I» PÉK. 771-1073. CHAP. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES
qu'ils ont existé en Christ, durant sa vie et dans sa mort ; la substance du pain et du vin est changée en celle du corps et du sang, il n'en reste que la figure, la forme et le goût. A ceux qui en douteraient, Radbert oppose la toute-puissance divine, à laquelle rien n'est impossible; et si on lui demande pourquoi les éléments conservent leur forme, il répond qu'il répugnerait aux fidèles de boire du sang et de manger de la chair humaine, qu'en le faisant ils se rendraient odieux aux païens, qu'il a été convenable de cacher à ceux-ci l'objet du sacrement, enfin que le mystère a de l'attrait pour les croyants, dont la foi est éprouvée par le contraste entre l'apparence et la réalité. Il invoque même déjà des prodiges : sous les mains du pape Grégoire le Grand l'hostie consacrée s'est changée un jour en un doigt couvert de sang. Ce trait et d'autres semblables révèlent comme une des sources de cette doctrine une imagination qui se plaisait aux effets magiques. Pour en venir au dogme officiel de la transsubstantiation, il ne manque plus que la distinction plus subtile des scolastiques entre le sujet et l'accident.
Radbert trouva des contradicteurs, dont le principal fut Ratramne, moine au même couvent de Corvey dont Radbert était l'abbé. Charles le Chauve, ayant reçu le traité de Radbert, demanda l'avis de Ratramne, qui répondit par un travail sous le même titre53. Selon lui, la substance du sacrement ne change pas par la consécration; après celle-ci, le pain et le vin représentent le corps et le sang, qui ne sont perçus que par la foi ; s'il n'en était pas ainsi, la foi serait inutile. Le croyant toutefois reçoit plus que de simples éléments physiques, il trouve une nourriture spirituelle qui le vivifie; c'est en l'union de l'extérieur et de l'intérieur, de l'objet matériel et de sa signification
53 Liber de corpore et sanguine domini. Cologne 1532; ed. .1. Boileau, Paris, 1712, in-12. Hist. litt. de la Fr., T. 5, p. 332.