LA PROCESSION DU SAINT-ESPRIT. L'ADOPTIANISME
le pouvoir suprême du pape. Il ne fut pas poursuivi; Pascal Ier se borna à lui adresser un blâme, Louis le Débonnaire fit désapprouver un de ses traités, mais il put rester à son poste ; il ne fut engagé que dans une controverse littéraire avec Jonas, évêque d'Orléans49, et Dungal, professeur à Pavie50.
§ 15. La procession du Saint-Esprit. — L'adoptianisme.
Depuis le concile de Constanlinople de 381 on croyait en Orient que le Saint-Esprit ne procède que du Père; dans l'église latine on admettait qu'il procède à la fois du Père et du Fils, a paire filioque. Cette opinion trouva place dans le symbole dit d'Athanase, qui fut rédigé probablement en Espagne et qui n'est pas mentionné avant le septième siècle. Ce symbole fut aussi adopté en France. A propos d'une discussion entre des moines français de Jérusalem et des Grecs, la question dogmatique du filioque fut portée devant le concile d'Aix-la-Chapelle de 809, sans qu'on sache ce qui fut décidé. Il paraît que l'assemblée se prononça pour la doctrine, car Charlemagne fit exprimer à Léon III le désir de la voir comprise dans le symbole de Constantinople; tout en approuvant la doctrine, le pape s'opposa à une modification de la confession de foi. Il semble que dans cette question il ne se fût agi que d'une subtilité peu importante, mais on peut se rendre compte de l'intérêt qu'on y a attaché; une fois que la théologie eut admis l'égalité du Père et du Fils, le filioque était indispensable pour empêcher d'établir entre eux une différence de dignité. La formule devint une des causes qui amenèrent le schisme entre l'Orient et l'Occident.
49 De cultu imaginum. Bibl. Patrum maxima, T. 14, p. 1G7. — Hist. litt. de la France. T. 5, p. 29.
50 Rcsponsa contra perversas Claudii sententias. Bibl. Patrurn max. T. 14, p. 223. — Hist. litt. de la Fr., T. 4, p. 493.
62 !"■ PÉR. 77 1-1(173. Cil A I'. V. THÉOLOGIE ET CONT KO VERSES.
Une question se rattachant plus spécialement à la christologie et débattue assez vivement à l'époque de Charlemagne, est celle de savoir en quel sens Jésus-Christ est Fils de Dieu. D'après le dogme devenu orthodoxe, il y a dans le Fils deux natures et deux volontés; on maintenait l'unité de la personne, mais il restait à comprendre comment cette unité était compatible avec la dualité des natures. Vers la fin du huitième siècle deux théologiens espagnols, l'archevêque Elipand de Tolède et l'évêque Félix d'Urgel essayèrent de résoudre le problème. En se fondant sur quelques paroles bibliques et sur des passages de la liturgie espagnole, ils soutinrent que Jésus-Christ, en tant que Dieu, est fils par nature et, en tant qu'homme, fils par adoption. Comme homme il ne peut pas être fils de la même manière qu'il l'est comme Dieu, attendu que la nature humaine est essentiellement différente de la nature divine. Dans la Bible, Marie est appelée servante de Dieu, ancilla (Luc I, 38), et de Jésus il est dit qu'il a pris la forme de serviteur, scrvus (Phil. II, 7); cela n'exprime pas seulement l'humilité de la Vierge et l'abaissement volontaire du Christ, c'est l'affirmation même de leur position par rapport à Dieu ; l'état de serf a été la condition naturelle de Jésus homme, et c'est de cette condition servile qu'il est entré dans celle de fils par adoption. Or celle-ci est un acte qui dépend de la libre volonté de celui qui adopte, elle est une grâce faite à l'adopté; pour tout ce •qui tient à son humanité, Jésus-Christ n'est donc fils que par grâce, en sorte que celui qui, selon sa divinité, est Dieu par nature, devient Dieu selon son humanité ; à sa divinité réelle il joint une divinité « nominale». L'orthodoxie, après beaucoup de discussions métaphysiques, avait fixé le dogme; l'adoptianisme prétendait offrir une solution plus pratique, en empruntant à la législation romaine la notion de l'adoption, et en posant le principe étrange qu'en Jésus-Christ il y a deux divinités, l'une réelle et l'autre acquise.
g 16. CONTROVERSE SUR LA SAINTE-CÈNE.
On se disputa sur cette conception d'abord en Espagne; quand Charlemagne eut conquis le nord de ce pays, elle se propagea aussi dans les provinces méridionales de la France. Dès lors elle fut condamnée par plusieurs conciles francs; Félix consentit même à se rétracter; Elipand, au contraire, protesta contre la condamnation. Alcuin, le patriarche Paulin d'Aquilée, Agobard de Lyon écrivirent des traités pour réfuter l'adoptianisme, qui, du reste, ne tarda pas à tomber dans l'oubli. Il n'était pas une solution; au lieu de sauver l'unité de la personne du Christ, il introduisait une dualité de plus51.
§ 16. Controverse sur la sainte-cène.
La controverse sur la sainte-cène, qui s'éleva vers le milieu du neuvième siècle, est beaucoup plus importante. Les opinions sur le sacrement n'étaient pas fixées; les Pères n'avaient pas été entièrement d'accord, et les théologiens postérieurs s'étaient servis de termes vagues se prêtant à des interprétations différentes. Le premier qui essaya d'éclaircir le mystère fut Paschase Radbert, moine au couvent de Corvey en Picardie. En 831 il écrivit un traité de corpore et sanguine domini, qu'en 8ft/i, après être devenu abbé de son monastère, il présenta à Charles le Chauve62. Dans cet écrit on trouve, à côté de passages qui semblent favorables à une explication symbolique, toute la doctrine qui finit par prévaloir dans la théologie catholique. Radbert enseigne qu'après la consécration le pain et le vin, tout en conservant leur forme, deviennent en réalité le corps et le sang, tels
ra Walchj Historia adoptianorwni. Gœttingue 1755. — Ilefele, Concilieugeschichte, Fribourg 1855, T. 3, p. C00. (Cet ouvrage est trad. en franç. par l'abbé Dclarc).
52 Radberti opéra, ed. Sirmond. Paris 1618, in-f". — Pal roi. de Migne, P. 120. — Hist. litt. de la France, T. 5, p. 301.