu à des objets sensibles, et fit enlever les images des églises de son diocèse ; dans ses commentaires sur divers livres de la Bible il va jusqu'à contester l'intercession des saints, le mérite de la vie monastique et des pèlerinages à Rome,

43 Agobardi opéra, ed. Baluzius. Paris 1666, 2 vol. in-f». — Hist. litt. de la France, T. 4, p. 567. — Claudii Taurinensis opéra. Patrol. de Migne, T. 104. 105. Rudelbach, Claudii Taurinensis ineditorum opcrum specimina, Copenhague 1824. — Hist. litt. de la France, T. 4, p. 223. Oudin, comment, de scriptoribus ecclesiœ antiquis, T. 2, p. 29. — G. Schmidt, Claudius von Turin. Zeitschr. fur hist. Theol., 1843.

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