LA HIÉRARCHIE
§ 30. Le droit canonique.
A mesure que les papes ont étendu leur autorité, ils en ont complété la théorie; à chaque progrès de leur puissance correspond un nouveau développement du droit canonique; les maximes, formulées par Grégoire VII, par Innocent III et par d'autres, sont incorporées dans la législation de l'église.
H Alexandre IV, 1254 à 1261. Urbain IV,. 1201 à 1204. Clément IV, 1205 à 1208. Grégoire X, 1271 à 1270. Innocent V et Adrien V, 1270. Jean XXI, 1270 à 1277. Nicolas III, 1277 à 1280. Martin IV, 1281 à 1285. Honoré IV, 1285 à 1287. Nicolas IV, 1288 à 1292. Gélestin V, 1294.
II» pÉR. 1073-1204. CHAP. II. LA HIÉRARCHIE.
Au commencement de notre période il existait plusieurs collections de canons et de décrétâtes, dont la plus récente alors était celle de l'évêque Yves de Chartres, mort en J115; cet homme, remarquable à plus d'un titre, est l'auteur d'un ouvrage intitulé Pannormia, un des premiers essais de donner au droit canonique une forme plus systématique; c'est le résumé d'une compilation en dix-sept livres, qu'on a attribuée à Yves luimême19. Ces recueils contenaient des choses qui ne s'appliquaient plus à la situation telle qu'elle s'était établie depuis Grégoire VII, et d'autres qui, se rapportant à des besoins locaux ou temporaires, se contredisaient les unes les autres. Il en résultait que dans la pratique on était souvent dans le doute, et que l'observation de règles uniformes était difficile. Il fallut un code, ne donnant que ce qui était conforme aux principes nouveaux et débarrassé des contradictions. Dans ce but le moine bolonais Gratien publia, vers le milieu du douzième siècle, une concordantia discordantium canonum, communément appelée decrelum Gratiani. Il y admit toutes les décisions qui passaient pour avoir force de loi, et essaya de mettre d'accord entre elles celles qui ne l'étaient pas. Son ouvrage dut sa fortune à l'usage qu'on en lit dans les écoles; il servit à l'enseignement du droit canonique dans les universités de Bologne et de Paris.
Cependant ce travail ne rendit que plus manifeste la discordance, que Gratien n'avait réussi qu'imparfaitement à faire disparaître. Les papes, surtout Alexandre III et Innocent III, durent publier de nombreuses lettres décrétales, pour résoudre les cas incertains. Le Decrelum étant devenu à son tour insuffisant, on fit d'autres recueils, dont le plus important et le premier qui ait eu un caractère officiel, est celui du dominicain Raymond de
19 Yvonis Carnotensis opéra. Paris 1G47, 2 vol. in-K — Foucault. Essai sur Yves de Chartres d'après sa correspondance. Chartres 1884.