‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 42 sur 215 · LA PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

LA PRÉDESTINATION

épreuves de l'eau et de l'huile bouillante. On a de lui quelques poésies, où il exprime ses convictions avec plus de sentiment que de goût littéraire. Plusieurs théologiens, persuadés qu'il ne s'éloignait pas de saint Augustin, prirent sa défense; Ratramne, l'évêque Prudence de Troyes, l'abbé Loup de Ferrières écrivirent en sa faveur sur la prédestination. D'autres le combattirent ; le plus étrange de ses adversaires fut Scot Érigène, qui publia un traité beaucoup plus hétérodoxe que l'opinion qu'il prétendait réfuter56. Le concile de Chiersy de 853 s'étant prononcé pour Hincmar, l'archevêque Remy de Lyon et le concile de Valence de 855 aflirmèrent la prédestination double. Cependant les deux partis finirent par se rapprocher ; Hincmar se justifia par deux écrits; Gottschalk, abandonné de ses défenseurs, en appela vainement au pape. En 868, peu avant sa mort, on lui offrit l'absolution s'il consentait à se rétracter; mais son caractère était aussi inflexible que sa logique ; plutôt que de convenir qu'il s'était trompé, il préféra mourir sans être réconcilié avec l'église. Aucune prière -ne fut dite à ses funérailles ; on l'enterra dans un lieu non consacré.

Ce qui frappe dans cette histoire, ce n'est pas seulement la dureté avec laquelle on a traité un homme qui, après tout, n'a pas été plus hérétique que ses adversaires, c'est aussi le caractère même de la controverse. Les adversaires de Gottschalk, sous peine d'encourir le reproche de semi-pélagianisme, ont dû se prononcer pour la doctrine augustinienne ; ils n'ont protesté que contre la prédestination double, et pourtant celle-ci, telle que l'entendait Gottschalk, n'était que la conséquence du système orthodoxe. Toute la différence se réduit à ceci : Gottschalk et ses défenseurs ont soutenu que les pécheurs sont prédestinés au

50 De pràdcstinationc dei contra Gotteschalcum , dans le recueil de Mauguin cité note 54, T. 1, p. 103. — Monnier, De Gottescalci et Joh. Scoti controversia. Insunt X Gottescalci carmina inedita, Paris 1853.

(18 I- PÉR. 77 1-1073. Cil A P. V. THÉOLOGIE ET CONTROVERSES.

châtiment, parce que Dieu a prévu qu'ils pécheraient; les adversaires ont dit que c'est le châtiment qui est prédestiné aux pécheurs, comme suite inévitable de leur péché originel. Au fond toute la controverse n'a été qu'une querelle de mots, envenimée par les rancunes personnelles de Raban Maur, par le despotisme de Hincmar de Reims et par l'aversion, consciente ou non, qu'inspirait l'augustinisme.

§ 18. Scot Èrigène.

Jean Scot Erigène, qui vient d'être nommé parmi les adversaires de Gottschalk, était un Irlandais, vivant depuis 8^0 environ à la cour de Charles le Chauve57. Il est le seul des savants du neuvième siècle qui soit indépendant de la tradition orthodoxe; il se rattache à la tradition alexandrine. Penseur original, sachant le grec, nourri d'Origène et surtout des ouvrages de Pseudo-Denis, dont il fit une traduction latine, il est plus philosophe que théologien; il présente le spectacle d'un métaphysicien panthéiste, égaré au milieu d'une époque incapable de le comprendre.

Son ouvrage principal, intitulé de divisione naturœ, se compose de cinq livres de dialogues entre un disciple et un maître58. Scot Erigène pose en principe l'unité de la philosophie et de la

57 Hjort, Scotus Erhjena odervon dent Urspmmg einer christlichcn Philosophie, Copenhague 1823. — Staudenmaier, Scotus Erigena und die Wissenschaft seiner Zeit, Francfort 1834 , T. 1, unique. — Saint-René Taillandier. Scot Érigène et la philosophie scolastique. Strasbourg 1843. — Christlieb, Leben und Lehre des Se. Er. Gotha 1860. — Huber, Se. Er. Munich 1861. — Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique. T. 1, p. 148. — Froninûller, Die Lehre des Se. Er. vom Wcsen desBosen. Tûbingër Zeitschr. fur Theol. 1830. lre et 3e livr. — Môller, Se. Er. und seine lrrthûmer. Mayence 1844. — Hoffmann, Gottes- und Schùpfungsbegriff des Se. Er. Iéna 1876.

53 1" éd. par Gale, Oxford 1681, in-fo; réimpr. par Schluter, Munster 1838. La meilleure édition est celle de Floss, dans la Patrologie de Migne,T. 122.

Page 1