‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 6 sur 215 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

DE CHARLEMAGNE A GRÉGOIRE VII (771 à 1073)

C il A P I T R E PRE M I E R

LA PAPAUTÉ

§ L Jusqu'à Nicolas 1er, 8~>S '.

Sous Gharlemagne cl ses premiers successeurs la situation des papes, qui longtemps avait été peu assurée, devient plus forte et, à mesure qu'ils étendent leur pouvoir, ils aspirent à une autorité plus haute.

1 Liber pontiflcalis, notices biographiques sur les papes des neuf premiers siècles, recueillies à Rome. Le recueil fut commencé dans la première moitié du sixième siècle, puis continué successivement par divers auteurs jusqu'à la fin du neuvième. C'est à tort qu'on l'a attribué à Anastase, dit le bibliothécaire, abbé d'un couvent romain, mort en 8813. Abbé Duchesne, Études sur le Liber pontificalis ; Bibliothèque des écoles de Rome et d'Athènes, 1877. — Publié par Bianchini, Rome 1718, 4 vol. in-f°; par Vignoli, Rome 1724, 3 vol. in-4° ; dans la Patrologie de Mignè, T. 127 et 128. M. l'abbé Duchesne en a commencé une nouvelle édition critique, dont le 1" fascicule, in-4", a paru à Paris en 1884, dans la susdite Bibliothèque. — Bayet, Les élections pontificales sous les Carolingiens ; Revue historique, 1884, lre livr. , p. 49. — Lorenz, Papshvahl trnd Kaiserthum. Berlin 1874.

Ils entretenaient encore des relations avec les empereurs byzantins, mais ne pouvant plus en attendre de secours efficaces contre les Lombards, ils s'appuyaient sur les Francs, seuls capables de les délivrer du voisinage inquiétant d'une race qu'ils détestaient. Lorsqu'en 770 il fut question de marier Charlemagne et Garloman, fils de Pépin, à des filles du roi Didier, Etienne III leur écrivit en termes violents pour les en détourner. Sourds à ces adjurations, les deux princes francs épousèrent chacun une princesse lombarde. Mais Carloman étant mort en 771, Charlemagne obligea sa veuve à se retirer auprès de son père à Pavie, et répudia bientôt après lui-même sa propre épouse. Dès lors Didier recommença ses incursions dans les domaines pontificaux. Le nouveau pape, Adrien Ier (depuis 772), appela Charlemagne a son aide; il vint en 774, mit fin à l'indépendance lombarde et prit le titre de roi des Lombards.

Pendant qu'il assiégeait encore Pavie, il se rendit à Rome pour y célébrer les fêtes de Pâques. A cette occasion Adrien lui demanda de confirmer la donation que Pépin avait faite à Etienne III, et qui consistait dans le littoral de l'Adriatique depuis Ancône jusqu'à Rimini. Charlemagne y consentit; au dire du plus ancien biographe du pape, le roi lui aurait même fait une donation nouvelle, très considérable, comprenant aussi des provinces qu'il n'avait pas conquises, et d'autres dont il s'était réservé la souveraineté; la Vénétie et l'Istrie ont appartenu encore longtemps aux empereurs grecs, et les duchés de Bénévent et de Spolète ont continué de dépendre de la royauté franque. Les papes n'ont jamais publié l'acte de cette donation ; on peut en conclure que, s'il existe encore dans les archives pontificales, il n'est pas aussi favorable que les chroniqueurs l'ont dit et que le saint-siège l'aurait désiré. II parait ressortir de quelques lettres d'Adrien à Charlemagne que ce dernier aurait promis la cession de quelques territoires, mais qu'il ne se

