PÉR. 7H-1073. CHAP. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES
de Kuspe, qui avait défendu l'évêque d'Hippone contre le semipélagien Fauste de Riez. Il arriva ainsi à la conviction que l'église s'était écartée de la doctrine augustinienne, et il résolut de l'y ramener; il en tira même la conclusion qu'il y a une prédestination double, des uns pour le salut, des autres pour la damnation. Un entretien qu'il eut à ce sujet avec un seigneur et un prêtre, en revenant d'un pèlerinage à Rome, fut rapporté à Raban Maur, devenu archevêque de Mayence. Appelé en 848 devant un concile réuni en cette ville, Gottschalk exposa et défendit ses principes; rien, dit-il, ne peut faire changer la volonté divine; ce qu'elle a décidé par rapport aux hommes est immuable, nul n'y échappe; si par un effet de cette volonté les uns sont prédestinés au salut, il faut bien que les autres soient prédestinés à la damnation ; ces derniers ne sont pas prédestinés k être pécheurs, mais à être damnés; Dieu a prévu que par leurs péchés ils mériteraient la mort éternelle.
Le concile, auquel répugnait un augustinisme aussi rigide, condamna Gottschalk comme hérétique. Raban Maur le livra à son métropolitain, qui était l'archevêque Hincmar de Reims. Hincmar, quoique mêlé à toutes les affaires politiques du temps, administrait son diocèse avec sagesse et avec fermeté et possédait de bonnes connaissances théologiques, mais il était d'un caractère altier qui ne souffrait pas la contradiction55. Il fit réitérer la condamnation de Gottschalk, ordonna de le flageller jusqu'au sang, et l'enferma au couvent de Hautvilliers. Le malheureux resta vingt et un an dans sa prison, sans se laisser ébranler; il rédigea deux confessions, dans lesquelles il se déclara prêt à prouver la vérité de sa doctrine en subissant les
55 Hincmar i opéra, ed, Sirmond. Paris 1645, 2 vol. in-f'. — Patrol. de Migne. T. 125. 126. — Hist. litt. de la Fr., T. 5, p. 544. — Von Noorden, Hinkmar von Reims. Bonn 1664. — Schrœrs, H. v. Rh., sein Leben und seine Schriften. Fribourg 1884.