I 18. SCOT ÉRIGÈNE
religion; l'une et l'autre ont le même objet, qui est Dieu, cause première de toutes choses; la philosophie le cherche par la réflexion, la religion l'adore avec humilité; la première suit la raison, la seconde l'autorité de l'Ecriture. La raison et l'autorité ne peuvent pas se contredire, car elles dérivent également de Dieu ; si l'une semble contraire à l'autre, le conflit n'existe qu'en apparence.
En envisageant la nature, c'est-à-dire l'ensemble de l'univers, on reconnaît tout d'abord qu'elle se divise en deux grandes catégories, les choses qui sont et celles qui ne sont pas, l'être et le non-être, Dieu et les phénomènes. On arrive ensuite à une nouvelle division, celle de la fixité et du mouvement, de l'immuable et du variable. En combinant ces diverses catégories, on trouve qu'il y a quatre formes générales, que Scot appelle autant de natures : 1° la nature qui crée sans être créée elle-même, Dieu; 2° la nature qui crée et qui est créée, les causes primordiales, les prototypes idéaux; 3° la nature qui est créée et qui ne crée pas, l'univers visible; h° la nature qui n'est pas créée et qui ne crée pas non plus, Dieu comme fin de tout, vers qui tout retourne. C'est un cycle d'évolutions partant de Dieu et revenant à lui, il est principium, médium et finis de tout l'univers.
En disant de Dieu qu'il est l'être, la bonté, la sagesse, la puissance, on lui applique des attributs limités, puisque à chacun de ces termes on peut opposer un terme contraire; Dieu est supérieur à tous les attributs, dans son essence absolue il n'y a plus ni relation ni différence ; comme il est au-dessus de l'être, il n'est pas l'être, il est nihil, «il est exalté superessentiellement au delà de tout ce qui est ». Incompréhensible en soi, il apparaît, il se manifeste dans les créatures, qui sont ainsi des théophanies ; la plus haute en est l'intelligence humaine; plus celle-ci se reconnaît, plus elle reconnaît Dieu ; les deux connaissances se fondent en une seule, l'intelligence vertitur in deum. Elle est