I l. JUSQU'A N I COLAS K

bâtait pas d'exécuter cette promesse2. Cependant le pape, tout en ne cessant de lui rappeler ses engagements, lui témoigna sa reconnaissance sous une forme très habile. Dans une lettre de 777 il l'appela novus christiani'ssimus Constantinus , pour avoir rendu à l'église de Rome les possessions que lui avaient enlevées les Lombards. Ce titre de nouveau Constantin devait exciter le roi des Francs à se montrer aussi libéral que, suivant une opinion qui commençait à se répandre, l'avait été le premier empereur chrétien. Adrien fait allusion dans sa lettre à des domaines et à des privilèges que Constantin avait accordés au pape Silvestre ; ce que Charlemagne et Pépin avaient donné, fut représenté comme une restitution. Léon III, successeur d'Adrien depuis la fin de 795, fit remettre à Charlemagne les clefs du tombeau de saint Pierre et la bannière de Rome, comme symboles de l'obligation pour le roi d'être le défenseur de l'église romaine ; en même temps, comme aucun missus royal n'avait assisté à sa consécration, il demanda que Charlemagne en envoyât un pour recevoir de lui-même el du peuple le serment de fidélité. Menacé par une faction puissante, il se trouvait dans une situation difficile; il comprenait qu'il ne resterait pas maître à Rome, s'il ne s'appuyait pas sur un pouvoir assez fort pour maintenir les Romains dans la soumission. Charlemagne fit partir l'abbé Angilbert, qui reçut le serment. En 799, Léon, chassé par ses adversaires, et poursuivi d'accusations graves, se réfugia auprès du roi, qu'il ne trouva qu'au fond de la Westphalie, à Paderborn. Charlemagne le fit ramener à Rome ; l'année suivante il y vint lui-même et réunit un concile pour examiner l'affaire ; les

2 Von Sybel, Die Schenkungen der Karolinger an die Pàpsie; Historische Zcitschrift, 1880, 4e livr. — Martens, Die rùmische Frage unter Pi-pin und Karldem Grossen. Stuttgard 1881. — Gugenheim, Gcschichtc der Entstchmig und Aùsbildung des Kirehenstaats. Leipzig 18Ô4. — Scharpff, Die Entstehung des Kirehenstaats. Fribourg 18G0.

\" PKR. 77 1-1 073. CHAP. I. PAPAUTÉ

évêques assemblés déclarèrent qu'il ne leur appartenait pas de juger le siège apostolique, capul de toutes les églises, que le pape juge les évêques, niais qu'il n'est jugé par personne, «comme c'est l'usage depuis les anciens temps». Léon III se justifia par un serment. Pour récompenser Gharlemagne du service qu'il lui avait rendu en le réintégrant, il lui en rendit un autre en lui donnant la couronne impériale. Il est permis de croire que ce couronnement ne fut pas un acte improvisé dans un moment d'enthousiasme, comme il semblerait d'après les chroniqueurs ; très probablement Gharlemagne, avant d'embrasser la cause du pape, avait obtenu de lui une promesse; c'est d'autant plus vraisemblable que la plainte portée contre Léon d'avoir acheté son élection, ne paraît pas avoir été sans fondement. Le 29 décembre 800 il posa sur la tête du roi franc la couronne de l'empire d'Occident. Il est douteux qu'en accomplissant cet acte, il ait eut pleine conscience du principe théocratique que le pouvoir séculier émane du siège de Rome ; il ne voulait que s'assurer l'appui du souverain le plus puissant de l'Europe occidentale. Mais ce fut un précédent d'une portée très vaste; de même que le couronnement par le chef de l'église augmentait le prestige du nouvel empereur, l'autorité du pape, qui lui conférait ce titre, dut grandir aux yeux des hommes; on s'habitua à l'idée que le successeur de saint Pierre pouvait seul décerner la puissance temporelle la plus haute.

Depuis la fin de la domination lombarde, Charlemagne avait exercé à Rome les fonctions de patrice dans toute leur étendue ; non seulement il était «défenseur de l'église», mais il avait pris tout le pouvoir qu'avait possédé jadis l'exarque de Ravenne. Désormais il renonça au titre de patrice pour prendre celui d'auguste et iïimperator ; le patriciat fut déféré au pape ; Rome resta une ville impériale , une métropole italienne comme Ravenne et Milan.

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