‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 7 sur 215 · JUSQU'A NICOLAS · texte numérisé non relu

JUSQU'A NICOLAS

D'après ce qui vient d'être dit on peut se faire une idée de ce qu'a été alors le pouvoir temporel des papes. Longtemps il y a eu à ce sujet deux opinions différentes; suivant l'une, les papes n'auraient eu que le domaine utile des territoires cédés par Pépin et par Charlemagne, c'est-à-dire le revenu et non le gouvernement ; d'après l'autre, ils y auraient exercé la souveraineté politique tout entière, sans restriction. Ni l'une ni l'autre de ces opinions n'est tout à fait exacte. En leur qualité de grands propriétaires fonciers, les papes ont eu, conformément aux coutumes de l'époque, un certain pouvoir administratif et judiciaire, ils ont perçu des impôts, ils ont nommé des régisseurs et des juges, ils ont même institué des fonctionnaires armés pour la garde de leurs domaines, mais en même temps ils ont dû fournir aux empereurs des contributions et des hommes de guerre , et laisser inspecter les provinces par les missi dominici. Ni les empereurs ni les papes n'ont possédé une souveraineté complète ; elle a été partagée, mais de telle sorte que l'autorité politique supérieure a toujours appartenu aux empereurs. Cependant cet état de choses n'a pas pu manquer de contribuer à l'agrandissement du pouvoir pontifical ; les évêques de Rome, les plus riches et les plus puissants de la chrétienté occidentale, délivrés de la suprématie des Byzantins, feront tous leurs efforts pour se soustraire aussi à celle des Carolingiens affaiblis.

Pour le moment encore ils ne peuvent exercer leur autorité dans l'église qu'après avoir juré fidélité à l'empereur et avoir obtenu sa confirmation. En 816 Etienne IV fut élu et consacré, sans que les officiers impériaux, présents à Rome, eussent eu le temps de recevoir les instructions de Louis le Débonnaire ; ce fut une infraction a la règle établie. Etienne se rendit lui-même en France ; a Reims il couronna l'empereur et l'impératrice, et il ne parait pas avoir été blâmé à cause de sa consécration hâtive.

Son successeur, Pascal Ier, 817 à 82fr, obtint île Louis un privilège pour les possessions de l'église de Rome3, mais dut se justifier plus tard devant des missi impériaux au sujet d'une grave accusation qu'on avait portée contre lui. En 824, après l'élection d'Eugène II, Louis envoya à Rome son fils Lothaire, qui de nouveau fit jurer par les Romains de rester fidèles à l'empereur, et de ne jamais permettre qu'un pape nouvellement élu lût consacré sans avoir prêté le môme serment d'hommage en présence des envoyés impériaux.

Lorsque, par le traité de Verdun, Lothaire fut devenu roi d'Italie avec le titre d'empereur, les papes, ayant à faire à un prince moins puissant et presque toujours absent du pays qu'il devait gouverner, tentèrent de se passer du serment de la confirmation. Cela arriva en Skk, après l'élection de Sergius H; Lothaire fit aussitôt partir son fils Louis, pour rappeler aux Romains qu'on ne devait consacrer un nouveau pape, a moins que l'empereur ne l'eût ordonné et que ses missi ne fussent présents. En 8^7 on consacra Léon IV, sans attendre les ordres impériaux ; cette Ibis-ci le prince ne réclama point. L'élection de Benoit III en 855 fut suivie de troubles; un parti voulait le cardinal Anastase, pour lequel se laissèrent gagner les envoyés de l'empereur ; mais une émeute ayant éclaté en faveur de Renoît, ils consentirent à ce qu'il fût consacré en leur présence.

3 Chez Pertz, Monumenta Gcrmaniœ , T. 4, P. 2, p. 6. On n'a plus de ce privilège qu'un texte interpolé, que Theiner, Cod. dipl. , T. 1 , p. 2, donne encore comme authenthique. V. aussi Sickel , Das Privilegium Ottos I. Innsbruck 1882, p. 55. — Les papes, qui ont régné entre Étienne, mort en 817, et Nicolas I", sont : Pascal I", 817 à 824 ; Eugène II, 824 à 827 ; Valentin, qui ne siégea que 40 jours ; Grégoire IV, 827 à 844 ; Sergius II , 844 à 847 ; Léon IV, 847 à 855; Benoît III, 855 à 858. Au treizième siècle surgit la fable qu'entre Léon IV et Benoît III les Romains auraient eu un pape féminin, \.\ papesse Jeanne. Voir la manière ingénieuse dont Dôllinger explique l'origine de ce conte, Die Pa/tst/abeln des Mittelalters. Munich 1863, p. 1.

Page 1